Élections municipales, présidentielle 2027: le discours d'Olivier Faure, Premier secrétaire du PS
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Chers amis, chers camarades, je suis tellement heureux de vous retrouver dans cette maison de la mutualité. C'est un grand privilège de m'adresser à vous ici. Il y a d'illustres personnalités qui sont venues évidemment avant moi et je pense à Martin Luther King qui ici rappela que c'est en France que l'ère révolutionnaire avait commencé dans ce pays où Victor Hugo a parlé des idées dont l'heure a sonné. La mutue à laquelle tant d'épisodes de notre histoire nous lie. A peine édifiée, cette salle aux symboliques 1789 places accueillit en 1933 le congrès du Parti socialiste SFIO. C'était quelques mois avant que les ligues d'extrême droite ne tentent de s'emparer de l'Assemblée nationale.
Quelques mois avant que socialistes et communistes ne fondent un pacte d'unité et d'action, pacte qui à son tour précéda le programme pain, paix, liberté, le programme du glorieux Front Populaire de Léon Blum. L'histoire ne se répète jamais à l'identique. Mais nous sommes à notre tour, à la veille de nos années 30, à un moment où un hiver politique déferle sur le monde. Primo Levi nous avait alerté. Cela s'est passé, donc cela peut se reproduire. Et face à la menace, nous n'avons pas le droit de baisser les yeux. Poutine, Trump, Ramenei, Netanyahou, nous ont tous précipité l'abandon de l'ordre mondial, ce que nous avons cherché à construire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La suprématie du droit sur la force, la régulation des conflits par les institutions internationales, multilatérales, l'édification d'un État, Providence pour protéger et partager les fruits de la prospérité et de la paix. Nous n'attendions rien des dictateurs qui méprisent nos modes de vie et les valeurs qui les fondent. Mais nous comptions sur des alliés fidèles pour les défendre. Et voilà que dans la plus grande démocratie du monde, le nouveau locataire de la Maison Blanche installe un État autoritaire, s'appuyant sur une police et une justice dévoyées. Un État qui s'attaque au droit, au contre-pouvoir, à la presse, au juge, à la vérité elle-même.
Pourquoi le monde n'a-t-il pas entendu l'immense Philippe Roth, l'écrivain des rêves et des effondrements américains, qui dès 2017 nous avait dit « Il n'y a aucune limite aux dangers dans lesquels la folie de Trump risque d'entraîner le pays et le monde tout entier. » L'énergie, l'énergie que Bardella envie à Trump, c'est celle du racisme, du sexisme, de l'homophobie, du virilisme, de l'autoritarisme, de l'obscurantisme, du négationnisme climatique, du bellicisme, de l'hégémonisme, du conservatisme, du complotisme et des vérités alternatives, qui est l'autre nom du mensonge. Ce que l'extrême droite appelle énergie n'est que brutalité.
Ce qu'elle appelle ordre n'est que préservation des inégalités. Ce qu'elle appelle peuple n'est que prétexte à un tri entre une souche fantasmée et des branches qu'il faudrait couper. Il fallait voir Marine Le Pen faire le pied de grue dans le hall de la Trump Tower pour se faire adouber. Il faut se rappeler que Jordan Bardella et Sarah Knafo s'étaient précipités à la conférence qui regroupait tout le gratin néo-fasciste américain au lendemain de l'élection de Donald Trump. C'est le même Bardella qui a cette semaine organisé un colloque à Bruxelles avec les penseurs du programme de Donald Trump, avec les ligues anti-avortement, avec le nouveau président d'extrême droite du Chili.
Alors ils peuvent bien porter la cravate, montrer pas de blanche, chercher à gommer leurs accointances, mais leur modèle, c'est bien le modèle autoritaire, ultra-libéral de Trump. Hier, ils aimaient la Russie de Poutine. Aujourd'hui, c'est l'Amérique de Trump qui leur sert de modèle, mais ils ont du la main à l'Allemagne et construit l'Union Européenne. Dans cette bataille de vision antagonique, qui leur fera face ? Bruno Rutaillot, qui remet en cause l'état de droit et emprunte jour après jour tout le répertoire de l'extrême droite ? Laurent Wauquiez, qui rêve d'une primaire des droites dans laquelle il inclut l'extrême droite ? Où est donc passée la droite républicaine ?
C'est le français de sang mêlé que je suis qui puise dans ses souvenirs et se demande où sont passés ces intellectuels de droite, comme Raymond Aron, qui allèrent, malgré leur divergence avec Jean-Paul Sartre, plaider ensemble la cause des boat people qui se noyaient en mer de Chine ? Où sont les personnalités politiques de droite encore capables de se lever, comme Jacques Chirac le fit en 1998 pour dénoncer et exclure ceux qui firent alliance avec l'extrême droite pour présider leur région ? Cette droite républicaine, elle a disparu, absorbée par le trou noir de l'extrême droite.
Elle réalise déjà des accords pour ses municipales, comme à Bourg-en-Bresse, pour tenter de ravir l'hôtel de ville à notre camarade Jean-François Debas. Anis, c'est un député européen, LR, qui vient d'accorder son soutien à Éric Ciotti, qui, lui, a déjà franchi le Rubicon. À Paris, c'est une adjointe LR du 17e arrondissement qui vient de rejoindre Sarah Knafow. Combien d'autres accords à bas bruit, comme en Seine-et-Marne, chez moi, où la présidente de la fédération LR assume d'intégrer sur ses listes des candidats qui votent RN ? Ce n'est plus une ambiguïté, même plus une dérive. C'est une réédition. La droite croit pouvoir domestiquer l'extrême droite, mais c'est elle qui se fait dévorer.
À force de reprendre ses mots, ses idées, ses concepts, elle a ouvert à la pieuvre qui l'étouffe. Alors qui ? Pour faire face à cette révolution portée par l'international réactionnaire. Aujourd'hui, au Portugal, c'est Antonio José Seguraud, qui fait face au tour de la présidentielle, et c'est lui. Et aux Etats-Unis, aux Etats-Unis, ce sont deux maires, deux gauches, qui ont fait mettre un genou à terre à Donald Trump. Zohraud, j'ai écrit au maire de Minneapolis, parce que son combat est le nôtre, parce que le combat des valeurs est universel. Minneapolis, c'est un avertissement pour nous tous.
Ce qui se passe dans le Minnesota peut se passer demain en France avec ce permis de tuer que veulent instaurer droite et extrême droite avec la présomption de légitime défense. Alors qu'un petit garçon de 5 ans soit arrêté, ni que des enfants soient utilisés comme appât pour capturer leurs parents. Alors oui, élevons la voie pour couvrir tous les aïs de la planète, du bruit de la multitude. Zohraud, Mamdani et Jacob Frey sont l'honneur de la mairie. Le peuple qu'ils aident à sortir de sa sidération pour se révolter aux côtés des figures de Jane Fonda, Bruce Springsteen, Lady Gaga.
Ils incarnent la résistance au racisme violent et décomplexés de ce techno-capitalisme qui n'a aucun intérêt pour les peuples. Nous l'avons compris, l'enlèvement de Maduro n'avait pas pour objet de servir le peuple vénézuélien, mais simplement les majors pétrolières américaines. L'encouragement de la révolte iranienne n'avait pas pour vocation la libération d'un peuple opprimé par une théocratie moyenâgeuse et sanguinaire, mais à renégocier un accord sur le nucléaire.
Alors oui, nos pensées, chère Haïda, se tournent vers l'Iran, vers sa jeunesse, qui a pour seule arme son courage, qui a placé les gardiens de la révolution dans la liste des organisations terroristes et qui doit maintenant gérer leurs avoirs. Oui, femme, vie, liberté. Oui, c'est bien à partir des villes que la révolte gronde en Iran et c'est sur deux mers que l'extrême droite trébuche aux Etats-Unis. Quand les nations vacillent, la démocratie se défend toujours d'abord là où l'on vit, dans les villes. Eh bien, en France, c'est à partir des prochaines municipales que nous allons faire dérailler de l'international réactionnaire. La première digue, le problème...
Les municipales ne sont pas un scrutin secondaire, un échauffement, une simple répétition avant que le véritable spectacle ne commence. Les municipales sont ce moment où la France se regarde dans un miroir et où elle décide ce qu'elle veut devenir. Dans nos villes et nos villages, les gens ne votent pas pour une abstraction. Ils votent pour vivre, respirer, se soigner, se loger, se cultiver, s'éduquer. Et c'est pour cela que nos communes sont décisives. Parce que là où l'extrême droite manipule cyniquement le désespoir, nos mers, et vous les avez entendus cet après-midi, nos mers prouvent chaque jour qu'un autre chemin est possible, celui des solutions.
Alors, nous ne laisserons pas l'extrême droite installer son poison dans notre vie quotidienne. Mars 2026, c'est le premier rempart. Et si nous tenons ce rempart, alors oui, nous ouvrirons la voie de 2027. L'extrême droite prospère sur l'humiliation. Nous gagnerons par la dignité retrouvée. Merci.
Merci.
Olivier Faure