Bertrand Deckers : «Les robes de Bernadette, reine de l'Élysée»
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il y a un rapport entre Bernad Chirac et le côté royal, vous allez voir. Alors, Bernadet Chirac n'a jamais porté de couronne, he, vous en convirez. Mais néanmoins, elle a longtemps donné à l'Élysée une allure de petites cours républicaines.
Tout d'abord, il y a ce nom à Bernadette chaudron de Courselle. Déjà, le nom nous dit quelque chose. C'est l'ancienne France, les familles enracinées, l'éducation stricte, les dîners où l'on apprend très tôt que le vêtement est un langage.
Chez elle, une robe n'était jamais seulement une robe. Un tailleur n'était jamais seulement un tailleur. C'était une armure, une façon de dire "Je suis à ma place, je connais les codes, je tiens mon rang." En France, la première dame, vous le savez, n'a pas vraiment de statut officiel.
Bernardet Cherak lui a donné une silhouette en matière, on a envie de dire un pli impeccable. Elle n'était pas dans la séduction, elle était davantage dans la distance, dans le protocole, dans le contrôle. Elle a fait quelque chose des grandes dames de cours, celles qui parlent peu, qui observe beaucoup et qui savent que le pouvoir se joue dans les détails.
On parle beaucoup de de ses robes. Bertrand, est-ce qu'elle avait un style particulier, son propre style, si je puis dire ? Absolument.
Bernadette Chirac, c'est pas la robe spectaculaire, la fantaisie, la mode qui court après son époque. C'est le tailleur bien coupé, la jupe au genoux, la veste structurée, le rang de perles, la broche, le brousching impeccable, le sac tenu comme un sceptre. On pourrait parler d'un côté aristochique à la française.
Pas l'aristocratie tapageuse, pas le luxe qui crie, plutôt une élégance sèche, maîtrisée, parfois sévère mais immédiatement lisible. Et derrière cette silhouette, il y a des maisons, des noms, presque comme une géographie du luxe français. Bernadet Chirac fréquente Dior, Laurent, mais surtout Chanel.
Le nom qui se détache, c'est Carl Lagerfeld. Le maître de la rue Cambon ne la transforme pas. Il va la moderniser par petite touche, par une veste mieux dessinée, par une allure plus nette, par une ra d'or soudain devenu style.
Bernadette Chirac ne devient jamais une femme de mode, elle reste une femme de rang. Mais la Gfeld comprend très tôt qu'il ne faut pas la déguiser, il faut simplement transformer son maintien en signature. Et puis attention, il ne faut pas réduire Bernadette à cet ailleurs de jour.
À l'Élysée, il y avait aussi l'autre théâtre, celui du soir, les dîners d'état, les visites officielles pour accompagner un chef d'état, pour recevoir un roi, pour recevoir une reine ou un président étranger. Bernadette savait donné à la République française cette solenité qui ressemble parfois, furieusement, il est vrai, à une cour. Et puisque vous êtes quand même quand même un spécialiste des familles royales, mon cher Bertrand, vous avez réussi à trouver un lien entre Bernadette Chirac et Lady Diana.
Mais à nouveau parce que il y en a un et je ne la vente pas du tout, vous allez voir. C'est même peut-être le pont le plus joli entre cette chronique française et l'univers royal. Bernadette Chirag reçoit Diana.
On est à l'Élysée, on est en septembre 1995. La scène est magnifiquement symbolique puisque d'un côté on a la princesse de Gale, vous le voyez, et de l'autre qui est une icône mondiale et la femme la plus photographiée de la planète. Et de l'autre Bernadette Chirac qui est première dame française depuis quelques mois seulement encore raide, encore très protocolaire mais déjà installée dans son rôle.
Diana arrive avec cette grâce un peu blessée, j'ai envie de dire qui était la sienne. Bernadette incarne elle la tenue, la réserve, la France officielle. Regardez, deux femmes que tout semble opposé mais que le vêtement rapproche.
Diana utilisait la robe pour dire sa liberté, sa fragilité, sa reconquête. Bernadette Chirac l'utilisait pour dire la stabilité, le rang, l'endurance. Il y a même un détail précieux.
En 1995, Bernadette Chirac cherche un cadeau pour Diana venue à Paris. Elle se tourne vers Dior qui lui conseille de lui offrir ce sac que l'on surnomme le chouchou. Bernadette l'offre donc à la princesse.
Diana va l'adorer, le porter, le reporter, la poser aux photographes du monde entier. Et ce sac devient le Lady Dior. C'est encore aujourd'hui le modèle le plus vendu de chez Dior.
Autrement dit par un cadeau de première dame, Bernadette Chirac a fait entrer un objet français dans la légende de Diana et donc dans la légende mondiale. Bon finalement Bertrand, que racontent les robes de Bernadette Chiraak ? Bah, elle raconte une époque, elle raconte une France où l'on pensait encore qu'une femme publique devait d'abord savoir se tenir, ne pas se livrer, ne pas trop bouger, ne pas trop se montrer.
Mais elle raconte aussi une revanche car Bernadette Chirac a longtemps été regardé comme l'épouse de l'épouse de Jacques Chirac, l'épouse trompée, l'épous silencieuse et puis peu à peu, elle est devenue un personnage à part entière. Il y a les pièces jaunes, bien sûr, il y a la choresse, bien sûr, il y a cette parole de plus en plus assérée, parfois redoutable et cette manière de survivre à tout, aux humiliations, aux drames familiaux, aux défaites, aux maladies, à la solitude aussi. Mais ces vêtements eux changent peu.
C'est cela qui est fascinant. Bernadet Chirac n'a jamais cherché la métamorphose spectaculaire. Elle a préféré la constance comme si son tailleur disait "Vous pouvez changer de monde, changer de président, changer de mode, moi je reste debout." Il y avait chez elle quelque chose d'une reine douer de la République.
Une femme sans couronne certes, mais avec un sens absolu du rang. Une femme qui n'a jamais voulu être une icône de la mode, mais qui a fini par devenir une silhouette historique. Bernadette Chirac n'a jamais laissé une robe mythique comme Diana.
Elle n'a jamais laissé une couleur symbolique comme Ellisabeth I par exemple. Elle a laissé autre chose, un pli, une posture, une façon de ne jamais complètement céder. Et finalement, c'est peut-être cela son dernier style, avoir traversé un demi-siècle de pouvoir sans jamais défaire le pli de son tailleor.
Ah.
Xavier Bertrand