Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 28 février 2023 9 minComplaisantFond programmatiqueDéfenseÉconomie & entreprisesImmigration & asileInstitutions & élections

Jean-Marc Gravellini : "En Afrique, l'aide publique française est finie, on est passés au co-investissement"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:20ComplaisanteRéponse directe

    Jean-Marc Gravelini, vous êtes chercheur associé à l'IRIS et spécialiste des enjeux sécuritaires et de développement dans la zone sahélienne, donc spécialiste de l'Afrique.

  • 1:34OuverteRéponse directe

    En faisant ça, en gardant ces bases co-gérées, qu'est-ce que la France donne comme signe à l'Afrique ?

  • 3:59OuverteRéponse directe

    Mais ça veut dire aussi, c'est aussi une manière d'imprimer par rapport aux milices Wagner, qui sont présentes aussi en Afrique ?

  • 4:36OuverteRéponse directe

    Il y a aussi l'idée de développer des partenariats dans le monde économique. On a l'impression que les enjeux militaires surpassent un peu ça, mais il en a été question de partenariats économiques avec l'Afrique, parce que la France a du retard dans ce domaine ?

  • 5:29OuverteRéponse directe

    Mais pourquoi on n'a pas réussi ?

  • 7:05OuverteRéponse directe

    Et puis, Emmanuel Macron l'a dit aussi clairement, il faut se battre pour l'Afrique, il voit un continent d'enjeux avec une croissance économique forte, il dit, mais en même temps, je ne défendrai plus les entreprises qui ne sont pas prêtes à se battre.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:45PrésentateurFait
    « Emmanuel Macron a parlé d'un rééquilibrage de la présence militaire en Afrique. »
  • 1:49PrésentateurFait
    « Il ne parle pas de retrait des troupes françaises, comme on aurait pu le supposer, ou comme ce qui est arrivé au Mali ou au Burkina Faso. »
  • 1:51PrésentateurFait
    « Mais de base co-gérée, de quoi on parle exactement ? »
  • 2:16InvitéFait
    « Je crois que le président hier, effectivement, a dit très clairement que ces bases resteront. »
  • 4:59InvitéFait
    « On ne souhaite plus parler d'aide publique au développement. »
  • 5:02InvitéFait
    « Et on parle d'investissement ou de co-investissement. »
  • 6:33InvitéFait
    « l'aide publique est finie, on co-investit avec vous »
  • 7:51InvitéFait
    « l'Afrique, c'est le continent de la deuxième partie du XXIe siècle. »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Présentateur25 %

2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

6h19, bonjour Jean-Marc Gravelini.

0:11
Invité

Bonjour Madame.

0:12
Présentateur

Jean-Marc Gravelini, chercheur associé à l'IRIS et spécialiste des enjeux sécuritaires et de développement dans la zone sahélienne, donc spécialiste de l'Afrique. Emmanuel Macron entame demain un nouveau voyage en Afrique. Il ira au Gabon, en Angola, au Congo et en République démocratique du Congo. Hier, le chef de l'État esquissait la nouvelle stratégie de la France en Afrique en matière culturelle, économique et militaire. Il a parlé, Jean-Marc Gravelini, partenariat, respect, humilité. Il a dit l'Afrique n'est pas un précaré. Il a plaidé pour une relation équilibrée. Ce sont des mots qu'il a beaucoup répétés, comme si en fait on n'arrivait pas à sortir ou à solder notre passé colonial.

0:54
Invité

Oui, on n'arrive pas, enfin on n'arrive pas. On n'a pas finalement envie peut-être de sortir de l'Afrique pour beaucoup de raisons que le président a évoquées d'ailleurs. Donc je crois qu'il n'y a pas une volonté effectivement de sortir de l'Afrique. Alors solder le passé colonial, je pense quand même si malgré tout, mais en tout cas avec d'autres modalités. Il y a des pages qui veulent être tournées, mais c'est clair, je suis convaincu en ayant écouté précisément le chef de l'État hier, qu'au plan, comme vous l'avez dit, économique, sécuritaire, on souhaite rester en Afrique sous d'autres formes.

On va y venir, j'imagine, mais ça me semble effectivement avoir été affirmé très clairement par le chef de l'État hier.

1:34
Présentateur

Alors on va venir justement sur le côté sécuritaire. Il n'y a pas eu de grosses annonces hier, si ce n'est peut-être sur le plan militaire. Emmanuel Macron a parlé d'un rééquilibrage de la présence militaire en Afrique. Il ne parle pas de retrait des troupes françaises, comme on aurait pu le supposer, ou comme ce qui est arrivé au Mali ou au Burkina Faso. Mais de base co-gérée, de quoi on parle exactement ?

1:54
Invité

Je pense que c'est un point, effectivement, vous avez raison, fondamental. Je pense que beaucoup d'observateurs espéraient imaginer, anticiper un retrait des bases, ou en tout cas la fermeture de certaines d'entre elles, parce que ça semblait répondre à une opinion publique, en particulier à la jeunesse africaine. Je crois que le président hier, effectivement, a dit très clairement que ces bases resteront. Alors, resteront sous des formes très différentes. Ça, je crois que c'est vraiment la différence qui est importante. C'est-à-dire, on parle de bases co-gérées, on parle de bases ouvertes à d'autres nations que le pays d'implantation et la France.

Et on parle de centres de formation, on parle d'académie. Et je crois quand même que... Et puis, ces bases, elles restent positionnées à des endroits stratégiques autour de la zone sahélienne. Donc, je pense que, chez certains, peut-être, aujourd'hui, il y a une déception. Ils auraient espéré que la page soit tournée de manière plus radicale. Mais je crois qu'au regard des enjeux sécuritaires, aujourd'hui, en Afrique, au regard également de l'importance, le président l'a dit aussi, l'importance de l'Afrique dans la deuxième partie du XXIe siècle, il était difficile d'envisager une fermeture pure et simple.

3:14
Présentateur

En faisant ça, en gardant ces bases co-gérées, qu'est-ce que la France donne comme signe à l'Afrique ?

3:21
Invité

Elle donne comme signe, c'est qu'on ne vient pas dans votre pays pour installer une base fermée avec exclusivement des soldats français, avec le drapeau français qui flotte sur cette base. Et donc, quelque chose, effectivement, qui est un petit peu plaqué, en quelque sorte, extérieur, et qui vient sur le territoire de ces pays africains. On veut des bases, je crois que le président l'a dit, où on peut avoir les... qui sont co-gérées, c'est-à-dire qu'on aura à la fois le drapeau du pays d'accueil...

3:53
Présentateur

Mais ça veut dire aussi, c'est aussi une manière d'imprimer par rapport aux milices Wagner, qui sont présentes aussi en Afrique ?

4:01
Invité

C'est une réponse, oui, c'est une réponse. Enfin, c'est une réponse à la fois, je pense, tactique. Je crois que l'exemple de Barkhane l'a bien montré. On ne peut pas, seul, disons, à partir d'une base française, régler un problème, effectivement, de l'ampleur de la présence d'yhadistes et terroristes sur un territoire comme le Tchad, il faut le faire nécessairement avec les partenaires africains, il faut le faire nécessairement avec d'autres acteurs, partenaires ou africains, qui veulent effectivement concourir à cet objectif.

4:30
Présentateur

Il y a aussi l'idée de développer des partenariats dans le monde économique. On a l'impression que les enjeux militaires surpassent un peu ça, mais il en a été question de partenariats économiques avec l'Afrique, parce que la France a du retard dans ce domaine ?

4:46
Invité

Alors, je pense que c'est en effet un point. Alors, on focalise aujourd'hui beaucoup sur les aspects sécuritaires, mais l'aspect économique est déterminant, de mon point de vue aussi, dans le discours du président hier. On ne parle plus, je crois qu'il faudrait regarder exactement à ce qui a été dit, mais on ne souhaite plus parler d'aide publique au développement. Et on parle d'investissement ou de co-investissement. Et ça, je pense que c'est fondamental. Bon, j'ai travaillé pendant plus de 30 ans dans le monde du développement, à l'Agence française de développement.

En toute humilité, autant on a réussi dans certaines parties du monde, autant dans la zone sahélienne notamment, et une partie de l'Afrique, on n'a pas réussi les politiques d'aide au développement, puisque ces pays restent parmi les plus pauvres.

5:29
Présentateur

Mais pourquoi on n'a pas réussi ?

5:31
Invité

Je pense que, justement, un peu comme sur les aspects militaires, le fait de vouloir, d'apporter un financement public, d'apporter un savoir-faire, d'importer des procédures, et de vouloir calquer en quelque sorte ce qu'on pense sincèrement, objectivement être la bonne démarche, eh bien la greffe ne prend pas ou ne prend plus en Afrique.

Et donc aujourd'hui, on va dire, finalement, vous, Africains, vous avez un intérêt, c'est de développer vos pays au plan économique, et pour cela, vous devez engager des politiques publiques, engager des investissements, et nous, Français, nous, Européens, on est prêts à co-investir avec vous, nos entreprises sont prêts à co-investir avec vous pour créer des entreprises, créer de la valeur, créer de la richesse, créer de la transformation dans le secteur agricole, dans le secteur industriel, et je pense que c'est...

on y reviendra, il faudra faire l'exégèse de tout ça dans les prochains jours, mais je pense que cette idée de dire l'aide publique est finie, on co-investit avec vous, et ça va loin, parce que ça veut dire il faut que vous soyez, vous, Africains, capables d'investir avec nous sur les secteurs qui vous concernent, et il faut que nos entreprises soient capables d'investir, avec un point très important, me semble-t-il, c'est qu'on est quand même sur un continent, pour le moment, à risque, et que les entreprises n'iront pas spontanément si on ne leur met pas le pied à l'étrier, si on ne les aide pas au plan financier, si on ne les aide pas au plan de la gouvernance, l'amélioration des conditions d'exercice de leurs activités.

7:05
Présentateur

Et puis, Emmanuel Macron l'a dit aussi clairement, il faut se battre pour l'Afrique, il voit un continent d'enjeux avec une croissance économique forte, il dit, mais en même temps, je ne défendrai plus les entreprises qui ne sont pas prêtes à se battre. Il y a aussi le problème des grands patrons qui n'ont pas saisi l'opportunité de l'Afrique.

7:23
Invité

Si vous voulez, du point de vue économique, il y a deux façons de voir l'Afrique. Je caricature un peu. La première, c'est de dire, finalement, l'Afrique est une opportunité pour vendre du matériel, pour vendre du savoir-faire, etc. Et ça, c'est un petit peu la vision un peu passéiste et donc opportuniste, la logique de rente. Et puis, il y a une autre façon de voir, je pense que c'est ce qu'a voulu dire le président hier, c'est de dire, l'Afrique, c'est le continent de la deuxième partie du XXIe siècle. Ça peut paraître paradoxal de dire ça, mais compte tenu des richesses naturelles, compte tenu de la population, tous les continents du monde vont voir la population diminuer jusqu'en 2100.

L'Afrique va progresser. Prastiquement deux habitants du monde sur la planète sera africain en 2100. Donc, c'est considérable. Un potentiel également sur le plan énergétique. Et donc, il est clair qu'il faut rentrer dans cette logique où on va... Le terme est un peu excessif, peut-être qu'il choquera, mais l'Afrique est une opportunité pour faire du business et pour préparer, effectivement, cette deuxième partie du XXIe siècle. Encore une fois, j'insiste là-dessus, c'est compliqué aujourd'hui, c'est perçu comme un risque.

Il faut donc aider ces entreprises, les accompagner, ne pas les accompagner, disons, en les portant à bout de bras, mais elles investissent et on les aide, la puissance publique les aide à régler les problèmes de gouvernance, les problèmes de dérisquing, en quelque sorte, des investissements.

8:55
Présentateur

D'autant qu'en plus, il y a la Chine et l'Inde qui, elles, sont totalement décomplexées sur ce point de vue-là en Afrique. Merci beaucoup, Jean-Marc Gravelini, chercheur à l'IRIS, spécialiste des enjeux sécuritaires et du développement, donc dans la zone sahélienne. Vous étiez l'invité du 5-7, merci à vous.