Gérald Darmanin : l'hypocrite de Beauvau
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Je constate avec vous, si vous me le permettez, que je suis à la tête d'un ministère où, à part les commissaires de police, ceux que nous recrutons, c'est souvent des enfants, pour reprendre notre mot, de 18, de 19, de 20 ans, qui n'ont pas fait de très grandes études »
- 4:02PrésentateurChiffre
« Une cagnotte qui a quand même mobilisé plus de 1,6 million d'euros. »
- 6:34PrésentateurChiffre
« De 11 millions à 200 millions en 2020. »
Temps de parole
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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Le Média. Nous sommes le mardi 11 juillet 2023. Demain, puisque l'examen a été repoussé d'une semaine, l'Arcom se prononcera enfin sur notre dossier de conventionnement, ce qui marque une étape déterminante pour que Le Média passe d'une chaîne YouTube à une véritable chaîne de télévision. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite et avons plus que jamais besoin de vous. Vous êtes plus de 54 000 à avoir signé notre pétition sur notre site. Continuez. Qui se souvient de ce générique de série d'animation qu'on pouvait voir à la télé à la fin du siècle dernier ?
It's no good, it's no good. Le vizir qui voulait être calife à la place du calife.
Un personnage de fiction qui a existé dès 1962 dans des BD signés René Goscinny et Jean Tabari. Dans la France de 2023, on a plutôt un premier flic qui rêve pour l'instant d'être premier ministre à la place de la première ministre, voire président après le président et qui, en plus de manœuvrer en coulisses, essaye d'adapter le en même temps macronien à la gestion de ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Naël, avec un cynisme à faire frémir le plus endurci des analystes. De cette histoire et d'autres, nous allons parler dans ce nouvel épisode de votre bulletin d'info d'été, Made in le Média. Choqué ou pas vraiment ?
Après la mort de Naël, sous les balles d'un membre des forces de l'ordre à Nanterre, Gérald Darmanin donnait l'impression d'être non seulement horrifié par la vidéo amateur accablante qui avait ruiné la version policière, mais aussi en empathie totale avec la famille du disparu.
Nous avons tous vu ces images extrêmement choquantes. Nous avons évidemment vu les images comme les Français de ce tir effectué par ce policier qui a manifestement conduit à la mort de ce jeune homme. Je voudrais évidemment d'abord avoir une pensée, bien sûr, pour lui, pour sa famille, et leur dire, bien évidemment, que nous souhaitons au ministère de l'Intérieur, au sein de la police nationale, avoir toute la vérité sur ce qui s'est passé, et en respectant le temps de la justice le plus rapidement possible. Oui, oui, vous avez bien entendu.
Nous avons tous vu ces images extrêmement choquantes. Quelques jours plus tard, au Sénat, il se prenait même à évoquer un sujet assez tabou à la tête de l'État, la qualité du recrutement et de la formation des policiers.
Je constate avec vous, si vous me le permettez, que je suis à la tête d'un ministère où, à part les commissaires de police, ceux que nous recrutons, c'est souvent des enfants, pour reprendre notre mot, de 18, de 19, de 20 ans, qui n'ont pas fait de très grandes études et qui choisissent le service de la nation par la police au gendarmerie. Je ne suis pas la tête du ministère de la Justice, où les gens passent des concours à Bac plus 4, Bac plus 5, ou à l'éducation nationale, où les gens sont très mal payés, par ailleurs, comme les policiers, mais enfin, ils ont un capital social très important.
Mettons-nous quelques instants à la place d'une majorité de jeunes qui choisissent le service de la police et de la gendarmerie que nous devons former, nous. Et oui, ça demande une exigence supplémentaire, parce qu'en plus, ces personnes ont la contrainte légitime des armes et donc, par ailleurs, une responsabilité supplémentaire. Et à nous de savoir pourquoi et pour quelles raisons ils veulent rentrer dans la police et la gendarmerie.
Ces propos lui vaudront d'ailleurs une volée de bois vert de ses protégés, avec quelques jours de retard. Et pourtant, en même temps, le ministre de l'Intérieur envoie des signaux de connivence aux policiers par qui le scandale est arrivé, et par la même occasion, à la frange la plus radicalisée de la corporation. D'abord, Gérald Darmanin a annoncé porter plainte contre Oase Hebdo, une publication de la presse hebdomadaire régionale, qui avait diffusé le nom, la photo et des éléments de localisation du domicile de Florian M., membre de la Brave M, et désormais tristement célèbre. En soi, c'est un choix politique.
En revanche, le ministre de l'Intérieur, et en réalité, l'ensemble du gouvernement, était plus que discret sur la cagnotte de la honte, ouverte par l'activiste d'extrême droite Jean Messia, en soutien à la famille de Florian M. Une cagnotte qui a quand même mobilisé plus de 1,6 million d'euros. Plus grave, Gérald Darmanin a manœuvré discrètement pour soutenir financièrement le policier, deux jours seulement après la mort de Nel, et le lendemain de sa déclaration courroussée sur les images choquantes de Nanterre. Au centre de la manœuvre de Darmanin, rien de bien choquant à première vue. Il s'agit d'un arrêté de suspension.
C'est le quotidien Libération qui nous l'a révélé hier, et qui nous explique en quoi cette décision ministérielle sert les intérêts financiers du policier, par ailleurs couvert d'or par ses soutiens en ligne.
Pour saisir en quoi cette décision est purement une mesure de bienveillance et n'est pas commune, il est nécessaire de revenir sur les règles de la suspension dans la fonction publique. Il s'agit d'une mesure conservatoire qui n'a pas de caractère disciplinaire. Surtout, le but d'une suspension est en théorie d'écarter un agent mis en cause pour protéger le bon fonctionnement d'un service. Or, dans le cas de Florian M., cette mesure est totalement inutile. Mise en examen pour homicide volontaire le 29 juin, le policier a été placé le même jour en détention provisoire sur décision des juges d'instruction chargés de l'enquête à Nanterre.
Il ne peut pas travailler et devrait, en principe, se retrouver en absence de service fait, et donc ne plus toucher son traitement. C'est grâce à cet arrêté de suspension que le ministère de l'Intérieur peut continuer à lui verser un salaire.
On peut se demander pourquoi, au fond, Gérald Darmanin se met politiquement en danger pour un homme dont l'acte insensé a mis le feu à la France. Mais en réalité, tout est rationnel. Celui qui s'agite dans tous les sens pour obtenir la place d'Elisabeth Borne à Matignon, comme le raconte également Libération, a besoin d'envoyer des signaux contradictoires, des signaux de sagesse et d'apaisement, notamment destinés à la pseudo-elle gauche de la Macronie, qu'il déteste mais qu'il a besoin de neutraliser, mais aussi des signaux plus habituels, renforçant les clivages et satisfaisant les trois bases dont il a besoin pour aller à l'assaut de l'Elysée en 2027.
Les macronistes radicalisés, les électeurs des Républicains et ceux du Rassemblement National. La fameuse triangulation qui avait valu à Nicolas Sarkozy, son mentor, son succès, à l'élection présidentielle de 2007. Opacité, absence de politique cohérente, dépenses en augmentation, c'est dans ces termes peu flatteurs pour la Macronie que la Cour des comptes a étrié dans son rapport paru hier le recours de l'État au cabinet de conseil privé. Concernant les dépenses tout d'abord, elles sont passées depuis 2014 de 11 millions à 200 millions en 2020. De 11 millions à 200 millions.
Et ce n'est peut-être qu'un minimum, car la Cour des comptes explique en outre que la médiocrité des données budgétaires disponibles rend difficile le suivi précis de ces prestations de conseil. Un autre point important à souligner, c'est la question de l'utilité réelle de ces prestations intellectuelles privées. Selon la Cour des comptes, l'externalisation de ces prestations ne devrait concerner que les domaines au sujet desquels l'État manque de compétences. Sauf que dans les faits, et là je cite une phrase du rapport, les cabinets remplissent des tâches qui pourraient ou devraient l'être, sauf circonstances exceptionnelles, par les agents publics.
Ainsi, par exemple, en 2019, le ministère de l'Écologie a mandaté deux cabinets de conseil pour rédiger l'étude d'impact de la loi d'orientation des mobilités, alors que, je cite encore le rapport, un tel exercice paraît devoir relever des seules administrations centrales. Idem pour les concessions autoroutières. Bref, 0,25% sur le budget de fonctionnement de l'État. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un pognon de dingue, mais quand même, ce pognon pourrait être mieux dépensé dans les services publics.
Par exemple, si ces missions étaient confiées à l'administration, d'autant plus que la qualité des prestations issues de ces cabinets privés est plus que douteuse, car si l'on en croit la commission d'enquête sénatoriale sur les cabinets de conseil qui avaient été menés en 2022, les rapports de McKinsey, par exemple, avaient été bâclés, se contentant, entre autres, de copier-coller des rapports déjà faits pour d'autres pays et de compiler des données open source. On va dire qu'en termes de méthode et de rigueur scientifique, on a vu mieux. Ça y est, c'est validé. Le Sénat a bel et bien voté ce lundi soir les 15 heures d'activité hebdomadaire obligatoires pour les allocataires du RSA.
L'examen du fameux projet de loi plein emploi qui doit donner naissance au réseau France Travail a débuté hier. Et lors de cet examen en commission, la gauche a tenté, mais sans succès, de supprimer l'article 2 du projet de loi qui unifie les droits et les devoirs de l'ensemble des demandeurs d'emploi et des allocataires du RSA dans un contrat d'engagement entre l'allocataire et l'organisme de référence et qui, en gros, assujettit le paiement du RSA à des obligations en termes d'heures d'activité hebdomadaire obligatoires. Un texte qui pourrait bien s'avérer difficile à appliquer comme l'a expliqué Raymond de Poncet, sénatrice ELV.
La mise en place de 15 à 20 heures d'activité hebdomadaire obligatoire pour les bénéficiaires de RSA constitue une mesure inutilement coercitive et bien trop rigide pour une grande partie des allocataires et pour aussi leurs conseillers. Elle revient à faire peser sur les seules épaules des plus précaires le poids et la responsabilité de leur situation. Et il est vrai que demain, comme ça ne sera pas applicable, comme ça ne sera pas possible, comme l'a montré le contrat emploi jeune et comme le montreront peut-être demain les 18 départements, les allocataires pourront se retourner contre le département.
En réalité, sur cette affaire, le gouvernement semble doublé sur sa droite par les sénateurs et les républicains qui ont voulu inscrire dans le marbre les fameuses 15 heures hebdomadaires d'activité de manière plus rigide que ce que l'exécutif confronté à la réalité souhaite aujourd'hui. Aujourd'hui, parce qu'à la base, tout part d'une idée de Macron lors de la dernière campagne présidentielle, une idée qui entendait caresser la droite dans le sens du poil. Il y aura dans cette réforme l'obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine pour une activité permettant d'aller vers l'insertion professionnelle, soit de formation en insertion, soit d'emploi et d'être mieux accompagné.
Bienvenue dans la nouvelle usine à gaz française. Et voilà, c'est la fin de ce bulletin d'info quotidien qui entre dans notre programmation d'été. Comme à chaque fin de saison, nous réduisons quelque peu la voilure avec notamment la mise en pause de nos directs. Mais l'actualité ne s'arrête pas et nous continuons à vous fournir dans ces moments importants nos reportages, enquêtes, entretiens, plateaux d'analyse, de débats et de décryptage et ce, au quotidien. Vous le savez, l'intégrité de notre projet éditorial unique dans le paysage audiovisuel français dépend toujours de votre soutien et de vos dons.
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