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interviewC à vous· 19 février 2024 12 min

Hommages nationaux : tous les partis présents ? - Clémentine Autain - C à vous - 19/02/2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Faut-il aller à une cérémonie quand on n'y est pas désiré ? Mercredi dernier, la question s'est posée. La France rendait un hommage national à Robert Balinter. La famille avait demandé que ni l'ERN ni la France insoumise ne soient présentes. Le Rassemblement national était absent, mais pas la France insoumise. Le caractère national d'une manifestation d'hommage doit primer sur les désirs de la famille du défunt. D'abord, il y a deux choses différentes.

0:23
Intervenant

Il y a l'enterrement, où je pense que là, les souhaits de la famille, quand vous enterrez un proche, le souhait de la famille, à mon sens, doit être respecté. Là, il s'agit d'un hommage. Ce n'est pas tout à fait la même chose qu'un hommage national. Dans les deux cas, c'est un hommage. Robert Balinter, Robert Balinter, c'est pour Manouchian. Oui, c'est ce que je vous dis. Non, mais là, je vous parle de la présence des insoumis. Les voeux de la famille à respecter, vous pensez qu'ils n'étaient pas respectés parce que c'est un hommage national.

0:51
Présentateur

Je résume votre pensée.

0:53
Intervenant

Je pense que ce n'est pas la même chose, la présence à un enterrement ou un hommage. Je parle de Robert Balinter, je ne parle pas de Manouchian. Manouchian, l'enterrement, la question ne s'est pas posée. Je pense que faisons attention à ce qu'on mélange. C'est-à-dire qu'on ne peut pas mettre sur le même plan pour Robert Balinter des gens qui, comme nous, défendons les combats qui ont été ceux de Robert Balinter. Je pense à la peine de mort. Je pense à de nombreux combats humanistes qui sont ceux de Robert Balinter, de toute son histoire et qui sont ceux que nous portons aujourd'hui.

avec une famille politique, l'extrême droite, qui elle, est contre l'abolition de la peine de mort et a des combats anti-humanistes, c'est-à-dire en totale opposition avec ce qu'est l'histoire de Robert Balinter. Et je trouve qu'en ce moment, il y a une ambiance qui est en train presque de retourner le sens de l'histoire et des valeurs puisqu'on met les extrêmes dans le même sac et qu'on ne comprend à la fin plus rien du tout.

1:46
Présentateur

Ce n'est pas tout à fait ce que fait Emmanuel Macron dans l'interview de l'humanité que j'imagine que vous avez lu.

1:50
Intervenant

Oui, j'ai lu intégralement et je la trouve...

1:52
Présentateur

Qui ne pose pas d'équivalence entre les deux extrêmes, entre le RN et la France insoumise, même s'il reconnaît que plusieurs membres de la France insoumise combattent les valeurs de la République.

2:03
Intervenant

Mais de quoi il parle ? Mais vous savez, il y a quand même un problème, c'est que ce mot de République, il finit par être totalement vidé de son sens. C'est-à-dire que la République, ce n'est pas être modérée, la République, ce n'est pas être d'accord avec l'idéologie dominante. C'est quoi la République ? On finit par ne plus savoir. D'abord, c'est un régime politique dans lequel nous sommes aujourd'hui et puis il y a une certaine idée de la République.

Et cette certaine idée de la République qui nous vient de 1789, Eh bien, moi, je veux bien discuter avec les macronistes de qui, entre eux et nous, est le plus fidèle à ce que sont les principes fondateurs d'une République, d'une République sociale jusqu'au bout. Eh bien, là, il y a un débat politique qui s'ouvre. Il y a un débat politique qui s'ouvre. Mais ces excommunications où on ne comprend plus rien, de savoir pourquoi on excommunie, qu'est-ce que veut dire la République ? Eh bien, c'est la façon... D'ailleurs, en toute l'interview d'Emmanuel Macron, je trouve qu'il file cette même manière de disqualifier la parole.

C'est-à-dire qu'il parle, par exemple, des médias où il dit « Oui, il ne faut pas de concentration des médias. » « Bon, mais alors, qu'est-ce que vous faites pour ces news ? » « Bah, rien. » Quand il parle de l'immigration, on lui dit « Mais enfin, quand même, vous avez fait une loi, vous faites Missak Manoukian, vous dites que c'est formidable. » Et je suis d'accord avec ça. C'est-à-dire que l'entrée de Missak Manoukian au Panthéon, c'est formidable.

De dire « Oui, il y a des étrangers qui auraient dû avoir, d'ailleurs, la nationalité française parce qu'ils ont l'esprit français, parce qu'ils ne sont plus français que bien d'autres qui ont trahi l'esprit de la France en collaborant, par exemple, au régime de Vichy. » Bon, donc ça, c'est beau, ça dit quelque chose. Mais il fait ça et en même temps, il fait une loi qui est une loi terrifiante pour le droit d'asile et pour les migrants. Donc, il y a une langue de bois et il y a une délégitimation de la parole. Parce que quand vous avez à ce point une parole qui n'a rien à voir avec ce que vous faites, à un moment donné, c'est tromper les Français et ils finissent par s'en rendre compte.

3:48
Présentateur

Ce week-end, l'ancien directeur de Frontex, l'agence de l'Union européenne chargée du contrôle des frontières, Fabrice Légeri, a annoncé qu'il rejoignait le Rassemblement national pour les élections européennes de juin. Il sera en troisième place sur la liste de Jordan Bardella. Il avait occupé ses fonctions de 2015 à 2022 avant d'en démissionner à la suite d'une enquête disciplinaire. Dès ce matin, il était aux côtés du président du Rassemblement national dans le Var pour faire campagne. On en les a le plairé. À Saint-Laurent-de-Var.

C'est devenu une hôtesse d'accueil pour migrants et je suis moi très honoré que Fabrice Légeri, qui est un grand serviteur de l'État, qui a tenté de remplir sa mission de protéger nos frontières, fasse le choix aujourd'hui du Rassemblement national.

4:27
Clémentine Autain

Je ne souhaitais pas être sur une liste qui est celle de Mme von der Leyen, parce que Mme von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, est en fait l'Europe de Macron. Cet Europe-là qui m'a empêché de faire mon travail à la tête de Frontex.

4:44
Présentateur

L'Union européenne ne considère pas l'immigration comme un problème, mais comme un projet. Moi, je la considère comme un problème et nous serons, dans le cadre de ces élections européennes, les candidats de la France qui ne peut plus prendre sa part en matière d'immigration. Un haut fonctionnaire français, Énarc, normalien, qui rejoint les rangs du Rassemblement national pour y faire campagne, c'est quoi ? C'est une simple aventure individuelle ou c'est le signe que ce parti est en train de changer ?

5:07
Intervenant

Non, pour moi, ce n'est pas le signe que le parti est en train de changer. C'est le signe que ce monsieur est probablement en train d'évoluer. Il attire des notables ou des hauts fonctionnaires qui n'attiraient pas il y a quelques années.

5:18
Présentateur

Exactement. Un parti qui était incapable d'agréger de la matière grise, c'est souvent ce qu'on dit du Rassemblement national.

5:23
Intervenant

Oui, bien sûr, mais c'est le fruit de deux choses, d'un mouvement général de banalisation de l'extrême droite et de ses idées. Et je crois que la Macronie a bien cotisé ces derniers temps aussi à légitimer, à donner de la respectabilité à l'extrême droite, en co-gérant l'Assemblée nationale tranquillement avec l'extrême droite. La présidente de l'Assemblée nationale, il y a une groupe privée, disant très tranquillement que M. Chenu est un très bon vice-président de l'Assemblée nationale, en légitimant sa présence dans la manifestation contre l'antisémitisme, en reprenant ses idées sur la loi immigration, mais à d'autres moments, l'éloge à Pétain et j'en passe.

Donc il y a un moment donné, tout est brouillé, tout est brouillé, et effectivement au sommet de l'État, déjà parce que je crois que, comment dire ça, il y a une responsabilité presque historique sur plusieurs décennies de voir comment il y a eu un dépérissement de l'esprit public au sommet de l'État, d'un certain nombre de hauts fonctionnaires qui, à force de ne plus être attachés à ce qu'est l'intérêt général, le bien commun, mais d'être tournés vers ce pantouflage, cette libéralisation des services publics, ces privatisations en chaîne, je pense qu'on a aussi perdu ce qu'était le cœur précisément de notre République et la force de notre République.

Et ce n'est pas si étonnant que des personnages, des hauts dignitaires de l'État finissent par perdre les pédales et se retrouver en opposition avec ce qui, pour moi, fait la force de la République française. Est-ce que vous n'avez pas contribué, est-ce que vous ne contribuez pas, vous aussi, d'une certaine façon, à la banalisation du Rassemblement national ? Vous parliez tout à l'heure de ces mots vides de sens. Quand vous dénoncez le pouvoir d'Emmanuel Macron comme étant plus tout à fait une démocratie, l'usage répété du 49-3, on bascule dans une forme de dictature, on a eu souvent entendu, de ces derniers mois, ces dernières années, dans votre bouche... L'inflation des mots ?

L'inflation des mots qui fait qu'on se dit, finalement, si le RN arrive au pouvoir, déjà qu'on n'est plus dans une démocratie, ce n'est pas si grave. Je vous remercie de me poser la question parce que c'est un vrai sujet. Et c'est une vraie difficulté. C'est-à-dire que quand on a un pouvoir qui fait la loi sur l'immigration, qui est votée d'ailleurs par l'extrême droite, qui enregistre, qui dit, ben voilà, nous avons une victoire idéologique... Avec un président qui avait dit, on ne comptera pas les voix du RN si le projet est adopté avec les voix du RN. Oui, ben ça n'existe pas, oui. En fait, certes, mais ça n'existe pas.

Ce que je veux dire, c'est que si le RN la vote, c'est qu'il estime qu'il y trouve son compte. Voilà, donc... Ça peut être une manœuvre politique. Oui, mais il y trouve quand même son compte parce que sur le fond, ça marche dans les pas de l'extrême droite. Donc, la difficulté pour nous, et vous avez raison de la pointer, c'est que quand nous disons qu'Emmanuel Macron pourchasse aujourd'hui les syndicalistes, pénalise la mobilisation sociale et donc avec un régime qui, avec le 49-3, est de plus en plus autoritaire, donc on utilise ce terme, qu'il reprend, il banalise le racisme et qu'il chasse l'étranger. Voilà, ça reprend des idées extrêmes droites.

Donc, à la fin, effectivement, il ne faut pas qu'on fasse un signe d'équivalence entre les deux parce que ce n'est pas la même chose. C'est ce que vous faites souvent. Non, je suis en train de vous dire que ce n'est pas la même chose. Donnez l'impression de faire, parfois. Ce n'est pas la même chose, mais non, ceux qui donnent cette impression-là, c'est ceux qui sont au pouvoir et qui, pourtant, ont eu mandat. Je le rappelle, quand Emmanuel Macron a été élu, c'est parce que les Français ne voulaient pas de Marine Le Pen. Et il a dit, ce résultat m'oblige. Il n'oblige à rien, là. Il se sent obligé de rien puisqu'il marche dans les pas des idées de l'extrême droite.

Donc, la responsabilité, pour moi, elle est d'abord chez eux. Elle nous crée une difficulté, vous avez raison, de la pointer. C'est qu'à force d'aller loin, loin, loin, nous, on est en difficulté pour dire, pour convaincre que ça sera pire, évidemment pire, si l'extrême droite arrive au pouvoir. Et vous, vous connaissez, je suis très engagée à construire une réponse politique émancipatrice pour éviter l'accession de Marine Le Pen au pouvoir. Et c'est notre responsabilité aujourd'hui. Donc, je la mesure. Et je pense qu'on estime que ce n'est pas grave parce que, finalement, il y a Mélanie en Italie.

Bon, après tout, alors qu'en France, c'est la Ve République, avec le tout pouvoir à l'exécutif. Un pouvoir exorbitant. Si Marine Le Pen arrive en France au pouvoir, ce n'est pas la même chose que Mélanie. Donc, il y a une dangerosité qui est toute singulière de l'extrême droite. Mais il faudrait que le pouvoir en place nous empêche aussi, ne nous emmène pas, comme ça, à devoir qualifier et avoir, en effet, un sujet sur les termes à utiliser. Je suis d'accord avec vous, mais preneuse de conseils, parce que, franchement, ce n'est pas facile dans le climat actuel imposé par ce gouvernement.

Justement, le discours que vous portez, vous êtes une des rares à critiquer, justement, ces réponses, cette politique du clash de la France insoumise qui est souvent critiquée par ailleurs. D'après l'Obs, Jean-Luc Mélenchon vous accuse d'ailleurs de sabotage et dit que vos commentaires sont des coups dans le dos à quelques mois des élections européennes. Critiquez la conduite du mouvement. Oui, alors que les mots qu'il y a dans l'Obs, qui sont révélés dans l'Obs, ne sont pas du sabotage pour la campagne des européennes.

Je pense que si on pouvait discuter d'autre chose que de proposer mon exclusion de la France insoumise par Jean-Luc Mélenchon, je pense que ce n'est pas tout à fait de nature à créer un bon climat. Je pense que si on veut faire un score, et je le souhaite, les européennes, le meilleur derrière Manon Aubry, le mieux c'est rassembler la France insoumise, d'accord, et d'essayer de ne pas s'aliéner à l'extérieur des franges qui pourraient nous être acquises. Est-ce que vous voulez Jean-Luc Mélenchon ? Je dis juste aujourd'hui que le procès en sabotage me semble vraiment une manière de ne pas être au rendez-vous de la campagne qui nous attend aujourd'hui des européennes.

Donc soyons-y, j'y suis, et je pense que nous devons d'abord prendre le bâton de Pébrin pour convaincre pour ces européennes autour de Manon Aubry, et ensuite prendre le deuxième bâton de Pébrin pour créer les conditions d'une candidature de rassemblement large pour être à la hauteur de l'histoire et à l'auteur du défi dont nous parlions à l'instant. Empêcher qu'Emmanuel Macron et la Macronie et ses successeurs continuent à nuire, et barrer la route, barrer la route à Marine Le Pen. C'est ça notre responsabilité. Donc moi je n'ai que ça en tête. Réussir les européennes là, d'accord ?

Donc rassemblons-nous, plutôt que de passer son temps à expliquer que ce serait mieux si on était dehors, ou à nous exclure de tout, ou à nous envoyer des noms d'oiseaux, comme j'en ai lu encore hier dans le journal. Ça, ça ne me paraît pas correct. Il y a des débats stratégiques. Et ces débats stratégiques, ils doivent pouvoir avoir lieu parce que la situation, elle est complexe, elle appelle à un haut niveau de responsabilité. Donc il faut qu'on puisse pouvoir discuter. Mais justement, si je dis entre les liens, ce que vous dites aujourd'hui, c'est que Jean-Luc Mélenchon, c'est un frein au développement de la France insoumise ?

Ce qui est un frein au développement de la France insoumise, c'est d'avoir des comportements d'exclusion et de ne pas supporter qu'il y ait des débats qui doivent pouvoir avoir lieu parce que, pour être à la hauteur de la situation, il faut qu'on décide de notre stratégie, de notre tactique. Voilà. Et donc si c'est juste, c'est comme si, et si vous n'êtes pas d'accord, c'est dehors, ça je pense que ce n'est pas comme ça qu'on rassemble sa famille politique, et je pense que ce n'est pas comme ça non plus qu'on vise au plus juste.