Guerre au Moyen-Orient : durée du conflit, risque d'élargissement des hostilités, évolution du régime iranien... L'analyse de David Rigoulet-Roze
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Bonjour David Rigoulet-Rose et merci d'être avec nous ce matin sur France Info, un mois jour pour jour après le déclenchement des premières frappes en Iran, frappes menées par Israël et les Etats-Unis. La guerre a beaucoup évolué depuis, on va évoquer toutes ces questions-là, les frappes se poursuivent. Cette nuit encore, on va s'arrêter également sur les premières réactions des outils, ça aussi c'était il y a quelques heures. Mais d'abord, ces mots, les mots hier soir à Paris du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio qui dit en fait la guerre, il y en a encore à peu près pour 15 jours, est-ce qu'il faut le croire ?
Oui, là c'est une opération de communication pour les lecteurs américains évidemment, parce qu'il y a des doutes qui commencent à surgir sur la temporalité qui avait initialement prévue. Alors, dans la planification du Pentagone, on avait évoqué entre 4 et 5 semaines. On est dans la quatrième, donc on n'est pas encore au-delà de la planification initiale. Mais on voit qu'avec les nouvelles mesures, notamment de déploiement de troupes, d'envoi de troupes terrestres, avec la perspective d'une éventuelle opération terrestre qui n'était pas prévue, puisque sinon les troupes auraient été déjà sur place, il y a la possibilité évidemment d'aller bien au-delà des 5 semaines.
Et donc, ce que dit Marco Rubio, c'est destiné à rassurer les Américains qui ont des doutes et justement pour valider le discours qu'il n'y aura pas de guerre sans fin.
Si on dépasse, puisque vous avez parlé d'une planification de jusqu'à 5 semaines par le Pentagone, si on dépasse ces 5 semaines, ça voudra dire quoi pour les Etats-Unis ?
Par rapport à ce qu'a évoqué le président Donald Trump hier en disant que tout était quasiment réglé, que le régime était totalement anéanti, c'est évidemment pas conforme aux impressions qu'on a avec les multiples annonces qui sont faites, notamment des Marines qui sont envoyées, la 82e Airborne. Donc on voit que les choses ne sont pas aussi simples. On n'est pas dans la vérité alternative. Enfin plutôt avec Donald Trump, on est dans la vérité alternative.
Justement, vous mentionnez les déclarations récentes du président américain. On va l'écouter. Nous sommes plus proches que jamais de l'avènement d'un Moyen-Orient enfin libéré du terrorisme, de l'agression et du chantage nucléaire iranien. L'Amérique met fin à la menace que représente ce régime radical, décimant les capacités de l'Iran grâce à l'opération Epic Fury, quelque chose que personne n'a jamais rien vu auparavant. C'est quoi ? C'est la méthode Coué de la part du président américain ? Parce qu'en fait, il nous raconte qu'il est en train de mettre en difficulté l'Iran, mais sur le terrain, ce n'est pas vraiment ce qui se passe.
Le régime iranien est quand même très affaibli par l'opération militaire. Du point de vue strictement militaire, il y a une efficacité de la mise en œuvre justement du Pentagone. Des frappes aériennes, oui. Oui, en termes strictement militaires, c'est plutôt un succès, entre guillemets. Mais le problème, c'est qu'une guerre, ce n'est pas que du militaire. Il y a un volet politique, il y a une perspective politique. Et là, il y a effectivement des questions qui se posent sur la stratégie ou l'absence de stratégie ou un déficit d'évaluation politique, pas militaire. Et donc, effectivement, ça suscite des spéculations et des interrogations sur les prochaines semaines.
En fait, Donald Trump paie encore et va continuer à payer le fait de ne pas avoir été vraiment clair sur ses objectifs de guerre initiaux ?
Alors, l'objectif en tant que tel peut être identifié. C'est plutôt la manière d'y parvenir. Et là, on voit la disjonction avec les Israéliens, l'agenda israélien. L'objectif, c'est qu'il y a quand même, de manière assez claire, la question de la problématique nucléaire. Il l'a rappelé. D'ailleurs, il a eu des formules qui étaient, pour le coup, assez paradoxales de sa part. À plusieurs reprises, il a dit que la menace nucléaire est plus importante que le prix du pétrole. Dans la bouche du président Donald Trump, c'est quand même des déclarations qui sont... C'est vrai que c'est une préoccupation forte aux Etats-Unis, le prix du pétrole. Oui, justement.
Et donc, ça veut dire qu'il y a quand même un objectif qui existe de manière préalable. Simplement, la manière de parvenir à régler cette question, effectivement, entretient une forme de flou stratégique. Et certains ont évoqué des ajustements, des modifications d'objectifs. La question des missiles, la question du changement de régime. Du point de vue israélien, c'est plus clair. Ils souhaitaient, effectivement, aller vers un changement de régime pour régler la question nucléaire. Du point de vue américain, ça l'est moins.
Et du point de vue iranien, ce qu'on voit, c'est qu'à la fois politiquement, le régime tient. Le régime résiste militairement. On a vu toutes ces ripostes, les frappes dans les pays du Golfe. Et ces dernières heures, Adrien l'évoquait, les outils qui entrent dans la danse, entre guillemets. Est-ce que ça, c'est de nature le Yémen qui rentre dans ce conflit aux côtés de l'Iran ? Est-ce que c'est de nature à être un point de bascule dans le conflit en cours au Moyen-Orient ?
C'est un élargissement supplémentaire au niveau horizontal qui était anticipé, d'ailleurs, d'une certaine manière, puisqu'il y a eu des déclarations des outils qui disaient qu'ils étaient disposés à rentrer dans la guerre. C'est très préoccupant parce qu'il y a justement, c'est le jumeau du détroit d'Hormuz, c'est Babel-Mandeb.
Voilà, rappelons la carte. On a le détroit d'Hormuz qui est effectivement au nord, donc le golfe Persique, le détroit de Babel-Mandeb qui mène à la mer Rouge et ensuite c'est le canal de Suède et la Méditerranée.
Et il se trouve qu'il y avait déjà la question du blocage d'Hormuz. S'il y a un problème sur le détroit du Babel-Mandeb, ça devient extrêmement préoccupant au niveau global.
Là, c'est une catastrophe pour l'économie mondiale.
Ah oui, clairement. Alors, les outils étaient déjà intervenus dans la guerre en soutien justement au Hamas, mais ils avaient cessé leur tir après des opérations militaires et un accord avec les Américains. Mais là, le fait de rentrer effectivement dans le conflit, ça l'élargit et ça l'élargit au niveau global, c'est-à-dire dans ses conséquences potentielles, avec un détournement notamment des flux maritimes vers ce qui était déjà partiellement le cas vers le sud de l'Afrique, qui rallonge. Mais c'est surtout éventuellement une rupture des chaînes d'approvisionnement avec la question énergétique.
Pardonnez-moi de m'arrêter quelques secondes là-dessus, mais on va essayer d'être le plus concret possible. Je sais que la France a mené des opérations dans le détroit de Babel-Mandeb, en mer Rouge, contre les outils. Ce n'est pas le seul pays. Est-ce que ce n'est pas quand même un détroit qui est potentiellement plus facile, entre guillemets, je mets des guillemets, à contrôler, du moins à sécuriser, que le détroit d'Hormuz, qui est vraiment riverain, proche de l'Iran ?
Alors, vous faites allusion à une opération qui s'appelle l'opération Aspides, qui était une opération européenne notamment, avec laquelle participait la France, de sécurisation du flux maritime en mer Rouge, effectivement, par rapport à la menace routie. Mais on voit que même si ça paraît moins compliqué à gérer en apparence que le détroit d'Hormuz, ça s'ajoute et donc ça amplifie, on va dire, le sentiment d'insécurité générale sur les flux maritimes, sur les approvisionnements. Et j'évoquais les chaînes logistiques, ce n'est pas uniquement les hydrocarbures, c'est aussi tous les produits, pétrochimie, engrais, etc. Et ça commence, effectivement, à susciter des grandes inquiétudes.
Ça veut dire que notre ministre de l'économie, Roland Lescure, qui a évoqué peut-être un peu trop précocement un choc pétrolier, là, avec les derniers développements de ces dernières heures, on pourrait se diriger tout droit vers un choc pétrolier mondial ?
En tout cas, la déclaration du ministre de l'économie, on a vu qu'il y avait une forme de rétro-pédalage, justement, du fait de l'inquiétude que ça pouvait soulever, en disant que ce n'était pas proprement français. C'est vrai, c'est général, pour le coup. Mais on voit que les derniers événements vont plutôt dans un sens, effectivement, d'un choc global. Et ce n'est pas uniquement un choc pétrolier, parce que quand on pense aux chocs pétroliers précédents, c'est-à-dire 73, 79, c'était le pétrole en tant que tel. Là, il y a la dimension gazière qui s'ajoute et qui est, effectivement, particulièrement sensible, dans la mesure où il y a 20% du gaz, en fait.
Le GNL, notamment, qu'Atari, qui transitait...
Rappelons que le gaz est très utilisé par les entreprises.
Voilà, par les entreprises. Et on voit qu'il y a une inquiétude sourde qui commence à surgir, parce que le gaz, il ne pouvait sortir que par Hormouz. Le pétrole peut partiellement sortir par la mer Rouge, parce qu'il y a un oléoduc saoudien, notamment vers Yannbourg, mais pas le gaz. Et c'est 20% du gaz mondial. Donc, c'est, effectivement, quand même très préoccupant.
Alors, David Rigoulet-Rose, on voulait voir avec vous, effectivement, s'il y avait des perspectives de résolution du conflit, en tout cas par les voies diplomatiques. On sait qu'il y a des pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis, pourparlers qui se font par l'intermédiaire du Pakistan à ce stade. Un plan de paix qui a été proposé par les Etats-Unis en plusieurs points et qui porte essentiellement sur l'abandon du nucléaire iranien. Est-ce que, de votre point de vue, il y a des chances que ces pourparlers puissent avancer dans le bon sens ? Et est-ce qu'il y a quoi que ce soit de négociable du point de vue de Téhéran ?
C'est tout le problème. D'abord, avec qui négocier ? Est-ce que l'interlocuteur avec lequel on est... Pour l'instant, il y a beaucoup de flou sur les négociations, puisqu'il y a eu des démentis iraniens tout de suite. Et puis, finalement, la reconnaissance de contacts. Et puis, le fameux plan en 15 points, justement.
On a l'impression que, pour l'instant, il négocie sur la négociation.
Oui, c'est un peu ça. C'est la stratégie iranienne, en général. Et d'ailleurs, il faut préciser quelque chose. On parle souvent de régime des Molas. Ça n'est plus le régime des Molas. Le régime, il a déjà changé. C'est les passes d'Aran, les guerres d'un révolution qui ont pris le pouvoir.
C'est-à-dire qu'il s'est durci ?
Il s'est durci, parce qu'en plus, avec les stratégies d'élimination ciblées, tous les interlocuteurs historiques, on va dire, à quelques exceptions près, Khalifa, notamment le président du Parlement, c'est effectivement la montée en puissance des radicaux parmi les gardiens. Et on le voit, on le voit. Donc, après l'élimination d'Ali Laridjani, notamment. Donc, quand on parle de négociation, il y a une incertitude, parce qu'en réalité, on est dans un système. Ce n'est pas une personne. Et il n'y a pas une personne qui peut négocier au nom de tout le monde.
Et c'est là où ça va être très compliqué, parce que, d'ailleurs, Khalifa, qui était supposé négocier, a dit que non, non, il n'y en avait pas, tout simplement parce qu'il y a une cible sur la tête de celui qui est supposé négocier avec l'accusation sous-jacente de trahisot potentiel. Donc, ça va être très, très compliqué, nonobstant les affirmations, on va dire, très optimistes du président américain.
Donc, ça veut dire que cette date clé, cette date butoir du 6 avril, finalement, fin de l'ultimatum, il y aura des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. On se dirige tout droit vers ce scénario, suivant ce que vous venez de nous expliquer.
D'une certaine manière, il est un peu piégé, le président américain, parce qu'il a fait déjà, il a donné déjà un délai par rapport à ce qu'il était censé concernant les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes qui lui ont fait savoir qu'il y aurait l'équivalent de l'autre côté. Et là, on rentre dans une logique escalatoire potentiellement incontrôlable.
Parce qu'on parle d'infrastructures énergétiques, peut-être d'usines de désalinisation qui sont fondamentales pour les pays du Golfe.
Pour les pays du Golfe. Et on voit bien que les pays du Golfe commencent à se dire qu'ils ne vont pas forcément avoir le choix de rester en retrait. Ah oui. Et qu'ils vont être potentiellement entraînés, justement, à...
Justement, les pays du Golfe, si vous le voulez bien, on va en parler juste après l'info, en une minute, parce qu'il y a beaucoup à dire sur, pour l'instant, leur relative passivité, ce qu'ils pourraient faire, ce qu'ils pourraient se passer ensuite. D'abord, Diane Ferschit, l'info en une minute, 9h moins le quart. Et l'Iran poursuit ses frappes sur Israël. Un mort et deux blessés à Tel Aviv. Téhéran qui a également touché plusieurs pays du Golfe. Six blessés au total à Oman et à Abu Dhabi. Israël fait face pour la première fois à des tirs venus du Yémen, revendiqués par les rebelles routiers alliés du régime iranien.
Les Etats-Unis, eux, disent espérer atteindre leurs objectifs dans deux semaines. Les transporteurs routiers mécontents, après les annonces du gouvernement qu'ils jugent insuffisantes, ils organisent des actions aujourd'hui à Lyon ainsi qu'à Clermont-Ferrand. Le gouvernement a annoncé 70 millions d'euros d'aides ciblées pour compenser la flambée des prix à la pompe. Les transporteurs sont donc concernés, tout comme les pêcheurs ainsi que les agriculteurs. Quatre personnes condamnées pour trafic de civelles dans la région d'Antèsque, jusqu'à six mois fermes de prison pour deux débraconniers jusqu'à 5 000 euros d'amende. Les poissons sont classés en danger critique d'extinction.
La 20e journée de top 14 de rugby avec six matchs à suivre ce samedi. Et ce choc, le leader Toulouse reçoit son dauphin Montpellier. Les Toulousains entendent bien rattraper leur défaite de la semaine dernière à Bordeaux. Ce sera à partir de 14h. France Info
Le 8.30 France Info Adrien Bec, Mathilde Sirot Merci d'être avec nous sur France Info. David Rigoulet-Rose est notre invité. Ce matin, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique. On le rappelle, vous êtes spécialiste du Moyen-Orient. On en parlait juste avant. Vous craignez que cette extension du conflit au Moyen-Orient entraîne les pays du Golfe dans la guerre ?
La question est clairement posée maintenant. Jusqu'à présent, depuis le début, les pays du Golfe, les pétro-monarchies, avaient essayé de se préserver, justement. Mais le problème, c'est qu'elles hébergent des bases américaines. Et donc, elles voulaient effectivement montrer qu'elles n'étaient pas participantes à l'agenda militaire américain. Mais c'est une position qui devient de plus en plus intenable. Pourquoi ? Parce qu'elles sont ciblées. Ce n'est pas seulement les bases qui sont ciblées. On a vu que c'était des sites, justement, énergétiques qui est le poumon économique de ces pétro-monarchies. Et donc, ça devient de plus en plus compliqué.
Et aujourd'hui, effectivement, un certain nombre de pays, notamment les Émirats, l'Arabie saoudite se pose la question de cette posture qui, effectivement, devient de plus en plus difficile à tenir au regard des frappes qui se multiplient, justement, de la part de l'Iran sur l'ensemble des pétro-monarchies. Et on peut voir, d'ailleurs, que ceux qui sont le plus touchés, c'est souvent Bahreïn et les Émirats. Or, ce sont les deux pays qui ont signé les accords d'Abraham.
Ces pays du Golfe, qu'est-ce qu'ils souhaitent en priorité ? La fin des frappes ou la neutralisation durable du régime iranien ?
Alors, là aussi, il y a une ambivalence. Parce qu'initialement, les pétro-monarchies n'étaient pas favorables à une opération militaire, justement, compte tenu des risques qui sont avérés aujourd'hui, dont elles sont principalement victimes. Mais aujourd'hui que le conflit est lancé, paradoxalement, il demande au président américain d'aller jusqu'au bout. De finir le travail. Oui, parce qu'ils considèrent que s'arrêter maintenant, ce serait conforter, finalement, le régime iranien dans sa survie et dans la menace qu'ils représentent au vu de ce qui s'est passé ces dernières semaines.
Et David Rigoleros, pour bien mesurer les ordres de grandeur dont on parle et si on se projette un petit peu, si les pays du Golfe, vous parlez de l'Arabie saoudite, des Émirats, on n'est pas sur des nains militaires.
Donc, si ces pays rentrent en guerre, il se passe quoi ? C'est le grand point d'interrogation. De toute façon, rentrer en guerre, ce serait surtout une participation à des frappes politico-militaires. Parce qu'en réalité, l'outil militaire de ces pays, évidemment, il n'est pas à la mesure de la puissance américaine. Ce serait un complément éventuellement. En plus, il n'y a pas forcément d'expérience de combat. Ce sont des armées, ce sont des achats d'armements américains. Sauf peut-être pour les Émirats qui ont une expérience de combat au Yémen, voire précédemment en Afghanistan.
Mais effectivement, ce serait un signal politique très très fort qui engagerait évidemment une logique escalatoire élargie de manière avérée. Et évidemment, ça impliquerait de la part de l'Iran des répliques encore plus importantes. Et se pose la question que vous évoquez, ce serait la vraie ligne rouge de toute façon pour ces pétro-monarchies, c'est l'eau. Parce que l'eau est plus importante que le pétrole. Nous, on voit le pétrole, l'énergie. Mais ils ont quelques jours de réserve d'eau. Et donc, c'est une bombe atomique entre guillemets. Viser ces usines de désanalisation, ce serait effectivement la ligne rouge qui mécaniquement les entraînerait dans la guerre.
Un mot encore, parce qu'on a évoqué les bases françaises dans la région. Et notamment, vous parliez des Émirats. On est très proche militairement des Émirats. Il y a un accord de défense. Sans faire, évidemment, sans voir trop loin. Mais il se passe quoi ? Si d'aventure, les Émirats devaient rentrer en guerre, il se passe quoi pour la France ?
La France, effectivement, a une base interarme. C'est la plus grande, Outre-mer. Et donc, il y a un accord de sécurité qui engage la France dans le cas d'une agression caractérisée. Pour l'instant, la posture française est une posture défensive. Elle a été rappelée par le chef de l'exécutif. Dans l'ensemble de la configuration, ça veut dire que c'est une question de riposte en cas de tir, etc. Mais si notre partenaire entre en guerre ? Oui. Il y a beaucoup de... On rentre en zone inconnue, de toute façon, dans ce cas-là. C'est le problème.
On a quand même le porte-avions Charles de Gaulle qui est positionné en Méditerranée orientale depuis plusieurs semaines.
Oui, mais ça, pour le coup, c'est plutôt pour la défense, on va dire, des frontières européennes. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu des tirs sur Chypre, notamment, membres de l'Union européenne. Donc, c'est une manière pour la France de montrer qu'elle est effectivement un élément clé de la sécurisation de l'Union européenne. Il n'y a pas que la France. Il y a une frégate grecque, il y a une participation... Il y a une base anglaise, britannique, etc. Donc, la présence, effectivement... Mais elle est significative puisqu'il y a une demi-douzaine de frégates. Ce qui est très important par rapport aux effectifs de la marine nationale.
Si jamais les pays du Golfe, les pétro-monarchies entraient dans le conflit, est-ce que ça pourrait précipiter une intervention au sol des Américains ? On sait que le Pentagone évoque 10 000 hommes à ce stade. C'est les informations dont on...
Oui, mais là aussi, il faut prendre les choses de manière... Avec une certaine circonspection. Parce que quand on parle d'opération au sol, il ne s'agit pas de toute façon d'envahir l'Iran. C'est impossible. C'est trois fois la France, c'est 90 millions d'habitants. Donc, ce n'est pas avec 15 000 hommes qu'on fait quelque chose. La vraie question, elle est l'envoi de ce contingent. D'ailleurs, c'est plutôt 17 000 hommes aujourd'hui qui sont prévus. C'est pour faire quoi ? Alors, évidemment, il y a la dimension, on va dire, spectaculaire de dissuasion supposée par rapport aux Iraniens. Mais ce n'est pas ça qui va les impressionner.
On parle de l'île de Kark.
Alors, voilà. Donc, la question, elle est est-ce que c'est pour prendre des gages avec l'île de Kark, puisque c'est 90% du pétrole iranien, ou prendre quelques îles comme dans le Golfe, à Boumoussa, Petit Tombe, Grand Tombe. Mais de toute façon, c'est un très, très gros risque. Parce qu'en réalité, les Iraniens attendent ça.
Bon, et on comprend en un mot que c'est plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois, selon vous. En un mot.
C'est en tout cas plusieurs semaines, certainement, voire davantage.
Un grand merci, David Rigoulet-Rose, pour ce regard ce matin dans le 8.30 France Info. Vous êtes docteur en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient. Merci, bien sûr. Mathilde Sirop, restez sur France Info.