Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBLAST (sur YouTube)· 10 décembre 2023 22 min

🩏 CRÉPOL : RÉCIT D’UNE BATAILLE MÉDIATIQUE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

d'une civilisation, une civilisation islamique qui n'a pas Bonjour, bienvenue dans Rinocéros. Aujourd'hui, on va parler de créole. C'est obligé apparemment.

Bah oui, c'est obligé. On peut pas faire de la téléréalité toutes les semaines. On est obligé de faire de la critique média.

Là, le sujet c'est créole. Oui, ben j'ai compris. Oui.

Voilà. On va donc revenir en longueur sur le traitement médiatique de l'affaire de la mort de Thomas à Crépole parce que là, il y a beaucoup à dire. Le cadrage médiatique de l'affaire de créole en fait c'est le vrai sujet hein.

C'est ça la bataille au fond. D'ailleurs, Pascal pro ne s'y trompe pas quand il déclare dire qu'il y a un rapport idéologique désormais à toute information. Il y a ce qu'on doit traiter, ce qu'on ne doit pas traiter.

Et comme tous les journalistes effectivement ont un biais idĂ©ologique, et bien ils ne veulent pas parler de ça parce que c'est du pain bĂ©ni pour l'extrĂȘme droite. Pour Pascal Pro, les autres journalistes n'ont pas assez parlĂ© de crĂ©pol parce que soit-disant ça ferait le jeu de l'extrĂȘme droite et cetera. Ah oui, puis ils le font jamais en plus ça de faire le jeu de l'extrĂȘme droite.

Pro a trĂšs bien compris que tout ça c'Ă©tait avant tout une bataille mĂ©diatique. Donc il a consacrer Ă©normĂ©ment de temps Ă  taper sur les autres journalistes, Ă  les accuser d'ĂȘtre trop frileux, d'avoir des biaiss. Mais quel biais fait que des journalistes parlent d'extrĂȘ quel Mais mais on s'en fout.

VoilĂ , on s'en fout. On est d'extrĂȘme droite. Les points bar, on est extrĂȘme droit.

C'est pas le problĂšme de savoir Ă  qui ça va bĂ©nĂ©ficier. Ah, on est d'extrĂȘme droite. Il l'a dit.

Il a dit l'autre, il a dit "Admettons, on est d'extrĂȘme droite. On sent que ça ça fait du bien. Allez, au moins c'est dit.

Allez, admettons, ils sont d'extrĂȘme droite. On va les prendre au pied de la lettre, hein. Mais alors, qu'est-ce que ça dit du monde mĂ©diatique cette affaire de Crul ?

Et qu'est-ce que ça dit des méthodes de ces gens-là ? Comment ils s'y sont pris pour gagner cette bataille médiatique ? Contrairement à ce que raconte Pascal Pro, vous n'avez pas pu passer à cÎté de cette histoire.

On rĂ©sume. CrĂ©le, c'est quoi ? C'est la nuit du 18 novembre, une bataille qui Ă©clate Ă  la sortie d'une salle des fĂȘtes dans la commune de CrĂ©pol.

Plusieurs personnes qui sont blessées par des coups de couteau et un jeune Thomas 16 ans qui est tué. Voilà, depuis on en a parlé partout. On va commencer par un point vocabulaire.

Dans un premier temps, les journalistes ont parlé de Rix. Une Rix, c'est une bagarre violente dans un lieu public. Oui, mais ça ça allait pas parce que Zemour, il a dit que quand c'était un blanc qui était tué, il fallait utiliser un autre mot.

Fallait dire francoide. Du coup, Rick, ça passait pas. Les fachot ont vraiment bataillé pour ne pas qu'on dise Rix.

Le terme francoide, on l'entend beaucoup depuis le meurtre de Lola. Et il faut revenir Ă  cette affaire pour voir comment certains faits divers soigneusement sĂ©lectionnĂ©s deviennent les vĂ©hicules d'un rĂ©cit plus large, celui de la guerre raciale, de la guerre civilisationnelle sur notre sol parce qu'ils nous ont racontĂ© Ă  l'Ă©poque exactement la mĂȘme histoire. Vous voyez la mĂ©thode des partis comme ReconquĂȘte ou le RN s'empare d'un drame, les mĂ©dias d'extrĂȘme droite le relais et le rĂ©cit s'installe.

Chacun est ensuite sommĂ© de prendre une position. Dans l'affaire de CrĂ©ol, ce qui est assez nouveau, c'est de voir Ă  quel point ça a fonctionnĂ©, Ă  quel point tout le champ mĂ©diatique a repris l'histoire. MĂȘme les mĂ©dias les plus sĂ©rieux ont dĂ» en parler hein, le monde, LibĂ©ration, mĂȘme France, culture euh la plupart du temps avec un peu plus de recul, avec un retour au fait, avec une place pour la critique de la rĂ©cupĂ©ration, de l'emballement autour de l'affaire, mais enfin quand mĂȘme, ils en ont parlĂ©.

Et puis il y a d'autres mĂ©dias qui ont repris l'affaire mais en reprenant Ă  leur compte tout le cadrage de l'extrĂȘme droite. Une France qui bascule. Le risque de voir la France basculĂ©, c'est l'expression qu'a employĂ© le porte-parole du gouvernement Olivier Verran Ă  CrĂ©paul aprĂšs la mort de Thomas.

Mais vers quoi la France serait-elle en train de basculer ? Vers plus de violence, vers un ensauvagement, vers une confrontation entre des groupes, des habitants qui se retrouveraient dĂ©sormais face-Ă face et comment empĂȘcher cette bascule ? Ce sont toutes les questions que nous allons nous poser ce soir.

Et tout ça c'est allĂ© trĂšs vite. L'enquĂȘte dĂ©butait Ă  peine. On avait trĂšs peu d'informations mais CrĂ©ol'Ă©tait dĂ©jĂ  devenu ça.

Deux France qui s'affronte les gentils blancs des villages et les sauvages des cités de romans sur de France face-àface. Et vraiment on insiste là-dessus mais c'est important. Vous voyez ce récit là il arrive alors qu'il y a vraiment trÚs peu d'infos.

On sait pas grand-chose ni des protagonistes ni mĂȘme du contexte. Il y a plein de fois oĂč l'extrĂȘme droite demande du contexte. Quand il y a un flic qui bute un arabe Ă  bout portant.

Alors lĂ , on se demande alors il faut le casier judiciaire, qu'est-ce qui s'est dit avant qu'il avait fait avant ? Ouais. Qu'est-ce qu'on ne voit pas sur la vidĂ©o qui aurait pu justifier que oui, on lui mette une balle dans la tĂȘte Ă  Ă  un mtre.

Mais là, pas besoin de contexte. L'histoire est déjà écrite. L'histoire elle est solide hein.

Et en absence d'information, ça ça dĂ©range pas l'extrĂȘme droite de dire voilĂ  le notre narratif politique, c'est d'expliquer qu'il y a des ordes sauvages venus des banlieu et d'immigration qui vont s'en prendre Ă  de pauvres innocents dans un village typique français de de carte postale. Le rĂ©cit de l'extrĂȘme droite lĂ , c'est qu'il y a une bande de jeunes, une bande d'arabes qui est sortie de sa citĂ© pour aller la mer dans une fĂȘte de village mais avec des motivations racistes. He c'est le racisme antiblanc qui les a poussĂ© Ă  aller casser du blanc.

Il voulait tuer du blanc. Ce rĂ©cit ne tient Ă©videmment pas la route quand on le compare au fait au fait Ă©tabli par l'enquĂȘte. L'enquĂȘte toujours en cours mais dont on a pu dĂ©couvrir des Ă©lĂ©ments dans le Parisien du 5 dĂ©cembre.

On y apprend que finalement les rugbyes de CrĂ©ol avaient provoquĂ© la bagarre. L'un d'eux aurait mĂȘme dit Ă  une meuf plutĂŽt dans la soirĂ©e j'ai envie de taper du boule. Oui et c'est une meuf qui dit ça Ă  l'enquĂȘte. une meuf qui Ă©tait Ă  la soirĂ©e, c'est pas des mecs dehors qui on dit "Ah, ils ont dit qu'ils voulaient taper du bon ou je sais pas quoi." Non, c'est c'est une source interne de la soirĂ©e qui dit ça.

Et au final, oui, ça ressemble bel et bien à une rix de village. Certes trÚs violente, mais somme toute assez banale. En tout cas, c'est sûr, ce n'est pas la guerre civile raciale qu'attendait Pascal Pro.

Non, il doit ĂȘtre déçu. Enfin, il a Ă©tĂ© déçu. De toute façon, on a les images, on l'a vu, c'Ă©tait dĂšs le lendemain.

Il a regardĂ© l'article et il a fait "Oh lĂ  lĂ  ! Non, non, mais pas du tout." Ça correspondait pas du tout Ă  son rĂ©cit. il va rĂ©agir comme le pire des complotistes.

Ce rĂ©cit sera battu en brĂšche par le systĂšme. On expliquera que les jeunes rugbyan qui faisaient la fĂȘte ne sont peut-ĂȘtre pas exclus de toute responsabilitĂ© dans ce drame, qu'ils ont peut-ĂȘtre insultĂ© ces troubles faites comme les appelait l'AFP dans les premiĂšres dĂ©pĂȘches lors d'une rix comme l'Ă©crivaient nos confrĂšres. La machine Ă  broyĂ© la rĂ©alitĂ© est en marche.

Il faut ĂȘtre prudent, diront les commentateurs. On ne sait pas tout, diront les autres. Et donc lĂ  aussi, c'est l'occasion d'incriminer les autres journalistes.

MĂȘme s'ils se contentent de rapporter des faits, ils sont coupables. Ils sont coupables de ne pas mettre les bons mots sur l'affaire, voire de ne pas en parler assez. Ah oui !

Ah bah s'ils en parlent pas autant que sur ces news, c'est parce qu'ils veulent étouffer l'affaire en fait. Et ça, ces attaques un peu trumpistes contre les médias, elles ne sont pas que portées par Pascal Pro. Sur le plateau trÚs chic de Léa Salamé.

Elles sont aussi relayées par Fran Olivier Gisbert du point. Vous savez les médias beau ne pas en parler, les gens ne parlent que de ça. Donc il faut calmer.

Non non mais quand il en parle pas, je dis la pĂ©riode des quelques jours trouvez que les mĂ©dias n'en ont pas parlĂ© qu' a en gros que non parce que je fais pas ça. Je les mĂ©dias on parlĂ© maintenant mais ça va. Le jour mĂȘme le jour mĂȘme ça a parlĂ©.

Oui mais il y a eu quelques jours comme ça de d'hĂ©sitation mais pas longtemps. Ça a durĂ© de tr jours et aprĂšs tout le monde en a parlĂ© bien sĂ»r. On pourrait le formuler autrement.

On pourrait dire qu'il a fallu tout de mĂȘme quelques jours pour que les grands mĂ©dias se plient aux injonctions de l'extrĂȘme droite et adoptent le cadrage prĂ©conisĂ© par les sbir de BollorĂ©. Et alors Ă  partir de lĂ , c'Ă©tait devenu juste impossible de faire redescendre la pression. MĂȘme rappeler les faits, c'Ă©tait devenu compliquĂ©.

C'est pourtant ce qu'a essayĂ© de faire Patrick Cohen sur le service public et c'est tout Ă  son honneur d'ailleurs. En fin de soirĂ©e, une dizaine de jeunes se mĂȘlent aux 400 participants. Ils ne sont pas du village.

Ils sont venus pour s'amuser, pour draguer les filles. Pas d'incident jusqu'à la derniÚre chanson de la soirée Chikita du rappeur Jules. C'est là que d'aprÚs les mises en cause, l'un des participants au balles, un rugby man aurait tiré les cheveux longs d'un des membres du groupe en le traitant de chikita, c'est-à-dire de filles sexy.

Altercation, bagarre. Les offensés sortent des couteaux. Un adolescent de 16 ans s'effondre.

Poignardé à mort. Il s'appelait Thomas. Il jouait au rugby.

C'Ă©tait l'une de ses premiĂšres sorties. Mais mĂȘme revenir au fait, ça n'Ă©tait plus possible. Le lendemain de la chronique de Patrick Cohen, les chaĂźnes de BolorĂ© se sont dĂ©chaĂźnĂ©es contre le journaliste.

Comme l'autĂ© quotidien qui a mĂȘme fait un petit bestof. AprĂšs la chronique polĂ©mique de Patrick Coheno, de notre confrĂšre de France 5, Patrick Cohen a fait beaucoup jasĂ©. La chronique de Patrick Cohen.

Patrick Cohen. Patrick Cohen. Patrick Cohen.

Si on en croyait Philippe Cohen, les gens qui ont écouté Patrick Cohen le donneur de leçon a frappé a-t-il dérapé la machine à flingué de Bolloré est donc enclenchée. On attend l'Idito dans le gilet D une double page outrée dans Paris Match. Et le pire dans tout ça, c'est que ça a marché.

Patrick Cohen a bel et bien fait un coup pas aprÚs voilà, il a cédé à la pression et ça c'est pas tout à son honneur. Face à l'emballement dont ses propos ont fait l'objet, il s'explique écoutez quand les réactions sont aussi vives et épidermiques, c'est que il manque toujours un peu de nuance. Alors on sait pas combien de menaces de mort il a pu recevoir.

On sait pas non plus quel genre de coup de fil il a pu recevoir aussi peut-ĂȘtre mĂȘme de la direction de France tĂ©lĂ©. On sait pas ce qu'il a lu sur lui sur internet qui lui a fait changer d'avis mais enfin en tout cas voilĂ  les mĂ©dias de BollorĂ© l'avaient dĂ©signĂ© ce jour-lĂ  et ça a probablement eu des consĂ©quences. Et pour s'en convaincre, il suffit de regarder ces images.

On est le 1er dĂ©cembre et un groupuscule d'extrĂȘme droite organise en plein Paris un rassemblement qui prend prĂ©texte du drame de CrĂ©pol pour livrer quelques noms Ă  la foule en commençant par ceux des suspects de Roman Suriser que le public est invitĂ© Ă  huer. Et le mensonge aujourd'hui, il s'appelle Patrick Cohen. [Musique] Vous voyez la mĂ©canique ?

Vous voyez comment tout est mis en place pour que les journalistes cÚdent, les allusions, les insultes sur les plateaux, les menaces en ligne et puis ça pour ceux qui n'auraient pas déjà cédé, la menace, elle est déjà réelle. Et le fait est que de toute façon tout le monde ou presque a déjà cédé hein. Est-ce que vous vous souvenez que au moment de l'affaire de Créol, au tout début, et ben cette affaire elle est en concurrence avec une autre affaire, l'affaire de Mourad le jardinier.

Vous vous souvenez de ça ? Le 17 novembre, Mourad, un jardinier a été victime d'une tentative de meurtre. Un vieux lui a donné un coup de ceteur à la gorge en vociférant des insultes racistes.

Et alors là, contrairement à Créol, l'effet était clair. Médiapart avait diffusé les images. Le caractÚre raciste de l'attaque était indéniable.

Oou, je suis chez moi. Les boules ? Ouais, les bougoues.

Je suis chez moi. Alors, tu dégages retourne chez toi. On a affaire à une tentative de meurtre raciste, filmé, mais cette histoire là, elle va pas tellement intéresser les grands médias.

L'histoire illustre pourtant trĂšs bien la montĂ©e du racisme en France, particuliĂšrement contre les musulmans. Un racisme plus dĂ©complexĂ© qu'avant, un racisme qui fait pĂ©ter des cĂąbles Ă  des gens. Mais non, c'est cette affaire-lĂ  qui va ĂȘtre dĂ©politisĂ©e, qui va ĂȘtre vidĂ©.

Euh voilà. Non, c'est juste un vieux, il est fou. Bah c'est les vieux, ils sont comme ça comme Enrico Maias, voyez.

Oh, ça va, il est vieux. Autant lĂ , euh manifestement, c'est euh une camionnette euh d'un paysagiste qui est malgarĂ©, qui empĂȘche euh l'auteur de l'attaque de de manƓuvrer son vĂ©hicule. Et c'est ce que dans ce phĂ©nomĂšne de dĂ©fi civilisation, c'est ce que j'appelle l'expression du le pĂ©tage de plomb.

C'est-à-dire que la personne monte en température tout de suite et passe à l'acte. Euh et donc on voit bien que dans débordé d'un jure raciste d'un bout à l'autre de la vidéo. Tout à fait.

C'est c'est ça. D'abord alors c'est ce qu'on a, c'est le contexte général mais on aurait pu avoir ce type d'événement sans le sans le contexte raciste. Cet extrait, il est hallucinant.

Ouais. Et encore une fois, c'est Patrick Cohen qui est obligĂ© de faire le boulot derriĂšre, de repolitiser, de dire "Attendez, c'Ă©tait quand mĂȘme un petit peu raciste". Parce que JĂ©rĂŽme Fourquet, il voulait rester sur cette histoire de dĂ©civilisation.

C'est son concept, il en est trĂšs content. Mais moi, je trouve que un mec qui arrive plus Ă  reconnaĂźtre le racisme, c'est peut-ĂȘtre ça la dĂ©civilisation. Peut-ĂȘtre que c'est JĂ©rĂŽme Fourquet qui est dĂ©civilisĂ© dans cette histoire.

Nous, on s'est demandĂ© pourquoi l'affaire de la tentative de meurtre sur Mourad le jardinier Ă©tait si vite passĂ© Ă  la trappe dans les mĂ©dias. On a posĂ© la question Ă  quelqu'un qui connaĂźt bien les plateaux de chaĂźne info. Le problĂšme c'est que ça ne suscitait pas de dĂ©bat alors que ce qui s'est passĂ© Ă  CrĂ©ol suscitait du dĂ©bat et donc succidait du c'est un mot qui est horrible plus enfin quand quand on sait de de quoi on parle on parle quand mĂȘme d'un d'un jeune de 16 ans qui est mort mais ça suscitait du spectacle.

Pablo Piot Vivien est rĂ©dacteur en chef du magazine Regard et intervenant rĂ©gulier chez BFM TV, ce qu'il nous dit c'est que les choix des journalistes ne sont pas forcĂ©ment idĂ©ologique. Quand tu veux faire de l'audience et ben il vaut mieux parler de CrĂ©po que de parler de Mourade oĂč tout le monde va ĂȘtre d'accord autour du plateau et donc qui Ă©tait Ă©vacuĂ© Ă  chaque fois en l'espace de 10 secondes. Alors que je pense et c'est ça qui est dommage c'est que il y a beaucoup de choses Ă  tirer de ce qui s'est passĂ© avec le jardinier Mourade.

Oui, mais si tout le monde parle de Créole, alors il faut parler de créole, quitte à ce que BFM s'adapte un peu. Apparemment, aujourd'hui, c'est news qui donne le ton et BFM qui suit. C'est en tout cas ce qu'on comprend à la lecture de cet article de Télérama qui cite Quentin Bolier, grand reporter et responsable de la société des journalistes de BFM TV.

Nous sommes inquiets de la façon dont la direction rĂ©agit Ă  la montĂ©e de ces news en misant sur les faits d'hiver commentai non plus finir Ă  longueur de plateau. Pour rattraper ces news, notamment l'heure des pros qui marche bien, BFM TV s'aligne toujours plus sur les thĂšmes de sa concurrente et Ă©toffe son casting. En tĂ©moigne l'arrivĂ©e de Juliette de Bri, soutien d'Éric Zemour.

Écoutezla ici dĂ©fendre les nĂ©onazis qui Ă©taient descendus Ă  Roman Suriser pour casser du boule sur ordre de gros lardon. de ce qu'on sait pour le moment. On a eu un groupe de personnes d'ultra si vous voulez, je vous crois vraiment sur parole Ă  mon avis euh ce sont des des marginaux et cetera euh mais qui n'ont fait de mal Ă  personne pour c'est ce que c'est ce que ce sont des faits.

AprĂšs se pose la question de pourquoi est-ce que on invite autant de de facho pour parler de de de de ces sujets lĂ  surtout facho qui reprĂ©sente pas grand-chose mais ça ça a Ă  voir avec la façon dont eux sentent la sociĂ©tĂ©. VoilĂ , ils sentent que la sociĂ©tĂ© fachot. Donc, ils se disent "Ces fachot, il faut qu'ils aient une reprĂ©sentativitĂ© euh Ă©gale Ă  la dynamique qu'ils portent sur les plateaux tĂ©lĂ©s." Euh j'imagine que ils essayent d'ĂȘtre le plus raccord euh de ce qui m' de ce qu'ils imaginaient ĂȘtre la sociĂ©tĂ© et aujourd'hui leur analyse de la sociĂ©tĂ© c'est Marine Le Pen peut gagner en 2027. la sociĂ©tĂ©, les plus fortes dynamiques dans la sociĂ©tĂ© sont des dynamiques d'extrĂȘme droite.

Donc bah on va faire des émissions ben qui qui parle de ça. Et d'ailleurs l'argument premier des des éditorialistes comme tu dis, c'est de dire "La France a peur, les Français ont peur, les Français sont inquiets, les Français ont peur de l'insécurité et et donc partant de ce postulat là que les Français ont peur, bah ils invitent des gens qui parlent des Français qui ont peur." Bon mais la presse écrite alors en principe elle a pas besoin de faire le spectacle comme sur les plateaux de télévision.

C'est un petit peu plus proche des faits. Il y a plus d'informations, plus de détails. C'est pas non plus les raccourcis de plateau.

Ah bah si. Bah ça il y a le JDD pour ça quand mĂȘme. C'est le JDD, donc le journal du dimanche de Jufroi Le jeune qui a dĂ©cidĂ© de publier les prĂ©noms des principaux suspects dans l'affaire de CrĂ©ol.

Ils ont nommé l'article meurtre de Thomas à Crépol. Ses prénoms qu'il faudrait taire. Ah, les prénoms.

Ah, les prénoms. Et oui, parce que maintenant on peut plus dire, faudrait nous dire c'est des noirs et des arabes là dans l'effet d'hiver. Maintenant, il faut dire donnez-nous les prénoms.

Comme ça, on peut racialiser l'effet d'hiver tout en restant poli. Oui, voilĂ . On ne dit plus euh quand mĂȘme c'est toujours les Noirs et les Arabes qui foutent la merde mais les journalistes ils nous cachent tout, ils nous disent rien.

Non, maintenant on dit il faut pas avoir peur d'expliquer. C'est-à-dire que il faut il faut il faut donner les prénoms. Il faut dire que c'est pas une rxe, il faut dire qu'évidemment c'est pas seulement un fait d'hiver parce que sur Mais bien sûr mais non mais pardon mais la cristallisation politique et symbolique elle est déjà effective.

C'est-à-dire qu'il y a une cristallisation politique et symbolique sur ce drame et cet assassinat d'un d'un jeune garçon. Et aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, c'est un fait de société. Il y a une cristallisation politique et symbolique.

Donc, il faut dire les prénoms. Voilà, une fois que c'est cristallisé, on peut plus rien faire. Euh, OK.

Walter White. Alors, évidemment, jamais les prénoms ne sont évoqués pour d'autres types d'affaires. C'est ce qu'a expliqué le sociologue Marwan Mohamed sur le plateau de C'est ce soir.

Cet argument lĂ , il il il repose sur l'idĂ©e que la dĂ©linquence dĂ©coule de l'origine. Et puis on ne relĂšve mĂȘme pas les prĂ©noms quand le meurtre est commis par un CĂ©dric ou un Jean-Pierre. En gĂ©nĂ©ral, il y a personne pour s'Ă© crĂ©er "Ah, c'est encore un blanc qui tue sa femme." 2 jours ou 3 jours aprĂšs, je crois, il y a une jeune fille qui meurt dans les euh Ă  peu prĂšs mĂȘme circonstances, 20 ans.

Euh, sauf que son euh le principal suspect s'appelle s'appelle Romain. Il est agriculteur. L'extrĂȘme droite ne parle pas de cette affaire. 2 jours plus tard, pareil, une jeune fille 18 ans retrouvĂ©e morte aprĂšs avoir Ă©tĂ© kidnappĂ©.

Son son agresseur Ă©tait un jeune qui s'appelait ThĂ©o et qui Ă©tait intĂ©rimaire. Bon, l'extrĂȘme droite ne tombe pas lĂ -dessus. Donc ce que je veux dire c'est que l'extrĂȘme droite sait utiliser des Ă©vĂ©nements pour accrĂ©diser les tests qui sont les siennes.

Le tabassage, le viol, le meurtre, l'attaque au couteau d'un français ou d'une française par un immigrĂ© n'est pas un fait d'hiver, pas plus un fait d'hiver que le meurtre d'une femme par son mari. C'est un fait politique que j'appellerai dĂ©sormais francoide. L'ex-chroniqueur assume d'inventer un concept, de le balancer dans l'arĂšne mĂ©diatique et enjoint ses militants Ă  faire de mĂȘme pour imposer le mot.

Ça c'est rare de voir un homme politique thĂ©orisĂ© comme ça en public avec autant de transparence, une mĂ©thode de manipulation des masses est dĂ©voilĂ© devant la presse sa stratĂ©gie mĂ©dia. Et cette stratĂ©gie littĂ©ralement dĂ©calquĂ©e sur celle des fĂ©ministes, elle semble fonctionner. D'ailleurs, vous connaissez les noms que l'extrĂȘme droite choisit de mettre en avant, Thomas, Lola, mais vous ne connaissez certainement pas le prĂ©nom, par exemple, de la derniĂšre femme qui est morte sous l'Ă©cout de son conjoint.

Alors, donnez-moi qui est le dernier. Donnez-moi qui est la derniĂšre femme qui est morte sous les couts de son mari. Et bien, vous ne le savez pas, Bruno.

Est-ce que vous ĂȘtes capable de me citer une femme ? Je connais. Et ben voilĂ , vous ne le savez pas mais personne ne le sait.

Personne ne le sait parce qu'on fait le choix de Vous savez ce qu'il nous faudrait à nous les féministes ? Il faudrait que parmi les plus grandes fortunes de France, il y en ait une, c'est une féministe. Elle rachÚte tous les journaux et puis alors elle décide de parler donc des féminicides, des violences sexuelles et cetera et on imposerait ça à tout le monde.

Et attention, on accuserait tous les autres médias qui n'en parleraient pas. Ouais. Alors ça pourrait marcher.

Le problĂšme c'est que parmi les grandes fortunes de France, moi je vois que des vieux mecs. Donc non, il y a une faille dans ton plan. Et puis ça joue peut-ĂȘtre un peu le fait que c'est tous des vieilles familles françaises, des vieux mecs blancs en gĂ©nĂ©ral, ils ont pas les mĂȘmes angoisses que nous.

Par exemple, les groupes de nĂ©onazis dans les villes lĂ , ça a pas l'air de les tracasser. Je parle d'eux, mais je parle aussi de tous leurs employĂ©s. Vous voyez, on sent bien qu'il y a aucun milliardaire lĂ  ces temps-ci qui s'est dit "Non, moi je veux que dans mes journaux, on combatte l'extrĂȘme droite pied Ă  pied." Non, c'est pas c'est pas ça les angoisse pas.

Pourtant, ces jours-ci, les groupuscules violents d'extrĂȘme droite sont trĂšs actifs. Il s'agitent un peu partout et particuliĂšrement depuis l'affaire de CPOL. MĂȘme TF1 a fini par se sentir obligĂ© de faire un petit sujet lĂ -dessus dans son 20h.

Et alors, ce sujet-lĂ , c'est marrant parce que lĂ -dessus, les les journalistes, ils connaissent pas grand-chose. Du coup, souvent sur les plateaux, ils sont obligĂ©s d'inviter des journalistes spĂ©cialisĂ©s qui eux savent de quoi ils parlent. Vous enquĂȘtez notamment sur cette poussĂ©e de de l'ultradroite.

Je le rappelle, on parle d'un peu plus de 3000 personnes d'aprĂšs les chiffres officiels. 1300 dangereuses. 1300 personnes dangereuses.

Quel danger pour vous ? Est-ce qu'elles reprĂ©sente ces personnes-lĂ  ? Bah c'est ça dĂ©pend en fait pour qui aussi en fait on le voit par exemple ça peut ĂȘtre lĂ  on a eu Ă  Roman sur ce samedi dernier 80 personnes qui bon n'Ă©taient de toute Ă©vidence pas des manifestants puisqu'ils Ă©taient venus avec des barres de fer qu'on retrouve on a retrouvĂ© dans leur tĂ©lĂ©phone voilĂ  des messages pour aller taper du bounou.

Christophe CĂ©cile Garnier lĂ , il a trĂšs bien rĂ©pondu Ă  Maxime Stech parce que c'est vrai que l'extrĂȘme droite c'est dangereux mais pas pour tout le monde par exemple. Pour l'instant pour les journalistes de plateau, ça va. Sauf peut-ĂȘtre pour Patrick Cohen ou pour tous les journalistes qui tiennent tĂȘte Ă  l'extrĂȘme droite comme ceux de street press.

Oui. Oui. D'accord.

Mais pour Maxime Sweettech, il tient il tient tĂȘte Ă  rien Maxime Stech. Donc pour lui ça va ? Oui, il est bien lui.

Le traitement de l'affaire de CrĂ©ol pose beaucoup de questions dans ce systĂšme mĂ©diatique avec ses milliardaires, ses Ă©ditorialistes serviles, ses journalistes sous pression, qu'est-ce qui est politisĂ© et qu'est-ce qui est dĂ©politisĂ© ? Qu'est-ce qui est visibilisĂ© et qu'est-ce qui est invisibilisĂ© ? Et c'est parce que ce paysage mĂ©diatique est ce qu'il est que mĂȘme de bons journalistes ont fini par se sentir obligĂ©s de parler de crĂ©ole, ne serait-ce que pour rĂ©pondre au fantasmes de l'extrĂȘme droite comme Patrick Cohen ou Camille Vigogne ici.

La question c'est pas comment euh est-ce qu'on en parle ou pas vu qu'on est tous en train de le faire, c'est comment on en parle. EfcĂ© de constater aujourd'hui que la plupart des dĂ©bats se focalisent et adoptent la grille de lecture propre Ă  l'extrĂȘme droite, propre Ă  la droite qu'elle a rĂ©ussi Ă  imposer dans le dĂ©bat mĂ©diatique. C'est-Ă -dire que tout le monde se retrouve obligĂ© de se positionner en disant est-ce que c'est le symbole ou non euh d'un conflit civilisationnel ?

Est-ce que c'est le symbole ou non d'une guerre raciale ? Est-ce qu'on peut vivre ensemble ? Et cetera.

Et pendant ce momentlĂ , on ne pose pas les questions de comment on fait sociĂ©tĂ©, des quartiers, de violence, de sĂ©curitĂ©. Et vous voyez, c'est lĂ  que le problĂšme il est profond, il est structurel, c'est que tout le monde est coincĂ© dans cette espĂšce de grosse machine qui est l'appareil mĂ©diatique constituĂ© de plein de rĂ©dactions qui se copient, qui s'attaquent, qui sont en concurrence, mais qui au final produisent ça, c'est-Ă -dire du racisme Ă  grande Ă©chelle et les conditions de la victoire possible de l'extrĂȘme droite un petit peu plus tard. Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ?

Qu'est-ce qu'on en fait de cette machine ? On y participe, on n'y participe pas. Pablo, il essaie de la changer de l'intĂ©rieur mais peut-ĂȘtre que la solution c'est le sabotage.

Oui. Ou la grĂšve. Peut-ĂȘtre qu'Ă  un moment, faudrait que les journalistes prennent leur responsabilitĂ© parce que pour l'instant ça dĂ©nonce un petit peu sa gueule en interne, par exemple Ă  BFM TV, ça va jusqu'Ă  parler Ă  la presse pour parler d'une dĂ©rive vers l'extrĂȘme droite de BFM TV.

Bah trĂšs bien, soyez consĂ©quents, faites grĂšve. Et ce serait marrant que Pascal Pro ou IF Kelv se retrouve tout seul lĂ  avec des micros qui marchent pas. serait quand mĂȘme sympa ça, hein ?

Bon, on se retrouve aprĂšs les fĂȘtes. [Musique] [Musique]