🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview de Raphaël Glucksmann sur RMC
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Mais d'abord sur la colère des agriculteurs. On l'entendait ce matin. Certains tracteurs, un grand nombre, sont en train de se diriger vers Marseille il y a quelques jours de l'ouverture du congrès de l'agriculture, du salon de l'agriculture. C'est une question européenne. Aujourd'hui, est-ce que vous estimez que l'Europe a fait le job pour aider les agriculteurs, sans quoi ils vont revenir massivement dans les rues ?
Non, l'Europe n'a pas encore fait le job. Et le job, ce sera la réforme de la politique agricole commune, qui sera un des premiers dossiers de la mandature qui va s'ouvrir après les élections du 9 juin. Vous savez, on a mis des pansements sur des plaies ouvertes. Mais ces pansements ne vont pas résoudre la crise de l'agriculture. Et la crise de l'agriculture, c'est deux choses en priorité. D'abord, une concurrence déloyale qu'on impose à nos agriculteurs à cause de politiques commerciales complètement iniques.
Vous aviez voté contre les derniers... Les accords de libre-échange.
On laisse rentrer sur le marché européen des produits qui ne respectent pas les mêmes normes, les normes qu'on impose à nos producteurs. Quand on fait cela, on ne sauve pas la planète. On tue nos agriculteurs et on tue nos producteurs. Et la deuxième chose, c'est la politique agricole commune. Et je pense qu'il y a une immense hypocrisie depuis le début de la crise agricole et depuis l'expression de la colère des agriculteurs. L'immense hypocrisie, c'est que des gens qui ont voté pour cette politique agricole commune, qui réservent 80% des subventions à 20%, 80% des exploitations les plus grosses, celles qui s'en sortent le mieux, vont accaparer la colère des agriculteurs.
Mais de qui vous parlez ? Vous parlez des macronistes ? Vous parlez du RN ? Vous parlez de qui ?
Je parle des macronistes, je parle du RN, je parle de la droite et je parle aussi en partie de la FNSA. Vous n'aviez pas voté ? Ce n'est pas que vous ? Non. Nous, on avait voté contre pour une raison très simple. C'est qu'on veut une politique agricole commune qui réponde à la crise sociale des agriculteurs, qui finance non plus simplement l'hectare et la production, mais qui finance l'emploi et l'utilité écologique et sociale. Et donc... Aujourd'hui, vous avez une situation où les subventions publiques européennes favorisent les plus gros. Elles accroissent les inégalités au lieu de les résorber. Et ça, ça n'a pas été mis assez sur le tapis. Ça n'a pas été mis assez au cœur du débat.
Et donc nous, ce qu'on veut porter au Parlement européen, c'est une réforme profonde de la PAC. Oui, et c'est aussi créer une politique agricole et alimentaire commune pour s'occuper de toute la chaîne, pour faire en sorte que les marges complètement délirantes qui sont faites par l'agro-industrie et par les distributeurs, eh bien finalement finissent dans la poche des producteurs et des productrices. Alors on va rentrer...
On va rentrer dans le détail de cela parce que, par ailleurs, vous êtes quand même un des défenseurs du Green Deal européen, dont on sent qu'il est quand même fragilisé aussi par les gages qui sont donnés aux agriculteurs. Mais je voudrais qu'on rentre dans le très concret, à la fois sur la question de la concurrence et notamment avec le fameux poulet ukrainien, et puis avec la question de la manière dont les prix sont faits. Vous parlez de la grande distribution ou des industriels qui se feraient des marges sur l'agriculture. Il y a cette fameuse loi EGalim. Et on s'est rendu compte...
On s'est rendu compte au fur et à mesure de cette crise des agriculteurs que la loi EGalim était une sorte d'écran de fumée, puisque dans le même temps, les négociations, elles se font en réalité en dehors de l'hexagone. Est-ce qu'il n'y a pas un problème structurel en Europe d'avoir fait le marché ouvert d'un côté et des règles... En fait, à quoi servent encore les règles françaises ?
Vous devriez être candidate aux élections européennes. Parce qu'en fait, oui... Ça, c'est votre rôle.
Mais c'est ça le problème. Je pointe les absurdités. Mais oui, c'est ça le problème.
C'est qu'en fait, on a fait... Mais ce n'est pas simplement sur l'agriculture. Ça se retrouve sur plein de sujets. C'est inquiétant. Oui, c'est très inquiétant. Et c'est bien pour ça que moi, je m'engage...
Vous continuez à défendre l'Europe ?
Mais justement, on a fait le marché unique. Donc maintenant, on a deux solutions. Soit on applique les mêmes règles partout sur ce marché unique, soit on sort du marché unique. Si vous sortez du marché unique, la France s'effondre. C'est le Venezuela Chavez, la France, si on sort du marché unique. Par contre, une fois que vous avez un marché unique, où il y a la libre circulation des marchandises, il faut les mêmes règles partout. Il faut que les mêmes lois s'appliquent partout.
Donc il faut plus de cohérence européenne. Est-ce que ça va nous tirer vers le haut ou est-ce que ça va nous tirer vers le bas ?
Mais ça va nous tirer vers le haut. Regardez, vous prenez toute la concurrence déloyale, par exemple avec la cerise espagnole ou l'italienne. L'enjeu, c'est quoi ? C'est est-ce qu'on va supprimer l'ensemble des règles ou est-ce qu'on va mettre les mêmes règles partout pour qu'il n'y ait plus de concurrence déloyale ? Quand vous avez un contournement de la loi EGalim, parce qu'en Europe, il n'y a pas des mêmes normes, ce qu'il faut porter, c'est une politique agricole et alimentaire commune à l'échelle européenne. En fait, aujourd'hui, l'Europe est à la croisée des chemins. On a fait l'Europe à moitié. On a fait un marché unique.
Et ce marché, je suis désolé, mais c'est le levier de puissance qu'on a aujourd'hui. C'est quasiment le seul. On est le premier marché du monde parce qu'il est intégré. Et donc aujourd'hui, l'enjeu, c'est quoi ? C'est de transformer ce marché en ensemble de règles cohérentes. C'est pareil sur la concurrence fiscale.
Là-dessus, vous dites au fond, comme Emmanuel Macron qui finit par dire qu'il faut un EGalim non pas seulement français, mais européen.
Et c'est ce que nous, on portera. Mais simplement, Emmanuel Macron, quand il envoie au Parlement européen des gens pour négocier la politique agricole commune, il envoie des gens qui vont négocier au nom des lobbies agro-industrielles et qui bloquent toute évolution. Donc si vous voulez une politique agricole commune qui serve réellement...
Donc il dit d'un côté ce qu'il ne fait pas de l'autre ?
Ce n'est pas une surprise pour vous, je suppose. Emmanuel Macron, ça lui arrive souvent.
Après, la question là, aujourd'hui, c'est de savoir si on a menti aux agriculteurs. Si on leur a dit, on va s'occuper du problème d'Egalim, on va s'occuper de la PAC, et qu'en réalité, on ne le fait pas.
Ce qu'il faut, c'est porter une réforme de la politique agricole commune. Vous ne pouvez pas avoir une politique... Vous savez, c'est quand même 30% du budget européen. C'est des subventions massives. Oui, mais vous continuez à défendre cette Europe, Raphaël Guttmann,
qui a condamné, notamment, regardez, même la France. Bercy s'était rendu compte des entourloupes des centrales d'achat. La manière dont, en effet, les grands distributeurs contournent la loi Egalim et vont négocier leurs prix ailleurs. Bercy lui-même a pointé du doigt le problème de la centrale d'achat de Leclerc, qui en réalité... Allait négocier ses prix en Belgique. Mais vous savez quoi ? C'est la juridiction européenne qui a condamné Bercy et qui a donné raison à Leclerc.
Vous voulez que ça change ? Vous voulez que ça change, ça ?
Mon problème, ce n'est pas moi. C'est les gens qui vous écoutent.
Les gens qui nous écoutent veulent que ça change. Eh bien, il faut une majorité de gauche au Parlement européen. Parce que nous avons lutté contre ça. Mais vous changerez vraiment ça ?
Vous allez aller contre la juridiction européenne ?
Vous allez aller contre la Cour de justice de l'Union européenne ? La juridiction, ce n'est pas les lois de Moïse gravées dans le Maroc. C'est le produit d'un rapport de force politique. Vous voulez une Europe qui protège ? Eh bien, vous devez vous saisir de votre bulletin de vote et aller aux élections. Parce que ça joue là-dessus. Vous savez, c'est comme la France. L'Europe, c'est ce qu'on en fait. Et donc, c'est les majorités politiques qui décident des orientations politiques prises par l'Union européenne. Et si vous voulez que cela change, si vous voulez qu'on aussi... Il y a une autre chose qui est très peu dite.
C'est qu'en fait, la politique agricole commune, elle a complètement changé à partir du moment où on l'a alignée sur les objectifs de l'OMC. C'est-à-dire qu'on a découplé les subventions. Et en réalité, ce qu'on a fait, c'est qu'on a empêché la politique publique de répondre aux crises sociales et de répondre aux catastrophes. Donc en fait, quand vous avez par exemple une année avec des excellentes productions, eh bien, vous ne pouvez pas moins subventionner et vous ne pouvez pas plus subventionner quand vous avez une année difficile.
Donc c'est inadapté à la réalité.
Bien sûr. Et ça, c'est le produit du dogmatisme néolibéral qui a dominé les politiques européennes pendant 30 ans. Mais ce dogmatisme-là, il est le produit de quoi ? Il est le produit qu'on envoie des majorités conservatrices qui vont défendre la politique agricole commune telle qu'elle est, aussi injuste qu'elle soit, au Parlement européen. Et donc c'est pour ça que ces élections, elles sont fondamentales. En fait, si vous voulez, si vous avez à la tête de l'Europe Jacques Delors ou Barroso, eh bien, ce n'est pas la même Europe. De la même manière qu'en France, quand vous avez une majorité politique, les politiques, elles changent.
Et vous ne voulez pas quitter la France parce que les politiques ne vous conviennent pas.
Donc vous dites qu'on ne va pas quitter l'Europe parce qu'aujourd'hui, l'Europe telle qu'elle est dirigée n'est pas la nôtre. Mais on va la changer. Raphaël Glucksmann, on a compris là-dessus sur la PAC, mais sur l'Ukraine. Je voudrais comprendre une chose. Vous êtes un des soutiens depuis toujours de l'Ukraine, mais en particulier, évidemment, depuis la tentative d'invasion russe. Les droits de douane avec l'Ukraine. L'Union européenne a décidé d'une mesure exceptionnelle, baisser les droits de douane entre l'Ukraine et l'Union européenne par solidarité avec le peuple ukrainien. Est-ce que vous continuez ça ?
Est-ce que vous estimez qu'il faut continuer à maintenir ces droits de douane bas ?
Il faut continuer à maintenir ces droits de douane bas parce que la chute de l'Ukraine, ce serait la déstabilisation de l'ensemble du continent européen. Je vais vous prendre un exemple très concret.
Attendez, parce que Raphaël Glucksmann, là, pour moi, il y a une contradiction. Vous dites d'un côté, il faut faire attention à la concurrence qui serait une concurrence déloyale et il faut imposer les mêmes normes. Aujourd'hui, le poulet ukrainien. Je voudrais quand même qu'on précise les choses pour que les gens comprennent. Non mais, Raphaël Glucksmann, vous ne pouvez pas là juste dire sur la morale le fait qu'il faut. Alors moi, je ne parle pas de morale.
Vous parlez de solidarité. Je ne parle pas de morale. Je parle de notre intérêt vital en tant qu'Européens. Si l'Ukraine s'effondre, c'est notre sécurité qui est en jeu.
Mais si l'économie française s'effondre, est-ce que ce n'est pas notre sécurité qui est en jeu ? Dans le contexte qui est celui-là, on a entendu Bruno Le Maire tirer le signal d'armes.
Il y a deux exemples qu'on cite tout le temps. C'est le poulet ukrainien et aussi le miel ukrainien. Qui ne respectent pas les mêmes normes de production et qui rentrent sur notre marché par acte de solidarité décidée au moment de l'invasion.
Et renouvelé il y a quelques semaines par la Commission européenne.
On parle du miel ukrainien beaucoup plus qu'on parle du miel chinois. Or, les proportions sont incomparables. On a aujourd'hui sur le marché européen des produits qui viennent de la terre entière et qui ne respectent pas nos normes. Alors je veux bien qu'on commence par l'Ukraine alors que l'Ukraine, il y a un intérêt stratégique vital pour les Européens.
Donc vous dites que ce n'est pas pire qu'ailleurs ?
En fait, puisque les chinois le font, pourquoi on ne le fait pas avec l'Ukraine ? Non, ce que je vous dis, c'est qu'on a aucun intérêt à laisser rentrer des produits chinois ou des produits mexicains ou des produits brésiliens parce que ce n'est pas un enjeu vital pour nous. Et ukrainien ? Et que par contre, on peut faire une exception sur l'Ukraine. Donc on peut faire rentrer
du mauvais miel parce que c'est du mal ukrainien ?
Non, on peut faire rentrer des produits ukrainiens en demandant à l'Ukraine d'harmoniser ses normes avec les nôtres. Et c'est pour ça que le processus d'intégration de l'Ukraine aux normes européennes est si essentiel. Parce qu'en fait aujourd'hui, on a ouvert notre marché. On a ouvert notre marché. Mais on n'impose aucune norme qui corresponde à celle qu'on impose à nos producteurs.
Vous noyez dans le miel. Mais moi, je voudrais quand même, Raphaël Glucksmann, vous reposer la question sur le poulet. Parce que sur le poulet, c'est pas tout à fait comme sur le miel. On a des chiffres. On sait que précisément aujourd'hui, la moitié du poulet qui est consommé en France vient d'Ukraine. C'est notamment le poulet transformé, je pense.
On va imposer aux Ukrainiens, sans fermer directement les frontières, on va imposer une transformation de leurs normes pour qu'ils correspondent.
Et pourquoi on ne leur demande pas de changer leurs normes et ensuite on ouvre un marché en attendant, le poulet il rentre ?
On va limiter les enchères du poulet ukrainien. Oui, mais simplement, on ne va pas fermer les frontières avec l'Ukraine. Enfin, si vous vous rendez compte de ce qui va se passer
dans l'Ukraine. Je ne vous demande pas de fermer les frontières. On a baissé de manière exceptionnelle les droits de douane. Raphaël Glucksmann, il faut quand même être précis sur ce dont on parle. Je le disais, la moitié du poulet qui est consommé en France vient désormais d'Ukraine. Il vient de méga-factory de poulet. Il vient en réalité d'un homme. Un oligarque. Le patron de 99% de la production du poulet. Et vous savez où est-ce qu'elle est son entreprise ? Elle est à Chypre. C'est une solidarité avec le peuple ukrainien ?
Non, ce n'est pas une solidarité avec le peuple ukrainien. Pourquoi on continue ? Eh bien, on va réguler l'entrée des poulets. Mais vous vous rendez compte ? Juste, Apolline de Malherbe, je peux vous dire une chose. On est face à une situation qui est une situation vitale pour l'Europe. Ce n'est pas anodin. Mais la situation des volaillers, je suis bien d'accord.
Ça peut vous paraître dérisoire.
Non, ça me paraît absolument... Ce n'est absolument pas dérisoire. On va réguler l'entrée du poulet ukrainien. Mais on ne peut pas d'un seul coup fermer, remonter les droits de douane et fermer nos frontières aux produits agricoles ukrainiens. En fait, ce que je trouve paradoxal,
c'est que vous avez commencé l'interview en disant qu'il faut refuser d'avoir des denrées qui rentreraient en France et qui ne respecteraient pas les mêmes normes que nous. Y compris les normes sociales d'ailleurs. Y compris les questions de salaire de ceux qui travaillent dans ces exploitations. Mais comme c'est l'Ukraine...
Vous savez, vous vous dites comme c'est l'Ukraine. Eh bien oui. Comme c'est l'Ukraine. Vous savez, il y a une exception dans les règles qu'on doit imposer qui est la solidarité qu'on doit au peuple ukrainien.
Mais en première fois, ce n'est pas le peuple ukrainien. C'est un oligarque qui est à Chypre.
On va s'occuper de cet oligarque, si vous voulez, de cette production. Par contre, la musique que j'entends, qui est de dire on ne peut pas accueillir les biens produits en Ukraine sur le marché européen et on doit imposer, les mêmes normes aux Ukrainiens qu'à tous les autres pays du monde, je vais vous dire, ça, ça peut nous conduire à l'effondrement de l'Ukraine. Et donc, l'enjeu pour nous, mais j'aimerais juste qu'on nous comprenne, l'enjeu pour nous, ce n'est pas simplement la solidarité à l'égard de l'Ukraine. L'enjeu pour nous, c'est l'existence même de l'Union européenne. C'est ça qui est posé comme
menace. Et vous allez jusqu'à aujourd'hui estimer qu'il faut le plus vite possible faire rentrer l'Ukraine dans l'Union européenne. Est-ce toujours votre position ?
Je pense qu'il faut faire rentrer l'Ukraine dans l'Union européenne. Et je pense que faire rentrer l'Ukraine dans l'Union européenne, puisque ça suppose l'acquis communautaire, ça suppose des réformes, ça suppose d'imposer des normes, ça suppose justement de désoligarquiser l'économie ukrainienne, eh bien, ça nous permettra justement de ne pas avoir cette distorsion de concurrence et cette concurrence déloyale. Donc, l'Ukraine rentrera dans l'Union européenne une fois qu'elle sera prête et qu'elle respectera les mêmes normes que les pays membres de l'Union européenne. Mais, encore une fois, l'enjeu, il est où, là ?
En fait, je trouve qu'il y a une contradiction. Je comprends parfaitement ce que vous estimez que l'Ukraine a...
La contradiction, si vous voulez, excusez-moi, la contradiction, c'est qu'en ce moment, il y a une guerre sur le continent européen. D'accord ? La contradiction, c'est que peut-être que l'Europe, à la fin de l'année 2024, va se retrouver seule, seule pour gérer cette guerre. Parce que Donald Trump, sa président des Etats-Unis, est qu'il a décidé de balancer par-dessus bord l'ensemble de l'architecture de sécurité de notre continent. Et la contradiction, elle est que nous ne prenons pas la mesure de ce que nous risquons dans une défaite ukrainienne. Et que donc, oui, il y a des mesures spécifiques pour l'Ukraine. C'est pas une contradiction, c'est un choix politique.
Il y a des mesures spécifiques pour l'Ukraine. Des mesures spécifiques pour l'Ukraine. Parce que l'Ukraine, c'est pas le Brésil, c'est pas la Chine, c'est pas le Venezuela, ou c'est pas le Mexique. L'Ukraine, c'est un pays qui est envahi au moment où on se parle, et dont la défaite, signifierait la fin de la sécurité et de la paix sur l'ensemble du continent
européen. Chez vous... Raphaël Glucksmann, j'entends bien à quel point pour vous, ça explique...
C'est pas pour moi. En fait, je vais vous dire, c'est pas pour moi. C'est pas pour moi. Cette phrase-là, elle va pas. C'est pas pour moi. C'est pour nous tous. C'est l'ensemble des citoyens européens. Mais vous vous rendez compte, on a plus parlé du poulet ukrainien, je vais vous dire, on a plus parlé du poulet ukrainien que des subventions européennes. C'est-à-dire des milliards
qui sont déversés. Mais c'est pas pour ça que vous vous battez, Raphaël Glucksmann ? Pourquoi vous êtes candidat pour l'Europe ? Bien sûr, je suis candidat pour l'Europe.
Donc on a plus parlé du poulet ukrainien que du fait que les subventions publiques européennes favorisent les plus gros...
Mais vous vous souvenez évidemment du plombier polonais ? C'est des questions qui, à un moment, traversent la société, traversent d'ailleurs pas seulement la société française, mais toutes les sociétés. Il suffit de regarder ailleurs, tous les agriculteurs de toute l'Europe sont en colère. Il y a bien un problème. Il faut leur répondre.
Il faut leur répondre et on va leur répondre, mais la réponse sera pas simplement sur le poulet ukrainien. La réponse, ce sera par une refonte des politiques de subvention européenne. Ce sera par l'imposition des mesures miroir.
Parlons de la guerre. L'Union européenne a déclaré qu'elle ne pourrait livrer que la moitié des munitions qui étaient promises à l'Ukraine, en tout cas dans les temps, avant la date limite de mars. Dans ce moment-là, le Danemark, par exemple, dit, écoutez, dans ces cas-là, on va faire les fonds de tiroir, on va prendre toutes nos munitions et on va toutes les envoyer à l'Ukraine. Est-ce qu'il faut que les autres pays d'Union européenne aillent jusqu'à cette solidarité-là ?
Il le faut. Et ce qui est absolument fou, c'est que ça fait deux ans que cette guerre, a commencé, que l'invasion totale de l'Ukraine a eu lieu, et qu'on n'a toujours pas augmenté nos capacités de production, qu'on n'a toujours pas passé en mode économie de guerre. Ce qui est fou, je vais vous dire, c'est qu'aujourd'hui, sur le front ukrainien, les Ukrainiens peuvent tirer 1000 obus quand les Russes en tirent 10 000 par jour, et qu'on a un ministre de la Défense en France qui s'en orgueille du fait que la France puisse livrer 3000 obus par mois.
On devrait passer en économie de guerre pour vous.
On devrait totalement passer en économie de guerre. Personne ne nous demande d'envoyer des soldats mourir sur le front. Par contre, ce que j'aimerais que les auditeurs comprennent, c'est que ce n'est pas simplement une guerre qui vise des territoires, qui vise le Donbass, qui vise la Crimée. Ce n'est pas simplement une guerre entre la Russie et l'Ukraine. Moi, j'ai présidé au Parlement européen la commission d'enquête sur les ingérences étrangères pendant tout mon mandat. J'ai décortiqué la guerre hybride, cette forme nouvelle d'attaque contre nos démocraties que mène le régime de Vladimir Poutine, contre la France, contre l'Allemagne.
Et je peux vous lire, j'ai lu l'ensemble des textes produits par les Russes, l'ensemble de leurs doctrines, je vois ce qu'ils disent dans leurs médias. La guerre qu'ils mènent, ce n'est pas une guerre contre l'Ukraine, c'est une guerre contre ce qu'ils appellent l'Occident collectif, c'est-à-dire contre nous. Et donc, nous devons, nous...
Je vous repose donc ma question, parce que je vais reprendre les mots exacts du Premier ministre danois. Il dit l'Ukraine nous demande des munitions et de l'artillerie maintenant. Nous, le Danemark, avons décidé de transférer all our artillery, toute notre artillerie et toutes nos munitions à l'Ukraine. Vous estimez que la France
devrait faire de même ? Ce que j'estime, c'est que la France devrait augmenter ses capacités de production.
Mais est-ce qu'on doit donner les munitions qu'on a aujourd'hui ? On ne va pas livrer
toutes nos munitions. Par contre, ce qu'on va faire, ce qu'on devrait faire, si on avait un leadership courageux qui comprend les enjeux, eh bien, on devrait aujourd'hui passer en mode économie de guerre sur la production. On devrait passer des contrats à long terme avec nos industriels, ce qui n'est toujours pas fait. On devrait aller écouter le président tchèque qui dit qu'il y a 800 000 obus disponibles sur le marché international et que donc on pourrait les acheter en commun à l'échelle européenne et les envoyer en Ukraine. Et on ne le ferait pas simplement par solidarité ou, comme vous l'avez dit, par morale.
On le ferait par intelligence et par égoïsme même, parce qu'on sait que c'est notre intérêt vital. Et j'aimerais juste vous dire une chose, Apolline de Malherbe. Si nous ne le faisons pas maintenant et que le front ukrainien s'effondre, les questions que nous devrons nous poser dans un an ou dans deux ans seront infiniment plus douloureuses que celles que vous nous posez. Les questions qu'on devra se poser, c'est quel type d'homme on envoie crever en Lettonie ? Ce sera ça, les questions qu'on devra se poser.
Donc, si vous voulez vous éviter ces questions, si vous voulez vous éviter que des soldats français aient à crever, eh bien, il faut aujourd'hui aider ceux qui crèvent pour nous autant que pour eux, c'est-à-dire les Ukrainiens sur le front. S'ils ont perdu la dernière ville d'Avril...
Vous avez entendu Bruno Le Maire hier qui dit qu'on n'a plus d'argent, qu'il y a 10 milliards à trouver dans les jours qui viennent. Est-ce que vous estimez que malgré tout, il faut continuer à lancer une économie de guerre en France, à relancer la production de munitions ? Ça doit être une question de choix pour vous. Mais ce
que nous refusons de payer maintenant, nous le paierons au centuple dans un an, dans deux ans ou dans trois ans. Donc, nous ferons des économies en investissant sur la résistance ukrainienne. Nous ferons des économies en relançant notre industrie d'armement. Aujourd'hui, si vous voulez, en 2024, on est dans une situation où l'Europe, à la fin de l'année, le 5 novembre, peut se retrouver seule, seule face à la guerre, seule face à Vladimir Poutine qui a promis la déstabilisation de nos démocraties. Nous allons nous retrouver seuls et nous sommes démunis à poil. Je suis désolé. Nous n'avons pas les capacités industrielles aujourd'hui pour faire face seule à une telle situation.
Et donc, il faut relancer notre industrie. Et ça, c'est un enjeu fondamental. On doit devenir les producteurs de notre propre sécurité. On doit devenir les producteurs de nos biens stratégiques. Et ça suppose des investissements massifs. Donc, les comptes d'apothicaires dans une situation aussi douloureuse, aussi désastreuse, aussi dangereuse, ne sont pas au niveau de l'histoire. Et si il faut trouver de l'argent, puisqu'il faut trouver de l'argent, il y a deux manières, trois manières de trouver l'argent. Trois manières de trouver l'argent très rapidement. Aujourd'hui, le CAC 40 fait des profits records. 97 milliards d'euros versés en dividendes aux actionnaires. Il y a des sous.
La deuxième chose, la deuxième chose, on a 200 milliards russes d'avoir public russe dans nos banques. Au lieu de les geler, il faut les saisir. Et comme ça, ça ne coûtera pas un centime aux contribuables européens. Ça ne coûtera pas un centime aux contribuables. Et les russes paieront pour la guerre qu'ils mènent en Ukraine. Et la troisième chose, c'est qu'on a une capacité d'endettement commune à l'échelle européenne. On l'a montré pendant la pandémie. Ce que nous avons fait pendant la pandémie, nous pouvons faire pour assurer notre propre défense.
... du Parti socialiste et de place publique pour les élections européennes. 8h53.
Raphaël Glucksmann