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interviewFrançois Ruffin· 14 septembre 2018 17 min

#BDR 34 : LE VESTIAIRE DE BENALLA, ECOLOGIE POPULAIRE, J'AI FAIM & GRANDE PESTE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bon bah voila comme promis on est dans la salle Benalla donc la salle de musculation, de sport de l'Assemblée nationale, et bon voila il explique que c'était l'une de ses demandes c'est lui qui avait fait la demande parce qu'il aimait beaucoup cette salle et venir y faire du sport. Quand j'ai lu ça sur internet j'ai trouvé ça hallucinant parce que moi j'aime bien faire du sport mais tu vois ici c'est… une salle de quartier c'est mieux que ça en général. On est en sous sol, je croyais que j'allais avoir un terrain de foot-salle, il y a pas de terrain de foot-salle, je croyais qu'il allait y avoir un jacuzzi, il n'y a pas de jacuzzi tu vois.

Le rêve Fakirien Je croyais qu'il y aurait peut être une piscine même tu vois c'est le luxe… Je m'attendais, si je m'attendais à un truc luxueux que j'attendais de l'Assemblée nationale c'était la salle de sport et puis bon je me retrouve dans une salle de quartier, bon très bien pour une salle de quartier mais bon, quand tu apprends que Benalla, il traverse Paris parce qu'il trouve que cette salle a un charme particulier, tu dis voilà… c'est quoi ce délire c'est quoi ce mensonge ? et puis là on vient de croiser un mec qui, lui, connaît d'autres salles à Paris qui nous dit : "mais attendez, la salle du ministère de l'Intérieur, la salle des sports c'est une tuerie quoi le mec, il ferait mieux de se faire faire un badge là-bas donc c'était évidemment pas pour venir à la salle des sports que Benalla avait un badge. Dans ce truc-là je rajoute un petit machin.

Alors du coup je fais plus de sport ici parce que moi, faire du sport enfermé comme ça avec une petite radio derrière, je préfère courir à Amiens le long du chemin de halage avec des grues qui s'envolent à mon passage, tu vois ? bon bah voilà… Ce que je te propose, on ne va pas tout faire ici avec le son derrière là c'est quoi ? Top clip de Canal star bon, eh bien on va aller tourner dans le vestiaire peut être, donc chose promise chose due, vous avez la salle Benalla.

Peut être que j'aurais du amener un papier et le coller sur la porte tout ça pour faire un peu plus de cinéma, mais je suis un peu médiocre en mise en scène. On est donc dans les luxueux vestiaires de la salle Benalla à l'Assemblée nationale. On peut parler de sport, hier j'ai raté le foot, il y avait le match de l'Assemblée des députés contre le variété-club de France.

On s'est pris 16-0, je ne suis pas sûr qu'il va y avoir une remise en cause par le coach, ce n'est pas tout-à-fait très sérieux tout ça. Mais il y avait le coup d'envoi qui a été donné par Platini. Platini c'est quand même l'idole de mon enfance, tu vois, j'avais son poster au dessus de mon lit.

Bon… j'étais vraiment fan de Platini. D'ailleurs à un moment, Le Monde diplomatique m'a demandé de faire un papier sur Platini au moment ou il avait ses ennuis au Qatar et tout ça et je leur ai répondu : "Non pas moi, vous trouverez quelqu'un d'autre pour faire un papier qui démonte Platini mais quand on aime une fois, on aime pour toujours" et donc je n'ai pas fait de papier sur Platini et ses ennuis et ainsi de suite. Mais bon… donc j'ai raté ça, pourquoi ?

Pour être à l'Assemblée sur la loi agriculture dans l'hémicycle et sur la loi pact en commission, donc il faut que je coure, hier j'ai couru, mais vraiment couru d'ailleurs ce n'était pas un terrain de sport mais dans les couloirs, j'ai couru entre l'hémicycle et la commission malheureusement j'ai déjà raté la moitié des amendements qui devaient passer pour moi parce que bon… voilà… On le voyait sur le dérouleur il y a eu un gros trou. Boum ! ça a sauté 10 amendements d'un seul coup je suis arrivé et les miens étaient en parti passés enfin… les nôtres, ceux du groupe.

Donc dans l'hémicycle j'ai donc pris à partie Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, c'est juste pour dire ce que ça fait quand on à quelqu'un qu'on accuse là comme cela un peu quand même, il m'a dit procureur, Monsieur le procureur, merci Monsieur le procureur, et c'est vrai qu'il y avait un ton de procureur en lui disant : "vous êtes le complice de la destruction de la planète" grosso modo… pas beaucoup moins que ça, tu vois ? Et d'avoir quelqu'un en face et de lui dire comme cela en face, c'est toujours particulier, parce que Travert ça a l'air d'une bonne pâte, bon bougre, gentil, tu vois, moi je n'ai pas forcément voulu lui taper dessus à Travert, et il est en face de toi avec tous ses signes d'humain mais en même temps il incarne autre chose il incarne un modèle agro-industriel qu'il défend, enfin… tu considères cela. Il incarne des idées, il incarne une force sociale et c'est cette force là que tu attaques à travers lui, voilà, ça me rappelle un coup où je m'étais retrouvé à la Banque centrale européenne, j’ai passé une petite semaine là bas à Francfort et j'avais fait la visite de tous les bâtiments avec un mec qui était très sympa avec moi, donc je posais des petites questions un petit coup de temps en temps, je dérape et puis je posais des questions qui n'était pas dans le truc, et à la fin ça se termine avec Jean Claude Trichet et à l'endroit où se tenait la grande réunion des gouverneurs, même s'ils n'étaient pas tous là, mais il y avait tout son staff communication autour et lui était là, je lui demande s'il peut agiter la petite clochette pour me donner un élément d'ambiance sonore.

Il est gentil, il agite la petite clochette, il était en train d'éplucher ses billets d'avions pour faire ses notes de frais, tu vois, comme tu es près de lui, tu vois toutes ces cernes qui se dessinent sur son visage et là ce n'est plus l'Austérité avec un A majuscule. le concept que tu vas devoir attaquer sur son parcours mais c'est un homme, tu vois, et c'est toujours quelque chose qui instaure une part de doute, où est ce que te situe entre l'humain, comment tes attaques vont être perçues ? et je me souviens j'avais quand même fait mon boulot vraiment en posant des questions qui fâchaient, et alors qu’on avait été très cordial avec moi pendant cette petite semaine, je me souviens de l'entée dans l’ascenseur "au revoir Monsieur Ruffin" et je crois que c'était la température d'un frigidaire, tu vois, là on était à l'ère glaciaire d'un seul coup dans les relations et c'est toujours quelque chose particulier, j'ai bien vu hier comment ça heurtait Stéphane Travert d'être pris à partie comme ça et d'être accusé, de considérer qu'il est coresponsable, avec d'autres mais parmi d'autre d'un désastre industriel, écologique qui n'est pas prêt d’arrêter et d'être entravé par cette loi agriculture.

Après là je voudrais poser comment on fait pour transformer écologiquement avec les gens, par exemple sur l'histoire du glyphosate, sur l'histoire de comment on fait la sortie des pesticides, il faut bien veiller à réussir à sortir de ça avec les agriculteurs, avec les paysans. On ne peut pas avoir des concepts sans qu'ils soient appuyés sur des forces sociales concrètes, évidement il faut une pression extérieure, il faut une pression de la société civile pour faire que les agriculteurs changent leurs pratiques, ils ont commencé mais qu'ils aillent plus loin, beaucoup plus loin, qu'ils soient aidés par l'état pas seulement financièrement mais qu'on leur fixe un cap pour cela. Mais il faut veiller à ne pas perdre la force sociale en cours et ça c'est un truc constant dans notre démarche.

Je me souviens, tu vois par exemple, parce qu'il y a un côté écolo accusateur des forces productivistes et accusateur des hommes qui en sont la force, tu vois, genre j'ai vu des truc : "si Goodyear ferme, tant mieux", "si Whirlpool ferme, tant mieux", "si la grande distribution ferme, tant mieux, les boutiques…" bon… or c'est pas du tout mon truc. Moi, Goodyear par exemple, si on pense que Goodyear doit fermer alors ça voudrait dire que d’abord Goodyear, c'est : il y a moins de consommation de pneus en France, il y a du recyclage de pneus mais enfin ça reste une délocalisation, on va produire en Pologne parce qu'il y aura moins de norme environnementales, il y aura zéro impôt et puis la sécurité des travailleurs ne sera pas du tout garantie sans conter les salaires évidement, c'est ça le but qui était poursuivi par Goodyear lorsqu'il se sont installé à Katowice en Pologne dans une zone franche. Et la réponse des trucs que j'ai entendu c'est "oui, bah tant mieux finalement" Mais non !

Si jamais on pense qu'il faut fermer le pneumatique, si jamais on pense qu'il faut en finir avec cette filière, si jamais on pense qu'il faut aller vers autre chose, c'est nous démocratiquement qui devons en décider, et c'est nous qui devons démocratiquement décider avec les salariés en leur proposant un au-delà, en leur proposant un avenir, en leur proposant quelque chose, en ayant des perspectives pour eux et c'est pas à la finance de décider de fermer Goodyear. Et par ailleurs sur Goodyear, par exemple sur l'alliance des deux, je me souviens qu'on avait produit un tract dont on se demandait comment il allait être reçu, parce que c'était finalement un tract anti-productiviste. On disait : bon bah s'il y a besoin de moins de pneus c'est une bonne nouvelle, si c'est recyclable c'est une bonne nouvelle.

Le problème c'est que le capitalisme fait de ces 2 bonnes nouvelles, une mauvaise nouvelle. Or ce qu'on pourrait faire, on le proposait dans le tract, c'est voilà, finissons-en avec le travail de nuit. J'espère que ça sera regardé comme une aberration, bientôt, que des gens se lèvent la nuit pour produire des pneumatiques, pour produire des sèches-linges, pour produire des lave-linges.

Donc diminuer le temps de travail c'est une mesure écologique, diminuer la production, soit, en diminuant le temps de travail et non pas en allant concentrer les forces productives ailleurs. Et je pense que c'est la même question qui doit en permanence se poser à nous, sur la grande distribution, quand je suis intervenu sur le parking de Carrefour, c'était 3'000 emplois il me semble supprimés par Bompard, un peu plus, dans les Carrefour. – [sonnerie en fond] Tiens !

Bonne nouvelle, là ça sonne. C'est pour nous rappeler qu'on doit aller en hémicycle pour poursuivre la loi agriculture. Et donc, je vois des commentaires Facebook : "Super nouvelle, tant mieux s'ils ferment" Mais non !

Si on veut plus de la grande distribution c'est à nous démocratiquement, collectivement, de se demander comment on va réorganiser la vente, qu'est-ce-qu'on va faire des salariés, à qui on peut peut-être proposer des perspectives qui les rendront plus heureux ailleurs, mais c'est à nous d'en décider ensemble et c'est pas à Bernard Arnault, actionnaire principal du groupe Carrefour, de décider qu'il va fermer des centaines de magasins et de virer des milliers de personnes, d'un seul coup. Donc voilà, je pense qu'il faut transformer les choses, la vente, l'industrie, l'agriculture. Mais tout ça le transformer avec les salariés eux-mêmes, avec les forces productives.

Et je pense que c'est l'un des trucs que nous, nous avons apporté, c'est que dans nos 20 années presque, maintenant de Fakir, nous n'avons jamais oublié les gens. Ce n'est pas juste des idées, c'est avec qui on fait. On est rien si jamais on fait pas quelque chose, avec les gens.

Il faut toujours penser, c'est ma phrase sur, voilà, l'avant-garde, on peut être l'avant garde mais on doit être comme une locomotive et toujours veiller à raccrocher les wagons derrière ; toujours veiller à ne pas perdre de wagons derrière, il faut entraîner derrière soi. Et donc voilà ça c'est un truc clé. Toujours plus ou moins dans le même registre, j'ai vu un papier qui dit : "Ruffin il intervient à la radio -- c'était un lettre ouverte à Mélenchon mais bon c'était moi qui était l'exemple -- pour parler des hirondelles, mais moi, j'ai ma voisine elle est dans la merde et elle s'en fout des hirondelles, elle s'en fout de la nature, ce n'est pas son problème, elle est dans l'urgence." Bon… je veux dire, il ne faut pas abandonner évidemment, l'urgence sociale, quand on apprends par le biais du secours populaire qu'un français sur cinq ne mange pas ses trois repas, moi à chaque fois que la faim apparaît dans mes échanges avec les gens, c'est toujours un moment où t'as les jambes complètement coupées, parce que, tu te dis : "c'est pas possible." Je me souviens d'un étudiant qui bossait pour être dans l'automobile et on était au restaurant ensemble, tu vois on était en train de bouffer, et à un moment il me dit "Mais moi, je ne peux pas manger trois fois par jour et là toi t'es en train de bouffer tranquillement, tu as les moyens de t'engraisser au resto matin midi et soir, et là t'as ta fourchette qui est en suspens, t'entends le silence quand au milieu des autres un mec dit : "Bah moi j'ai faim, j'ai faim dans ce pays qu'est la France".

Et à chaque fois que ça m'est arrivé, je me souviens à Abbeville, j'ai eu des témoignages comme ça et tu te dis "mais merde.." ou alors des gens qui se condamnent à ne pas manger pour que leur enfants puissent avoir de la viande, pour que leur enfants puissent mieux manger puisque l'on considère que c'est par la viande que ça passe.

Voilà, chaque fois c'est un moment où le temps se fige, donc évidemment cette urgence là il s'agit de ne pas l'oublier. Mais même ces gens là, je fais le pari tu sais, tout comme Jaurès à un moment, je ne compare pas, tout comme Jaurès à un moment fait le pari que la classe ouvrière est capable d'étendre sa vision à l'intérêt général, de dépasser ses intérêts de classe, de évidemment défendre ses intérêts de classe, mais de comprendre ce qu'est l'intérêt général. D'ailleurs c'est l'une des recommandations de Gramsci qui dit qu'une classe devient hégémonique à partir du moment où parfois elle est capable de s'asseoir un petit peu sur ses intérêts de classe pour prendre en compte l'intérêt général.

Et donc je suis convaincu, je fais le pari en tout cas que y compris les classes populaires sont tout à fait aptes, et peut-être plus que l'égoïsme de l'oligarchie, à dépasser leur intérêts immédiats pour aller comprendre des choses beaucoup plus vastes. Il faut savoir en parler, il faut savoir l'amener, mais je suis convaincu que le fait que des gamins n'aient plus d'hirondelles demain c'est quelque chose qui peut toucher aussi dans les milieux populaires. Je crois aujourd'hui qu'il y ait le moyen d'avoir une écologie populaire.

Je fais ce pari là en tout cas, et y compris en remettant en cause les questions comme la croissance. Ça n'élimine pas la lutte des classes, au contraire ça la rend plus ardente, ça la rend plus urgente, parce que la lutte des classes n'est plus seulement sur le terrain de la répartition de la valeur ajoutée, mais elle est quasiment sur le terrain de la survie de, est-ce-qu'on laisse le pouvoir entre les mains de cette oligarchie pour ce qui est du médicament, pour ce qui est de l'agriculture, pour ce qui est de l'industrie, de ce qu'on veut produire, de ce qu'on a besoin de produire, de ce qu'on a plus besoin de produire. Il s'agit d'avoir une reprise en main de notre destin commun et donc ça impose qu'il y ait une lutte des classes contre cette oligarchie pour lui ôter.

Tiens, je poursuis un truc-là. De temps en temps, on me dit, à la limite cette oligarchie, elle aussi elle va se retrouver dans la merde. Ses enfants vont se retrouver dans la merde.

Pourquoi elle ne réforme pas sur le plan écologique, sur le plan environnemental ? Elle doit bien ressentir cette nécessité. J'ai trouvé la réponse dans le bouquin de Pablo Servigne, sur comment tout peut s'effondrer.

Il y a le truc sur l'effet tampon. Il est montré dans différentes études que j'avais lu aussi, des études andines notamment que chaque fois qu'il y a une chute de civilisation, l'oligarchie a subi cette chute, mais avec un temps, deux temps, trois temps de retard. Un effet tampon.

Et c'est ce qui fait qu'elle peut continuer à s'aveugler plus longtemps. Elle ne va pas être dans les premières touchées. Elle va trouver les moyens de se prémunir pendant un certain temps contre ça, et donc ça lui donne l'illusion de pouvoir y échapper.

Et donc c'est pour cela qu'on ne peut pas confier notre destin entre les mains de l'oligarchie. Il faut absolument le reprendre. Il faut trouver le moyen de reprendre ce pouvoir pour pouvoir décider nous, du sort qu'on veut donner à la planète et puis aussi à notre pays Dernier point.

Samedi matin, on va refaire une vidéo. Je vais rencontrer Raj Patel qui est un économiste américain. Il est anglais mais enfin il est aux États-Unis.

Il est à l'université du Texas. D'ailleurs je suis passé, j'ai passé un an à l'université du Texas pour enseigner le français. Et, il y a une page dedans qui m'a intéressé parce qu'elle fait écho à tout le débat agriculture.

Il parle de l'Europe féodale et il montre… bon, il y a eu des aléas météorologiques, il y a eu un refroidissement, il y a eu une petite ère glaciaire Ce qui a nui aux rendements céréaliers. Mais les seigneurs ont empêché une adaptation de l'agriculture ce qui fait que ça a débouché sur une catastrophe humanitaire. On sait, la Grande Peste, elle va débarrasser l'Europe d'un tiers à la moitié de ses habitants, et lui, il dit si on avait laissé les paysans agir eux-mêmes, être autonomes sur leur production, passer peut-être à plus de polyculture eh bien, cela aurait atténué le choc climatique et le choc social.

Mon nouvel attaché, Joseph, a mené des recherches, je lui avais demandé de regarder les sources de tout ça et il est venu me dire que c'était plus compliqué, que ce n'était pas si évident que ça, on mène un travail collectif mais je vous livre quand même cette réflexion sur la nécessité qu'il y aurait à mon avis aujourd'hui à permettre aux paysans, aux agriculteurs de s'extraire d'une technostructure, l'industrie agro-alimentaire, la biochimie et ainsi de suite, les aider à se tirer de ça, pour retrouver davantage d'autonomie et peut-être que ça permettrait davantage de "flexibilité" puisque c'est un mot… de flexibilité si jamais il y avait un risque d'effondrement. Et on va laisser Monsieur passer et puis j'en ai terminé pour ma vidéo de toute façon.

#BDR 34 : LE VESTIAIRE DE BENALLA, ECOLOGIE POPULAIRE, J'AI FAIM & GRANDE PESTE — François Ruffin · Pourquijevote