Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 15 juin 2026 7 min

L'accord entre les États-Unis et l'Iran ne signe "pas le retour de la paix mais de la diplomatie", estime Hasni Abidi

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Mathilde Muneau, 5-7. Il est 6h21, bonjour Asni Abidi.

0:11
Invité

Bonjour Mathilde Muneau.

0:12
Présentateur

Merci d'être en direct sur France Inter, quelques heures à peine après l'annonce d'un accord entre l'Iran et les Etats-Unis. Vous êtes politologue, directeur du centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Vous avez dirigé un livre consacré justement au Moyen-Orient selon Donald Trump. Alors Trump nous a dit ces deux derniers mois quand même une bonne quarantaine de fois qu'un accord était imminent. Cette fois c'est vraiment la bonne ?

0:35
Invité

Oui cette fois c'est la bonne mais nous avons quand même quelques jours d'ici vendredi. Il faut absolument travailler pour que ce projet d'accord soit consolidé. Je dirais même sauvegardé puisque hier soir il a failli être torpillé et les Iraniens étaient prêts à frapper une négociation de haut niveau et ferme à empêcher finalement les Iraniens à passer à l'action.

0:58
Présentateur

L'Iran qui d'ailleurs précise que d'autres négociations vont débuter maintenant pour parvenir à un accord définitif. Donc là on est vraiment au tout début, on est à un pré-accord.

1:07
Invité

Oui le plus dur reste à faire, on est à un pré-accord. Donc c'est un accord cadre, donc il est censé encadrer les négociations qui vont venir plus tard. Ça va commencer cette semaine par des rencontres bilatérales à Doha au Qatar et ensuite bien sûr la signature est à Genève. C'est les questions les plus complexes, les plus clivantes, celles de l'uranium enrichi, celles du programme nucléaire, celles bien sûr aussi des avoirs gelés. Ce sont vraiment les questions les plus importantes qui vont être reportées ou ce qu'on appelle le délai de 60 jours, même si c'est un délai qui reste flexible au vu de l'ampleur de ces dossiers.

1:46
Présentateur

Et est-ce que ça concerne aussi le Liban, puisqu'il y a encore eu des attaques israéliennes hier dans la banlieue sud de Beyrouth ? D'ailleurs Donald Trump était vraiment très agacé, pour le dire, vraiment d'un euphémisme contre Benjamin Netanyahou. Là cette fois le Liban aussi en fait partie ?

2:01
Invité

Oui le Liban fait partie de cet accord, c'est une exigence dès le départ et qui faisait partie d'ailleurs du projet de 14 points. Hier, véritablement les Iraniens ont obtenu une récompense contre justement le fait de renoncer à une réposte après l'attaque de la banlieue sud de Beyrouth. Et probablement cette récompense, c'est la levée graduelle du blocus naval contre l'Iran qui n'était pas présent dans ces termes.

2:32
Présentateur

Alors justement, ça va pouvoir se faire rapidement de lever ce blocus, de libérer le détroit d'Hormuz ou ça va prendre des semaines et des semaines ?

2:39
Invité

Par étapes, ça va prendre normalement 30 jours à la fois, donc une asymétrie entre l'ouverture du détroit d'Hormuz. Le point le plus fort, à mon avis, le plus appendu, c'est l'ouverture du détroit d'Hormuz. Et c'est un paradoxe parce que c'est un détroit qui était déjà ouvert avant la guerre. Aujourd'hui, les Iraniens accèdent à l'ouvrir, mais contre, bien sûr, l'allègement de sanctions importantes économiques qui pesaient jusqu'à maintenant sur l'économie iranienne. La levée du blocus aussi se fera graduellement en fonction de l'application de cet accord cadre.

3:15
Présentateur

Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce qui a fait que cette fois, cet accord est passé ? Alors que ça fait quand même des semaines et des semaines que ça négocie.

3:21
Invité

Face à une patience stratégique de la part des Iraniens, une grande résilience qui a été consolidée par ce coût très élevé que l'Iran a fait porter, d'abord à l'économie internationale et surtout aux pays voisins, les pays du Golfe alliés des Américains. Et du côté américain, c'est plutôt un besoin urgent de Donald Trump, une compétition internationale, comme planétaire, le football. Mais c'est aussi, il observe les limites de son opération militaire, une baisse, bien sûr, de popularité, l'approche des élections. Et probablement, il a acquis un ou deux points importants, notamment sur le programme nucléaire, c'est-à-dire l'engagement iranien de ne jamais se doter des programmes nucléaires.

Mais ça reste un point ambigu. Est-ce qu'il parle de la bombe nucléaire ou du programme nucléaire ? Ça, ce n'est pas clair. C'est plutôt les négociations futures qui vont nous éclaircir.

4:16
Présentateur

Alors, au final, c'est peut-être difficile de répondre à cette question, mais je suis quand même obligée de vous la poser. Asni Abidi, qui a gagné ?

4:24
Invité

Écoutez, tout dépendra des objectifs. Le premier objectif affiché par Donald Trump, mais aussi par les Israéliens, qui aujourd'hui, à mon sens, sont un peu sonnés par cet accord, qui ne va pas vraiment dans la direction de Netanyahou.

4:38
Présentateur

Qui n'a pas réagi encore, d'ailleurs, il me semble.

4:41
Invité

Ah oui, il n'a pas encore réagi. Le premier objectif, c'était la chute du régime iranien. Aujourd'hui, c'est le même régime iranien qui a négocié avec les Américains, certes, par l'intermédiaire des négociateurs, mais c'est celui qui a signé aussi à Genève cet accord. Donc, le régime iranien est toujours là. Il s'est renforcé et s'est durci. De ce point de vue, le régime iranien a gagné. Mais attention, c'est un Iran qui est complètement affaibli, a ennuanti. Il a perdu son dirigeant. Il a perdu plusieurs dirigeants. Et on verra si ce montant de 300 milliards de dollars que réclament les Iraniens aux Américains et aux Occidentaux sera vraiment appliqué.

Si c'est le cas, ça veut dire que le régime iranien a réussi tout de même à avoir des gains beaucoup plus importants qu'avant le 28 février.

5:29
Présentateur

En tout cas, verbalement, le régime iranien se félicite d'avoir humilié les États-Unis et Israël. Ça, c'était parmi les premières réactions, réactions de l'état-major de l'Iran. Est-ce que vous diriez que Donald Trump a réussi à imposer sa volonté à Netanyahou ?

5:45
Invité

Il l'a réussi pour l'acceptation de l'accord, mais pas pour le reste. Les Israéliens conservent cette possibilité de frapper le Liban en cas d'attaque. En revanche, pour l'Iran, c'est une autre paire de manches parce que l'accord risque d'être vraiment empillé s'il y a aussi des renouvellements des hostilités sur le front iranien. Mais sur le Liban, oui, Israël a gardé cette possibilité, bien sûr, de reposer.

6:13
Présentateur

Est-ce que vous, vous parlez de paix ce matin au Moyen-Orient à Sniabidi ?

6:17
Invité

Je parlerais plutôt du retour de la diplomatie. Mais c'est un accord s'il est consolidé après les 60 jours. Et si vraiment les Irniens et les Américains arrivent à une option convenable aux deux parties, oui, je pense que les contours d'une paix, en tout cas dans la région, pas une paix durable, pas une paix sur un conflit qui est, à mon sens, le plus important. Il faut rappeler le 7 octobre, le conflit israé-palestinien. Mais en tout cas, un de ses points dans l'accord est très important. Il parle donc d'un accord de non-agression entre l'Iran et ses alliés et entre les Etats-Unis et leurs alliés. Et ça, c'est un point important.

Ça veut dire qu'il va au-delà des Etats, mais il touchera même certains partis politiques ou organisations, ce qu'on appelle même les proxys iraniens.

7:05
Présentateur

Merci pour votre éclairage, Sniabidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Et vous êtes également chargé de cours à l'Université de Genève. Vous étiez en direct dans le 5-7.