État d'urgence | Total à Grandpuits : Entre plan social et greenwashing
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:14OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui se passe exactement à Grand Puy ? Pourquoi vous faites grève ?
- 5:59OuverteRéponse directe
Quelle est votre réaction quand vous entendez ce que dit Total ?
- 8:21OuverteRéponse directe
Elsa Faucillon, vous voulez réagir ?
- 26:02OuverteRéponse directe
Qu'en est-il sorti de cette rencontre ? Vous allez continuer la grève ou vous allez trouver un accord avec la direction ?
- 29:37RelanceRéponse directe
Mais quand même, la question du zéro pétrole, un jour il va falloir en sortir. Est-ce que vous avez une alternative industrielle à proposer ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44InvitéChiffre
« Selon le syndicat, à cause de la transformation du site, 200 emplois directs seront supprimés et 500 le seront dans les entreprises sous-traitantes. »
- 0:54InvitéFait
« Pourtant, Total assure qu'il n'y aura pas de suppression de postes. »
- 2:27PrésentateurChiffre
« on s'oppose au plan de suppression d'emplois de 700 postes, qui en réalité, c'est 200 postes structurels chez Total et 500 chez les sous-traitants, sous prétexte de transition écologique. »
- 2:58PrésentateurChiffre
« nous, on combat le fait que, d'une part, 700 suppressions d'emplois, c'est très grave, et Total a largement les moyens de le faire, parce que, alors, lors d'une des pires crises, en fait, économiques et sanitaires depuis la crise des années 30, ils font encore 4 milliards de bénéfices, donc ils ont largement les moyens de maintenir l'emploi. »
- 3:17PrésentateurFait
« Et ce qu'on dit aussi, d'autre part, c'est que, sur le côté écologique, la véritable solution, ce serait de maintenir le raffinage en France, parce que les normes sociales et environnementales sont les plus hautes, le temps de trouver une véritable alternative aux énergies fossiles. »
- 3:48InvitéFait
« Sur le volet social, Total conduira ce redéploiement industriel sans aucun licenciement, grâce à des départs en retraite anticipés et des mobilités internes vers d'autres sites du groupe, en fournissant à chaque collaborateur une solution adaptée à sa situation. »
- 4:02InvitéChiffre
« Sur les 400 postes que compte aujourd'hui la plateforme de Grand Puy, 250 postes seront maintenus. »
- 4:34InvitéChiffre
« Les chantiers générés par cet investissement industriel de plus de 500 millions d'euros permettront également de créer jusqu'à 1000 emplois pendant les trois années de construction des nouvelles unités. »
- 6:11PrésentateurChiffre
« quand ils construisent un pipeline de 1500 kilomètres qui va être réchauffé au plein milieu des parcs naturels, c'est ridicule, c'est 1,5 milliard de dollars. »
- 6:28InvitéChiffre
« C'est-à-dire que 500 millions, c'est rien du tout comparé au chiffre d'affaires de Total et aux bénéfices qui sont réalisés chaque année ? »
- 7:26PrésentateurFait
« Les mutations sont forcées. La plupart des gens ne veulent pas partir à 500, 600 kilomètres de chez eux, de leur famille, etc. »
- 9:25InvitéFait
« Rappelons le Total quand même, je crois qu'ils ont découvert, en tout cas à la direction, le mot écologie après les accords de Paris, à peu près, par obligation. »
- 12:51InvitéChiffre
« Et on a un mastodon qui est total, qui est dans les top entreprises au monde, qui fait plus de 200 milliards de chiffre d'affaires qui a distribué je crois 7 ou 8 milliards de dividendes l'an dernier et qui au final se permet dans un pays dans lequel il y a plus de 6 millions et demi de chômeurs, 900 000 chômeurs de plus ne serait-ce que depuis le début de la pandémie, 750 plans sociaux, ils se permettent encore de supprimer des emplois. »
- 13:21InvitéChiffre
« il y a 400 emplois à la raffinerie, il y en aura 250 dans le nouveau projet mais ils arrivent à placer le mot de 15 créations d'emplois. »
- 29:52PrésentateurFait
« Nous justement on se penche là-dessus avec les écolos, avec des chercheurs au CNRS qui sont spécialisés là-dedans, mais il faut se dire les choses la transition écologique dans le cadre du capitalisme n'existera pas. »
- 35:12InvitéChiffre
« 57% des émissions de gaz à effet de serre c'est l'effet de l'agrobusiness »
- 35:35InvitéChiffre
« 70% de la destruction de l'ensemble des océans c'est l'effet de la surpêche »
- 40:46Locuteur non identifiéChiffre
« 200 000 barils de pétrole par jour »
- 40:49Locuteur non identifiéChiffre
« 408 34 plateformes »
- 40:53Locuteur non identifiéChiffre
« 31 000 personnes déplacées »
- 40:58Locuteur non identifiéChiffre
« 1445 kilomètres de long »
- 41:25Locuteur non identifiéChiffre
« 60 milliards d'investissements prévus dans les prochaines années »
- 41:32Locuteur non identifiéChiffre
« 100 000 personnes déplacées »
- 42:27InvitéChiffre
« encore plus de 90% d'investissement dans les hydrocarbures »
- 57:33Locuteur non identifiéFait
« en supprimant des emplois »
- 57:34Locuteur non identifiéFait
« en imposant un plan social sans même en parler avec les salariés »
- 57:56InvitéFait
« c'est cynique de la part de Total, ou ils s'achètent bonne conscience aujourd'hui ? »
- 58:21PrésentateurFait
« que les agriculteurs ougandais, les agriculteurs du Mozambique qui sont arrachés de leur terre en fait de force pour juste assurer les profits de Total »
- 58:38PrésentateurChiffre
« sur 700 suppressions d'emplois »
- 59:55PrésentateurFait
« partout il y a des entreprises comme ça capitalistes qui pensent qu'au profit et qui massacrent l'environnement enfin les travailleurs »
- 1:00:00PrésentateurFait
« les travailleurs de Petrobas au Brésil ils ont été simples, ils ont dit nous on soutient les travailleurs de Grand-Puis parce qu'on a les mêmes besoins »
- 1:02:34Locuteur non identifiéFait
« pour sauver la planète il faut produire moins, transporter moins, partager plus et le faire démocratiquement »
- 1:04:07Locuteur non identifiéChiffre
« la réduction des émissions de CO2 devrait être de 65% d'ici 2030 »
- 1:13:20PrésentateurFait
« demain vous allez faire un Lubrizol et nous on ne vous laissera pas faire »
Temps de parole
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État d'urgence, présenté par Rémi Quilzo-Pagès. Total à Grand Puy, entre plan social et greenwashing. Avec Adrien Cornet, Elsa Fossil et Anna Skazib.
Depuis le 4 janvier 2021, des salariés de la raffinerie Total de Grand Puy sont en grève. Pourquoi ? Parce que la multinationale souhaite transformer ce site en une plateforme dite zéro pétrole de production de biocarburant, destinée notamment au secteur aérien et de bioplastique. Ce choix serait le résultat, selon l'entreprise, d'un engagement dans la transition énergétique. Le biocarburant, qui sera produit par Total afin d'alimenter le secteur aérien, sera produit à partir de graisses animales, d'huile végétale, de colza et d'huile de palme. Aujourd'hui, la CGT maintient la grève.
Selon le syndicat, à cause de la transformation du site, 200 emplois directs seront supprimés et 500 le seront dans les entreprises sous-traitantes. Il y aurait donc 700 emplois en moins. Pourtant, Total assure qu'il n'y aura pas de suppression de postes. Alors, qui croire ? Ce matin, un rassemblement s'est tenu devant la Tour Totale à la Défense. Le but des grévistes, d'obtenir un accord de la direction. On va y revenir. Pour en discuter sur le plateau du Média, Adrien Cornet, délégué syndical CGT à Grand Puy, nous a rejoint. Il est l'un des leaders de cette lutte ouvrière. Bonsoir, merci d'être là. Bonsoir, merci à vous de m'avoir invité. Alors, en face, Anna Skazib.
Vous êtes l'une des figures du nouveau parti anticapitaliste, le NPA. Vous êtes également syndicaliste à Sudrail et vous êtes un soutien actif de la grève de Grand Puy. Est-ce que vous allez bien ? Ça va très bien et toi ? Ça va, ça va très bien. Enfin, Elsa Faucillon, vous êtes députée du Parti communiste français, le PCF. Vous aussi, vous soutenez la grève. Merci également d'avoir accepté notre invitation. Merci. L'un des grands thèmes de cette grève, c'est celui du greenwashing et de la transition écologique. C'est ce qu'on constate dans la communication de Total et dans ce que dénoncent à la fois la CGT et les grévistes, mais aussi les ONG environnementales.
Alors, on va essayer de comprendre l'objet de cette lutte, ce front commun syndicaliste, ouvrier, écologiste. C'est l'objet de cette émission. On en discute tout de suite. Alors, Adrien Cornet, qu'est-ce qui se passe exactement à Grand Puy ? Pourquoi vous faites grève ?
Alors, depuis le 4 janvier, on est en grève reconductible parce qu'on s'oppose au plan de suppression d'emplois de 700 postes, qui en réalité, c'est 200 postes structurels chez Total et 500 chez les sous-traitants, sous prétexte de transition écologique. Alors qu'on sait que c'est une pure et simple délocalisation, en fait, des capacités de raffinage dans des pays où les normes sociales et environnementales sont moindres par rapport à la France.
Et demain, c'est 700 jeunes qui ne pourront pas se nourrir et trouver un emploi qui les éloigne de la précarité grâce à l'outil de travail qui est Grand Puy, parce que Total a décidé d'avoir comme obsession la rentabilité et le profit, comme c'est toujours le cas. Donc nous, on combat le fait que, d'une part, 700 suppressions d'emplois, c'est très grave, et Total a largement les moyens de le faire, parce que, alors, lors d'une des pires crises, en fait, économiques et sanitaires depuis la crise des années 30, ils font encore 4 milliards de bénéfices, donc ils ont largement les moyens de maintenir l'emploi.
Et ce qu'on dit aussi, d'autre part, c'est que, sur le côté écologique, la véritable solution, ce serait de maintenir le raffinage en France, parce que les normes sociales et environnementales sont les plus hautes, le temps de trouver une véritable alternative aux énergies fossiles, parce que, nous, à CGT Grand Puy, on est bien conscients qu'il va falloir dépasser l'utilisation des énergies fossiles.
Alors, nous avons proposé à la direction Total de participer à cette émission. Malheureusement, ils nous ont indiqué ne pas être disponibles, mais ils ont tenu tout de même à s'exprimer dans le cadre de ce direct. Je voudrais vous montrer ce qu'ils nous ont écrit. Regardez. Sur le volet social, Total conduira ce redéploiement industriel sans aucun licenciement, grâce à des départs en retraite anticipés et des mobilités internes vers d'autres sites du groupe, en fournissant à chaque collaborateur une solution adaptée à sa situation. Sur les 400 postes que compte aujourd'hui la plateforme de Grand Puy, 250 postes seront maintenus.
En outre, 15 emplois supplémentaires seront créés sur le site de Grand Puy, dans une unité d'emballage en aval de l'unité de bioplastique. Sur les sous-traitants, Total a réalisé une cartographie précise des entreprises partenaires intervenant sur la plateforme, qui représente l'équivalent de 300 emplois à temps plein. Le groupe s'engage à accompagner chaque entreprise concernée par l'évolution du site. Dans sa nouvelle configuration, la plateforme de Grand Puy continuera à faire appel en priorité à ses entreprises partenaires, représentant l'équivalent de 200 emplois à temps plein.
Par ailleurs, les chantiers générés par cet investissement industriel de plus de 500 millions d'euros permettront également de créer jusqu'à 1000 emplois pendant les trois années de construction des nouvelles unités. Total, via sa filiale Total Développement Régional, travaille avec Région Île-de-France en faveur de l'accueil d'autres industries sur le foncier, qui sera rendu disponible sur le site de Grand Puy, et dans les zones d'activité proches des sites de Grand Puy et Garge-en-Ville. Le projet pour Grand Puy sera responsable dans toutes ses dimensions, investissement nouveau à hauteur de 500 millions d'euros et accompagnement des salariés.
Sur les sites de Carling ou Lamed, qui ont eux aussi connu des transformations industrielles, il n'y a eu aucun licenciement, mais des départs à la retraite et des mobilités internes vers d'autres sites de l'entreprise. Le projet est soumis au processus légal d'information-consultation, toujours en cours, des instances représentatives du personnel du groupe. Sur la raffinerie et le pipeline d'Île-de-France Depuis mi-novembre, il a été décidé de mettre à l'arrêt le pipeline, conformément aux procédures internes et en accord avec les autorités, pour examiner des micro-fissures signalées pendant des inspections. Aucune fuite n'a été détectée ni signalée.
La raffinerie a donc été mise à l'arrêt depuis mi-novembre. Sur l'approvisionnement Suite à l'appel à la grève votée par la CGT, les expéditions de produits pourraient être perturbées, mais Total continuera à assurer les approvisionnements de son réseau, de stations-services et de ses clients. Il y a quand même 500 millions d'euros d'investissement, ce n'est pas rien. Total parle aussi d'accompagnement par rapport aux salariés. J'ai envie de vous entendre un petit peu. Quelle est votre réaction quand vous entendez ce que dit Total ? Peut-être d'abord Adrien Cornet ?
Sur les 500 millions d'investissements, par rapport aux investissements que réalise Total, par exemple en Ouganda, quand ils construisent un pipeline de 1500 kilomètres qui va être réchauffé au plein milieu des parcs naturels, c'est ridicule, c'est 1,5 milliard de dollars. C'est pareil pour les investissements au Mozambique, sur l'ensemble des projets gaziers, qui ne concernent pas que Total, c'est plus de 60 milliards qui va être investi.
C'est-à-dire que 500 millions, c'est rien du tout comparé au chiffre d'affaires de Total et aux bénéfices qui sont réalisés chaque année ?
Oui, c'est ça. D'une part, c'est rien du tout, et d'autre part, ça ne correspond pas réellement aux besoins. Pourquoi il y a une raffinerie en Ile-de-France ? Parce que ça répond à des besoins, parce que les normes sociales et environnementales sont les plus hautes, qu'il y a des syndicats, qu'il y a une inspection du travail pour faire respecter tout ça. Et c'est pour ça que c'est pour le bien-être des travailleurs et de l'environnement, en fait. C'est ça la base de la discussion qu'on devrait avoir.
Ce n'est pas de savoir si, effectivement, pour Total, 500 millions, en fait, c'est très peu, déjà d'une part, et d'autre part, il faut dire à quel point, voilà, ce projet, il est hors complètement de la transition écologique, mais qui est obsédé par le sens de la rentabilité. Pourquoi ils font du PLA aujourd'hui ? Parce que le PLA, c'est assurer un taux de rentabilité à deux chiffres. Et ça, ça obsède les actionnaires. Ça, c'est une première réalité. Et sur la question de l'emploi, moi, je voudrais dire à Total qu'il faut arrêter de se moquer du monde. D'une part, les postes adaptés qu'ils promettent, c'est complètement faux. Aujourd'hui, il y a des...
Ils sont écrits, ce qu'ils disent, vous dites, c'est faux. Aujourd'hui, il y a des dizaines et des dizaines de salariés qui, demain, vont rester sur la plateforme et vont être mis au placard parce qu'ils n'ont pas de solution pour eux. Service formation, supprimé. Service sécurité, supprimé. Et ça, c'est pour des dizaines et des dizaines de salariés. Et puis, par ailleurs, qu'est-ce qu'on fait des sous-traitants ? Il y a une semaine de ça, on a viré une centaine de sous-traitants. Ils ont été mis à la porte. Ça veut dire des intérimaires qui n'ont plus de boulot, qui ne peuvent plus remplir leur frigo. C'est pareil pour les CDD et les intérimaires.
Ça, Total n'en parle pas, mais nous, on le dénonce en permanence. Il faut arrêter de se moquer du monde. Les mutations sont forcées. La plupart des gens ne veulent pas partir à 500, 600 kilomètres de chez eux, de leur famille, etc. Ça va engendrer des divorces, des risques psychosociaux, voire des suicides. Et ça, c'est une réalité. C'est ça, un plan social. Ce n'est pas le monde des bisounours. Maintenant, il faut qu'on arrête de se mentir. Elsa Faucillon, vous voulez réagir ?
Est-ce que vous entendez ? Déjà, par rapport à la communication de Total, qui semble extrêmement bien rodée, c'est bien fait, c'est de bonne facture. On sent qu'ils ont l'habitude de ce genre de communication. Et je comprends qu'il y ait des doutes forts sur ce qu'exprime Total, parce qu'en termes à la fois de respect de l'environnement, mais respect des droits humains et des droits sociaux, on ne peut pas dire que ce soit les champions dans ce domaine.
D'ailleurs, sur les projets qui sont en cours en Ouganda ou au Mozambique, il y a des associations environnementales à l'échelle mondiale qui disent à la fois le massacre sur les terres là-bas, mais aussi des violations de droits humains extrêmement, alors forcément cachées de nous, révélées par ces associations-là, mais dans des proportions extrêmement dures. Donc, vu la trajectoire de Total ces dernières années, c'est quand même extrêmement difficile de pouvoir avoir confiance sur son respect de la planète et des droits sociaux. Rappelons le Total quand même, je crois qu'ils ont découvert, en tout cas à la direction, le mot écologie après les accords de Paris, à peu près, par obligation.
Mais je veux dire peut-être deux choses. D'abord sur la grève, même si certainement celles et ceux qui nous écoutent en ont conscience, c'est pas rien cinq semaines de grève, et Adrien vient de le dire. C'est douloureux, c'est difficile. Certes, c'est aussi des moments de fraternité importants, mais n'oublions pas que c'est difficile parce que c'est pas dur uniquement, même si c'est décisif sur le plan financier. C'est des moments où on s'interroge en permanence sur sa propre responsabilité et sa responsabilité collective et ça prend bien la tête. On dort pas bien. Et puis on dort pas bien non plus parce qu'on sait ce qui peut arriver à la fin.
C'est pas toujours des victoires, même si on les espère très fort et que le soutien, il est aussi pour espérer ensemble et faire en sorte qu'il y ait des victoires. Moi, j'ai été élevée dans un territoire qui a connu successivement cette désindustrialisation, ces grèves à répétition et puis ces fermetures d'usines. Je suis née à Amiens et mes parents étaient syndicalistes CGT à Amiens. Et quand j'étais petite, on allait distribuer devant Goodyear, devant Willerpool, devant Valeo, toutes ces boîtes comme ça et adultes, je les ai vues fermées.
Et ce qu'on a vu, c'est des vagues de suicides, des divorces, des gens qui allaient très mal psychologiquement et puis des territoires aussi où ça devient le désert. Parce que c'est un territoire qui d'un seul coup perd de sa vitalité, donc de ses services publics, donc de ses associations. Et c'est ça qu'il exprime, Adrien. C'est-à-dire qu'ils promettent que les salariés, ils seront classés d'abord. Vivre là où ils vivent aujourd'hui et vivre à 500 bornes, ce n'est pas la même chose. Mais en plus, ils sont aussi une richesse sur le territoire, au-delà de la richesse qu'ils créent dans le travail. Donc voilà, un soutien là-dessus.
Et puis je veux quand même saluer le fait que ce n'est pas rien que des salariés d'une raffinerie et des associations de protection de l'environnement fassent cause commune. Je trouve qu'après, les luttes qu'il y a eu ces dernières années, je pense à celles des Gilets jaunes, puis e-retraite, puis SNCF, etc. Le fait qu'il y ait plus que cette convergence, mais cette bataille commune, c'est peut-être une des données quand même qui peut nous donner un peu d'espoir ce soir. On va revenir dessus tout à l'heure, plus tard dans l'émission. Mais justement, vous avez parlé d'un territoire sinistré parce que la CGT estime à 700 emplois qui sont menacés par ce plan social.
Et finalement, là aujourd'hui, ce qu'on voit dans ce territoire, c'est une zone qui dépend totalement d'une entreprise, totale, puisqu'on parle de totale et de ses sous-traitants. Aujourd'hui, c'est un bassin d'emploi qui risque d'être décimé. C'est ça aussi l'enjeu ? L'enjeu, il est celui-là.
Il est aussi de commencer à donner comme mot d'ordre par en haut que les patrons peuvent se permettre de licencier, de supprimer des emplois alors que tout le monde est en train de constater qu'il y a une crise économique sans précédent, qu'il y a des centaines de maîtres un peu partout en France de jeunes qui font la queue pour essayer de récupérer un peu de riz, un peu de légumes et de fruits pour pouvoir se nourrir.
Et on a un mastodon qui est total, qui est dans les top entreprises au monde, qui fait plus de 200 milliards de chiffre d'affaires qui a distribué je crois 7 ou 8 milliards de dividendes l'an dernier et qui au final se permet dans un pays dans lequel il y a plus de 6 millions et demi de chômeurs, 900 000 chômeurs de plus ne serait-ce que depuis le début de la pandémie, 750 plans sociaux, ils se permettent encore de supprimer des emplois. C'est assez incroyable parce que même dans leur courrier ils disent qu'il y a 400 emplois à la raffinerie, il y en aura 250 dans le nouveau projet mais ils arrivent à placer le mot de 15 créations d'emplois.
Enfin moi je ne sais pas, je n'ai pas fait maths sup mais s'il y a 400 emplois et qu'on passe à 250 il n'y a pas de création d'emplois et c'est toujours la même linguistique qu'ils utilisent départ volontaire et personne qui est volontaire de rien du tout. C'est un plan social qui est déguisé sous couvert de transition écologique ?
Mais oui, c'est sous couvert de situations autour de la question écologique mais c'est aussi sous couvert de plein de choses de la crise économique dans laquelle je ne sais pas on peut faire le lien il y a Total mais il y a Michelin Michelin c'est 2300 suppressions d'emplois c'est énorme 2300 suppressions d'emplois et même les syndicalistes ils ne comprennent pas en fait cette annonce de 2300 suppressions d'emplois alors que les machines tournent à plein régime en fait malgré la crise sanitaire enfin à un moment donné il y a besoin de créer de l'emploi c'est pas uniquement la bataille des Total des raffineurs de Grand Puy c'est pas que leur bataille à eux c'est pas que la question de leur emploi à eux et de leur gamelle et de leur frigo aujourd'hui c'est aussi la question des générations futures en fait qu'est-ce qu'on offre en fait aux générations futures lorsqu'on est là on cite ces chiffres moi je les sors souvent parce que c'est pour marquer c'est pas pour remplir un tableau Excel qu'on dit il y a 10 millions de pauvres en France qu'il y a 6 millions et demi de chômeurs c'est pas pour remplir un tableau Excel c'est pour que ça nous marque en fait l'esprit et qu'est-ce qu'on fait en fait si notre génération aujourd'hui elle tolère qu'il y ait 6 millions et demi de chômeurs et 10 millions de pauvres et qu'en plus de ça il y ait des plans sociaux en fait qui continuent parce que là c'est la pointe avancée de l'iceberg aujourd'hui il y a énormément de plans sociaux qui vont arriver il y en a plus de 750 déjà aujourd'hui et il y en a des milliers qui vont arriver derrière parce que le quoi qu'il en coûte de Macron c'est pas Macron qui va finir avec sa carte bancaire à la tirette et qui va payer le quoi qu'il en coûte le quoi qu'il en coûte on va le payer nous et c'est ça ce qu'ils essayent de prévoir c'est qu'aujourd'hui les patrons ils s'enrichissent mais derrière au final il y a des emplois qui sont supprimés aujourd'hui et de manière définitive et c'est contre tout ça en fait que les camarades de Grand Prix moi je salue leur combativité je suis admiratif en fait de ce combat-là et en même temps l'admiration que j'ai pour eux elle est encore beaucoup plus importante quand je vois la tenir aujourd'hui des directions syndicales Adrien il est à la CGT moi je suis sud solidaire mais à un moment donné je sais pas moi il y a énormément de plans sociaux qu'est-ce qu'on attend aujourd'hui en fait qu'est-ce qu'attend les directions syndicales pour pouvoir lancer l'offensive qu'est-ce qu'on attend exactement on va faire quoi on fait des démarches là c'était sympa le 4 février mais il n'y a personne de conscient en fait qui sait qu'on va faire reculer un gouvernement ou des géants comme Total comme la SNCF comme EDF Michelin et autres sur une journée de 24 heures vous avez justement si vous soutenez aujourd'hui cette grève parce que vous vous êtes cheminot donc à première vue on peut se dire que c'est pas forcément le même combat mais pour vous en fait c'est une lutte de classe finalement c'est ça dont il s'agit aujourd'hui si vous êtes engagé aux côtés d'Adrien Cornet comme Elsa Faucillon c'est parce que ce sont les ouvriers qui trinquent de ce type de politique bah oui déjà de base on va dire oui c'est toujours les mêmes qui trinquent au final enfin moi je sais pas je rappelle que Jeff Bezos quand même dans la pire crise de notre temps il a quand même réussi à faire 80 milliards d'augmentation de sa richesse c'est quand même assez incroyable en quelques mois en fait il a doublé sa richesse alors qu'on nous explique que c'était la pire crise que les gens ils consomment plus etc il y a toujours moyen de récupérer de l'argent mais au-delà même de la question de la classe ouvrière enfin moi je travaille je suis sur le site du triage du Bourget nous on envoie énormément de wagons-citernes etc à Grand-Puis c'est nos camarades aussi au-delà de la lutte mais on travaille aussi avec eux et nous demain au niveau du fret ferroviaire le fait de la diminution en fait des matières qu'on va envoyer etc va diminuer aussi notre travail à nous et peut-être que demain il va y avoir des suppressions d'emplois au niveau du fret et ça a le lien aujourd'hui enfin moi jamais de la vie je pense quelqu'un aurait cru un jour qu'on allait voir des raffineurs de Total à côté de Greenpeace à côté des Amis de la Terre et d'autres secteurs en lutte et notamment des camarades étudiants jeunes qui sont présents et ça fait écho juste pour terminer pour conclure là-dessus ça fait écho avec notre combat nous au fret ferroviaire on voit à quel point la question du fret aujourd'hui il faut savoir que depuis la privatisation du fret en 2010 c'est 2 millions de camions en plus sur les routes en France c'est quand même énorme c'est-à-dire qu'on sait nous en tant qu'ouvriers comme les camarades de la raffinerie savent comment faire la transition écologique et moi j'adore en fait dans leur discours c'est qu'ils ne disent pas nous on veut garder l'essence on veut le pétrole on veut nos emplois laissez-nous tranquille depuis le début ils disent non on est prêt à accompagner on est prêt à batailler pour un meilleur climat pour des meilleures conditions sanitaires pour tout le monde et c'est dans ce sens-là que nous en tant que cheminot aussi on se bataille on ne se bataille pas juste parce que moi je suis fier d'être à la SNCF et je dis il faut des trains non parce que je considère que le train il devrait être gratuit je pense que les gens moi je disais en 2018 il faudrait une carte vitale du ferroviaire comme on va à l'hôpital et on met sa carte vitale et on est content d'être soigné et bien moi je considère qu'on devrait avoir une carte vitale du ferroviaire qui permettrait aux gens même qui n'ont pas les moyens de pouvoir voyager et de prendre les transports en commun sans être stressé par se manger une amende et du coup dans ce cas Elsa Faucillon quand une entreprise comme Total parle de politique de transition écologique qu'est-ce que c'est de quoi il s'agit parce que là par exemple Total se veut la future majeure de l'énergie responsable alors on peut se demander qu'est-ce que c'est il a de l'humour l'énergie responsable Patrick Pouyanné il a dit oui effectivement je ne sais pas à quelle occasion mais qui voulait être que l'ambition c'était de devenir le majeur de l'énergie responsable je disais tout à l'heure que le sentiment et pas que le sentiment c'est pointé par beaucoup d'associations c'est que Total a découvert le mot écologie après les accords de Paris parce que des obligations nouvelles incombaient à tout un tas d'entreprises notamment de rapports de pouvoir prouver qu'il y avait un respect non pas de neutralité carbone mais de baisse des gaz à effet de serre et puis une pression aussi en termes d'image parce que aujourd'hui les citoyens de ce pays voient l'urgence climatique et ils pointent plusieurs responsables on pourra revenir quand même sur les responsabilités gouvernementales là-dessus parce qu'il n'y a pas que Total qui est dans un monde isolé qui peut pratiquer ce type de politique il est accompagné par des politiques à l'échelle nationale et à l'échelle mondiale qui lui permettent de continuer à mener ces politiques mais ce qui est sûr c'est que on voit bien qu'il y a une communication qui depuis quelques années maintenant sous la pression d'associations et de citoyens le pousse à montrer que le pétrole c'est un peu sale donc il faut passer au gaz qu'il a fallu abandonner le charbon parce que ça c'était vraiment très très sale et puis qu'il faut investir dans quelques sociétés d'énergie renouvelable je veux dire là-dessus il ne faut pas s'y tromper il le fait à la fois sous cette pression pour montrer on appelle ça le greenwashing il y a des effets de com' et pas que mais ils y retrouvent leur compte aussi l'écologie dans des termes de capitalisme ça peut aussi être du business et donc quand Total investit aujourd'hui dans des sociétés en énergie renouvelable ça lui permet de montrer qu'il y a un mix énergétique sans faire baisser d'ailleurs son investissement dans les hydrocarbures mais ça rapporte aussi les énergies renouvelables en termes de cash ça rapporte donc il ne s'y trompe pas il fait double emploi à la fois il permet de rendre des rapports un peu plus sympas en termes de mix énergétique ça permet aux yeux de la population de dire vous voyez on est loin de l'ERICA on est loin de tout ça et puis de toute façon les activités les plus sales ils décident de les mettre le plus loin de nous en tout cas Ouganda Mozambique Tanzanie etc sans faire baisser la part de pétrole ça ne veut pas dire que les salariés en France certes les normes environnementales et les normes sociales sont meilleures qu'en Ouganda mais vous voyez bien que la situation à Grand Puy montre que le respect des normes sociales elles sont mieux respectées mais enfin ils n'ont que faire quand même de celles et ceux qui produisent la richesse dans le pays et donc c'est d'abord d'abord le profit avant tout et peut-être on reparlera de ce qu'est le greenwashing mais dans un premier temps voilà On en parle juste après mais d'abord on va parler de l'alliance écologiste et syndicaliste qui font front commun ce matin il y a eu une délégation qui a rencontré la direction de Total au siège à la Défense pour le média Irvine Magy y était accompagnée d'Elie Bontonton on regarde le reportage on en parle juste après
On ne sera pas sacrifié sur l'hôtel du greenwashing On parle de 200 suppressions d'emplois tout ça donc nous ce qu'on veut c'est que l'entreprise lâche on veut qu'ils mettent plus d'emplois sur la table et la deuxième je dis que moi j'y adhère pas Il va falloir être nombreux
pour la démonter il y a un premier objectif qui est évident c'est de vous licencier
de faire du profit alors que ce matin ils ont confirmé leur dividende ce matin même C'est quand même la première fois qu'on nous fait passer un plan de licenciement en vert là c'est comme ça que c'est passé présenté par Total Je trouve que sur un cas comme ça c'est vraiment extrêmement positif et c'est une évolution des temps qu'on arrive à retrouver côte à côte la CGT et Greenpeace On cherche les chemins d'un dépassement dialectique d'une contradiction apparente parce que là il y a un piège qui est tendu par Total c'est de discréditer l'écologie parce que si l'écologie devient synonyme dans les classes populaires de licenciement de baisse des salaires de chômage et ainsi de suite c'est la garantie que ça la flingue pour toujours Et là où c'est très fort c'est que c'est Greenpeace les Amis de la Terre les associations écolo qui sont venus démonter cet argument des agrocarburants en disant aujourd'hui les agrocarburants sont pires
que les carburants tout court pour la planète ils produisent plus de réchauffement Les agrocarburants c'est-à-dire c'est consisté à planter quelque part du colza ou du tournesol pour le mettre dans les carburants des véhicules et en fait aujourd'hui il y a tout un tas d'études ridées du siècle pour soi-disant lutter contre le dérèglement climatique parce que finalement l'empreinte carbone de ces agrocarburants elle est parfois même plus élevée que des carburants d'énergie fossile ils veulent faire aussi du soi-disant du bioplastique qui en fait n'a rien de bio si ce n'est le nom donc en fait c'est un faux projet de reconversion écologique on a le sentiment que Patrick Pouyanné et toute la direction de Total se moquent des salariés de Grand-Puy se moquent des écolos et de nos demandes sur la transition écologique et finalement on a besoin aujourd'hui d'être ensemble aux côtés des salariés en grève pour dénoncer effectivement cette mascarade on ne prétend pas avoir toutes les réponses aujourd'hui mais en revanche que la CGT d'autres syndicats et des associations comme les Amis de la Terre ou Greenpeace soient là aujourd'hui c'est quand même un signe extrêmement courageant qu'on est capable de dépasser parfois nos divergences ou nos priorités qui ne sont pas forcément les mêmes au départ et essayer ensemble de trouver des solutions qui soient bonnes pour la protection de l'emploi et pour la transition écologique
Alors Adrien Cornet qu'en est-il sorti de cette rencontre vous allez continuer la grève ou vous allez trouver un accord avec la direction ?
Non il n'y a pas d'accord possible avec la direction parce que de toute façon le dialogue social ça reste un leurre et que l'entreprise comme beaucoup d'entreprises capitalistes ne comprend que le rapport de force en réalité donc nous notre obsession et notre préoccupation c'est de continuer à construire un bloc hégémonique un front unique en fait autour de la bataille de Grand-Puy parce qu'elle pose des questions fondamentales pour l'avenir de tous c'est d'abord et avant tout comment résoudre la fin du mois et ensuite la seconde question c'est comment faire pour protéger la planète et se préoccuper de la fin du monde donc ça rassemble en fait ces deux questions et c'était très simple pour nous de nous mettre autour de la table à Greenpeace avec les amis de la Terre parce que voilà il suffisait de mettre sur la table nos besoins en termes énergétiques de discuter de dialoguer de qu'est-ce qui est propre et ce qui ne l'est pas et nous on avait une proposition simple qui peut être appliquée parce qu'on en a l'expérience c'est de mettre la raffinerie sous contrôle ouvrier et de dire que maintenant nous avec notre connaissance de notre outil de travail on pourrait empêcher en tout cas réduire la pollution massivement en REGR et en REGO c'est-à-dire quand les dépassements sont d'actualité on arrête l'outil de travail on répare et ensuite on redémarre parce qu'aujourd'hui le patronat lui il est obsédé par le profit et il n'arrêtera jamais la machine il continuera à rejeter à polluer pour préserver ses profits alors que nous on veut préserver les rivières qui bordent Grand Puy la terre qui bordent Grand Puy parce qu'on y habite on y vit et on s'y baigne voilà ça c'est notre proposition et on l'affirme on peut le faire c'est comme les travailleurs du fret du Bourget les travailleurs de l'Infrapol avec qui on a manifesté le 4 février c'est des travailleurs qui connaissent qu'on emmène leur outil de travail et qui peuvent avoir une réelle proposition déjà en termes de défendre leur condition de travail mais au-delà pour la transition écologique c'est-à-dire que faire des plans de circulation du fret parce que les transports en commun le fret et les transports de personnes c'est aussi une solution pour demain résoudre les problèmes de pollution et de transition écologique le lien il est très facile à faire et c'est dans les mains des ouvriers des travailleurs et avec un collectif comme les écolos qu'on peut penser ça Greenpeace les Amis de la Terre
et autres Du coup vous êtes d'accord avec François Ruffin quand il dit qu'on essaye de mettre les grévistes dans un piège sur la question de l'écologie en fait c'est pas une grève contre la transition écologique c'est pas une première
en réalité enfin je veux dire déjà le débat des gilets jaunes il part de là la taxe carbone c'était quoi ?
c'était l'idée d'avoir une taxe punitive qui est soi-disant allait résoudre le problème de la pollution alors qu'en réalité mais c'était juste l'idée de plonger encore plus les gens dans la pauvreté et par ailleurs laisser les entreprises comme Total polluer sans qu'il y ait de problème sans qu'on puisse les arrêter mais voilà culpabiliser les plus pauvres et les opposer à l'environnement effectivement il faut dire que les travailleurs de Grand-Puy aujourd'hui leur première obsession c'est remplir le frigo ils sont guidés par les guillons de la faim comme le disait Marx donc maintenant il faut se dire les choses si vous n'arrivez pas à les convaincre que cette question de fin du mois est résolue vous n'arriverez pas à guider leurs préoccupations vers la fin du monde fin du mois même combat fin du monde fin du mois même combat et commençons déjà par éloigner les gens de la précarité parce que c'est une priorité pour qu'ensemble on se préoccupe de la fin du monde
mais tout de même j'insiste un peu là-dessus parce que vous vous dites finalement que Total en fait c'est du flanc il n'y a rien d'écolos là-dedans mais quand même la question du zéro pétrole un jour il va falloir sortir il va falloir en sortir est-ce que vous avez justement une alternative industrielle à proposer ?
Nous justement on se penche là-dessus avec les écolos avec des chercheurs au CNRS qui sont spécialisés là-dedans mais il faut se dire les choses la transition écologique dans le cadre du capitalisme n'existera pas l'obsession première d'une entreprise dans le capitalisme c'est le profit et ils n'auront que ça à la bouche que ça en tête donc pose ou non la question de comment dépasser ce système pour protéger la planète plutôt que de se raconter des histoires et de penser qu'on va faire la transition écologique avec des entreprises comme Total ça c'est une plaisanterie il faut arrêter de se dire les choses comme ça
Aïssa Faucillon cette lutte c'est une lutte sociale syndicale mais est-ce que c'est une lutte écologiste aussi ?
Je disais tout à l'heure moi je trouve que c'est un sacré bel espoir en tout cas ce travail en commun cette lutte commune de salariés de raffinerie et d'assaut de militants écologistes c'est pas rien et je rejoins la question a été posée de la même manière lors du mouvement des Gilets jaunes et ce qu'on voit c'est que non seulement il y a des grandes multinationales qui pendant des années des décennies au nom du profit et sans se soucier ni du sort de leurs salariés mais ni du sort de la planète aujourd'hui se refont une santé et en plus font peser le défi climatique le désastre écologique sur le dos des salariés et des citoyens comme si c'était de leur responsabilité non seulement la situation actuelle mais ce qu'il faudrait faire pour demain et moi je rejoins je pense pas simplement que c'est sur un pied d'égalité l'urgence écologique et l'urgence sociale je pense qu'elles sont intrinsèquement liées et que si on ne les pense pas en les articulant nous ne sortirons pas à la fois de ce système capitaliste mais nous ne sortirons pas vers du bien-vivre j'aime pas le terme mais en tout cas vers une société du bonheur pour que ce soit un peu plus peut-être palpable et donc il faut articuler aujourd'hui ces deux questions c'est ça qui est intéressant que des salariés des chercheurs des écolos cherchent ensemble mais j'imagine que les chercheurs vous le disent il y a un sous-investissement et un sous-financement massif de la recherche par exemple en énergie renouvelable si vous vous attachez à ce que sont les budgets de la nation là-dessus vous vous rendez compte à quel point c'est peanuts donc il y a une responsabilité qui est importante aujourd'hui et quand on entendait politique et quand on entendait Emmanuel Macron au début du confinement nous expliquer que le monde d'après ne ressemblerait absolument pas à celui que nous avons vécu vous vous doutez que je n'y ai pas cru beaucoup mais ça disait quelque chose ça disait d'abord analyser aujourd'hui la situation dans laquelle nous sommes pourquoi nous en sommes là sur la crise sanitaire d'ailleurs qui a des liens avec la crise écologique ou est-ce qu'on en est sur les 763 plans sociaux depuis mars il y a des responsabilités des politiques menées on peut parler de l'hôpital on peut parler de l'éducation on peut parler du fret il y a des choix politiques néolibéraux des choix politiques capitalistes qui nous mènent dans le mur qui nous mènent dans le mur de manière écologique qui nous mènent dans le mur sur la question sociale donc aujourd'hui j'ai aucune confiance je vous le dis dans le gouvernement Macron pour opérer ces choix de transition mais la piste qui est évoquée celle de propriété sociale des boîtes celle de la démocratie en entreprise celle de collectivement interroger quels sont nos besoins parce que peut-être qu'il y a plein de trucs dont on n'a pas réellement besoin puisque le capitalisme il est à la fois un système de domination mais il est aussi un système d'exploitation mais il est aussi un système qui nous fait croire qu'on a de grands besoins je touche mon portable et j'y suis attachée mais qui nous fait croire à des grands besoins dont on n'a pas réellement besoin mais il nous fait penser dans cette société de consommation comme si c'était des besoins vitaux parce que là on parle on parle de biocarburant pour le système aérien on parle de bioplastique je le dis comme ça et peut-être qu'il y a des camarades d'Air France qui nous regardent et que j'irai soutenir aussi en revanche je pense quand même que le tout avion tout le temps pour partir un week-end en visioconférence à l'autre bout du monde je pense qu'il faut arrêter ça mais je ne peux pas le décider de manière autoritaire je pense qu'il faut que collectivement par délibération de toutes et tous et à différentes échelles on interroge quels sont nos besoins et que nous décidions ce qu'on produit et comment on le produit c'est quand même un sacré défi mais je ne vois honnêtement pas d'autre solution pour en finir à la fois avec ce système et pour espérer qu'on sorte de l'énorme impasse dans laquelle aujourd'hui ces politiques nous ont mené Vous êtes d'accord aussi tout est lié finalement ?
Oui moi déjà la question sur quelle forme d'industrie ça me rappelait une fois un camarade de Youth for Climate il m'avait invité lorsqu'ils avaient fait leur occupation de rue là à Paris et il m'avait dit ouais mais toi tu vois comment la solution pour la transition écologique etc et je lui avais répondu tout simplement la révolution et je pense que c'est ça notre forme de transition écologique Adrien a bien fait de le spécifier c'est antagoniste l'écologie et le capitalisme ça ne se mélange pas c'est comme l'huile et l'eau et ça là dessus il faut être ferme je donne deux chiffres moi que je rappelle très souvent et qui parleront à tout le monde 57% des émissions de gaz à effet de serre c'est l'effet de l'agrobusiness d'accord ?
donc pendant que Total fait des pipelines en Ouganda et il raconte sa vie ici Bolsonaro il participe à la destruction de l'Amazonie pour faire des champs de soja pour le bétail 57% des émissions de gaz à effet de serre mondial c'est juste l'agrobusiness 70% de la destruction de l'ensemble des océans c'est l'effet de la surpêche les gros tankers qui viennent et qui pêchent et puis du poisson et en même temps des baleines et des dauphins etc et puis au final ça reste dans les étals de Carrefour et Auchan et ça finit à la poubelle c'est ça la réalité c'est à dire que tant qu'il y a ce système là tant qu'il y a des Nestlé tant qu'il y a des Total tant qu'il y a des grandes firmes internationales qui surproduissent c'est l'effet même du capitalisme le capitalisme il est productiviste un fabricant de main je ne sais pas moi de télé l'année s'il arrive à vendre 10 000 télés sa première obsession ça va être l'année d'après d'en vendre 15 ou 20 000 c'est à dire c'est toujours d'essayer de produire avec quoi ?
avec les richesses qu'on a aujourd'hui donc nous il faut qu'on puisse être ferme là-dessus je pense que les discours qui visaient à rendre l'écologie un peu punitive et souvent nous chez les ouvriers on a l'impression que l'écolo du coin c'était celui qui allait te manger ton boulot ou bien que l'écologiste c'était uniquement des pistes cyclables c'est sympa les pistes cyclables mais moi je dis que les écolos qui pensent que la seule question de l'écologiste et les pistes cyclables et c'est de planter un arbre dans Paris ce sont des charlatans d'accord ?
parce qu'on ne peut pas tolérer que d'un autre côté il y ait des Total et compagnie il y ait des Nestlé il y ait la fonte des glaces il y ait en Amazonie des hectares entiers qui soient brûlés et de l'autre côté penser qu'à Paris parce qu'on est sur une piste cyclable alors on va se sentir mieux on va respirer mieux ça c'est central maintenant sur la question de...
tout à l'heure Ruffin a dit quelque chose il a dit c'est le regroupement de la CGT et de l'écologie moi je pense qu'il faut la CGT n'est pas un bloc monolithique moi je ne suis pas la CGT mais la CGT n'est pas un bloc monolithique l'alliance qu'il y a eu avec les raffineurs c'est grâce aux raffineurs de Total qu'ils soient la CGT force ouvrière ou non syndiquée c'est grâce à eux c'est eux qui ont pensé bien en amont moi je me rappelle au mois de septembre ils avaient déjà contacté les amis de la Terre Julien Bayou et d'autres pour faire en sorte que dès le premier CSE la préoccupation de l'écologie elle a été celle des raffineurs en fait et je pense que même si c'était leur préoccupation en premier je pense que même les écolos ça les a impactés aussi je pense qu'ils étaient beaucoup cantonnés dans une forme de communication un peu une sorte d'agitation pour les plus à gauche on va dire Extinction Rebellion Youth for Climate etc.
Les Amis de la Terre et autres c'était plus dans de l'agitation un peu d'essayer de communiquer sur la fin du monde et autres et je pense qu'aujourd'hui ils ont fait la rencontre avec le mouvement ouvrier organisé et avec l'importance en fait de pouvoir être aux côtés des travailleurs et qu'à quel point en fait le discours est encore peut-être plus audible en fait lorsqu'il y a des secteurs d'un front comme l'écologie qui se lient comme ça a été fait avec les raffineurs moi je voulais corriger cette chose-là parce que ça voudrait dire qu'en fait c'est Martinez derrière son bureau qui a décidé d'appeler Greenpeace etc.
Non c'est pas comme ça en réalité vous me parlez du mouvement ouvrier mais aujourd'hui dans ce mouvement ouvrier c'est vous les raffineurs qui êtes à la pointe et qui avez été les seuls aujourd'hui capables de faire cette chanson
Oui mais après nous ça avait déjà existé même en 2015 je veux dire quand la raffinerie de la MED elle a fermé et qu'on a proposé aux travailleurs de la MED de dire vous allez faire avec de l'huile de palme soi-disant du biocarburant ils ont dit quoi ? déforestation en Indonésie et vous voulez nous rendre responsables de ça ?
Non non on va chercher une alternative on appelle les Amis de la Terre on appelle Greenpeace et ensemble on se bat pour reprendre le contrôle de notre outil de travail mais pas en faisant du sale comme on l'a dit aujourd'hui Total fait du sale et bien nous ça passera pas par les ouvriers par les raffineurs de prendre cette responsabilité-là bien sûr que nous on cherche un emploi qui nous éloigne de la précarité et que c'est notre première obsession mais une fois qu'on a résolu ce problème là on se pose la question de comment on peut produire proprement et ça ça devient notre priorité ce qui sera jamais le cas d'entreprise comme Total ni et comme le dit Anna ce qui sera jamais le cas dans le cadre du capitalisme il faut arrêter quand Anne Hidalgo elle veut dire moi j'ai un programme environnemental moi je pense à l'environnement alors qu'elle donne des marchés à Total sur les bornes électriques etc mais à quel moment elle se positionne sur un projet comme Grand-Puis avec 700 suppressions d'emplois moi je lui pose la question officiellement là quand est-ce qu'on va avoir la position du parti socialiste et de sa candidate au régional sur 700 suppressions d'emplois sur la Seine-et-Marne alors qu'on est au milieu des champs de betterave et que ça va être 700 jeunes qui vont se retrouver au SMIC dans la précarité c'est ça qu'on pose comme question quand vous passez des marchés avec des entreprises comme Total vous aussi vous avez votre part de responsabilité sur les plantes sociaux qui se passent dans ces entreprises là
on va parler d'activité totale dans le monde j'ai discuté avec Edina Eftisen chargée de campagne pétrole chez Greenpeace elle m'a parlé de ce que Total fait notamment en Afrique écoutez
le projet en Ouganda c'est un projet pétrolier c'est un projet pétrolier d'extraction donc il s'appelle Tilanga c'est un projet d'extraction dans une aire naturelle protégée donc dommages environnementaux c'est 200 000 barils de pétrole par jour c'est 408 34 plateformes 31 000 personnes déplacées donc voilà c'est quand même énorme en plus de ce projet il va y avoir un projet d'oléoduc 1445 kilomètres de long qui part de l'Ouganda du lac Albert jusqu'en Tanzanie donc je vous laisse imaginer les dommages environnementaux c'est un oléoduc qui va être chauffé à 50 degrés donc vous voyez le type de projet énergivore que ça peut engendrer l'oléoduc va passer par 178 villages en Ouganda et 231 villages en Tanzanie il y a un rapport édifiant sur le sujet qui a été fait par les Amis de la Terre au Mozambique alors pareil pour le coup c'est un projet gazier une véritable bombe climatique 60 milliards d'investissements prévus dans les prochaines années 100 000 personnes déplacées une génération de conflits incroyables avec des djihadistes sur place Total qui demande à la France une intervention militaire donc on en est quand même là mais au-delà des projets ce qui est important aujourd'hui c'est de s'intéresser à la stratégie du groupe en termes d'investissement parce que des projets qui mettent ici des écosides de Total il y en a plein et si on s'intéresse projet par projet il faut le faire mais on va finalement perdre beaucoup de temps alors qu'en fait il faut vraiment s'intéresser à la stratégie d'investissement du groupe et ce qu'on demande à ce groupe c'est d'arrêter des nouveaux projets pétroliers et gaziers tout projet d'exploration exploitation d'hydrocarbures de Total et climaticide pourquoi ?
parce que forcément il y a des émissions des émissions qu'on ne peut plus se permettre aujourd'hui il y a forcément des dommages environnementaux par l'exploration elle-même par les tests sismiques si c'est des projets offshore par les infrastructures qui doivent installer il y a également pour certains projets des violations de droits humains avec des déplacements de population donc aujourd'hui le problème c'est ça c'est qu'il faut arrêter ces projets tout court dans les faits et dans les chiffres c'est encore plus de 90% d'investissement dans les hydrocarbures
Elsa Faucillon c'est un problème que cette activité de la raffinerie soit délocalisée dans des pays où les normes environnementales et sociales sont moins contraignantes ?
Adrien l'expliquait tout à l'heure il dit on garde ici pendant qu'on réfléchit et c'est essentiel et je pense qu'il faut il y a quand même déjà des solutions d'ailleurs qui sont apportées pour pouvoir transitionner moi je suis sur des délais courts en tout cas pour pouvoir arrêter le pétrole y compris en Ile-de-France mais c'est sûr qu'on peut penser et on a des preuves que quand c'est en Arabie Saoudite quand c'est en Tanzanie quand c'est en Mozambique c'est au prix à la fois d'expropriation de spoliation de déscolarisation aussi d'enfants enfin c'est lourd c'est plus lourd on va le dire comme ça s'il faut faire l'échelle du pire c'est sûr que c'est là-bas qu'on va voir qu'on va constater l'échelle du pire mais ça signifie à mon sens en tout cas et pour rejoindre ce qui était dit tout à l'heure que ça se fasse pas dans des logiques de concurrence évidemment entre salariés entre ouvriers des différents pays c'est un mot qu'on prononce plus beaucoup l'internationalisme mais je pense que ça nous parlera à tous les trois et donc évidemment c'est pas en répondant à la compétitivité à la concurrence libre et non faussée et c'est en ça qu'on dit qu'une articulation d'un projet social et écologique et bien c'est pas ça se règle pas c'est pas soluble dans un projet capitaliste ça veut pas dire qu'on est sur un fonctionnement par étapes qui consisterait à expliquer qu'on fait la révolution et que en attendant on laisse les choses se faire comme telles d'abord on mène des luttes d'abord on met l'intelligence au coeur et bien des projets à venir et puis on franchit des étapes et moi je pense que ces luttes le fait d'avancer soudés comme ça comme ils le font c'est fort parce que ça permet de donner à voir qu'il y a une possibilité chez les progressistes je sais pas si vous vous reconnaissez tous dans le terme de gauche je sais pas si ils vous parlent moi c'est comme ça que je parle encore mais en tout cas que la gauche la gauche de transformation les écologistes les syndicalistes les associations environnementales les progressistes ils sont pas simplement à s'opposer et c'est nécessaire contre des destructions d'emploi mais ils pensent des décisions et quand je dis c'est des décisions et des solutions des solutions radicales pas des solutions de demi-mesure et moi je pense qu'elles sont pas simplement possibles elles sont absolument nécessaires et quand on pense on peut légiférer et quand je reviens sur parce que par exemple quand on nous explique qu'on va faire des agrocarburants pour expliquer que c'est mieux que le pire d'abord il y a plein de scientifiques qui expliquent que ça semble pas mieux mais en plus ça nous montre combien il faut penser la transition en pensant un peu à tout en même temps et si on prend des terres agricoles pour pouvoir produire des agrocarburants pour pouvoir se déplacer je reviens sur la question que je posais tout à l'heure c'est quoi nos besoins ?
Nos besoins ça va être de se nourrir ça va être de nourrir toute la planète nos besoins c'est de pouvoir avoir un travail qui a du sens nos besoins en tout cas moi c'est comme ça que je les développe je veux bien en discuter avec d'autres ils en ont peut-être d'autres mais c'est d'avoir une qualité dans nos relations nos besoins c'est d'avoir de la culture et bien tout ça il y a un moment ça rentre pas avec de la demi-mesure et ça rentre pas avec des logiques de profitabilité aujourd'hui ces débats vous êtes députés on les a pas à l'Assemblée Nationale on est loin de légiférer d'empêcher Total d'agir de la sorte moi j'avais proposé il y a deux ans une proposition de loi qui permettait d'interroger comment l'épargne populaire l'IVREA LDDS etc n'allait pas financer justement des projets liés aux énergies fossiles c'est pas grand chose je peux pas dire qu'on est au soir de la révolution quand je propose ça mais c'est simplement pouvoir donner à voir que l'argent qui est notre épargne l'argent des salariés qu'ils épargnent comme ils peuvent il va à l'intérêt général et pas pas au fait de détruire la planète et de détruire des emplois et bien à chaque fois on me répond qu'il faut du dialogue avec les multinationales que parce que le gouvernement va être présent au conseil d'administration il va faire avancer les choses et il va permettre de faire entendre à Patrick Pouyanné ou à d'autres qu'il faut être plus écolo ça fonctionne pas ça ça fonctionne pas évidemment évidemment faut pas laisser tranquille moi j'ai pas de problème pour discuter de la stratégie de Patrick Pouyanné et d'autres parce qu'il y en a d'autres mais faut pas laisser tranquille nos gouvernants ils le permettent ce système là ils le permettent ils l'accompagnent ils le soignent pour préciser c'est le patron le PDG de Total Edina je pense qu'ils ont rencontré ceux qui écoutent parce qu'elle a dit Pouyanné 17 mois je le précise quand même Edina Iftisen de Greenpeace vient de dire qu'elle a beaucoup parlé de l'Afrique parce que l'essentiel une grosse partie de l'activité de Total se trouve en Afrique on dit souvent que Total se confond avec la France-Afrique là où elle a une partie de ses activités Anas peut-être là-dessus moi déjà je trouve que Total c'est intéressant parce qu'avec la grève des raffineurs tous ceux qui ont de l'admiration ou qui ont de la sympathie vis-à-vis des camarades en lutte ont essayé d'aller fouiller les chiffres etc qui est Total enfin c'est assez intéressant c'est une grève déjà éminemment politique tout à l'heure tu disais la lutte de classe ça peut paraître des fois on se moque même de nous-mêmes parfois à gauche c'est-à-dire on a l'impression qu'on dit un gros mot en fait quand on parle de lutte de classe moi je rappelle même pour les marxistes si je puis dire c'est pas Marx qui a créé le terme ou la théorie de la lutte de classe en fait ce sont les libéraux ce sont les capitaux et je rappelle même cette phrase de je sais plus quel milliardaire qui était sorti dans l'Huma il y a quelques années qui disait on est en train de mener une guerre de classe et c'est notre camp qui est en train de la gagner en fait ils sont conscients en fait de ça c'est quoi 60 emplois pour Total qu'est-ce que 60 emplois pour une entreprise qui fait 200 milliards de chiffre d'affaires c'est à quel point en fait cette lutte elle est éminemment politique elle est dogmatique en fait et elle est aussi avec toutes ses formes c'est-à-dire le capitalisme est combiné avec l'impérialisme pardon c'est-à-dire c'est aussi une lutte anti-impérialiste c'est pas seulement une lutte écologie c'est pas seulement une lutte sociale c'est une lutte anti-impérialiste il faut le voir comme ça parce que enfin je crois de mémoire Total c'est plus de 70% en fait du capital qui appartient à des groupes étrangers en fait ça appartient pas majoritairement à la France la France a une partie dedans mais 70% du capital de Total n'appartient pas à la France c'est-à-dire qu'il y a plein de pays au niveau international qui sont engagés en fait dans Total et qui n'ont pas envie que Adrien Cornet et ses camarades gagnent demain en fait cette bataille-là parce que derrière ça va faire ça va faire tâche d'huile donc oui bien sûr qu'il y a une question impérialiste là-dedans sinon c'est quoi il y a quoi en Ouganda pourquoi on ferait passer un pipeline en Ouganda et pas ici en France pourquoi on ferait pas on ferait pas toutes ces choses-là mais parce que ici il y a des normes sanitaires mais pas des normes sanitaires parce que le taulier il s'est assis autour d'un café il a dit tiens on va augmenter les salaires etc c'est parce qu'il y a eu des luttes acharnées parce que la France c'est un bastion de la lutte de classe c'est un bastion révolutionnaire notre tradition l'ADN du mouvement ouvrier ici elle est révolutionnaire enfin il y a eu les gilets jaunes encore il y a deux ans moi je rappelle cette image le 1er décembre où il y avait écrit les gilets jaunes triompheront et justice et vérité pour Adama dans quel pays en fait au monde en l'espace de quelques années on a vu la loi El Khomri les gilets jaunes la réforme des retraites rien que Macron a réussi à permettre de mettre en place le mouvement le plus subversif de la 5ème république on a dit le mouvement des gilets jaunes et la grève la plus longue de l'histoire du mouvement ouvrier français avec la réforme des retraites on a fait grève pendant plus de 60 jours en l'espace de 3 ans moi j'ai des camarades parfois en Allemagne en Angleterre et autres ils disent mes camarades nous on n'a pas fait une grève ça fait 10 ans ou 15 ans vous tous les 6 mois on a l'impression que c'est toujours chaud et c'est pour ça que la question de la lutte de classe elle est centrale par rapport à cette question politique moi le bémol que j'ai c'est pas la révolution ou rien parce que ça on peut avoir une tendance aussi un peu gauchiste à penser qu'on attend le grand soir et en attendant jusqu'au grand soir on fait rien du tout non je pense que déjà tout ce qui va pouvoir être arraché aujourd'hui à travers la lutte des raffineurs est central le simple bémol c'est la divergence entre est-ce que c'est à travers la politique et à travers les urnes et les assemblées qu'on va changer les choses moi je suis de ceux qui considérons que c'est à travers la lutte de classe à travers la grève générale qu'on arrivera à avancer après derrière bien sûr il va falloir s'organiser politiquement c'est primordial de s'organiser syndicalement politiquement de faire des coordinations de penser les luttes au quotidien mais il n'y a pas moi je ne voudrais pas tomber dans l'écueil de dire votez pour moi en 2022 ou en 2040 et ne vous inquiétez pas de toute façon tout ce qui est passé entre moi le moment où je n'étais pas élu et aujourd'hui je vais effacer tout et puis Patrick Pouyannet je vais le regarder droit dans les yeux lui qui pèse 200 milliards et je vais dire mon coco tu vas me créer 200 emplois qu'est-ce que tu vas faire en fait demain face à Whirlpool face à Ford face à Total face à Renault face à Michelin toi le président de la République tu vas leur dire quoi tu vas leur dire je vais créer des emplois moi personnellement je ne crois pas je ne crois pas que ça puisse fonctionner comme ça et dans l'histoire enfin on l'a connu et moi je pense l'histoire la plus connue de notre camp social c'est l'histoire de Salvatore Allende au Chili qui était Salvatore Allende il faisait des discours révolutionnaires à la tribune nous on n'a pas de discours révolutionnaire à gauche dans l'Assemblée nationale aujourd'hui c'est des discours de gauche sans faire offense à qui que ce soit c'est des discours de gauche radicales, combatives, progressistes etc mais il n'y a personne qui met au centre la lutte de classe il n'y a personne qui regarde les députés et qui regarde Castex dans les yeux et qui dit moi je suis pour la déstabilisation de ton pouvoir bourgeois parce que ton pouvoir bourgeois il est en train de supprimer 700 emplois et moi toutes les grèves et toutes les luttes je les soutiendrai jusqu'au bout pour retourner votre pouvoir et j'espère que ce sera les ouvriers la population qui prendra le pouvoir et pour l'instant pour l'heure on n'y est pas encore mais bon moi j'ai pour dire dans un grand débat au sein de la gauche puisque c'est des débats historiques il y a peut-être une chose sur laquelle on peut être d'accord c'est que de toute façon s'il faut gagner électoralement à un moment il faut le gagner à partir d'une mobilisation populaire sinon ça ne sert pas à grand chose parce que tu ne peux rien mettre en place si tu n'as pas cette mobilisation populaire et que cette mobilisation populaire je pense qu'il faut qu'elle se fasse sur des bases radicales évidemment alors si tu es révolutionnaire radical mais qu'en tout cas tu as besoin d'une société mobilisée pour pouvoir gagner et transformer parce que gagner pour ne pas transformer ça ne sert pas à grand chose oui quoi qu'il arrive même pour les personnes qui sont sur le positionnement électoraliste quoi qu'il arrive notre histoire elle est celle-là elle est que on n'a jamais rien obtenu dans ce pays à travers une boîte de vote et un verre de café d'un patron qui s'est dit tiens si je faisais ça si je mettais les 35 heures et si j'augmentais le SMIC ça ça n'existe pas c'est tous les moments ça a été des moments arrachés par des grèves importantes et notamment avec énormément de combativité et c'est comme disait Trotsky c'est lorsqu'ils ont peur de tout perdre qu'ils commencent à céder et tant qu'ils n'ont pas peur de tout perdre c'est là où ils se permettent de mettre encore la main sur les choses on va poursuivre avec une autre interview on a un peu de retard désolé celle de Cécile Marchand des Amis de la Terre on a discuté de greenwashing et de la politique de Total on en discutera juste après
Ce que nous on appelle greenwashing c'est les stratégies de communication qu'utilisent les entreprises pour verdir leurs activités et qui se résument en fait à de la communication alors qu'en réalité les entreprises comme Total par exemple sont loin d'avoir enclenché la transition écologique et au contraire elles participent à nous enfoncer dans la crise climatique le greenwashing de Total en fait il est double le premier la première partie c'est que Total nous fait croire que le groupe a enclenché une stratégie climat qu'il sort progressivement des hydrocarbures etc la réalité c'est que la majeure partie des investissements de Total aujourd'hui ils restent dans le marché des hydrocarbures et que la sortie qu'ils ont prévue est bien trop lente par rapport à la crise climatique la deuxième chose c'est que le greenwashing de Total il est aussi sur le type d'activité qu'ils proposent à Grand Puy ils font croire qu'à Grand Puy la plateforme zéro pétrole permettra de développer des activités qui sont compatibles avec la transition écologique or nous on a analysé les activités qu'ils proposent et que ce soit la production d'agrocarburants la production de bioplastiques qui n'a de bio que de nom et le recyclage de plastique en réalité sont loin d'être des activités qui sont ouvertes et au contraire en fait ce sont des activités qui permettent à Total de préserver ces intérêts dans des filières que sont les carburants et le plastique filières qu'il faudrait transformer radicalement en baissant la consommation à la racine or Total ne veut que les transformer à la marge et au final inventer des solutions qui sont pires que celles basées sur les énergies fossiles c'est vraiment le dossier typique dans lequel Total utilise ce greenwashing pour masquer la case sociale et c'est en ça que c'est totalement hypocrite et irresponsable aujourd'hui des entreprises comme Total ont la pression de par l'opinion publique et donc pour répondre à cette pression qu'elle soit réputationnelle ou qu'elle provienne de leurs actionnaires par exemple ils développent une stratégie qui leur permet de faire croire qu'ils engagent cette transition alors qu'ils sont bien loin de le faire les choix que Total fait pour Grand Puy ils sont guidés avant tout par les profits laissant de côté à la fois les travailleurs et la transition écologique en fait ce que Total est en train de faire à Grand Puy c'est vraiment le pire qu'on puisse faire c'est d'une part faire porter le chapeau à des travailleurs de l'autre faire croire qu'on développe des activités vertes qui ne le sont pas et de Troyes essayer en plus d'aller probablement récupérer des subventions publiques pour développer ces projets au lieu de penser à un vrai projet qui part des besoins du territoire d'un territoire de Seine-et-Marne qui a besoin d'enclencher une transition écologique qui a besoin de préserver une certaine forme d'industrie mais certainement pas l'industrie que Total propose et encore moins de la manière dont Total le fait en supprimant des emplois en imposant un plan social sans même en parler avec les salariés et en faisant passer la pile grâce à une communication bien huilée
Adrien Cornet finalement c'est ça ce qu'on décrypte depuis tout à l'heure depuis le début de cette émission c'est le greenwashing ce décalage entre les discours la communication d'un côté et la réalité des actes de Total d'autre part c'est cynique de la part de Total ou ils s'achètent bonne conscience aujourd'hui ? Non
eux ils sont obsédés par le profit donc ils ne se posent pas vraiment la question de savoir si c'est cynique ou pas il y a la question de l'image qui assure en fait aux clients de pouvoir continuer à acheter les produits chez Total et Total de les vendre ça c'est une réalité mais derrière si on pose les choses factuellement et qu'on dit que les agriculteurs ougandais les agriculteurs du Mozambique qui sont arrachés de leur terre en fait de force pour juste assurer les profits de Total que les travailleurs de Grand Puy qui mènent la lutte et qui défendent parce qu'on les attaque sur 700 suppressions d'emplois enfin je veux dire quand on a posé ça sur la table il n'y a personne qui peut être convaincu du fait que Total s'inquiète de l'environnement donc maintenant l'idée c'est de construire un rapport de force comme disait Anas juste avant c'est de dire à quel point quand ils ont peur de tout perdre ils commencent à lâcher je veux dire il n'y a pas longtemps Frédéric Lordon il parlait des mouvements des Gilets jaunes en disant dans le 16ème c'est quand ils ont commencé à faire dans leur froc qu'ils ont lâché les milliards mais là c'est une réalité c'est qu'il faut construire un rapport de force qui soit tellement puissant face à une entreprise aussi puissante pour aller leur arracher le pouvoir pour faire en sorte que non on ne discute pas de transition écologique avec Total on leur arrache le pouvoir on leur arrache les moyens de production et ensuite on va parler ensemble avec les ouvriers avec les associations écolo de comment pensent les énergies de demain parce que sinon encore une fois on se raconte des histoires et ça il faut le dire partout on peut
D'ailleurs en termes de rapport de force tout à l'heure Alza Faucillon on parlait d'internationalisme on est là face à une multinationale vous avez eu des soutiens notamment de raffineurs du Brésil est-ce que justement cette lutte elle se mène sur tous les fronts partout où il y a Total
partout il y a Total partout il y a des entreprises comme ça capitalistes qui pensent qu'au profit et qui massacrent l'environnement enfin les travailleurs de Petrobas au Brésil ils ont été simples ils ont dit nous on soutient les travailleurs de Grand-Puis parce qu'on a les mêmes besoins on a la même obsession de pouvoir remplir à la fin du mois notre frigo nourrir notre famille et c'est avant toute chose c'est pour ça que pour nous condamner l'impérialisme c'est très simple c'est juste définir le fait qu'on a les mêmes besoins de travailleurs qu'on soit partout Mozambique Ouganda ou Brésil et après derrière c'est de dire mais quand Total se positionne pour racheter en fait toutes les concessions pétrolières au Brésil qui sont vendues par Bolsonaro quand ces états qui marchent main dans la main pour faire grossir ces entreprises enfin voilà nous on doit s'unir maintenant travailleurs de tout pays pour faire en sorte de renverser la table c'est ça notre objectif
d'ailleurs il y a eu une mobilisation victorieuse il y a quelques années en Amérique du Sud notamment au large du récif amazonien où Total a reculé après des projets au short qu'ils avaient mais là il y a eu une grosse mobilisation et là Total ça avait été victorieux quoi
voilà et donc c'est un peu sur ce modèle-là du bloc hégémonique comme ça a eu lieu dans d'autres boîtes où les travailleurs en fait ils ont créé autour d'eux des collectifs étudiants des collectifs de chômeurs des collectifs d'autres travailleurs d'autres boîtes parce que le se batte boîte par boîte ça ne fonctionnera pas c'est pour ça que quand on marche dans la rue avec les cheminots avec les travailleurs de Sanofi qui sont aussi attaqués par des plans de suppression d'emplois alors qu'on a besoin de chercheurs on a besoin de vaccins à quel point c'est une supercherie je crois que c'est la tête de pont du CAC 40 qui va même résoudre la crise sanitaire et bien c'est pour nous c'est simple de s'allier parce qu'on a les mêmes besoins et on a le même ennemi aussi et donc c'est pour ça qu'il faut absolument qu'on s'unisse que toutes les boîtes qui sont en lutte aujourd'hui se coordonnent et n'attendent pas une stratégie qui n'arrivera pas mais vraiment se mettent autour d'une table et pensent une stratégie qui sera victorieuse
pour tous on va regarder une dernière interview celle de Daniel Tanuro l'un des théoriciens du concept d'éco-socialisme il a écrit l'impossible capitalisme vert ainsi que le livre trop tard pour être pessimiste éco-socialisme ou effondrement je vais poser des questions sur justement le capitalisme vert ce capitalisme vanté par les industriels
le capitalisme vert en fait c'est une contradiction dans les termes il n'y a pas de capitalisme vert possible il y a des capitaux verts parce qu'il y a des capitalistes qui veulent faire du profit partout où il est possible de faire du profit si on peut faire du profit en produisant des éoliennes on produit des éoliennes de même qu'on produit des voitures qui fonctionnent au carburant fossile donc des capitaux verts ça existe mais le capitalisme vert c'est impossible parce que pour sauver la planète il faut produire moins transporter moins partager plus et le faire démocratiquement et produire moins et transporter moins ça va complètement à l'encontre de la logique du profit maximum et immédiat qui est celle du capital depuis la COP21 à Paris toutes les grandes multinationales notamment les multinationales de l'énergie fossile ont fait un tournant radical dans leur discours avant la COP21 leur discours était un discours de réticence ou de résistance en gros face à la transition écologique et énergétique maintenant elles se présentent comme la solution au problème climatique et au problème du déclin de la biodiversité c'est donc véritablement du greenwashing elles essayent d'habiller leur tendance génétique si on veut à la croissance continue à l'accumulation continue au produire toujours plus elles essayent de présenter ça comme une manière de sauver la planète elles ont une peur bleue du fait que la population devant l'immensité du désastre notamment du désastre climatique en tire la conclusion qui est que il faut exproprier ces grandes entreprises qu'il faut les socialiser qu'il faut mettre leurs ressources les savoirs les capitaux au service d'une véritable transition qui permettra de prendre à bras le corps la nécessité absolue de produire moins pour sauver la planète et de le faire socialement et démocratiquement c'est-à-dire en partageant les ressources et les richesses dans les pays capitalistes développés la réduction des émissions de CO2 devrait être de 65% d'ici 2030 c'est absolument impossible d'atteindre cet objectif-là sans une remise en cause fondamentale de l'accumulation de la logique de croissance continue qui implique forcément de consommer toujours plus d'énergie et toujours plus de ressources matérielles
Anas Kasi finalement on y revient un petit peu tout à l'heure vous avez dit qu'il fallait sortir du capitalisme pour sortir de la catastrophe écologique pour trouver des solutions c'est ça le fond du sujet en fait aujourd'hui d'ailleurs on parle d'expropriation des multinationales de socialiser les moyens de production c'est ça le fond du sujet parce qu'il y a urgence en fait aujourd'hui on n'est plus dans le c'est plus une sorte d'utopie en fait où on se dit dans 20 ans dans 30 ans etc enfin on voit au quotidien ne serait-ce que voir là en France avec les inondations encore il y avait déjà la tempête Alex il y a quelques je ne vais même pas en dire quelques mois parce que j'ai plus l'impression que c'était il y a quelques semaines je crois octobre ou quelque chose comme ça enfin on voit la récurrence en fait entre les périodes de sécheresse de plus en plus importantes ne serait-ce que dans les dix dernières années en France systématiquement on a battu le record de sécheresse et puis dans la même période on voit de plus en plus d'inondations ne serait-ce qu'en France ne serait-ce qu'en France et ailleurs on voit à quel point en fait il y a une destruction accélérée de la planète il faut savoir que la plupart même les on va dire les écolos les moins pessimistes les spécialistes en climatologie et autres disent que d'ici 20 à 30 ans en fait il va y avoir plus d'un milliard et demi d'êtres humains qui vont être obligés de se déplacer avec la montée des eaux c'est-à-dire qu'il y a une urgence vitale soit on continue à se dire que l'écologie ça peut attendre et qu'au final le plus important c'est de produire et c'est de continuer à faire ce fonctionnement-là soit de se dire un petit peu qu'il va falloir changer les choses et voir comment aujourd'hui on peut changer les choses les raffineurs montent la voie c'est-à-dire qu'ils pensent et ils contrôlent leurs outils ils ont même un cabinet d'experts c'est pas des grévistes le cabinet d'expertise qui est venu qui a dit il manquait des emplois pour pouvoir assurer déjà d'une manière générale la production mais en plus la sécurité du site lorsqu'on a des lubrizoles qu'on a des poussières d'amiante en fait qui sont respirées par les habitants de Rouen mais ça on n'a pas envie de ça demain donc oui à tous les niveaux en fait il y a une urgence et on sait que ces gens-là leur seule problématique c'est le pognon c'est de savoir comment ils vont pouvoir engranger encore plus de richesses parce que ce n'est pas eux qui sont aux manettes en fait dans les raffineries c'est pas eux qui ont la crainte en fait que les choses explosent ils auront toujours du pognon pour pouvoir essayer de déplacer leur baraque de déménager etc sauf qu'il y a des populations pauvres et notamment qui sont impactées par ça qui ne peuvent pas déménager moi j'ai vu encore le journal de ce midi où les gens en fait ils disent on n'en peut plus chaque semaine en fait on n'a pas de quoi déménager c'est ça le pire c'est que les gens n'en peuvent plus la seule chose qu'ils sont cantonnés à faire c'est de mettre des sacs de sable et de vider et de voir leur meuble en fait aller à la poubelle une dame elle disait moi j'ai encore les canapés qui sont pleins et qui puent l'humidité depuis la dernière inondation et c'est ça la réalité du terrain donc à qui on doit demander de pouvoir évoluer est-ce que c'est au patron on sait vers où ils vont déjà lorsque il y a la COP21 c'était quelques mesurettes qui ont été demandées mais qui sont assez importantes au niveau international on a vu à quel point Trump et autres tout de suite ils commencent à mettre des pressions et à essayer systématiquement de s'écarter mais nous en tant qu'ouvriers je vous assure qu'on sait comment faire pour non pas avoir une transition écologique 100% parce que tout à l'heure je le disais moi je considère que c'est lorsqu'on aura terminé avec le capital est-ce qu'on pourra arriver à un niveau d'écologie qui puisse nous sauver tous mais dès aujourd'hui on sait comment faire déjà il faudrait moi je le dis en tant que cheminot il faudrait que l'ensemble des transports soient gratuits l'ensemble des transports soient gratuits il faudrait que le frais de ferroviaire il soit redéveloppé il faut savoir que le coût du routier chaque année en France le coût du routier c'est 100 milliards entre les dégâts sur la route et les dégâts sur la santé les gens qui vous disent moi j'ai de plus en plus de maladies moi j'ai deux gamins je ne sais pas moi les gens qui m'écoutent qui ont des gamins moi je ne sais pas pour vous je ne pense pas que mes enfants ils soient spéciaux mais mes gamins tous les matins ils toussent tous les matins ils toussent du 1er janvier au 31 décembre il n'y a pas une matinée où quand tu les réveilles pendant un quart d'heure t'entends de l'atout ils ne sont pas spécialement ils n'ont pas une grippe ils n'ont pas machin et je t'assure qu'à chaque fois quand je discute avec mes collègues je vois qu'il y a des collègues autour de moi ils disent moi aussi mes gamins c'est bizarre ils toussent assez souvent en fait alors que ce n'est pas lié à la saison c'est tout ça en fait c'est quel avenir pour terminer quel avenir pour les générations futures quel avenir pour les générations futures c'est ça qui est primordial et c'est ce que j'adore chez les raffineurs c'est qu'ils n'ont pas la question uniquement de leur emploi leur gamelle mais ils ont aussi leur famille qui est encore sur le piqué dimanche et il y a vraiment cette importance en fait de quel avenir on offre aux générations futures et moi je n'ai pas envie d'un avenir de Lubrizol d'Amazon qui brûle et d'un cimetière d'emploi en fait il va falloir qu'on crée de l'emploi et qu'on leur offre une planète qui soit beaucoup plus saine que celle dans laquelle on vit vous êtes d'accord avec ce constat enfin avec ce discours même quand même un discours de rupture vous pensez que par contre on peut quand même essayer de discuter avec Total trouver une solution que cette entreprise puisse faire partie de la solution oui oui on va discuter avec Total je suis sûre qu'ils vont nous écouter non je ne pense pas ça évidemment je pense qu'il faut il faut lutter il faut poser des actes politiques il faut un rapport de force enfin tout un tas de trucs je ne vais pas tout décliner en tout cas je rejoins l'idée qu'il y a des urgences extrêmement perceptibles aujourd'hui par les travailleurs par les citoyens tout à l'heure Adrien parlait du Brésil c'est sûr que les salariés Total du Brésil la déforestation l'impact environnemental ils ne l'ont pas loin ils le voient bien mais les urgences on les voit aussi donc il y a une forte conscience je trouve des enjeux dans la population c'est vrai qu'on est plutôt un peuple nous les français qui très politisé souvent très en lutte en contestation c'est ce qui a valu les mots réfractaires etc très méprisant de la part du président de la république mais à notre honneur aussi quelque part parce que c'est vrai que nous sommes un peuple qui a conscience des enjeux et un peuple qui a conscience du rapport de force la question c'est que ça fait longtemps que ça dure mais il y a une perception extrêmement forte du fait que le capitalisme nous emmène dans le mur et c'est vrai aussi dans les jeunes générations mais le doute il est fort sur la capacité collective que nous avons à le dépasser et il reste extrêmement vrai et d'ailleurs dans une période de crise comme celle que nous traversons je trouve que toutes les périodes de confinement etc des expériences de solidarité qu'on a pu voir et vivre elle disait l'aspiration à autre chose mais on voit bien que la crise elle nous emmène aussi dans un moment de doute sur notre capacité chacun et chacune à nous en sortir donc forcément il faut les luttes comme celles qui sont menées là qui sont aussi des luttes de recherche active je ne sais pas si c'est le bon terme mais elles posent à la fois un rapport de force et puis elles travaillent les solutions pour la suite c'est important parce que ça permet de poser des actes tout de suite de donner de l'espoir de donner à voir quel type de transition on peut opérer moi je crois aussi qu'il est important d'incarner des perspectives politiques parce qu'à un moment il y en a qui voient qui voient des gouvernants faire des choix des choix qui vont contre eux ils sont capables de dire qu'ils sont en colère contre ça et en même temps pour le moment il y a du mal elle est déstabilisée politiquement réellement alors c'est vrai au moment des gilets jaunes ils ont dû faire des choix etc mais c'est des choix de recul ça ne va pas permettre de faire baisser comme il faut les gaz à effet de serre la température qui grimpe les destructions d'emplois etc donc si on veut des mesures radicales oui il faut du rapport de force il faut des perspectives politiques il faut donner à voir à celles et ceux qui aujourd'hui identifient ces urgences pointent du doigt des solutions l'articulation sociale et écologique mais doutent de notre capacité collective à faire le poids Adrien Cornet je vous laisse le mot de la fin vous avez avec vos collègues il y a une délégation qui a rencontré la direction aujourd'hui je ne sais pas ce qui s'est dit exactement mais vous qu'est-ce que vous aimeriez dire à votre direction quel est le message que vous aimeriez faire passer
de toute façon nous notre message qu'on passe à la direction et qu'on passera demain encore et après-demain c'est de dire à quel point on ne lâchera rien en fait qu'en permanence vous allez entendre parler de Grand Puy que ce soit sur le média ou dans d'autres espaces dès qu'on aura la parole c'est pour dire à quel point demain aujourd'hui vous faites un Bridgestone déguisé demain vous allez faire un Lubrizol et nous on ne vous laissera pas faire parce que nous on est conscients du risque et on est conscients que si on vous laisse faire vous mettez en danger les travailleurs de Grand Puy et les habitants de Sénémarne et ça c'est hors de question ça ne passera pas par nous donc la lutte elle va être permanente elle va être quotidienne on va interpeller l'État pour qu'il prenne ses responsabilités notamment la directe parce qu'elle doit rendre un avis sur le plan social et on attend la directe au tournant en disant ne laissez pas faire ne laissez pas faire total sur ce massacre social sur ces risques qui sont psychosociaux qui sont sanitaires qui sont sécuritaires au sein de la raffinerie même ne laissez pas faire ça et une fois qu'on aura passé cette étape ce sera en permanence qu'on organisera le rapport de force pour faire en sorte qu'on gagne demain mais c'est sûr qu'on ne pourra pas le faire seul c'est sûr que ce n'est pas 90-100 raffineurs qui vont pouvoir se battre seuls contre Goliath contre un monstre comme Total il va falloir qu'on soit partout en train d'appeler au front unique au rapport de force au bloc hégémonique et qu'on ne lâche rien et voilà franchement il faut en prendre conscience de ça reprenons notre avenir reprenons la société en main n'hésitons pas nous-mêmes travailleurs à faire de la politique parce que quand on pose la question de la politique pour les travailleurs quand c'est le patron quand c'est Patrick Pouyanné qui est directeur cabinet de François Fillon ça pose de problème à personne mais quand c'est les travailleurs qui font de la politique ça impose du problème donc nous on pose la question de reprendre en main la société et c'est pour ça qu'on construit le rapport de force qu'on discute qu'on parle et qu'on essaye de penser demain l'avenir de nos enfants et de la planète aussi
je la dirige juste pour préciser pour ceux qui nous regardent c'est la direction du travail il y a une caisse de grève pour ceux qui veulent vous soutenir qui est en ligne également
c'est ça
Cotisop caisse de grève Grand Puy vous trouvez ça sur tous les moteurs de recherche c'est important et participer il faut leur donner des thunes c'est la seule grève à plus de 35 jours en reconductible il n'y a pas s'il y avait 2000 boîtes en lutte depuis 30 jours il n'y a pas de problème mais il faut donner il faut participer enfin voilà on dit les gens ils ont économisé avec le Covid ils peuvent aller faire des explorations en montagne qui donnent des thunes aux raffineurs de Grand Puy pour les aider à tenir c'est primordial comme on dit l'argent c'est le nerf de la guerre voilà c'est clair je vous remercie tous les trois d'être venus d'avoir participé à cette émission nous allons évidemment continuer à suivre cette lutte donc je vous dis à très bientôt d'ailleurs il y a des prochaines dates de mobilisation c'est déjà
pour l'instant non jeudi on a une grosse assemblée générale qui se tiendra à huis clos parce qu'on a des discussions profondes à voir sur comment on pense la stratégie de demain et bien sûr après la semaine d'après ce sera la direction de l'inspection de travail à Melun pour lui dire à quel point on est très attentif et on va être très nombreux à la regarder sur la décision qu'elle va prendre sur le plan social à Grand Puy
nous aussi on va suivre ça de très près merci aussi à toute l'équipe du Média qui a participé à cette émission Régie Elie Bonneton et Romain Madoud au cadre Léo Legat et Bertrand Bernier au son Jordan Escoda au montage Alexis Debaille au graphisme Adrien Colra merci aussi à Nicolas Maillard et Erwin Magy qui ont couvert le rassemblement de ce matin n'oubliez pas le Média n'existe que Graft à votre soutien pour qu'on puisse continuer à produire des émissions comme celle-ci de Vené Sociaux faites des dons partagez nos contenus likez parlez-en autour de vous moi je vous dis à très bientôt bonne soirée
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