Manon Aubry : "Je pense à des millions de gens qui comme moi ont l'estomac noué depuis une semaine"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:30OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous êtes à l'aise avec cette mise à l'écart des députés Raquel Garrido et Alexis Corbière ?
- 1:58RelanceÉludée
Est-ce que c'est une remise au pas ? Est-ce qu'on est libre de critiquer au sein de la France Insoumise ?
- 2:57OuverteRéponse directe
Parlons du volet économique du programme du nouveau Front Populaire.
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La majorité présidentielle a chiffré le programme à 287 milliards d'euros. Est-ce que vous reprenez ce chiffre ?
- 3:47RelanceRéponse partielle
Alors, combien coûte votre programme ?
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A partir de quels revenus les Français vont payer plus ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:43Invité politiqueFait
« ce qui m'intéresse, pour être honnête, ce n'est pas nécessairement ces 4-5 circonscriptions qui vont rester à gauche. C'est les 200, 300, 400 circonscriptions. »
- 0:50Invité politiqueFait
« où on aura deux visions du monde, du pays, qui s'affrontent d'un côté une vision raciste, sexiste, climato-sceptique, et de l'autre, un programme de progrès, de transformation sociale et écologique. »
- 2:36Invité politiquePromesse
« il y a l'abrogation de la réforme des retraites, il y a le blocage des prix des produits de première nécessité, il y a la hausse du point d'indice de 10% pour les fonctionnaires. »
- 3:24Invité politiqueFait
« D'abord, la majorité présidentielle, c'est Bruno Le Maire qui a chiffré avec sans doute les moyens de l'État, les moyens de son ministère, ce qui pose une question d'un point de vue démocratique et légal. »
- 3:37Invité politiqueChiffre
« Il surestime de 20 fois le coût de la réforme des retraites. Il prévoit que notre réforme de la CSG en la rendant progressive va coûter 39 milliards d'euros. »
- 4:03Invité politiqueChiffre
« En rétablissant l'impôt de solidarité sur la fortune, vous récupérez 10 milliards d'euros. Avec une taxation sur les super profits, vous récupérez 15 milliards d'euros. »
- 4:17Invité politiqueChiffre
« On a un gouvernement qui a fait 50 milliards d'euros de cadeaux fiscaux aux entreprises multinationales et aux plus riches ces dernières années. »
- 5:00Invité politiqueChiffre
« nous prévoyons que tous ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois, c'est-à-dire 92% des Français payent moins d'impôts. »
- 6:26Invité politiqueFait
« En le rendant plus progressif et en le renforçant. »
- 8:42Invité politiquePromesse
« Rassurez-vous, notre budget sera à l'équilibre à l'horizon de la fin du mandat. »
- 9:33Invité politiqueFait
« jamais, jamais, jamais, aucune voix ne doit aller au Rassemblement national. Ils sont les héritiers des nazis. Ils ont été créés par des Waffen-SS. »
Temps de parole
- Manon Aubry68 %
- Présentateur32 %
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Et 7h48, Sonia De Villers, votre invitée ce matin est eurodéputée de la France Insoumise. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Hier soir, premier grand meeting à Montreuil, pardonnez ma voix, je la récupère petit à petit. Hier soir, donc, premier grand meeting à Montreuil du nouveau Front Populaire. Sur scène, sur la photo finale, deux figures historiques des Insoumis, Raquel Garrido et Alexis Gorbière, députés sortants, qui n'ont pas été réinvestis par votre parti. Certains dénoncent une purge, suite à leur désaccord avec Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que vous êtes à l'aise avec cette mise à l'écart ?
Écoutez, moi j'ai dit mes réserves en interne, mais ce qui m'intéresse, pour être honnête, ce n'est pas nécessairement ces 4-5 circonscriptions qui vont rester à gauche. C'est les 200, 300, 400 circonscriptions. On aura sûrement des duels entre le nouveau Front Populaire et le Rassemblement National, où on aura deux visions du monde, du pays, qui s'affrontent d'un côté une vision raciste, sexiste, climato-sceptique, et de l'autre, un programme de progrès, de transformation sociale et écologique.
C'est-à-dire tous les papiers de la presse ce matin, qui disent à quel point ces divisions ont parasité ce premier grand meeting.
Justement, mais moi, honnêtement, là je pense à des millions de gens qui sont en train de se réveiller ce matin, et qui, comme moi, depuis une semaine, ont l'impression que cette semaine, honnêtement c'est une semaine, mais le ressenti c'est trois ans, et qui ont une immense boule au ventre, qui ont l'estomac noué depuis une semaine. Samedi dernier, à la grande manifestation, je ne compte pas le nombre de personnes qui sont venues me voir en pleurant. En pleurant et en me disant « qu'est-ce que vous allez faire pour nous sauver ?
» qui ont pleuré parce que ce sont des gens racisés, qui seront les premiers touchés par les politiques du Rassemblement National, parce que les droits des femmes seront attaqués, ils s'attaqueront dès le premier jour au planning familial, en supprimant les moyens, parce qu'ils s'attaqueront aux droits sociaux, parce qu'ils feront le tri des malades à l'hôpital.
On vous entend parfaitement, madame Marie, on vous entend, je comprends très bien. Il n'empêche que vous proposez une alternance, vous proposez une contre-offensive, vous proposez un contre-pouvoir politique, on a envie de savoir à qui on s'adresse, le journal Le Monde s'est tout de même procuré la charte que la France Insoumise a fait signer aux candidats pour les législatives, les engageants, je cite, à respecter la discipline de vote du parti, à défendre le projet, la stratégie définie par LFI et surtout à soutenir coûte que coûte le candidat de LFI lors de la présidentielle des 2027. Est-ce que c'est une remise au pas ? Est-ce qu'on est libre de critiquer ?
Est-ce qu'on est libre de parler ? Est-ce qu'on est libre de penser différemment au sein de la France Insoumise ?
Bien sûr que vous savez, ce qu'on va défendre en commun, c'est ça là, puisqu'on est en radio, c'est le programme du nouveau Front Populaire. Vous l'avez à la main. C'est ça qu'on va défendre et dans ce programme, il y a l'abrogation de la réforme des retraites, il y a le blocage des prix des produits de première nécessité, il y a la hausse du point d'indice de 10% pour les fonctionnaires qui ont été maltraités depuis des années, le réinvestissement de l'hôpital public, dans l'école publique. Honnêtement, moi c'est pour ça que je fais campagne et c'est pour ça qu'on va aller se battre.
Parlons-en de ce nouveau programme, du nouveau Front Populaire, parlons du volet économique parce qu'il a directement trait avec l'Europe et je rappelle que vous êtes eurodéputée. Parmi les mesures, beaucoup de nouvelles dépenses, hausse des retraites, hausse du revenu des fonctionnaires. Nouvelle recette aussi. Oui, on va parler des dépenses d'abord, du minimum vieillesse, gratuité totale de l'école, le SMIC à 1600 euros, etc. La majorité présidentielle a chiffré l'ensemble du programme à 287 milliards d'euros. Est-ce que vous reprenez ce chiffre à votre compte ?
D'abord, la majorité présidentielle, c'est Bruno Le Maire qui a chiffré avec sans doute les moyens de l'État, les moyens de son ministère, ce qui pose une question d'un point de vue démocratique et légal. Et puis quand on regarde d'un peu plus près, c'est complètement farfelu parce qu'il surestime de 20 fois le coût de la réforme des retraites. Il prévoit que notre réforme de la CSG en la rendant progressive va coûter 39 milliards d'euros.
Alors, combien il coûte votre programme ?
En l'occurrence, la CSG progressive, ça coûte 0 euro puisqu'on la rend plus progressive, certains coûteront plus cher et d'autres coûteront moins cher. Nous sommes en train de le chiffrer, vous l'aurez dans les prochaines heures. Nous avons largement de quoi le financer. En rétablissant l'impôt de solidarité sur la fortune, vous récupérez 10 milliards d'euros. Avec une taxation sur les super profits, vous récupérez 15 milliards d'euros. Je peux vous faire la liste, elle est longue et elle va être technique pour un matin quand les gens se réveillent. Mais je veux dire, c'est une question de cap.
On a un gouvernement qui a fait 50 milliards d'euros de cadeaux fiscaux aux entreprises multinationales et aux plus riches ces dernières années. 50 milliards d'euros de cadeaux fiscaux quand nous, nous prévoyons des recettes pour investir dans du commun, dans nos services publics pour redistribuer les richesses.
A partir de quels revenus les Français vont payer plus ? Pardon de vous poser une question aussi simple, mais c'est la question que se posent les Français.
Aucun problème à y répondre.
Parce qu'on leur parle de multinationales et de taxes sur les super profits. Les gens, ils voient leur faille d'impôts.
D'abord, puisque j'ai Dominique Seux en face de moi, qui est un grand expert en matière économique, on a le premier impôt en France qui est payé. Ce n'est pas l'impôt sur le revenu, c'est la TVA qui a un impôt injuste et qu'on prévoit de revoir. Sur l'impôt sur le revenu, parce que j'imagine que c'est votre question, nous prévoyons que tous ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois, c'est-à-dire 92% des Français payent moins d'impôts. On veut rendre l'impôt sur le revenu davantage progressif.
Donc ça veut dire que ceux qui gagnent plus de 4 000 euros par mois sont considérés comme riches.
C'est ce que François Hollande avait dit. Ils paieront légèrement plus et ensuite ce sera progressif. Vous voyez l'histoire... Donc quand je gagne plus de 4 000 euros par mois, mes impôts vont augmenter ? Légèrement si c'est à 4 000 euros, et beaucoup plus si vous êtes Bernard Arnault. C'est une évidence. Entre 4 000 euros par mois et Bernard Arnault, il y a beaucoup, beaucoup de Français maintenant au prix. C'est pour ça que je fais la différence. Mais vous voyez, on peut avoir un débat super technique sur le barème des impôts. Vous voyez, je le connais, le barème des impôts. C'est pas technique, c'est très concret. Je vous le donne. Est-ce que c'est un choc fiscal pour les Français ?
C'est pour ça que, j'insiste, c'est un choc de redistribution des richesses. Dans notre pays, on a les 500 plus grandes familles qui possèdent 45% des richesses. Et on a de l'autre côté 10 millions de pauvres. On a l'hôpital public qui suffoque. On a l'école publique qui suffoque. Je pense aux millions de fonctionnaires de notre pays qui font vivre avec beaucoup de fierté, mais souvent sans moyens, notre école et notre hôpital. Mais je reviens, Manon Brie, vous avez parlé de l'ISF,
l'impôt de solidarité sur la fortune. Vous dites que vous en attendez 10 milliards. C'est ça, c'est le chiffre que vous venez de prononcer. D'accord ? A l'époque où il était, où il existait... C'était 3 milliards d'euros en recettes. Bon, alors comment on passe de 3 milliards à 10 milliards ? En le rendant plus progressif et en le renforçant. Donc ça veut dire qu'il va y avoir beaucoup plus de gens considérés comme fortunés en France ?
Non, on ne change pas nécessairement le seuil, mais on change le barème. De nouveau, en l'occurrence, moi avant d'être élu au Parlement européen, je travaillais à Oxfam sur les questions de lutte contre l'évasion fiscalité. Donc on peut avoir un débat très technique sur les impôts, donc je vous réponds. Mais de nouveau, ce que je vous dis, c'est une histoire de cap politique. Et cette élection et cette campagne un peu éclaire, on doit avoir un affrontement de projet contre projet, cap contre cap. Vous avez d'un côté un gouvernement qui a définancé les retraites, l'école, qui a baissé les prélèvements obligatoires pour les entreprises.
De l'autre, nous, nous suspenderons les politiques antisociales. Et oui, nous l'assumons. C'est une question de vision politique. Et j'ai envie de dire, ça n'a pas véritablement changé du projet de la gauche. Je termine juste là-dessus. Mais je suis ravie qu'on parle enfin du sérieux de notre programme. C'est la démonstration qu'on est au seuil de l'accession au pouvoir et qu'on peut gagner cette fois-ci. Et je veux le dire, au milieu de gens qui sont désespérés par ce qu'il se passe dans notre pays depuis une semaine, on peut gagner.
Si on ajoute Manon Aubry à la réforme, à la révision de l'impôt sur le revenu, à la révision de l'ISF, si on ajoute l'instauration d'un héritage maximum, est-ce qu'on peut craindre une forme de fuite des capitaux ? Est-ce qu'on peut craindre que les gens les plus riches en France organisent le départ de leur argent ?
Quand il y avait un ISF, est-ce que vous savez la part des Français qui fuyaient l'ISF français ? Dites-nous. C'est 0,2% des contributeurs de l'ISF. C'est peanuts. Et en plus de cela, nous prendrons des mesures de lutte contre l'évasion fiscale. Je vous l'ai dit, c'était mon métier avant. En considérant le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Irlande, comme des paradis fiscaux, la moitié des sommes qui sont évadées de France, elles sont vers nos voisins européens. On prendra enfin un bras-le-corps cette question. Et on a autour de nous des économistes qui sont extrêmement compétents sur le sujet. Je pense à Gabriel Zuckman ou à Thomas Piketty qui sont des experts.
Sur l'Europe, c'est très important parce que beaucoup d'observateurs craignent une aggravation du déficit français avec un tel programme. La Commission européenne doit lancer une procédure de déficit excessif contre la France demain, le 19 juin. C'est deux mois. Demain, ça arrive après la dégradation de la note sur la dette française. Vous en tenez compte de cette procédure ? Vous en tenez compte des règles européennes ?
Écoutez, c'est le résultat de la politique menée par le gouvernement depuis sept ans. Donc c'est à eux qu'il faut poser des questions et rendre des comptes. Rassurez-vous, notre budget sera à l'équilibre à l'horizon de la fin du mandat. Mais je le redis, oui, nous nous assumons.
Budget à l'équilibre d'ici la fin du mandat ?
D'ici la fin du mandat. Mais nous assumons.
Vous constaterez que beaucoup, beaucoup, beaucoup d'observateurs en doute.
Mais non, mais pardon, mais en fait, moi j'en ai marre qu'on prenne quelques économistes libéraux et on dit que ce n'est pas crédible. Je vous l'ai dit, on a plein d'économistes qui nous soutiennent et qui soutiennent la crédibilité, mais surtout qui soutiennent l'horizon politique. Et puisque c'est la fin de l'interview, j'aurais terminé là-dessus. Aux gens qui désespèrent, engagez-vous, venez nous aider, c'est possible de gagner.
En termes d'horizon politique, je sais que vous n'allez pas aimer la question, mais elle va se poser dans quelques jours en France. Si au second tour, un électeur de la France insoumise, quelqu'un qui vous soutient, se retrouve obligé de trancher entre un candidat Renaissance et un candidat RN,
que doit-il faire ? Écoutez, on verra, pour donner des consignes de vote, il est clair que pour nous, jamais, jamais, jamais, aucune voix ne doit aller au Rassemblement national. Ils sont les héritiers des nazis. Ils ont été créés par des Waffen-SS. On est le 18 juin aujourd'hui, les 81 ans, de l'appel du général de Gaulle. Je pense qu'il doit se retourner dans sa tombe en voyant l'état de notre pays aujourd'hui. Mais ce dont je suis sûre aussi, c'est que dans beaucoup, beaucoup de cas, le nouveau Front populaire peut gagner.
Donc, ô les cœurs, les gens, les amis, on peut y aller, on peut transformer notre pays et on peut, à la fin, rallumer tous les soleils, comme le disait le grand Jean Jaurès.
Merci, Manon.
Merci à vous.
Et merci, Sonia de Villers. Merci.
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Manon Aubry