Le 7/8 Édition spéciale. UMOP 2023 : Entretien politique avec Valérie Pécresse
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Nous sommes toujours à l'Université des Verts de l'Ouest parisien avec Valérie Pécresse. Bonjour, Madame la Présidente de la région Île-de-France. D'ailleurs, c'est un passage naturel pour vous de venir. Vous êtes élue des Yvelines, vous êtes une Yvelinoise.
Absolument, toujours conseillère municipale de Vélizy-Villacoublet, élue de la communauté de communes de Versailles-Grands-Parc. Alors, les Yvelines, aujourd'hui, vont connaître une immense transformation. C'est l'arrivée des halls. Et donc, on est en train de préparer cette immense transformation avec tous les maires, parce que la région, c'est un orchestre de maires. Et l'arrivée d'un transport comme celui-là dans la vallée de Seine, c'est des pôles-gares dans chaque commune. C'est donc un bouleversement de chaque ville qui permet de repenser toutes les circulations, l'écologie, le logement, l'emploi dans chaque ville.
C'est vrai que pour l'instant, ça va de Saint-Lazare à Chênes. Ça va aller jusqu'à Mantes, les halls. Il y a aussi la ligne 15, puisqu'on parle aussi des Hauts-de-Seine. Puisque l'UMOP, c'est l'Ouest parisien. Et c'est vrai que tous ces travaux, tous ces changements, au fond, ça change l'identité même d'une région, non ?
Ah ben, le Grand Paris Express, c'est 330 km de métro. Je pense que les Français ne se rendent même plus compte de ce que ça va faire. Vous habiterez dans les Yvelines. Vous pourrez aller jusqu'à Orly Aéroport en métro, soit de Versailles jusqu'à Orly Direct, soit en allant à Paris et en prenant le métro vers Orly. Donc la vérité, c'est qu'on va complètement changer les modes de vie des Franciliens. On pourra aller à Roissy aussi avec des métros qui partiront de la gare Saint-Lazare vers Saint-Denis, puis ensuite vers Roissy.
Donc on va complètement bouleverser les modes de vie, les modes de transport, l'installation des entreprises qui vont s'installer, évidemment, beaucoup plus en Vallée de Seine. On va permettre la réindustrialisation de cette vallée. On va permettre la désaturation du RERB, qui est un énorme sujet pour tout le Sud, parce qu'avec la ligne 15, avec la ligne 18, avec la ligne 14, on aura des itinéraires alternatifs en métro automatique. Donc vraiment, il va y avoir un effet waouh qui va commencer dès l'année prochaine. Et qui va se prolonger jusqu'en 2031.
C'est ça. 2025, c'est Eole, c'est ça ?
2024, c'est Eole à la Défense. 2026, Eole à Mont-la-Jolie. Ensuite, on aura en 2024, Sonny-Pleyel-Orly. En 2025, on aura la ligne 15. La ligne 15, Pont-de-Sèvres-Noisy-Champs, premier tronçon. Et ensuite, en 2026, en 2027, vous aurez Massy-Saclay, puis ensuite Orly-Versailles.
Oui, donc d'ici 2030, le paysage va totalement être bouleversé. D'ailleurs, ce que disent les géographes, la vraie géographie, c'est pas la distance, c'est le temps.
Absolument, c'est le temps. Et quand vous imaginez que vous allez pouvoir faire Mante-la-Jolie, la Défense, en étant assis, sans embouteillage, en transport tranquille, en 50 minutes, évidemment, ça change tout.
Alors, puisque vous parlez d'Eole et de Grand Paris Express, on va parler quand même de cet accord que vous avez passé avec Clément Beaune, le ministre des Transports, sur les transports d'Île-de-France. Ça faisait longtemps que vous disiez qu'il faut trouver des financements. L'accord a été passé, je crois que c'était le 26 septembre. Vous avez parlé d'un accord historique.
Oui, absolument. Ça fait 10 ans qu'on sait que ces 330 km de Nouvelle-Ligne, ces 70 nouvelles gares qu'on va ouvrir, eh bien, ça va coûter de l'argent. Et donc, il faut trouver le moyen de financer. Alors certains, Bruno Le Maire et d'autres, disaient qu'on n'a qu'à faire payer les usagers. Moi, j'ai dit le pass Navigo à 120 euros, c'est pas mon modèle. Londres, ça n'est pas mon modèle. Nous, on garde l'idée d'un modèle à la française où les usagers payent leur part. Et donc, le pass Navigo, malheureusement, devra augmenter, mais il paye. Oui, le prix sera pas gelé. C'est pas raisonnable. Il ne sera pas gelé parce que ce ne serait pas raisonnable avec tout ce qu'on va ouvrir.
Il faut aussi que les usagers payent leur éco. Donc, on fera un bouclier tarifaire pour les usagers. On n'augmentera jamais leur cotisation à plus d'inflation, plus 1%. C'est l'accord que j'ai avec les départements. Et les départements et la région, eux, payeront inflation plus 2%. Ça veut dire que les départements viennent d'accepter l'accord que je leur ai proposé. On signe demain. Et je voudrais vraiment les remercier. Pour la région, ça va représenter quand même 470 millions d'euros supplémentaires que je mets sur la table. Pour les départements et la ville de Paris de leur côté aussi. Et l'idée, c'est qu'on monte l'exemple. Qu'on dise qu'on va aussi financer.
Mais on doit faire payer aussi les touristes. On doit faire payer aussi les entreprises de plus de 11 salariés en petite couronne. Parce que les entreprises de petite couronne...
Elles protestent, les entreprises, d'ailleurs.
Oui, elles protestent. Mais il faut être raisonnable. Le versement mobilité, c'est pas un impôt comme les autres. Le versement mobilité des entreprises, c'est une somme qui nous donne pour faire circuler les transports. Et quand on multiplie par deux réseaux de métro, forcément, le versement mobilité, il doit aussi connaître une hausse. Ça n'est pas possible autrement. Sinon, ça voudrait dire qu'on fait des transports gratuits au profit des entreprises. Parce que quand on ouvre une ligne à la Défense, une ligne à Orly Aéroport, une ligne à Roissy directe, c'est pour les entreprises. Donc elles vont en bénéficier aussi.
Elles pourront s'installer aussi dans ces territoires.
Absolument. Mais attendez, vous imaginez, on leur fait quand même 36 milliards d'euros de nouveaux transports qui vont les aider à transporter leurs salariés, qui vont les aider à valoriser leur siège social quand elles sont dans des endroits qui n'ont pas de transport. Donc, objectivement, c'est aussi un formidable cadeau qu'on fait aux entreprises.
Alors, il y a un autre dossier qui vous tire à cœur, c'est celui de la transition écologique. Et puisque nous sommes à l'Université des Baires, justement, comment la région aide les communes à rénover les places publiques, les écoles ? C'est très important. On avait un débat là-dessus sur les dépenses énergétiques des écoles qui sont évidemment très, très fortes aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il y a dans ce qu'on appelle les contrats d'aménagement régionaux ?
Alors, la région, c'est un orchestre de maires. Toute la stratégie régionale de transition écologique, d'éducation, de lutte contre les inégalités territoriales, toute cette stratégie-là de politique du logement, toute cette stratégie, elle ne peut marcher que si les maires font.
Oui, bien sûr.
Donc, on donne des lignes directrices. On dit qu'il faut construire davantage du logement abordable. Il faut construire aussi de l'accession à la propriété. Mais tout ça, ça ne marchera que si les maires font. Donc, comment est-ce qu'on peut les inciter à faire ? Par des subventions. Donc, la région est très, très allante sur les subventions aux communes. Vous l'avez dit, on a un outil qui s'appelle le contrat d'aménagement régional. Et pour les toutes petites communes de moins de 2000 habitants, on a le contrat rural.
Et l'idée, c'est qu'avec ces centaines de contrats que nous signons chaque année, nous aidons les villes à concrétiser leurs projets d'investissement, les écoles, la transition écologique, les services publics de proximité, la lutte contre les déserts médicaux, la sécurité. Sur tous ces sujets-là, la région est immensément présente. Et nous avons créé une agence qui s'appelle Ile-de-France Nature, dont l'objectif est uniquement d'aider les villes à revégétaliser. Et donc, on a identifié 138 communes en Ile-de-France qui sont carencées en espace vert, qui sont nos priorités. Et on veut les aider à désimperméabiliser leur sol. Et puis, on parle de mobilité douce.
Mais nous allons travailler avec le département des Yvelines et le département des Hauts-de-Seine à des plans vélo. C'est ce qu'on appelle le vélo Ile-de-France. C'est un réseau de 450 kilomètres, 11 nouvelles lignes de vélo qui permettront de faire du vélo-taf. Le vélo-taf, c'est aller travailler à vélo. Aujourd'hui, il y a 800 000 vélo-taffeurs et on voudrait passer à 2 400 000 vélo-taffeurs en Ile-de-France fois 3. Alors évidemment, pas quand il neige, pas quand il pleut, mais quand il fait beau.
Il y a aussi un autre dossier qui est intéressant, qui concerne plus les Hauts-de-Seine, mais c'est le réaménagement des berges de la Seine, notamment à Gennevilliers. Là aussi, il y a un gros effort de la région.
Absolument. On est en partenariat très étroit, à la fois avec Aropa, mais aussi avec les Hauts-de-Seine, avec les Yvelines, sur toute la réappropriation des berges de la Seine. Vous savez que l'Ile-de-France s'appelle l'Ile-de-France parce qu'au Moyen-Âge, quand il y avait des inondations, on aurait dit des îles, des petites îles. Parce que depuis, on a drainé les marécages. Depuis, on a asséché les points d'eau. Mais encore aujourd'hui, la Seine, c'est quelque chose que nous avons en partage et elle a été très industrialisée. Et aujourd'hui, il faut qu'on la redécouvre.
Vous avez créé aussi à Flins un campus des métiers de la transition écologique. C'est vrai que parfois, on est un peu inquiet parce qu'il y a beaucoup de métiers qui disparaissent. Mais il y a beaucoup d'autres métiers qui vont apparaître et ça en fait partie.
Oui, alors le grand pari sur Flins, on m'a arraché la moitié du cœur quand on a dit qu'on fabriquerait plus d'automobiles à Flins. D'ailleurs, la région, entre parenthèses, va réorienter toutes ses aides à l'achat des véhicules électriques. On va les augmenter de 50%. On pourra avoir jusqu'à 9000 euros d'aide pour acheter une voiture électrique en Ile-de-France.
Ah oui, une aide spécifique d'Ile-de-France.
On a des aides spécifiques Ile-de-France. Jusqu'à 9000 euros.
Ça existait pour le vélo ?
Voilà, elles existaient pour le vélo. Elles existaient pour les voitures, mais seulement jusqu'à 6 000 euros. D'accord. Et on pouvait acheter n'importe quelle voiture. Moi, désormais, on ne pourra acheter que des voitures fabriquées dans des pays bas carbone. Parce que la France est un pays bas carbone. Et moi, j'en ai assez de payer des voitures chinoises, même américaines ou même allemandes. Je suis désolée. C'est des pays qui ne sont pas bas carbone. C'est dans les pays bas carbone qu'on doit construire les voitures. Et donc, voilà, je le dis pour que peut-être on aura un jour à nouveau des voitures qui seront fabriquées chez Renault en Ile-de-France.
Alors, cela dit, sur Flin, on a fait un pari. C'est le pari de faire une nouvelle usine d'un autre type, la Re-Factory. Une usine qui fera du rétrofit de véhicules. C'est-à-dire qui transformera les véhicules thermiques. L'économie circulaire, en gros. Absolument. Qui transformera les véhicules thermiques en changeant le moteur en véhicules électriques. Alors, est-ce que ça va marcher ? On ne sait pas si le rétrofit va marcher. Mais en tout cas, c'est un pari industriel qu'on fait. Et on se dit que peut-être les véhicules, demain, ils vivront un million de kilomètres. Parce qu'on changera le moteur à mi-parcours et on le remplacera en moteur électrique.
Et ça, c'est essentiel pour la transition écologique, justement.
C'est essentiel pour la transition écologique et pour le pouvoir d'achat. Parce que ça veut dire qu'on n'est pas obligé de racheter une voiture. On ne rachète que le moteur.
Un dossier qui est assez important sur lequel vous êtes intervenu, c'est la rénovation de la tour Neptune à Mantes. C'est vrai qu'il y avait des habitants plutôt modestes. Et au fond, est-ce que comme ça, quand on rénove des tours comme celle-là, ça rend les habitants fiers de l'endroit où ils habitent ?
Alors la lutte contre les copropriétés dégradées, c'est un gros enjeu. Parce que vous savez qu'il y a la rénovation urbaine et que la rénovation urbaine fait beaucoup pour les quartiers HLM, les quartiers populaires. Mais au-delà de la rénovation des HLM, on a besoin aussi de s'attaquer à ces copropriétés dégradées. Et très souvent, dans ces copropriétés dégradées, souvent, les tours, au départ, elles étaient belles. Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on les a construites, au départ, ces tours de Mantes-la-Jolie, c'était un quartier à la mode. Il y avait des grands investisseurs. Des grands investisseurs, à l'époque, je crois même que Louis Vuitton avait acheté une tour.
Enfin, il y a des grands investisseurs qui s'installaient dans ces tours. Et puis, peu à peu, on les a laissés se dégrader parce que dans ces copropriétés, se sont installés des marchands de sommeil, c'est-à-dire des propriétaires indélicats qui ont mis des demi-douzaines de locataires entassés dans l'appartement, qui ont arrêté de payer leur charge de copropriétés. Et du coup, la tour est tombée. Et donc, là, dans la tour Neptune, il y avait une copropriété hyper dynamique qui a repris en main la tour, qui a expulsé les marchands de sommeil. Et nous, nous les avons aidés parce qu'on est venus au secours de cette tour. Et on le fait ici. On le fait aussi à Grigny 2.
On le fait aussi au Chêne Pointu, à Montfermeil. Ces copropriétés dégradées, il faut aider les propriétaires à s'en sortir et à se réapproprier les lieux.
Un mot, peut-être plus général. C'est vrai que vous plaidez depuis un certain nombre d'années pour un choc de décentralisation qui, visiblement, ne vient pas. Vous avez un collègue qui est le président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui est plutôt socialiste, qui a dit qu'Emmanuel Macron n'aime pas les régions. Est-ce que, mais, alors je ne sais pas si je ne vais pas vous demander de confirmer ou d'infirmer ça, mais c'est vrai qu'on a l'impression qu'il y a une incompréhension entre le pouvoir central, le pouvoir d'État, et puis les élus régionaux, les élus locaux. Et puisqu'on est à l'université des maires, c'est important d'en parler.
Ça fait mal à l'État de l'entendre, mais nous, on est tenus par l'équilibre budgétaire. On n'a pas le droit de s'endetter pour faire du fonctionnement.
Il vous a reproché de dépenser beaucoup aux régions.
Non, on n'a pas le droit. On n'a pas le droit de faire des chèques sans provision. Parce qu'on n'a pas le droit de faire des déficits de fonctionnement. Donc forcément, on est bien géré. Et donc, on réclame d'avoir plus de compétences puisqu'on les gère bien, puisqu'on les gère à l'euro l'euro. Et je pense qu'on est quand même beaucoup plus en prise avec les réalités du terrain. Je vous donne un seul exemple. Mais le plan France Industrie, quand il est fait au ministère des Finances, la région de France, c'est un seul bassin d'emploi. Est-ce que c'est raisonnable ? Est-ce qu'un emploi vaut le même prix à la Défense ou justement à Mante-la-Jolie ou à Chanteloup-les-Vines ?
Mais non, bien sûr que non. Moi, j'ai intérêt aujourd'hui à pouvoir positionner les emplois dans les quartiers populaires qui se sont désindustrialisés, dans lesquels j'ai des forts taux de chômage. Donc moi, quand je regarde la région, je ne regarde pas un seul bassin d'emploi. Je ne dis pas j'investis en Ile-de-France. Je dis j'investis à tel endroit. Donc la maille de la région est beaucoup plus précise. Et puis par ailleurs, je peux apporter des services. C'est-à-dire que lorsque je crée un emploi, je peux apporter les transports, je peux apporter du logement. Donc ça fait du sens. Celui qui gère les bassins d'emploi, c'est l'Ile-de-France.
C'est pour ça qu'on demande vraiment la compétence emploi. Moi, je vois... L'autre jour, je regardais la banque de données de Pôle emploi. Je me suis aperçu qu'il y avait des dizaines de milliers de salariés qui étaient inscrits à Pôle emploi dans les métiers de la sécurité, dans les métiers du tourisme. Alors qu'on demande... Alors qu'il y a des centaines de billets d'offres ouvertes.
Donc il y a des dysfonctionnements.
Il y a des dysfonctionnements. Comme dirait Hamlet, il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark.
Mais on n'est pas au Danemark. Non. Alors, Valérie Pécresse, les étudiants de Sciences Po vous ont écouté et vous vous posez des questions. On va commencer par Nadege. Bonjour, Nadege. Étudiante de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye.
Madame la Présidente, moi, ma question, elle va aborder une autre thématique, l'attractivité. Plus précisément, comment l'attractivité du territoire de l'Île-de-France, l'Ouest parisien que vous connaissez bien, il est pensé au niveau national et international. Donc on a l'exemple des JO 2024. Mais est-ce que vous avez d'autres actions ?
La région Île-de-France, elle est partie prenante des trois plus grands plans d'investissement du pays. Le premier, c'est le Grand Paris Express. On en a parlé. 330 kilomètres de métro, c'est un effet totalement waouh sur tous les transports d'Île-de-France. Et ça va complètement changer l'attractivité de l'Île-de-France. Quand on pourra aller à Roissy en métro direct, à Orly en métro direct, à La Défense et même jusqu'à Mante-la-Jolie en métro direct, ça change tout. Donc ce premier plan, 36 milliards d'euros, est un plan énorme. Le deuxième plan, c'est les Jeux olympiques et paralympiques, vous l'avez dit, qui vont être regardés par 3 milliards de spectateurs.
Donc il faut qu'on montre ce qu'on a de plus beau à Paris, à Versailles, au Grand Stade. Et puis qu'on montre l'Île-de-France à tous les touristes, à tous les investisseurs, qu'on les amène chez nous pour investir. Le troisième plus grand plan national, c'est le plan des lycées d'Île-de-France. Alors je le dis parce que la jeunesse doit être notre priorité en Île-de-France. On est la région la plus jeune de France après les Hauts-de-France. Je mets de côté les Outre-mer, mais en métropole, on est la région la plus jeune de France. On a une population jeune qui a un fort taux de chômage.
Le sujet de l'éducation des jeunes, le sujet de l'enseignement professionnel, le sujet de l'orientation des jeunes, ce sont des sujets que la région veut prendre à bras le corps. 6,5 milliards de plans de rénovation de lycées. La gauche m'avait laissé des lycées totalement vétustes, c'est pas digne. Et vous savez, on dit on veut revaloriser l'enseignement professionnel. On veut emmener les jeunes vers les métiers de l'industrie et du numérique qui recrutent, qui sont les métiers de l'avenir. Mais quand vous arrivez dans un lycée professionnel tout pourri, vous n'avez pas l'impression que c'est un métier d'avenir et vous n'avez pas l'impression que la République vous attend.
Donc la région, elle investit pour l'avenir et elle investit notamment pour ces jeunes, avec la création d'une agence qui s'appelle Orian, qui est l'agence de l'orientation pour les jeunes, pour les conduire vers ces métiers nouveaux qu'ils ne connaissent pas, que les familles ne connaissent pas. Alors on travaille sur toute la gamme. Les décrocheurs, on les raccroche. 30 000 décrocheurs en Ile-de-France par an. Les jeunes collégiens lycéens, on les guide. Et puis les jeunes sans emploi ni formation, on les ramène vers des métiers qui recrutent et vers des carrières.
Merci, merci Nadège. Mathieu, c'est à vous. Bonjour Mathieu. Bonjour, merci.
Donc on a beaucoup parlé de transport. J'aimerais revenir avec vous sur une annonce récente du gouvernement sur la mise en oeuvre du passeraille. Donc cet abonnement mensuel inspiré du modèle allemand qui offre aux usagers un accès illimité aux offres de trains régionaux et partout en France. Alors le ministre des Transports a annoncé que ce projet serait cofinancé par l'Etat et les régions. Quel est votre positionnement sur cette proposition ?
Non mais cette annonce est totalement pipeau. Moi je l'ai dit, elle est totalement pipeau. C'est du pipeau, c'est de l'enfumage. C'est impossible en Ile-de-France. Parce qu'un pass à 49 euros en Ile-de-France pour tout le monde, le pass il est aujourd'hui, comme vous le savez, à 84 euros. Pour le mettre à 49 euros, il faudrait trouver 1,8 milliard d'euros l'année prochaine de recettes. Et moi le gouvernement ne m'a pas donné la moindre piste pour trouver ce 1,8 milliard d'euros. Donc c'est une annonce totalement pipeau, c'est du vent, c'est de l'enfumage, c'était pour faire bien à la télé. Donc ça n'arrivera jamais.
Parce que le gouvernement est absolument incapable de mettre sur la table cet argent. Et la région qui a 5 milliards de budget aussi.
Et si je peux me permettre, il est pourtant mis en place en Occitanie. Est-ce que le modèle est le même ?
Ah bah oui, mais c'est normal. En Occitanie, il n'y a personne dans les trains. Attendez, pardon, l'Occitanie, on ne parle pas de la même chose. Allez vivre en Occitanie. Vous savez combien il y a de personnes dans les trains en Ile-de-France ? 9 millions tous les jours. 9 millions. En Occitanie, ça doit être, allez, quelques centaines de milliers de personnes. On ne parle pas de la même chose. Les trains en Ile-de-France, c'est un budget de 12 milliards par an. Par an de fonctionnement. 12 milliards. Donc, comme vous êtes à Sciences Po, mais que vous faites aussi de l'économie et de la gestion, je vous invite à venir voir comment ça fonctionne en Ile-de-France.
Et vous comprendrez que c'est pas... Vous savez, je suis une femme politique. Moi aussi, j'adorerais faire tout gratuit.
Oui, si on peut le faire.
Si je pouvais le faire, je le ferais. Et vous seriez heureux et vous voteriez pour moi. Donc, vous savez, ce n'est pas parce que je n'ai pas envie. C'est juste parce qu'à un moment donné, tout a un prix. Et il y a toujours quelqu'un qui paye à la fin. Et les services publics gratuits, il y a toujours quelqu'un qui paye à la fin. Et si vous pouviez sortir de Sciences Po en ayant compris ça, je pense que vous auriez fait un bon en avant et que vous seriez prêts à diriger une entreprise publique.
Mathieu a fait un bon en avant, alors. Merci beaucoup, Mathieu. Merci beaucoup, Valérie Pécresse. Merci à vous. Et bonne université.
Valérie Pécresse