L'astrobiologiste Nathalie Cabrol : "La prochaine révolution est la découverte de la vie ailleurs"
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Questions et réponses
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La vie peut exister ailleurs selon vous ?
- 1:20OuverteRéponse directe
Que signifie "mondes qui ressemblent à la Terre" ?
- 2:41OuverteRéponse partielle
La vie ne peut exister que par accident ?
- 3:54OuverteRéponse directe
Quels indices cherchez-vous pour la vie extraterrestre ?
- 5:42OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous différencie de Jean-Pierre Bibring ?
- 6:10RelanceRéponse directe
L'astrobiologie est-elle une science ou une croyance ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29PrésentateurChiffre
« 125 milliards de galaxies »
- 1:01InvitéChiffre
« environ 5300 exoplanètes »
- 3:12InvitéFait
« la vie serait peut-être inévitable comme le meilleur moyen que l'univers a de combattre l'entropie »
- 6:33InvitéFait
« la théorie de la Terre rare »
- 7:31InvitéFait
« la majorité de la communauté scientifique pense que la vie est la règle, pas l'accident »
- 10:48InvitéFait
« Est-ce que l'univers est vivant ? Est-ce que c'est un principe de l'univers d'organiser l'information, d'organiser l'énergie ? »
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« la prochaine révolution, c'est la découverte de la vie ailleurs pour replacer notre civilisation, une parmi tant d'autres »
Temps de parole
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Et voilà une invitée qui va nous donner le vertige, la tête dans les étoiles et au-delà, même pourquoi pas, vers les autres galaxies. Bonjour Nathalie Cabrol. Bonjour. Vous êtes astrobiologiste, chercheuse pour la NASA depuis 1998 et directrice scientifique du CETI, l'Institut de Recherche Extraterrestre basé en Californie à Mountain View. À l'aube, de nouveaux horizons, c'est le titre de votre livre qui sort aux éditions du Seuil.
Alors, à vous lire, nous ne serions donc pas seuls dans l'univers parmi 125 milliards et encore peut-être plus, 125 milliards de galaxies, je vous ai prévenu, ça donne le vertige, 125 milliards de galaxies, c'est donc de la pure probabilité statistique, mathématique qui vous permet de dire que la vie peut exister ailleurs ?
Pas seulement ça, il y a aussi les observations désormais avec les informations que nous avons avec les télescopes de James Webb, l'émission Kepler, l'émission TESS. Aujourd'hui, il y a environ 5300 exoplanètes, des planètes en dehors du système solaire qui ont été recensées. Il y en a encore beaucoup plus qui sont en attente de confirmation, parmi elles, des mondes qui ressemblent à la Terre, nous le savons déjà, et puis d'autres planètes dont on n'avait pas la moindre idée et qui ont des conditions habitables.
Quand on dit des mondes qui ressemblent à la Terre, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire à peu près de la taille de la Terre qui ont, sans doute pour certains, des océans, et aussi des atmosphères qui contiennent des gaz à effet de serre. On a recensé des atmosphères avec du dioxyde de carbone et aussi de l'eau, et tout ça, quand on a de la vapeur d'eau, ce sont des gaz à effet de serre, ce sont des gaz qui permettent d'avoir une atmosphère. Et ce qui est important, surtout, c'est qu'on a aussi découvert des planètes qui ne ressemblent pas du tout à la Terre, qui ne ressemblent à rien de ce qu'on connaît dans le système solaire, et pour autant ont quand même des conditions qui pourraient être favorables à la vie.
Mais je reviens sur l'oxygène, parce qu'elle est fondamentale si on veut qu'il y ait une vie sur... L'oxygène, ce n'est pas un gaz nécessairement complètement... ce n'est pas une preuve directe de la présence de la vie. On peut obtenir l'oxygène de différentes manières. De la même manière, pour le méthane, c'est la même chose. À l'heure actuelle, c'est un petit peu le problème de l'astrobiologie, de cette recherche de la vie dans l'univers, c'est qu'on n'a pas une évidence absolue de la présence de la vie. En fait, on n'a même pas une définition absolue de la vie.
On va en reparler de ça, de la définition de la vie, de la nature de la vie. En tout cas, ça veut dire que la Terre, la vie plutôt, la vie ne peut exister pas seulement par accident. Enfin, ce n'est pas seulement mathématique, ce n'est pas seulement par accident, mais on a du mal à voir la genèse de l'origine.
L'origine de la vie, encore aujourd'hui, on a une idée de l'environnement qui est favorable à l'apparition de la vie. Comme je le disais, il n'y a pas de définition de la vie. On n'en a toujours pas aujourd'hui. On sait ce que fait le métabolisme. On sait ce que font un certain nombre de choses. Mais l'origine de la vie, on connaît les environnements possibles. Ce qui est plus intéressant, c'est qu'on commence à se poser des questions sur la nature de la vie. L'origine de la vie, ça va nous entraîner vers des environnements qui sont semblables à ceux de la Terre et chercher une vie qui nous ressemble. Mais ça ne veut pas dire que c'est le seul type de vie qui existe.
Il peut y avoir des biochimies qui sont très différentes. Alors, certains physiciens, dans la pure ligne de Schrödinger, il y a 40 ans, commencent à s'intéresser à la nature de la vie, c'est-à-dire au processus de la vie. Et quand on commence à penser à ce genre de choses, les modèles actuels qui semblent être vérifiés par l'expérience et par les modèles informatiques nous montrent que la vie serait peut-être inévitable comme le meilleur moyen que l'univers a de combattre l'entropie, c'est-à-dire le désordre et le chaos.
Mais du coup, allons plus loin. Ça veut dire que vous cherchez quoi ? Est-ce que vous savez précisément ce que vous cherchez ? Parce que des indices, des signes de vie, ça veut dire chercher quel type de civilisation ? Moi, j'ai utilisé ce mot-là, évidemment. Quel type d'indice ? Expliquez-nous.
Alors, c'est encore une fois une excellente question parce que quand on ne connaît pas, quand on n'a pas une définition de ce qu'on cherche, comment on cherche ? C'est pour ça que je mentionnais le fait qu'on cherche des environnements dont on sait qu'ils sont favorables à la formation de la vie. C'est pour ça qu'on cherche des mondes où il y a de l'eau, c'est pour ça qu'on cherche des mondes où il y a de certaines conditions physiques. Mais ce n'est pas facile, ce n'est pas facile.
Donc, aborder la recherche de la vie dans l'univers par la nature de la vie, donc le processus cosmologique, c'est beaucoup plus intéressant parce que dans ce cas, on obtient ce qu'on appelle une signature agnostique universelle. C'est un processus universel. La physique dans l'univers, ça fonctionne de la même manière partout. Maintenant, le type de vie qu'on cherche, elle est très différente. On peut chercher la vie très proche de son origine, c'est-à-dire très simple, ou alors aller chercher des civilisations extraterrestres qui sont plus avancées déjà. Et on les cherche un petit peu de la même manière, mais pas complètement.
Ça veut dire que cette vie, elle peut ou elle a pu avoir une autre forme que bactérienne ?
Elle peut avoir une autre forme que bactérienne. Elle va certainement démarrer de manière très simple avec des molécules organiques qui commencent à passer de l'information. Et puis, petit à petit, on va vers des formes plus complexes. Mais sur Terre, ça a appris 82% de l'histoire de notre planète. Mais vous avez dit des signes extraterrestres ? Vous en avez vu ? Vous en avez perçu ? Non, non, non. De la même manière, on n'a pas encore trouvé de vie simple. Mais pour la recherche extraterrestre, par exemple, on ne cherche pas des bactéries avec des radiotélescopes. Il y a des méthodologies très différentes.
Alors, il y a un astrophysicien, Jean-Pierre Bibring, l'un des spécialistes de l'exploration du système solaire, qui a publié un livre il y a quelques mois. Et son titre va à l'encontre de votre approche, puisque ça s'intitule « Seul dans l'univers », il évoque même l'unicité de la vie. Qu'est-ce qui vous différencie ? Et qui a raison ? Enfin, qui a raison ? J'enlève cette question, mais qu'est-ce qui vous différencie ?
Je connais très bien Jean-Pierre. On était sur les mêmes bancs de l'exploration de Mars.
Vous avez pris des chemins différents, du coup ?
Non, je pense simplement que Jean-Pierre pousse une théorie de manière très scientifique. C'est-à-dire que ce n'est pas parce qu'on cherche la vie. Quelquefois, on a besoin de faire des expériences de pensée. C'est-à-dire d'essayer de penser à une question d'une manière différente pour voir les différentes perspectives. Et ce dont Jean-Pierre parle ici, c'est ce qu'on appelle la théorie de la Terre rare. Ce n'est pas quelque chose de nouveau, c'est quelque chose qui a été publié en 2009-2010 par des chercheurs américains, en prenant directement cette théorie, en disant qu'il y a trop de faits qui sont trop d'accidents, trop de collisions avec des astéroïdes. On ne peut pas répéter ça.
La présence de la Lune, la présence de la tectonique des plaques, etc. Cette théorie de la Terre rare, elle est apparue avant la mission Kepler. Une fois que la mission Kepler nous a amené le nombre d'exoplanètes qu'on a commencé à découvrir, le fait aussi que la tectonique des plaques, on sait, va se mettre en fonction sur les planètes à partir d'une certaine dimension, dans certaines conditions. Ça devient très très difficile à défendre. Mais c'est quand même une théorie qui est importante parce qu'elle nous oblige à trouver les bons indices et les bons arguments.
Seule dans l'univers ou pas, selon vos deux approches, quelle est celle qui l'a plus répandue aujourd'hui dans le monde scientifique ?
Certainement, je pense, je suis sûre que la majorité de la communauté scientifique pense que la vie est la règle, pas l'accident.
Alors quand même, vous écrivez en quatrième de couverture une phrase qui, moi, m'a évidemment tout de suite percutée. C'est d'ailleurs votre illustre prédécesseur qui l'a dite, Carl Sagan. L'absence de preuves n'est pas la preuve de l'absence. Alors moi, je trouve que c'est une jolie pirouette. C'est une formule qui est assez jolie. Mais est-ce que ça veut dire finalement que l'astrobiologie, votre matière, votre discipline, l'astrobiologie, n'est pas tout à fait une science et finalement est presque une croyance ?
Non, absolument pas. En fait, je dirais que... Vous croyez en quelque chose quand même ? Non, ce n'est pas une croyance. La science, c'est partir à la découverte, se poser des questions, essayer de documenter les hypothèses. Et donc, la vie existe. On est là pour le prouver. Il y a les conditions ailleurs dans l'univers qui rappellent au moins notre modèle. Ça ne veut pas dire qu'il est unique, mais au moins, il y a beaucoup de preuves ailleurs que le type de vide qu'on connaît ici existe. Maintenant, la démarche scientifique, c'est de continuer de se poser des questions, essayer de documenter les hypothèses, aller vers une réponse.
Si la réponse est non, c'est quelque chose aussi à démontrer. Mais pour le moment, je crois que les indices vont dans l'autre sens.
Mais alors, du coup, Nathalie Cabrol, après 35 ans pour vous de travaux, de recherches, quelles sont les avancées les plus importantes, les plus marquantes que vous avez faites ?
Personnellement ou au point de vue de l'astrobiologie ? Personnellement ? Personnellement, c'est d'aller vers la recherche de l'habitabilité et de mon intérêt pour l'origine de la vie. Et dans le système solaire, à des questions beaucoup plus profondes sur la nature de la vie. Parce que je pense que la prochaine révolution en astrobiologie, elle est cette bifurcation, c'est pas une bifurcation en fait, c'est la complémentarité de l'approche de la nature de la vie, plutôt que de chercher simplement l'origine de la vie. Parce que si on recherche l'origine de la vie, on va être obligé de chercher quelque chose qui nous ressemble, c'est-à-dire une autre version de nous-mêmes.
Si on va vers la nature de la vie, on ouvre cette question sur un modèle beaucoup plus universel et beaucoup plus cosmologique. Et à ce moment-là, on cherche aussi la vie telle qu'on ne la connaît pas.
Alors, parlons de terre à terre, mais de revenir sur l'origine de la vie. Vous faisiez référence tout à l'heure, au siècle dernier, au biophysicien Erwin Schrödinger. Il prônait justement la vie contre le chaos, vous le rappeliez, contre le désordre. Pourtant, il y avait eu un chaos, il y avait eu le Big Bang pour arriver à la vie.
C'est ce qu'on pense aujourd'hui être l'origine de notre univers. Bien évidemment, qu'est-ce qui se passe avant ça ? On n'en sait rien, parce que c'est toute la question. C'est une question qui aborde la métaphysique, pratiquement, parce qu'à ce moment-là... Mais là, vous remettez tout en cause. Non, on ne remet pas tout en cause. Simplement, en tant que scientifique, je peux simplement mesurer ce que je vois. Et ce qu'on voit à l'origine de l'univers, c'est de l'énergie, c'est tout un tas d'informations qui commencent à se propager. Mais quand la vie a-t-elle commencé ? Si la nature de la vie, c'est de combattre l'entropie, il y a un phénomène fondamentalement cosmologique.
Il y a beaucoup de modèles aujourd'hui qui commencent à s'interroger en disant « Est-ce que l'univers est vivant ? Est-ce que c'est un principe de l'univers d'organiser l'information, d'organiser l'énergie, d'organiser tout ce qui produit, de façon à collecter encore plus d'informations ? » Il y a une énorme interrogation à l'heure actuelle qui est borderline, comme on dit chez nous, métaphysique.
Alors, l'exploration spatiale, elle a connu un grand bond depuis 50 ans, combiné à l'exploration des mondes des exoplanètes, donc ces planètes hors du système solaire. Comment est-ce que ça a changé, ça, depuis 50 ans, notre vision de la Terre, pour commencer ?
Il y a des révolutions dans l'histoire des sciences, particulièrement en astronomie. Il y a quelques centaines d'années, c'était la révolution copernicienne qui nous replaçait dans le système solaire. Et puis ensuite, il y a eu la vision de la Terre quand on est parti dans l'espace. On l'a vu depuis la Lune. Depuis la Lune. Et puis ensuite, la vision de Carl Sagan, le petit point bleu pâle au loin. Et puis les exoplanètes, c'est maintenant cette vision de nous-mêmes, regardant vers l'extérieur, vers l'univers, en nous replaçant en tant que système solaire, un parmi tant d'autres.
Je pense que la prochaine révolution, c'est la découverte de la vie ailleurs pour replacer notre civilisation, une parmi tant d'autres. Donc aujourd'hui, il y a des grandes révolutions, au lieu qu'elles se produisent toutes les 200 ou 300 ans, elles se produisent à peu près toutes les semaines.
À ce point-là, toutes les semaines, il y a une découverte.
Vous savez, j'avais cette plaisanterie avec mon éditeur quand j'écrivais ce livre. C'est un livre que je voulais écrire depuis très longtemps et le timing est parfait parce qu'en ce moment, il se passe beaucoup de choses. Mais c'était en même temps un cauchemar de l'écrire parce que toutes les semaines, j'avais besoin de réviser ce que je venais d'écrire.
Mais effectivement, on sent que tout devient immense et géant. Et d'ailleurs, vous-même, si je vous lis bien dans votre livre, vous expliquez que vous espérez atteindre la Lune, Mars et peut-être même d'autres planètes pour les considérer comme des postes avancés et vous permettre de voir mieux certaines choses. C'est ça ou pas ? Vous espérez vous y installer ?
Pas personnellement. Oui, voilà. Je parle scientifiquement. Ça fait partie de l'épopée humaine. Nous sommes des explorateurs. Ça fait pas seulement humaine, mais c'est la vie. La vie, elle se disperse. Elle colonie. Je n'aime pas ce terme-là.
Il y a un risque d'en faire un business. C'est ce que veut faire Elon Musk.
Non, ça c'est différent. L'aspect business de cette chose-là, c'est une approche différente. Il y a toujours deux côtés aux choses. L'aspect Bezos, Musk, etc. et tous les autres, c'est qu'il donne plus d'opportunités de faire de la science. Encore une fois, la science n'est jamais la chose qui emmène en premier vers une autre planète. Ce qui a emmené vers la Lune, ce n'était pas la science. C'était l'aspect stratégique et militaire. C'était les Russes et les Américains. C'était la volonté de dominer. C'était la volonté de dominer. Il y a encore un petit peu, enfin beaucoup, cette chose-là, aujourd'hui avec la Chine, avec d'autres nations.
Donc, c'est rarement la science qui sert de, comment on dit en français, je m'excuse, mais de driver pour l'exploration. Mais le fait que l'humanité va s'étendre dans le système solaire et au-delà, c'est inélectable. À moins qu'on disparaisse avant, on ira sur Mars.
Donc, vous imaginez travailler, peut-être depuis Mars,
si c'est nécessaire, c'est ça ? Ça arrivera, ça arrivera.
Mais vous croyez que sur Mars, on ne pouvait pas y vivre ?
Sur Mars, on ne peut pas y vivre, certainement, de la même manière qu'on vit ici. Il faudra faire de l'ingénierie, il faudra équiper Mars, il faudra vivre sous terre pendant quelque temps. Ça me fait toujours sourire, parce qu'on parle aujourd'hui, pour les astronautes, de vivre dans des grottes sur la Lune ou sur Mars. Je dis, c'est l'évolution humaine. On a commencé dans les grottes, il y a quelques dizaines de milliers d'années ou centaines de milliers d'années. On y retourne, mais avec des caissons. Comment est-ce qu'on devient astrobiologiste ? Pour moi, c'était une passion depuis toute petite, mais l'astrobiologie n'existait pas.
Et en quelque sorte, c'est quelque chose qui est arrivé parce qu'on a commencé à explorer le système solaire. Et puis, il est devenu évident très rapidement que certaines planètes, et notamment Mars, qui a été une des premières à être visitées, montrait des conditions qui semblaient assez semblables à celles de la Terre par le passé. Donc, toutes ces questions ont germé. Et en plus, la recherche de la vie, les questions sur la vie, sommes-nous seuls, etc., c'est aussi vieux que l'humanité. Donc, l'astrobiologie, elle est née officiellement en 1996 avec l'Institut d'astrobiologie, et maintenant, c'est répandu dans le monde entier.
Mais du coup, comment est-ce que vous avez eu l'idée de faire ce métier-là ? Puisqu'il n'existait même pas quand vous étiez...
Moi, je voulais être astronome. C'était dans ma tête de petite fille. C'était ce qui se rapprochait à l'exploration spatiale. Et puis, j'étais aussi naturaliste. Donc, j'ai enfourché un petit peu. J'ai attrapé cette filière quand elle est apparue en France. Et donc, passer des sciences de l'environnement et de la Terre aux sciences planétaires. Et puis ensuite, je suis partie à la NASA. L'astrobiologie a débuté pratiquement en même temps que j'arrivais à NASA-EMS. Et on a l'impression que ça se passe vraiment aux Etats-Unis.
Je me trompe en disant ça ?
Non, ça a débuté. Il y a beaucoup d'enthousiasme. Et d'activités aux Etats-Unis. Mais c'est très présent en France. C'est très présent en Europe. Il y a des instituts partout dans le monde.
Pour autant, est-ce que ce ne sont pas encore les Américains qui mettent les plus gros budgets sur la table pour aller explorer le spatial ?
Alors, je ne connais pas véritablement les programmes et les budgets en Europe ou ailleurs dans le monde. Il y a énormément d'efforts qui sont développés à l'heure actuelle en Europe et en Chine ou en Asie pour la recherche spatiale et la recherche de la vie dans l'univers. Donc, c'est quelque chose qui est mondial.
Est-ce que vous avez l'impression parfois, pour finir, de vivre dans deux mondes parallèles ? Le nôtre, qui me semble, vu de mes yeux, très, très concret, très cartésien,
et puis un monde que vous cherchez, que vous attendez ? Non, non. Et en fait, je crois qu'il y a un magnifique pont entre les deux parce que quand on recherche la vie dans l'univers, en fait, ce qu'on essaye de comprendre, c'est s'il existe une co-évolution ailleurs, une co-évolution de la vie et de l'environnement. Et toutes ces pensées, toutes les technologies et les instruments qu'on développe, pour essayer de le chercher ailleurs, on les ramène sur Terre pour essayer de mieux comprendre notre planète et essayer de ramener la civilisation humaine plus en équilibre et plus en harmonie avec la planète sur laquelle elle vit. Donc ça, c'est vraiment un pont très, très concret.
Comprendre notre vie, comprendre les vies et comprendre notre planète, les galaxies. Je vous renvoie, les auditeurs, à ce livre que vous signez, Nathalie Cabrol. Ça s'appelle À l'aube de nouveaux horizons. Le livre paraît aux éditions du Seuil. Merci beaucoup d'être venu en parler ce matin sur France Inter.