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interviewC dans l'air· 19 août 2025 12 min

"Bloquons tout" : le plan Bayrou menacé ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

france.tv access ... - A.de Tarlé: Bonsoir.

F.Guinochet, vous êtes éditorialiste économique à franceinfo et à "La Tribune". On est à quelques jours de la rentrée.

Sur le plan économique, elle peut être perturbée par cet appel à bloquer la France qui prend de l'ampleur? Il est soutenu par La France insoumise. Ce sera le 10 septembre.

C'est le mouvement "Bloquons tout". C'est les prémices d'un nouveau mouvement comme les "gilets jaunes"? - F.Guinochet: La difficulté pour le gouvernement est qu'il y a une révolte, des mouvements de colère...

C'est surtout sur les réseaux sociaux. C'est un appel à bloquer tout le pays le 10 septembre, avec un hashtag qui est relayé par l'extrême droite et l'extrême gauche. J.-L.Mélenchon a fait un appel en disant qu'il fallait tout bloquer.

Les syndicats restent en dehors de ce mouvement. Ca semble être un mouvement citoyen d'un ras-le-bol, d'une opposition au budget et aux économies demandées par F.Bayrou.

On va voir comment ça va se développer. Les syndicats sont toujours un peu méfiants, prudents. Ils ne veulent pas se mêler avec les politiques et garder leur indépendance.

Ils ont décidé de se voir le 1er septembre pour décider des actions à mener pour exprimer leur opposition au budget que va présenter F.Bayrou. Est-ce que ce sera une grève, une manifestation?

Est-ce qu'ils feront une chose commune, comme on a pu voir avec les syndicats très unis sur la réforme des retraites de 2023 ou des syndicats dispersés avec une CFDT qui veut négocier et qui cherche à rester dans le dialogue? La CGT, sans attendre ce rendez-vous du 1er septembre où tous les syndicats vont se réunir, a déjà déposé des préavis de grève. - A.de Tarlé: L'opposition au plan Bayrou a été présentée à la mi-juillet.

On a retenu la suppression de 2 jours fériés et les retraités qui se prennent une triple peine. - F.Guinochet: F.Bayrou dit que tout le monde doit faire des efforts, qu'on est au pied du mur et qu'on a une dette qui croît.

Pour la 1re fois, la semaine dernière, les taux d'emprunt de la France ont rejoint les taux d'emprunt de la Grèce. Pour tous ceux qui ont en mémoire 2008 et ce qu'a vécu la Grèce, ce n'est pas un très bon signal. F.Bayrou, face à cette situation économique compliquée, dit aux Français qu'il va falloir participer, y compris les retraités.

Ils avaient été plus ou moins épargnés par les différents budgets. Il n'y avait pas eu de gel de leur retraite ces 4 dernières années, leur rabattement de 10 % pour ceux qui payaient l'impôt était maintenu...

Là, F.Bayrou propose de le supprimer. C'est une proposition de budget qui va être discutée au Parlement.

Il va y avoir des amendements, de la même façon que les gels Des prestations sur les années blanches...

Est-ce qu'il n'y aura pas des modulations au cours des amendements et de la discussion parlementaire? C'est possible. Sur le papier, tout le monde doit participer. - A.de Tarlé: Est-ce que les retraités ont été ciblés?

L'Insee publie un chiffre sur l'épargne. Elle augmente en France, à 18,8. Elle augmente chez les retraités et les plus âgés.

C'est assez contre-intuitif. Si on a lu La Fontaine, la cigale a travaillé toute sa vie. A la fin, elle liquide son capital.

Là, on ne liquide pas son capital, on l'augmente. - F.Guinochet: Qu'est-ce qui pousse à augmenter la pelote de laine?

Les retraités disent qu'ils participent à la vie du pays et que cette épargne leur permet de faire des transferts à leurs enfants et leurs petits-enfants. Cet argent ne dort pas complètement. Cela peut poser question.

Les revenus du travail sont plus taxés que les revenus de l'héritage. On commence à voir...

On se demande si les actifs peuvent assumer la charge qui est de financer ce modèle social. Il repose sur les actifs. Les actifs sont de moins en moins nombreux.

On entend beaucoup que les salaires augmentent légèrement. Les chefs d'entreprise se plaignent car ils ne peuvent pas embaucher. "Regardez, si j'embauche, ça va me coûter cher en cotisations sociales." Ca pose une question d'équilibre entre les générations pour financer ce modèle social avec des retraités de plus en plus nombreux.

Les actifs peuvent se poser des questions. Quand on regarde, on est face à des mouvements technologiques extrêmement forts. Vous allez avoir des actifs...

On forme des jeunes sur certains métiers. Pas sûr que dans 10 ans, avec l'IA, ces jeunes, ces actifs, auront les mêmes emplois. - A.de Tarlé: Il y avait un article dans "Les Echos" qui s'appelait "la grande transmission".

La démographie fait que pour la 1re fois, il y a plus de décès en France que de naissances. Les plus de 70 ans posséderaient un quart du patrimoine. "Les Echos" nous dit que le patrimoine va changer de génération dans les 10 prochaines années. - F.Guinochet: Oui.

Ca va poser des questions et des tensions sociales. Il y a ceux qui auront la chance d'hériter et ceux qui n'auront pas cette chance. Les Français qui sont très attachés à une forme d'égalitarisme, notamment par le mérite...

Ce patrimoine, c'est très difficile. La question de l'héritage en France est sensible. Il ne vient pas de nulle part. - A.de Tarlé: "On a payé des impôts dessus." - F.Guinochet: C'est le travail de toute une vie, une prise de risque.

C'est ce qu'on vous dit. La question qui se pose aujourd'hui...

Quand vous avez l'héritage, il est nettement moins taxé que les revenus du travail. Pour celui qui n'est pas héritier, s'il veut espérer grimper dans l'échelle sociale et avoir une vie agréable et bien, les revenus du travail ne seront pas récompensés. - A.de Tarlé: Je suis sûr Que c'est le chiffre dont je vais parler.

La part de l'héritage dans les années 70, c'était 35 %. Aujourd'hui, c'est 60 %. Aujourd'hui, pour être riche, il faut hériter. - F.Guinochet: Il y a un ouvrage d'un spécialiste des questions sociales qui a fait le calcul.

En France, quand on gagne 100 euros en travaillant, on en garde 54. Vous avez des impôts sur le revenu, les cotisations sociales...

Ces même 100 euros, en investissant, vous en gardez 70. En héritant, vous en gardez 94. Vous voyez le différentiel.

C'est un sujet qui va certainement monter, dans un contexte où la situation économique de la France est difficile et où on est appelés à faire des efforts. - A.de Tarlé: On se souvient que M.Barnier est tombé parce qu'il refusait de revaloriser intégralement les retraites.

La taxe sur l'héritage est très impopulaire. Les sondages le montrent. Les trois quarts des Français sont contre.

Est-ce que F.Bayrou ne prend pas un énorme risque en s'attaquant à une population qui vote énormément? - F.Guinochet: C'est pour ça que les retraités ont été souvent préservés, par rapport aux actifs.

L'héritage pose des vraies questions. C'est souvent le résultat du travail de toute une vie, de générations...

Je ne vois pas dans quelle mesure, étant donné le peu de légitimité et d'assise politique, étant donné la façon dont le Parlement est composé, porter aujourd'hui la question de l'héritage, c'est explosif. - A.de Tarlé: Autre mesure très impopulaire: le lundi de Pâques 2026 ainsi que le 8 mai, il faudra aller à l'atelier, aller travailler.

C'est très impopulaire. Est-ce que F.Bayrou marque un point quand il dit: "Nous ne travaillons pas assez.

Symboliquement, il faut se retrousser les manches et travailler 2 jours de fériés." - F.Guinochet: Quand on regarde, en France, on ne travaille pas assez.

Ca ne veut pas dire que chacun ne travaille pas assez, mais qu'on a de vrais déficits avec des jeunes qui ont du mal à rentrer sur le marché du travail. Des seniors partent beaucoup trop tôt. Il y a souvent des plans de licenciements dans les entreprises, dès que vous avez 60 ans.

C'est très difficile de retrouver un emploi après 57-58 ans. C'est très factuel. C'est sur l'ensemble de la vie.

Ces 2 jours fériés, est-ce que c'est la bonne méthode? Ca pose la question. C'est demander un effort concret aux actifs, qui ont déjà eu un certain nombre d'augmentations, qui, avec la réforme de 2023, vont devoir travailler plus longtemps.

Ca pose question. Ca bouscule aussi des habitudes religieuses, de tourisme...

Vous entendez tous les professionnels du tourisme qui disent que les Français se serrent la ceinture. Si on enlève certains week-ends prolongés, ça va leur faire du travail en moins. C'est des pertes de revenus.

La difficulté pour F.Bayrou est que dedans, vous avez à la fois les boîtes de médicaments et les patients qui ne sont pas contents. Vous avez les taxis qui vont se mobiliser de nouveau les 5 et 6 septembre parce que les remboursements pour les transports sanitaires vont changer.

Les retraités vont dire qu'ils ne sont pas satisfaits parce que la retraite est un dû. Ca va être une somme de mécontentements. Est-ce qu'il y aura convergence?

C'est une autre affaire. C'est le rêve de J.-L.Mélenchon de dire qu'il y aura une convergence des luttes.

Ca ne s'est pas produit beaucoup en France. Entre tous les mouvements, ça va être la grande inconnue de la rentrée. - A.de Tarlé: Merci d'avoir été avec nous.

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