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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 31 mars 2026 23 min

Prix des carburants, transparence salariale, travail le 1er mai... Le "8h30 franceinfo" de Sophie Binet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Merci Sophie Binet d'être avec nous sur France Info alors que la guerre au Moyen-Orient frappe les Français au portefeuille. Le prix du gazole n'a jamais été aussi haut depuis 1992, 2,23 euros le litre. Face à cela, le gouvernement a débloqué des aides ciblées pour les pêcheurs, les agriculteurs, les routiers. Des aides ciblées car les caisses sont vides. On écoute la porte-parole du gouvernement Maude Bréjon.

0:28
Invité

Je crois qu'il est important d'avoir un discours de vérité. J'entends beaucoup d'oppositions politiques, notamment avec beaucoup de démagogie, des demandes de baisse de taxes qui avoisinent les 10 ou 15 milliards d'euros. Nous n'avons plus les moyens.

0:44
Présentateur

Est-ce que c'est démagogique, comme dit la porte-parole du gouvernement, de réclamer davantage Sophie Binet ?

0:49
Eric Binet

Non, moi ce que je veux commencer par dire, c'est que l'urgence absolue c'est d'arrêter cette guerre qui a déjà fait des milliers de morts civiles et qui est catastrophique pour l'ensemble des populations au plan mondial.

1:00
Invité

Mais ça ne dépend pas du gouvernement français. Comment ? Ça ne dépend pas du gouvernement français. Si, ça dépend en partie de la France, elle pourrait durcir le ton.

1:07
Eric Binet

Par exemple, j'observe un décalage entre le ton du gouvernement espagnol et le ton du gouvernement français. L'Espagne a condamné très explicitement cette guerre. L'Espagne a interdit le survol de son territoire aux avions américains.

1:19
Invité

Oui, mais ça n'arrête pas la guerre.

1:20
Eric Binet

A interdit l'utilisation d'eau.

1:21
Invité

On n'a pas le pouvoir en Europe d'arrêter la guerre là-bas.

1:23
Eric Binet

Ben, ça joue et ça envoie un signal. Aujourd'hui, le gouvernement français est quand même très mezzo-voce sur cette question-là, alors que c'est une guerre qui est complètement illégale et qui fait des milliers de morts et avec des catastrophes économiques.

1:35
Présentateur

Qu'est-ce que vous attendez de plus du gouvernement concrètement pour mettre fin à cette guerre, comme vous dites ?

1:38
Eric Binet

C'est ce que je viens de dire. Par exemple, de suivre l'Espagne et de monter une coalition européenne avec des pays qui condamnent explicitement cette guerre et qui durcissent le ton face aux Etats-Unis. On l'a fait en 2003 sur la guerre en Irak. Et là, la France est très silencieuse sur cette guerre qui est complètement illégale, qui est catastrophique et qui s'annonce comme devant durer des mois et des mois. On ne règle pas des problèmes démocratiques par des interventions militaires extérieures. En attendant. Après, il faut des mesures pour répondre à la situation économique.

Et encore une fois, le gouvernement est en dessous de tout, puisqu'on nous parle d'une situation au moins aussi grave que le choc pétrolier de 1973, qui a causé une crise économique majeure en France et dans le reste du monde. Et le gouvernement met en place des mesurettes dans lesquelles... Des mesurettes ?

2:24
Présentateur

70 millions d'aides sur le mois d'avril, ciblées pour ceux qui en ont le plus besoin selon le gouvernement. Pour vous, ce sont des mesurettes ?

2:30
Eric Binet

Oui, parce que ceux qui en ont le plus besoin selon le gouvernement, ce sont les entreprises. On n'entend pas parler des travailleurs et des travailleuses. Quand est-ce qu'on parle des aides à domicile, des infirmières, de tous les salariés qui ont besoin de prendre leur voiture pour aller travailler et qui ne peuvent pas joindre les deux bouts ? Nos salaires n'ont déjà pas retrouvé leur niveau de 2020. Alors là, maintenant, avec l'explosion des prix du carburant, on ne s'en sort pas.

2:53
Invité

Vous demandez une table ronde à Bercy. Si elle ne vous est pas accordée, que faites-vous ?

2:57
Eric Binet

Ça fait trois semaines qu'on demande au ministre de l'économie d'organiser une table ronde à Bercy avec les organisations syndicales et les organisations patronales pour faire le point sur la situation pour les salariés, mais aussi sur la situation économique, puisque nous sommes aussi très inquiets d'avoir de nouveaux chantage au licenciement à cause de cette situation économique. Et depuis trois semaines, nous n'avons aucune réponse. Encore une fois, Bercy se contente de parler au patron et ne s'adresse jamais aux travailleurs et aux travailleuses.

La première mesure qu'il faut mettre en place, c'est un blocage des prix de l'énergie, parce que cette augmentation des prix des carburants, elle est injustifiée. C'est de la pure spéculation.

3:35
Présentateur

Alors concrètement, qu'est-ce que vous demandez exactement ? Un blocage des prix du carburant, un blocage des prix du carburant. Donc c'est la même proposition que la France Insoumise. Mais ça, le gouvernement vous répond, c'est pas possible. Parce que si on plafonne à un prix trop bas par rapport au prix d'achat, les distributeurs, ils n'auront plus trop intérêt à vendre, donc ils pourraient vendre moins.

3:53
Eric Binet

Quand même. Évidemment, le but, c'est qu'ils ne vendent pas à perte. Et donc, il ne faut pas seulement plafonner le prix de vente aux consommateurs, mais plafonner aussi le prix de vente, en gros, des pétroliers vers les distributeurs. Le problème, ce n'est pas les marges dans la distribution. Le problème, c'est les marges des pétroliers. En 2025, Total a fait quasiment 15 milliards d'euros de bénéfices. Total a fait des bénéfices records en 2022 avec la guerre en Ukraine, quand les prix de l'énergie ont flambé. Donc on voit qu'il y a des profiteurs de guerre. Ce qu'il faut, c'est travailler sur les marges des pétroliers et les réduire. Les pétroliers ont des mois et des mois de stock.

Ces augmentations du prix de l'essence, du prix du gaz, du prix du carburant sont injustifiées. Et cette mesure, elle est simple à prendre. Ça existe dans les Outre-mer. Ça existait en France jusqu'en 1983. Elle ne coûte rien aux caisses de l'État. Et ça permettrait déjà de stabiliser les prix.

4:43
Présentateur

Ça coûte rien aux caisses de l'État. Et ça baisse les prix d'essence pour tout le monde. Oui, tout à fait. Vous, vous assumez que les plus riches, qui n'ont pas forcément besoin d'aide, payent l'essence moins cher ?

4:52
Eric Binet

Les plus riches doivent payer des impôts. C'est à ça que doit travailler le gouvernement. Et je note d'ailleurs qu'il y a des dizaines et des dizaines de milliardaires qui ne payent pas d'impôts en France. C'est un problème. C'est d'ailleurs les chiffres de Bercy.

5:02
Invité

Mais l'essence, ils peuvent la payer moins cher ? Oui. Et comme le disait Agathe, on est à 2,23 euros le litre de gazole. Quelque carburant le plus utilisé en France. On était à 1,72 euros en février. Donc, c'est plus 51 centimes le litre en mois. C'est colossal. Vous êtes donc pour une espèce de gel des prix. C'est ça, un blocage des prix. Combien ça coûterait ? Est-ce que vous avez budgété ça ? Parce que ça doit coûter une fortune, j'imagine.

5:21
Eric Binet

Ben non, justement. Le blocage des prix, l'intérêt, c'est que ça ne coûte rien aux caisses de l'État.

5:25
Invité

Indirectement, forcément.

5:27
Eric Binet

Non, justement. En fait, ça bloque, ça empêche les pétroliers de se faire des marges sur notre dos. Donc, c'est ça, l'intérêt de cette mesure. C'est qu'elle est immédiate et qu'elle est neutre pour les finances publiques. J'appelle d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à signer la pétition lancée par une aide à domicile syndiquée à la CGT pour bloquer les prix des carburants. Vous la retrouvez sur le site cgt.fr. Une aide à domicile. D'accord. Parce que les aides à domicile, elles passent leur journée dans leur voiture. Leurs indemnités kilométriques déjà sont insuffisantes aujourd'hui pour prendre leurs frais.

et elles n'ont même pas été revalorisées alors que leurs salaires sont très loin du SMIC, en dessous.

5:59
Présentateur

Vous parlez de mesurettes de la part du gouvernement. On a aussi le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, qui hier s'est dit prêt à mettre en place des mesures de chômage partiel pour soulager les entreprises qui ont une baisse d'activité. Alors ça aussi, ça représente 70 millions d'euros. Mais c'était déjà budgété dans le budget 2026. Ce n'est pas suffisant pour vous ?

6:19
Eric Binet

Rien de neuf sous le soleil. Ce sont des mesures qui existent déjà et que le ministre recycle. Donc oui, c'est utile. Mais ce n'est pas ça qui va répondre à l'explosion des prix de l'énergie pour les entreprises. Ce qu'il faut, c'est aussi revoir la fixation des prix de l'énergie, revenir sur des prix régulés. Parce que là, il y a les deux tiers des entreprises et des ménages qui s'approvisionnent sur des prix qui changent à chaque heure en fonction des prix du marché. Il faut revenir sur des tarifs de long terme. Il faut réguler les prix d'énergie. Ah oui, tout à fait. Et que les prix de l'énergie dépendent du prix de production et pas du marché et de la spéculation. C'est une aberration.

6:55
Invité

On voit monter dans le débat public le parallèle avec la crise des Gilets jaunes en 2018 qui était partie, on le sait, un peu de la même racine de l'exployant des prix mais qui était inférieure en 2018. Est-ce que pour vous, c'est comparable ? Est-ce que vous craignez à nouveau une crise comme celle des Gilets jaunes en France ?

7:10
Eric Binet

La situation est comparable, voire pire, puisque nos salaires n'ont pas retrouvé leur niveau de 2020 suite à la crise inflationniste. Donc on est déjà dans un contexte où les salaires sont trop faibles. Et là, on a tout d'un coup les prix de l'énergie qui explosent, sachant derrière que ça risque d'être suivi par les prix de l'alimentaire parce qu'on sait que le coût du fret va augmenter, que le coût des engrais augmente aussi fortement. Donc c'est une inflation globale qui se prépare. D'ailleurs, l'INSEE a dit qu'il y aurait probablement 2% d'inflation en mai

7:42
Présentateur

alors qu'on était à 0,9% en février. Ce qui était plutôt bas par rapport à la zone euro.

7:47
Eric Binet

Tout à fait. Et le problème, c'est que les salaires ne suivent pas. La CGT demande une mesure toute simple, indexer les salaires sur les prix pour que les salaires cessent de baisser quand les prix augmentent. C'est ça le problème aujourd'hui.

7:58
Présentateur

Ça, c'est ce que vous demandez en ce moment. D'ailleurs, il y a des négociations salariales. Il faut prendre en compte cette hausse à venir de l'inflation dans les discussions en cours.

8:07
Eric Binet

Oui, tout à fait. Il faut d'une façon générale et permanente indexer les salaires sur les prix. Ça existe en Belgique, ça existe au Luxembourg, ça existait en France aussi jusqu'à 1983. C'est la meilleure protection pour justement protéger les travailleurs et les travailleuses et faire en sorte que le travail continue à payer. Aujourd'hui, il y a des millions de travailleurs et de travailleuses qui bossent dur, mais qui n'arrivent même pas à remplir leur frigo et à payer leur loyer.

8:32
Présentateur

Il y a quand même la prime d'activité qui est revalorisée de 50 euros dès aujourd'hui pour 4,5 millions de travailleurs. Ça aussi, c'était une mesure issue des négociations sur le budget 2026. Ça, vous reconnaissez que ça va dans le bon sens ? C'est mieux que rien.

8:49
Eric Binet

Le problème, c'est que ça coûte très cher pour les finances publiques et que c'est au patronat quand même de payer les salaires et d'augmenter les salaires. Le problème, c'est qu'on a une stagnation salariale avec le SMIC qui n'a pas été augmenté depuis 13 ans, enfin qui n'a pas eu de coup de pouce depuis 13 ans, et les salaires qui s'alignent sur le SMIC avec une spinkardisation de la société française, un grand déclassement, notamment pour les femmes. Les SMICards sont d'abord des SMICards 2, c'est plus de 60% des personnes payées au SMIC qui sont des femmes. Et puis, je rappelle qu'en France, on a un SMIC mensuel, on a un SMIC horaire, mais on n'a pas de SMIC mensuel.

Il y a des millions de personnes qui n'ont même pas le SMIC par mois parce qu'elles sont concentrées sur des emplois à temps partiel. 3 millions de femmes qui sont sur des emplois à temps partiel qui gagnent moins que le SMIC mensuel. Déjà, le SMIC n'est pas suffisant pour vivre, mais alors quand on n'a que 1 000 euros en moyenne, comme c'est le cas des salariés à temps partiel, comment on fait ? Donc, il y a un problème. La France est un pays de bas salaire. C'est un problème de déclassement massif du monde du travail. Et pour y répondre, il faut augmenter les salaires et les indexer sur les prix.

9:48
Invité

Et augmenter les salaires, c'est ce que demandent justement les enseignants. Un enseignant sur trois de maternelle et d'alimentaire est en grève aujourd'hui à en croire le décompte de l'intersyndical de l'éducation nationale pour demander à la fois une revalorisation de salaire et aussi protester contre les nombreuses fermetures des classes, sachant que le gouvernement prévoit de supprimer 4 000 emplois d'enseignants. Le gouvernement parle notamment d'un argument démographique. Ils disent qu'ils suivent la courbe et diminution de nombre d'enfants par classe. Qu'est-ce que vous répondez sur le fond à cet argument-là notamment ?

10:14
Eric Binet

Ce que je réponds, c'est que toutes celles et ceux qui nous écoutent savent qu'il y a des milliers et des milliers d'enseignants et d'enseignantes qui ne sont pas remplacés. Aujourd'hui, c'est une plaie, le non-remplacement des enseignants et des enseignantes. Et donc, c'est pour ça qu'il ne faut pas supprimer des postes. La baisse démographique, elle doit permettre d'améliorer les conditions de travail, d'améliorer le taux d'encadrement des élèves pour élever le niveau. On a un niveau qui baisse depuis des années. Donc, c'est une catastrophe pour l'avenir de supprimer des postes.

Et aujourd'hui, ce que je tiens à dire, c'est que la colère, elle est très importante chez les enseignants et les enseignants, avec le sentiment qu'ils ne peuvent plus faire leur métier correctement et qu'en plus, ils et elles sont totalement déclassés puisque, je rappelle que les enseignants et les enseignantes français sont parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE. En Allemagne, les enseignants et enseignantes gagnent deux fois plus qu'en France.

11:00
Invité

Je vous cite juste Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale, lundi à Lyon, qui dit « Nous aurons perdu dans le premier degré 1 million d'élèves entre 2019 et 2029 sur 6,5 millions ». Donc, encore une fois, l'argument démographique pour vous n'est qu'un faux prétexte, un alibi ?

11:13
Eric Binet

En fait, l'argument démographique, c'est un argument comptable et la baisse du nombre d'élèves, elle devrait permettre justement d'améliorer la qualité de l'enseignement. On sait que tout se joue dans les premières années, notamment en primaire. On sait aussi qu'il y a des milliers d'élèves qui n'ont pas d'enseignants ou d'enseignantes en phase 2 parce qu'il n'y a pas assez de postes de remplacement.

Ce qu'il faut, c'est utiliser cette baisse démographique pour reconstituer le vivier de remplacement, pour baisser aussi le nombre d'enseignants et d'enseignantes contractuels qui sont très précaires et qui sont moins bien formés, et pour améliorer les conditions d'enseignement et d'éducation de nos enfants. C'est la priorité, c'est l'avenir, c'est un investissement pour l'avenir. Avec ces suppressions de postes, on tourne le dos à notre avenir.

11:52
Présentateur

Et comment il faudrait les rémunérer, les enseignants ? Vous dites qu'ils ne sont pas assez payés, ils ont été revalérosés malgré tout ces dernières années. Emmanuel Macron en avait fait une priorité, ce n'est pas suffisant, qu'est-ce qu'il faudrait ?

12:02
Eric Binet

Il faut augmenter le point d'indice des fonctionnaires. Je rappelle que dans la fonction publique, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 25% depuis 20 ans parce que le point d'indice est gelé encore cette année. Et donc, ça pose d'abord un problème de justice et puis ça pose un problème d'attractivité. On n'arrive plus à recruter sur les métiers de fonctionnaires parce que, par exemple, pour revenir sur les enseignants et enseignantes, ils et elles sont payés 25% de moins que des diplômés de l'enseignement supérieur qui travaillent dans le privé.

Donc, à un moment, il y a de moins en moins de personnes qui ont envie de venir travailler dans l'éducation nationale, même si celles et ceux qui sont enseignants et enseignantes aujourd'hui ont une vocation très importante, le font par conviction. Et aujourd'hui, s'il y a une telle colère, c'est qu'on a le sentiment qu'on ne peut plus bien faire notre métier.

12:44
Présentateur

Avec Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, plus de transparence sur les salaires. Paul, c'est une conséquence d'une directive européenne.

12:57
Invité

Exactement. Adoptée en 2023, elle va obliger les entreprises à plus de transparence sur ses salaires, mais elle doit encore être transposée en France. D'ici cet été, le ministre du Travail était venu à votre place, Madame Binet, pour nous donner l'esprit de la loi. La transparence est la base du progrès. Donc on va bien sûr transposer tout simplement cette directive. D'abord, c'est la loi européenne que chaque pays membre transpose la directive. Et on a une date qui est autour du 1er juin, 1er juillet. On va au moins engager la loi de transposition pour qu'elle soit votée le plus rapidement possible. Est-ce que vous êtes d'accord pour dire que la transparence est la base du progrès ?

13:29
Eric Binet

Cette directive, c'est une grande avancée que les syndicats ont gagnée au plan européen, que nous avons gagnée. On s'est mobilisés pendant des années avec toutes les organisations syndicales européennes pour gagner ça. Le problème, c'est que la France fait tout pour ne pas transposer cette directive. Le premier souci, c'est qu'il n'y a pas de calendrier.

13:48
Invité

Normalement, c'est le 7 juin.

13:49
Eric Binet

Mais oui, et pour l'instant, ce n'est toujours pas inscrit à l'ordre du jour du Parlement. Ça fait deux ans qu'on demande au gouvernement d'ouvrir des négociations pour transposer cette directive. Ils se sont réveillés il y a seulement quelques semaines. Et là, ce n'est même pas inscrit à l'ordre du jour du Parlement. Tant et si bien qu'on ne sait même pas si ça sera adopté avant les élections présidentielles de 2027.

14:07
Présentateur

Mais pourquoi, selon vous, vous pensez qu'il y a une volonté délibérée de ne pas inscrire ce texte ? Ou alors, c'est parce qu'il n'y a pas beaucoup de temps pour examiner ce texte ? Il y a deux problèmes.

14:16
Eric Binet

D'abord, le patronat est très opposé à ce texte parce que, par principe, il est opposé à toute nouvelle obligation sur les entreprises. Et en matière d'égalité salariale, moi, ça fait 10 ans que je m'occupe de ces questions-là. Et à chaque fois, le patronat a toujours mené une bataille pied à pied pour empêcher tout avancé pour les femmes. Donc ça, c'est le premier souci. Et puis à chaque fois, le gouvernement baisse la garde face au patronat. Et le deuxième problème, c'est que dans l'agenda parlementaire, le gouvernement fait le choix de prioriser plein d'autres sujets au détriment des travailleurs et des travailleuses. Qu'est-ce que vous demandez ce matin ?

Ce que nous demandons, c'est que cette loi soit inscrite à l'agenda parlementaire avant l'été, au plus vite. La deuxième chose que nous demandons, c'est qu'il y ait des sanctions, parce qu'à ce stade, il n'y a toujours pas de sanctions pour les entreprises qui discriminent. C'est un peu comme si on disait...

15:02
Invité

Il y en a une si l'écart femmes-hommes, l'écart de rémunération dépasse 5% sans justification objective. Là, il y a des sanctions qui sont prévues.

15:08
Eric Binet

Non, pas du tout. Là, il y a une obligation de discuter avec les syndicats. Et s'il n'y a pas d'accord avec les syndicats, l'employeur peut faire un plan unilatéral. Et il y a des sanctions s'il n'y a pas de plan unilatéral.

15:18
Invité

Il y a quand même des sanctions qui sont prévues.

15:19
Eric Binet

Oui, sauf que c'est très facile. Pas d'obligation de conclure un accord avec les syndicats et encore moins d'obligation de supprimer les écarts. Je rappelle qu'il y a quand même 25% d'écart de salaire entre les femmes et les hommes et que discriminer, c'est interdit depuis 50 ans.

15:35
Présentateur

Justement, 7% d'écart chez les cadres entre les femmes gagnaient 7% de moins que les hommes à postes et profils identiques. Est-ce que vous pensez que cette directive, ça peut vraiment corriger cela ?

15:47
Eric Binet

En fait, c'est justement ça le problème. C'est que quand on parle d'égalité salariale, il ne faut pas fonctionner toutes choses égales par ailleurs parce que toutes choses sont inégales par ailleurs. Les femmes et les hommes n'occupent pas les mêmes métiers, n'ont pas les mêmes carrières. Et donc, c'est justement le but de cette directive d'obliger à comparer des métiers différents mais de valeurs égales selon la loi. Par exemple, il faut comparer entre une sage-femme et un ingénieur hospitalier qui ont le même niveau de qualification, la même pénibilité, la même technicité. Et quand on compare, on voit que l'ingénieur hospitalier est payé 30% de plus que la sage-femme.

Et c'est comme ça sur tous les métiers féminisés.

16:23
Invité

Il y a un argument du patronat que je trouve intéressant et que je vous soumets. Ils disent que cette transparence salariale risque à la machine à café d'alimenter des comparaisons potentiellement malsaines entre collègues et de créer des tensions dans l'entreprise. Qu'est-ce que vous leur répondez là-dessus ?

16:35
Eric Binet

Justement que le problème, c'est qu'il y a beaucoup trop d'opacité en matière de rémunération et que ces 20-30 dernières années, la stratégie patronale a été d'individualiser les rémunérations avec toujours plus de primes et toujours plus d'arbitraire. Et donc que cette directive, elle va faire beaucoup de bien parce qu'elle va permettre de remettre un peu d'ordre, un peu d'égalité et de sérénité. Et quand il y a un sentiment d'injustice chez les salariés, c'est ce qu'il y a de pire parce qu'on a le sentiment que le travail n'est pas reconnu. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui au travail et notamment pour les femmes. Plus il y a de primes, plus c'est discriminant pour les femmes.

17:07
Présentateur

La loi sur la lutte contre les fraudes fiscales et sociales revient à l'Assemblée nationale. L'objectif, c'est de mieux détecter, mieux sanctionner ces fraudes aussi. Par exemple, sur 14 milliards d'euros de fraudes sociales estimées en 2025, le gouvernement espère en récupérer 1 à 2 milliards à court terme. Est-ce que vous reconnaissez sur le principe que c'est nécessaire ?

17:31
Eric Binet

Sur le principe, oui. Mais le problème, c'est que cette loi, c'est un hors-sujet. Parce que ce qu'il faut commencer par dire, c'est ce que c'est que la fraude sociale. Aujourd'hui, l'essentiel de la fraude sociale, c'est des patrons voyous, peu scrupuleux, qui ne déclarent pas leurs salariés, qui les font soit travailler au noir, soit qui ne rémunèrent pas les heures supplémentaires.

17:47
Invité

C'est l'essentiel des patrons ? Il n'y a pas aussi les employés parfois qui fraudent ?

17:50
Eric Binet

Quelques-uns, mais c'est beaucoup plus marginal en fait. Par exemple, la fraude aux allocations chômage, c'est 0,2% des personnes qui sont au chômage qui fraudent. Donc c'est quasiment rien.

18:02
Invité

Elle est par essence difficile à jauger cette fraude, puisque les fraudeurs, ils ne sont pas toujours détectés.

18:06
Eric Binet

Oui, mais c'est les chiffres. Il y a des évaluations, ce n'est pas les chiffres de la CGT, c'est les chiffres officiels. Sachant que de l'autre côté, il y a quasiment un tiers des personnes qui ne font pas leur demande de droit, alors qu'il est elle, il y aurait droit. Il y a un tiers de non-recours aux droits, parce que c'est beaucoup trop compliqué en fait, de se repérer dans le maquis des allocations chômage, etc.

18:25
Présentateur

Néanmoins, est-ce qu'il faut sanctionner ces fraudes ? Et notamment celles aux allocations chômage, est-ce qu'il faut les sanctionner ? Il faut sanctionner les fraudes, mais là où elles sont.

18:34
Eric Binet

C'est-à-dire que, par exemple, cette loi sur la fraude sociale, ce qu'elle devrait faire, c'est commencer par s'attaquer sur la sous-traitance. Plus il y a de niveaux de sous-traitance, plus il y a d'abus des employeurs, avec du travail au noir, des heures subs non déclarées, des accidents du travail, etc. Et cette loi ne fait rien là-dessus. Il faudrait limiter le nombre de niveaux de sous-traitance. Sur ce qui concerne les allocations chômage, ce qui est scandaleux, c'est que les députés ont voté une sanction préventive. Ça n'existe nulle part. Là, ils inventent une sanction préventive.

19:01
Présentateur

En cas d'indice sérieux de manœuvre frauduleuse ou de manquement, notamment, c'est ça, les allocations pourront être suspendues. Mais c'est ça, c'est très choquant.

19:08
Eric Binet

Sur une présomption de fraude, on suspend les allocations par avance. Alors que je rappelle que quand on est privé d'emploi, les allocations chômage, c'est environ 1 000 euros par mois. Ça veut dire qu'on n'a aucune économie, on n'a aucune marge de manœuvre. Donc on suspend les allocations chômage sur un simple soupçon. Pendant deux mois, c'est directement l'expulsion locative, le surendettement, des enfants qu'on ne peut pas nourrir. C'est de ça dont on parle concrètement. C'est un scandale.

19:31
Présentateur

Sophie Binet, une autre loi, une loi de renaissance, vise à autoriser le travail le 1er mai pour certaines professions, comme les boulangers, les fleuristes. Ce texte sera examiné le 10 avril à l'Assemblée. Est-ce qu'il faut faire des exceptions pour les artisans qui le réclament ?

19:47
Eric Binet

Aujourd'hui, il y a déjà des exceptions sur le 1er mai. C'est-à-dire que les artisans peuvent travailler le 1er mai. La condition, c'est qu'ils n'ont pas le droit de faire travailler leurs salariés. Oui, parce que parfois, ils se font sanctionner quand ils travaillent le 1er mai. C'est compliqué. Non, quand ils font travailler leurs salariés, s'ils travaillent eux-mêmes, ils ne se font pas sanctionner. Et d'ailleurs, en fait, cette loi, à l'origine de cette loi, il y a trois boulangeries sur 35 000 qui ont été sanctionnées en 2024. Et c'est à cause de trois boulangeries que les macronistes, la droite et l'extrême droite s'unissent pour essayer de nous voler le 1er mai.

Il faut quand même remettre les choses à leur place. Et en plus, ces trois boulangeries, ce n'est pas trois boulangeries artisanales.

20:22
Présentateur

Vous dites nous voler le 1er mai, mais si certains artisans veulent travailler, et si des salariés veulent travailler et être payés davantage ? Qu'est-ce que ça vous enlève à vous ?

20:29
Eric Binet

En fait, c'est exactement la même histoire que sur le travail du dimanche. Le travail du dimanche, on nous avait dit, ça va être au volontariat, ça va être majoré. Regardez ce qui se passe pour le travail du dimanche aujourd'hui. Très souvent, il n'est même plus majoré. Quant au volontariat, quand on se présente pour travailler dans la grande distribution, par exemple, le travail du dimanche s'est imposé, c'est de fait, parce que la grande distribution est ouverte le dimanche. Donc on sait bien que le volontariat et la majoration, c'est au début pour faire passer la pilule, et puis après, ça disparaît.

Ensuite, ce qu'on sait, c'est que quand on crée une brèche, comme ce qu'ils veulent faire avec cette proposition de loi sur le 1er mai, derrière, on crée une dérogation, et c'est toute la règle qui est remise en cause. Moi, ce que je veux dire ici, c'est que le 1er mai, ce n'est pas une journée comme les autres. C'est notre journée. C'est la journée des travailleurs et des travailleuses que nous avons arrachée par la lutte. Dans le sang aussi, il y a des ouvriers, des ouvrières surtout, qui sont mortes pour avoir ce droit-là. C'est une journée internationale. 163 pays du monde ont le 1er mai comme jour férié.

Si la France revient sur le 1er mai comme jour chômé et férié, ce serait un signal catastrophique au plan international. Et ce qui me choque, c'est que dans ce contexte où on n'arrive pas à joindre les deux bouts, où les prix de l'énergie explosent, où les licenciements se multiplient, que les députés n'aient pas d'autre priorité que de nous voler le 1er mai. Donc, j'appelle toutes celles et ceux qui nous écoutent à interpeller les députés sur alloparlement.fr pour leur demander d'arrêter cette hérésie et de ne pas voter cette loi.

21:50
Invité

Sophie Binet, il est 8h57 sur France Info et vous le savez peut-être, c'est l'heure de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux de France Info ce matin. La question qui réunit ceux qui s'aiment. L'hymne à l'amour, je suis prête, c'est le message affiché cette nuit sur la tour Eiffel pourpre. Céline Dion revient après des années loin de la Seine, marquées par la maladie, avec une envie intacte de continuer. Est-ce que la patronne de la CGT aime Céline Dion elle aussi ?

22:16
Eric Binet

Je pense qu'elle a une voix assez impressionnante. C'est une combattante, donc ça c'est une qualité qu'on aime à la CGT. Après, ce n'est pas forcément mon style de musique, mais je comprends que beaucoup l'apprécient.

22:29
Présentateur

Vous n'êtes pas très enthousiaste, vous ne vous prendrez pas votre billet pour écouter Céline Dion ? C'est un peu trop cher. Et pas une chanson qui vous plaît plus qu'une autre ? Je ne connais pas particulièrement son répertoire non plus. Donc Sophie Binet, pas très fan de Céline Dion. Merci beaucoup Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Merci Paul. Merci, à demain. A tout de suite les informer avec Renaud Dely.