Poitiers : après la campagne Zemmour, l'extrême droite passe à l'acte
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« Leurs armes, c'est la violence, les agressions, souvent à plusieurs contre des personnes isolées. »
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« Il y a eu aussi une des premières très grosses actions de Génération Identitaire en 2008, où ils avaient bloqué une mosquée. »
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« Un étudiant qui avait un autocollant antifasciste sur son ordinateur a été pris à partie par trois personnes qui sont rentrées cagoulées dans la fac pour l'agresser. »
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« Il y a eu des dégradations aussi sur le planning familial. »
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« ils ont fait des maraudes, notamment armées, avec des barres de fer et des casquettes, une moto. »
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« il y a trois personnes qui ont été blessées ce soir-là, dont une de notre collectif qui ne portera pas plainte, mais les deux autres qui portent plainte. »
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« le député macroniste Sacha Ollier a réagi pour dire qu'il allait mener une enquête avec deux personnes de la NUPES sur le militantisme violent. »
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« la mairie, qui est de gauche, ont réagi pour dire qu'ils demandaient la dissolution des groupuscules d'extrême droite. »
Temps de parole
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On voit que comme il y a une généralisation du discours d'extrême droite, on voit que ces gens-là sont beaucoup plus à l'aise à l'assumer. Leurs armes, c'est la violence, les agressions, souvent à plusieurs contre des personnes isolées. Ça touche particulièrement les temps gauches, mais aussi les personnes racisées et aussi les LGBT. Notre collectif, il a un an là, tout pile. Donc maintenant, on s'est formés parce que justement, on avait des groupuscules d'extrême droite qui commencent à s'implanter à Poitiers. Il faut savoir qu'il y a toujours eu une partie d'une droite assez dure, une droite réactionnaire et catholique intégriste qui a toujours été là, présente à Poitiers.
Pour les fascistes, pour les gens d'extrême droite, Poitiers, ça reste un symbole fort. Et puis, il y a eu aussi une des premières très grosses actions de Génération Identitaire en 2008, où ils avaient bloqué une mosquée. Mais ce qui a vraiment été l'élément déclencheur à Poitiers, et d'ailleurs dans plein d'autres petites villes, et dans l'environnement qu'il y a ici, c'est la campagne de Zemmour. Au début, il n'y avait pas forcément d'action violente, c'était plus un militantisme classique, entre très gros guillemets, puisque c'était du collage, c'était du stickage, mais pas forcément de maraudes agressives de leur part.
Un ou deux mois après, là, comme c'est vraiment des agressions violentes, notamment autour de la fac, autour de la fac de sciences humaines et arts, donc en plein centre-ville, où un jour, un militant de gauche rentrait chez lui, et s'est fait prendre un parti par 13 personnes, dont il a été agressé, ils l'ont suivi jusqu'à chez lui, et dans la même semaine, en fait, il y a eu genre trois autres agressions. Ça a été très très très vite en tension. Un étudiant qui avait un autocollant antifasciste sur son ordinateur a été pris à partie par trois personnes qui sont rentrées cagoulées dans la fac pour l'agresser.
Il y a eu énormément de temps à ce que les professeurs, la fac, la mairie et tout, réagissent. Dans cette même période, ils agressaient aussi des gens pas forcément affiliés à la gauche, mais qui arrachaient des autocollants Zemmour ou des affiches. Il y a eu des dégradations aussi sur le planning familial. Il faut savoir qu'en fait, à Poitiers, comme c'est une petite ville, et je pense que c'est beaucoup l'apanage des petites villes, les groupes d'extrême droite fonctionnent tous entre eux, en fait.
Donc, notamment, entre l'Action française, entre les gens de Génération Zemmour, on sait qu'il y a des gens de Génération Zemmour qui étaient dans l'Action française et qui ont aussi participé à des maraudes violentes. Il y a aussi la cocarde qui s'est formée. Et la cocarde, c'est très important, en fait, leur arrivée à Poitiers, parce qu'ils décièlent le journal L'étudiant libre. Et donc, c'est à chaque fois des conférences de l'étudiant libre ou de la cocarde qui ont mené à des agressions. Donc, notamment, une fois, avec l'ouverture, enfin, la création de l'étudiant libre à Poitiers, où ils ont maraudé à plus de 25 dans la ville en faisant des saluts nazis, en chantant des chants racistes.
Lors d'une manif, donc, entre les deux tours, il y a un camarade à nous, les fachos, ils ont réussi à voir son adresse. Et donc, cette personne s'est retrouvée une nuit avec des militants fascistes qui sont liés à un groupuscule qui lui assume vraiment la violence, qui s'appelle Poitiers, nationaliste. Et donc, il s'est retrouvé avec un tag, donc, c'est une croix celtique sur ses volets, avec un « on sait qui tu es » devant chez lui. Ça a duré une semaine sur harcèlement jusqu'à même... parce qu'un jour, ils viennent en plein après-midi devant chez lui, à dix, en train de stiquer les poteaux devant chez lui.
Ce camarade a porté plainte, et donc, cette plainte, elle a été classée sans suite, alors que ce harcèlement-là a été signé par l'extrême droite, mais ils n'ont jamais eu à répondre de leurs actes. Nous, on pense que la police, en tout cas, est de leur côté, en tout cas sur Poitiers, puisqu'il n'y a jamais rien qui a été fait à leur rencontre, sachant que des fois, ils ont fait des maraudes, notamment armées, avec des barres de fer et des casquettes, une moto.
À la rentrée, il y a eu un accroissement des violences, notamment l'action française qui a ramené plein de sanctions de l'action française à Poitiers, notamment l'action française Paris, où ils ont attaqué un bar, notamment, qui est tenu par une personne arabe. Il y a eu aussi une plainte du bar contre eux, qui n'a jamais donné suite, alors que les fascistes, eux, n'hésitent jamais à porter plainte, notamment dans le cas, des fois, l'autodéfense populaire se retourne contre eux. Nous, on connaît des gens qui, une personne notamment, qui a pris du sursis, parce que cette personne s'est défendue d'une agression raciste. Donc, on voit bien que la justice, la police, est bien de leur côté.
le soir, donc, de la domicinale, France-Maroc, des militants fascistes sont sortis cagoulés pour agresser des gens. L'objectif, c'était bien de taper des personnes maghrébines ou alors affiés à la gauche, ça on le sait. Et donc, ce soir-là, la rue les a empêchés, en fait, mais ils ont quand même réussi à agresser des gens isolés dans un bar qui a lui aussi porté plainte après. Il n'y a encore eu aucune suite. Donc, nous, la question qu'on s'est toujours posée, c'est comment est-ce qu'ils n'ont jamais pu être stoppés ?
Le point culminant, la dernière main, c'est suite à une conférence organisée par la Cocarde au tiers-lieu des Feuillants, qui est un lieu raffilé à la gauche qui s'appelle le Crécom. Ce bar-là a toujours été fréquenté par les antifascistes et par les syndicalistes. Et ça a toujours été un peu la cible. À chaque fois qu'ils faisaient des maraudes, ils venaient devant. Et donc, ce soir-là, il y avait des camarades à nous du collectif, mais pas que. D'ailleurs, on était même en minorité par rapport au tout le monde qu'il y avait. Et donc, il y a des gens qui ont été agressés suite à une bagarre et surtout suite à une attaque des fachos sur le bar.
Il faut savoir qu'il y a trois personnes qui ont été blessées ce soir-là, dont une de notre collectif qui ne portera pas plainte, mais les deux autres qui portent plainte. Donc, on a tous vu les vidéos. C'est vraiment du... C'est vraiment à chaque fois, c'est du droit contraint au sol où genre ils tabassent littéralement, ils mettent à tabac les gens. Notre camarade a une cicatrice maintenant, un peu en dessous du sourcil. Et derrière, à chaque fois qu'ils font ça, ils sortent à communiquer où ils se victimisent, où ils disent que ce sont eux qui se sont défendus et que nous les avons attaqués.
Leur arme, c'est donc la violence, les agressions, souvent à plusieurs, contre des personnes isolées. Mais leur arme, c'est aussi la justice, c'est aussi judiciariser toutes les affaires où ils sont mêlés. Puisque de toute façon, on sait que l'État français, la justice française, favorisera toujours ces gens-là au profit de gens qui se battent souvent contre le gouvernement, contre la justice sociale. La fac, quelques semaines avant, on s'est avait réagi suite à l'intimidation d'une personne homosexuelle qui a eu des menaces adnominemes sur lui, sur sa porte de chambre de Proust. Donc il y a eu une réaction des professeurs, mais pas forcément de la fac en elle-même.
Suite à ça, le député macroniste Sacha Ollier a réagi pour dire qu'il allait mener une enquête avec deux personnes de la NUPES sur le militantisme violent. Donc ils ne vont pas mener une enquête sur l'extrême droite ou contre l'extrême droite violente. C'est contre le militantisme violent. Donc nous aussi, là, on se pose quelques questions, notamment par rapport au militantisme un peu plus offensif qui peut aussi exister à gauche, notamment par rapport au BASIL en ce moment, qui est vraiment une actualité militante très importante dans le Poitou-Charentes. Il faut savoir qu'on se pose aussi la question, par exemple, notamment, de qu'est-ce qui peut donc être considéré comme violent ou pas.
Donc nous, on met énormément de réserve, même, on n'abstionne pas confiance en cette commission d'enquête. Et après ça, il y a eu aussi la réaction de la mairie. Donc en venant après les commencements des agressions et des ajustements d'extrême droite en ville à Poitiers, la mairie, qui est de gauche, ont réagi pour dire qu'ils demandaient la dissolution des groupuscules d'extrême droite. Nous, en tout cas, dans notre collectif, et donc là, je vais peut-être parler un peu plus personnellement, mais on ne croit pas forcément à la dissolution des groupes d'extrême droite.
Donc en tout cas, on ne croit pas que ce soit la solution puisque on voit qu'à Lyon, où Génération et l'Antiterre a été dissolu, ou à Angers, l'Algerium aussi, qui a été dissous, on voit que ces militants-là sont toujours actifs. Donc nous, on émet aussi des réserves par rapport à cette campagne-là, même si nous, on comprend pourquoi. Mais en tout cas, nous, ça ne va pas être ce qu'on va prôner. Nous, ce qu'on va prôner, ça va être l'autodéfense populaire, ça va être de faire des événements publics contre l'extrême droite, ça va être sensibiliser les gens directement puisque ça touche particulièrement les militants de gauche, mais aussi les personnes racisées et aussi les personnes LGBT.
Le fait que l'extrême droite prenne des ailes avec Bolloré, dans les médias, à l'Assemblée nationale, on voit que, comme il y a une généralisation du discours d'extrême droite, on voit que ces gens-là sont beaucoup plus à l'aise à l'assumer et donc à s'assumer, par exemple, néo-nazis, royalistes, fascistes. On voit que ces gens-là s'assument de plus en plus, notamment aussi avec le gouvernement qui est dans une campagne islamophobe assez durs, on voit que ça donne aussi des ailes à ces gens-là. Quand Dormannin dit qu'il trouve que Marine Le Pen est trop molle, on voit quel message ça envoie aussi aux groupes d'extrême droite.
Depuis la présidentielle 2022 et la campagne d'Éric Zemmour, les agressions n'ont pas cessé de croître à Poitiers. Entre les tags, les intimidations diverses et les agressions physiques, un climat de tension s'installe dangereusement dans la ville.