Conférence de presse à l'issue du Sommet sur le financement des économies africaines
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 22:30OuverteRéponse directe
Quelles sont les réformes prioritaires pour soutenir l'émergence du continent africain ?
- 23:30OuverteRéponse directe
Quel mécanisme de suivi pour la mise en œuvre des conclusions du sommet ?
- 25:30RelanceRéponse partielle
Les 33 milliards de DTS pour l'Afrique sont-ils suffisants pour un continent de 54 pays ?
- 27:30FerméeRéponse directe
Confirmez-vous votre voyage au Rwanda fin mai ?
- 28:30OuverteRéponse directe
Allez-vous présenter des excuses officielles pour le rôle de la France dans le génocide des Tutsis ?
- 30:00OuverteRéponse directe
La transition militaire au Tchad est-elle conforme aux principes démocratiques de l'Union africaine ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:00Fait
« Ce sommet répondait à une priorité que nous avons identifiée dès le début de la pandémie, nous en avons discuté ensemble il y a un peu plus d'un an, nous étions d'ailleurs tous les trois dans ce même sommet qui avait présidé à la décision d'ACT-A. »
- 10:00Fait
« Nous avons réussi à régler tous les problèmes d'arriérés, ce qui était la condition de possibilité pour lancer une nouvelle dynamique pour le Soudan. »
- 12:00Fait
« Cette émission de droits de tirage spéciaux va permettre de déclencher une impulsion qui, au fond, permet à la communauté internationale, au FMI, déjà d'apporter ce qu'aujourd'hui l'Afrique n'a pas en comparaison avec les États-Unis, l'Europe ou même la Chine. »
- 16:00Fait
« L'objectif de COVAX était de vacciner 20 % des Africains. L'Union africaine a décidé de compléter COVAX avec un mécanisme dit AVAT pour passer à 30 %. »
- 34:00Fait
« Nous devons mieux intégrer, dans nos débats budgétaires, dans les programmes FMI, la charge militaire et sécuritaire qui repose sur nombre de pays africains. »
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Messieurs les présidents, cher Félix Tshisekedi, Madame la Directrice générale, chère Kristalina, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames, Messieurs. Nous venons donc à l'instant de clore ce sommet sur le financement des économies africaines. Avant toute chose, je souhaitais remercier tous les participants qui nous ont fait l'honneur et l'amitié d'être ici aujourd'hui à Paris, et remercier également l'ensemble des équipes qui se sont largement mobilisées autour du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance et du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.
Messieurs les ministres, merci beaucoup à vous, à vos équipes, à notre ambassadeur, Alain Le Roy et à la cellule diplomatique, puisque ce fut, je le sais, un très gros travail, en lien avec les équipes du Fonds de la Banque mondiale de l'Union africaine et l'ensemble des parties prenantes. Ce sommet répondait à une priorité que nous avons identifiée dès le début de la pandémie, nous en avons discuté ensemble il y a un peu plus d'un an, nous étions d'ailleurs tous les trois dans ce même sommet qui avait présidé à la décision d'ACT-A, répondre au choc que représente la Covid-19 pour le continent africain. Au fond, l'épidémie de Covid-19, pour le continent africain, c'est une urgence, évidemment d'abord sanitaire compte tenu de la fragilité des systèmes de soins primaires, compte tenu aujourd'hui de la lenteur de la vaccination parce que les doses n'arrivent pas.
Et c'est une urgence économique et sociale compte tenu de la très grande difficulté à décider de mesures contraignantes pour faire face au virus, là où l'économie informelle est si importante, où les échanges sont si structurants pour la vie économique, la création d'opportunités, et parfois tout simplement la possibilité de s'alimenter, et compte tenu des conséquences économiques de la crise. Nous l'avons largement dit, l'épidémie de Covid-19 va avoir, a d'ores et déjà, et aura de manière sûre, un impact massif sur l'économie du continent africain, cette année après l'année prochaine, et sans doute pour les années à venir, bien supérieure à toutes les crises précédemment connues, si on prend la crise financière que nous avons connue il y a dix ans. Les estimations, et je pense qu'elles sont plutôt des minorants de la réalité, sont autour de 300 milliards de dollars de besoins de financement, entre aujourd'hui et 2025, pour l'Afrique.
Et, comme je le disais, c'est sans doute un peu plus. Dans le même temps, l'Afrique est en capacité de relever nombre de défis, et je pense, en tout cas c'est ce qui est ressorti de toutes nos discussions, ce moment peut être une chance à saisir pour enfin répondre à d'immenses défis que nous ne voulions pas, au fond, totalement relever ces années précédentes, faisant comme si de rien n'était, et continuant avec les règles auxquelles nous nous étions habitués et les programmes pensés il y a des décennies qui n'étaient plus adaptés. Donc l'objectif de ce sommet, pour nous était double : apporter des réponses de court terme, et lancer une dynamique qui puisse véritablement créer ce New Deal économique et stratégique avec le continent africain.
Et je crois que, sur ces deux volets, nous avons réussi aujourd'hui à avancer. Alors on ne change pas en un jour et en un sommet la vie ni du continent africain, ni de la relation entre l'Afrique et le reste du monde, mais enfin je crois que nos discussions d'hier soir, la préparation qui avait présidé aux travaux et la discussion très longue de tout cet après-midi ont montré une prise de conscience collective, un changement d'état d'esprit et le lancement d'une dynamique profonde. Alors, à court terme, qu'est-ce que nous avons décidé qui permet de répondre aux défis ?
D'abord, à court terme, nous avons consolidé ce que nous avions ensemble obtenu : Le moratoire sur les intérêts et le principal de la dette détenue par les pays du G20 sur 2020 et 2021. Ensuite, la consolidation d'un nouveau cadre commun pour la restructuration des dettes ; trois pays s'y sont présentés : le Tchad, l'Ethiopie et la Zambie. La finalisation des travaux pour le Tchad d'ici à la fin du premier semestre 21 a été réaffirmée.
C'est un élément test pour la crédibilité de ce cadre commun, qui va permettre une nouvelle restructuration des dettes, et qui surtout, pour la première fois, permet de le faire avec tous les créanciers autour de la table. Et, comme pour le moratoire sur les intérêts et le principal de la dette G20, pour la première fois, vous avez l'Europe, les États-Unis, la Chine, ensemble, qui décident de traiter de leur relation à l'Afrique, ce qui est très structurant. Dans le cadre de ces restructurations et de la dette, l'avancée du Sommet d'hier et de la Conférence sur le Soudan est évidemment un acquis très important de ces deux jours.
Nous avons réussi à régler tous les problèmes d'arriérés, ce qui était la condition de possibilité pour lancer une nouvelle dynamique pour le Soudan, et qui, entre mi et fin juin, sous les auspices du FMI, permettra une restructuration de la dette pour laquelle la France a pris hier ses engagements. Ensuite, troisième grand acquis, c'est l'émission de droits de tirage spéciaux, 650 milliards de dollars. Cette émission de droits de tirage spéciaux va permettre de déclencher une impulsion qui, au fond, permet à la communauté internationale, au FMI, déjà d'apporter ce qu'aujourd'hui l'Afrique n'a pas en comparaison avec les États-Unis, l'Europe ou même la Chine, c'est-à-dire un mélange d'armes monétaires et budgétaires qui permet de répondre à court terme à la crise.
Simplement, ces droits de tirage spéciaux de 650 milliards de dollars, ce qui est déjà une formidable réussite, et je veux vraiment féliciter la directrice générale du FMI, il y a un consensus fort, tout le monde est d'accord, ça représente, soyons très clairs, 33 milliards pour l'Afrique, dont 24 pour l'Afrique subsaharienne. L'unanimité autour de la table était présente pour dire : ça n'est pas possible, et c'est trop peu ! Donc nous avons décidé aujourd'hui, au delà de cet acquis de court terme, d'ouvrir pour les prochaines semaines plusieurs travaux qui supposent un travail technique, et évidemment, la construction d'un accord politique que nous espérons obtenir d'ici au G7, ou au plus tard au G20, donc entre juin et octobre prochains, et qui va beaucoup mobiliser le FMI.
Mais comment y arriver ? Premièrement, la réallocation des droits de tirage spéciaux des pays les plus riches. La France y est prête ; le Portugal, plusieurs pays qui étaient présents ici, également.
Nous sommes prêts à réallouer des droits de tirage spéciaux dont la France sera dépositaire, de telle sorte à constituer un tour de table qui s'élève au moins à 100 milliards pour l'Afrique. C'est-à-dire que nous devons faire plus que tripler l'enveloppe naturelle de l'Afrique à l'occasion de cette émission de DTS. Donc notre travail dans les prochaines semaines va être de convaincre les autres de faire le même taux d'effort que la France, à commencer évidemment par les États-Unis d'Amérique, et je sais tout le travail qu'on va devoir faire avec le Congrès, avec l'exécutif ; mais je suis confiant.
Mais c'est une piste de travail, pas une piste, une volonté et un engagement, pris aujourd'hui pour aller vers ces 100 milliards de DTS affectés à l'Afrique, ce qui suppose une réallocation massive de la part de tous les pays les plus riches. La France sera à ce rendez-vous. Deuxième point, c'est qu'on avance sur l'allocation de droits de tirage spéciaux à la Banque africaine de développement et aux banques publiques de développement africaines, parce que c'est un moyen de faire levier sur ces émissions et ces droits de tirage spéciaux pour permettre de financer plus vite, au plus près du terrain, en innovant.
C'est un gros travail technique à faire, qui sera présidé et piloté par le FMI, mais sur lequel nous souhaitons avancer dans les prochaines semaines et les prochains mois. Et puis troisième point, il faut qu'on ouvre le chantier, et nous sommes plusieurs à nous exprimer dans les prochaines heures sur ce volet-là, qu'on ouvre le chantier des réserves d'or du FMI et de l'utilisation d'une part de ces réserves d'or, qui se sont revalorisées durant cette crise, parce que l'or reste un étalon et une valeur réserve, donc le prix a monté. Donc on peut utiliser une partie de ces réserves aussi pour convaincre certains pays qui seraient réticents sur leur réallocation de DTS, ou pour faire encore plus, mais pour utiliser cette vente d'or pour transférer encore plus au continent africain.
Voilà ce qu'on a consolidé comme accord aujourd'hui, et voilà le travail qu'on a décidé de mener dans les prochaines semaines et les prochains mois, pour faire encore plus à l'égard de l'Afrique sur le plan budgétaire et en relance. Évidemment, tout ça sera conforté, complété par un engagement accru de la Banque mondiale, en particulier au moment de la reconstruction AIDA, qui sera un rendez-vous important là aussi pour les économies africaines. Sur le court terme, au-delà de ce paquet de réponses de très court terme et de ce push que nous avons décidé, il y a évidemment la question des vaccins.
Elle a occupé nombre de nos discussions, à juste titre. La situation actuelle n'est pas soutenable, elle est à la fois injuste et inefficace. Parce que si nous restons tels que nous sommes, au fond, nous condamnons l'Afrique à ne pas se protéger, des variants à réapparaître sur le sol africain et frapper les Africains eux-mêmes.
Et ensuite, nous nous condamnons à perpétuellement courir après ce virus. Nous avons d'ores et déjà mobilisé, vous le savez, depuis un an dans le cadre d'ACT-A, le véhicule dit COVAX. Ce véhicule a permis de transférer déjà des doses, 50 millions de doses sont déjà transférées au travers de la plateforme COVAX, la France s'étant largement mobilisée pour ce volet, et des financements sont déjà mobilisés à hauteur de 22 milliards.
Néanmoins, tout cela n'est pas suffisant. Je vous le rappelle, l'objectif de COVAX était de vacciner 20 % des Africains. l'Union africaine a décidé de compléter COVAX avec un mécanisme dit AVAT pour passer à 30 %.
Ce que nous avons acté aujourd'hui, ce sont deux initiatives. La première initiative, c'est une initiative très forte pour produire massivement des vaccins, en Afrique, pour l'Afrique, et donc de développer, par des partenariats de financement et industriels, une capacité à produire en Afrique des vaccins de tous type : adénovirus, protéines recombinées, ARN messager, ou " vaccin mort ", dans les prochains semestres. Évidemment, ces plateformes mettent parfois du temps à être consolidées, mais notre volonté, c'est d'aider l'Afrique à massivement s'équiper, par des partenariats technologiques, par des financements qui seront mobilisés, en particulier la Banque mondiale, et par deux choses que nous avons actées aujourd'hui et que nous soutenons : des transferts de technologie, et un travail qui a été demandé à l'OMS, l'OMC et au Medicines Patent Pool, qui est de lever toutes les contraintes en termes de propriété intellectuelle qui bloquent la production de quelque type de vaccin que ce soit en Afrique.
Donc, pendant le temps de l'épidémie, on doit lever toutes les contraintes, que ce soit des contraintes de propriété intellectuelle, de financement ou de transfert de technologie. Ça, c'est clé, parce qu'il y aura des variants, parce qu'il y aura à faire de nouvelles campagnes vaccinales. Et donc c'est le premier pilier que nous avons décidé aujourd'hui.
Le deuxième pilier sur lequel nous allons nous mobiliser, c'est de pousser, au fond, l'ambition de COVAX, et là, c'est du très court terme, c'est 2021, ce n'est pas de la production, c'est de l'achat de doses pour vacciner maintenant, c'est de pousser l'ambition de COVAX de 20 % à 40 %, et donc de donner mandat au Fonds monétaire international pour regarder comment mobiliser plus de financements, c'est une enveloppe totale de 50 milliards environ qu'il faut mobiliser pour réussir cela, et donc, sur la base de ce qui a déjà été décidé dans le cadre de COVAX et des engagements bilatéraux déjà pris, d'utiliser une partie des droits de tirage spéciaux, et de les flécher sur ce mécanisme, sur ce véhicule, de nous organiser pour, dès le mois de juillet, regarder les doses qui seront en surnombre chez les pays riches, et d'organiser, durant le deuxième semestre, des mécanismes de financement et de réallocation, pour avoir cet objectif de 40 % d'Africaines et d'Africains vaccinés à l'issue de l'année 2021. C'est un objectif qu'on peut atteindre si on mobilise ces financements, et si nous nous organisons en conséquence. Voilà les travaux sur le plan de la vaccination qui ont été acté aujourd'hui, sur lesquels nous avons décidé d'avancer.
Et enfin, plus largement, nous voulons, sur la base de ces premiers éléments comme vous le voyez déjà très forts, construire dans la durée ce New Deal économique avec le continent africain. Donc nous avons décidé vraiment de poser les bases d'un nouveau modèle de croissance, qui passe d'abord par, vous le voyez, un choc macroéconomique beaucoup plus fort, une mobilisation de tous les instruments pour répondre à l'urgence sanitaire et économique, mais de construire les bases, plus larges, pour les prochains mois et les prochaines années, d'une nouvelle relation. D'abord en actant la modernisation du cadre budgétaire et des mécanismes africains de stabilité financière.
Le consensus a été très clair, autour de la table, pour dire : il nous faut aujourd'hui repenser nos mécanismes, nos instruments, donner une voix plus forte, ça a été très bien dit d'ailleurs par les représentants de la Banque mondiale tout à l'heure, donner une voix plus forte aux Africaines et aux Africains dans les instruments qui existent, j'évoquais AIDA, et il y en a plusieurs autres, réussir à trouver des mécanismes qui sont plus adaptés à la réalité macroéconomique et, au fond, faire sur le continent africain ce que nous faisons tous avec nous-mêmes. Force est de constater aujourd'hui qu'en sortie de crise Covid, la Chine, les États-Unis, l'Europe, adaptent, réadaptent leur cadre macroéconomique et financier. Et donc, oui, il nous faut apporter une réponse économique et financière, premièrement qui prenne compte des dépenses de sécurité portées par nombre de pays africains.
Nous devons mieux intégrer, dans nos débats budgétaires, dans les programmes FMI, la charge militaire et sécuritaire qui repose sur nombre de pays africains, car l'épicentre du terrorisme s'est déplacé sur ce continent. Deuxième point, nous devons mieux prendre en compte la réalité démographique et les difficultés économiques et financières en sortie de Covid, et repenser, avec un rôle essentiel de l'Union africaine, ce cadre budgétaire, ces mécanismes africains de stabilité financière, et une gouvernance qui soit portée par les Africaines et les Africains en lien avec les grandes organisations internationales, avec évidemment les bailleurs, mais où l'Afrique aura ce rôle clé de définir pour elle-même aussi ses propres règles. C'est sur cette base aussi que nous souhaitons développer au maximum des mécanismes d'innovation financière qui permettront plus facilement les conversions de dettes en projets pour le climat, pour l'éducation, pour l'alimentation, et, là aussi, en sachant innover.
Ça, c'est sur la partie financement public. Sur la partie financement privé, nous avons lancé aujourd'hui, et je veux remercier véritablement la SFI et Makhtar Diop qui est présent avec nous aujourd'hui, l'Alliance pour l'entreprenariat en Afrique, qui mettra un milliard de dollars sur les PME, les TPE, pour aller chercher les entreprises, justement, qui sont les plus loin du marché, et permettre ces mécanismes de développement, ce qui s'inscrit en continuité directe avec ce que nous avions lancé il y a maintenant un peu plus d'un an à l'issue du G7 de Biarritz, qui était le fonds AFAWA avec la BAD, qui s'élève maintenant aussi à 1 milliard de dollars pour l'entreprenariat féminin. Ces mécanismes, qui permettent de faire à la fois des prêts et du fonds propre vers de l'entreprenariat africain, sont absolument clé, et seront complétés dans la durée par de nouveaux mécanismes et par des réabonnements, car la clé du modèle de croissance africain, c'est évidemment ce choc macroéconomique, cette nouvelle gouvernance, mais c'est aussi une mobilisation de l'investissement privé, et un développement massif de l'entreprenariat partout en Afrique.
Cette alliance pour l'entreprenariat africain que nous lançons aujourd'hui, notre but, c'est d'en faire la première réunion au deuxième semestre de l'année 2021, en mobilisant très largement tous les pays qui souhaiteront s'y joindre et les écosystèmes d'entrepreneurs, et en développant très fortement les financements qu'il y a derrière. Ce que nous lançons aujourd'hui, c'est bien, vous le voyez, une série d'innovations en termes de gouvernance, en termes d'instruments, qui répond à l'urgence et au défi qui est celui que j'évoquais tout à l'heure. Ce New Deal que nous lançons aujourd'hui, pour l'Afrique, et par l'Afrique, donnera lieu à des rendez-vous à suivre.
D'abord, plusieurs rendez-vous de l'Union africaine, Monsieur le président, pour définir ces règles, se saisir de ce travail. les rendez-vous G7 et G20, en particulier sur le sujet des droits de tirage spéciaux et des vaccins. Un rendez-vous au deuxième semestre sur le traitement des dettes.
Un rendez-vous au deuxième semestre sur le secteur privé et l'alliance que nous lançons aujourd'hui. Et nous ferons converger ces initiatives pour un point de rendez-vous lors de la présidence française de l'Union européenne, où nous souhaitons à nouveau nous remobiliser collectivement sous un format comparable pour donner un contenu très fort à un nouveau sommet. Je ne serai pas plus long, mais je vous remercie les uns et les autres pour votre participation, votre soutien, votre engagement.
Et je vais maintenant céder la parole au président Tshisekedi. Merci, Monsieur le président et cher Emmanuel. Je crois que vous avez dit tout ce qu'il y avait à dire.
Je peux dire ici d'abord mes félicitations pour cette initiative qui, à mon sens, est une nouveauté. Ce n'est pas une conférence ou un forum qui va rester lettre-morte. Comme vous l'avez entendu, le président a fixé les assignations que nous nous sommes données et, à partir de ce moment, nous allons nous mettre au travail pour cela.
Nos objectifs, évidemment, c'est la vaccination du plus grand nombre en Afrique. C'est vrai qu'il y a quelques inquiétudes je dois vous l'avouer en tant qu'Africain, et surtout en tant que président de la République démocratique du Congo, sur le fait qu'il n'y a pas assez de mobilisation de ce côté-là de la part de nos populations. C'est une certaine inquiétude qui est due au fait, à mon sens, que le vaccin vient d'ailleurs.
Voilà pourquoi il est nécessaire de viser la production de vaccins en Afrique. Je crois que ça aura un impact assez important sur l'attitude des populations, et évidemment aussi, les retombées économiques qui s'ensuivront. Pour cela, nous avons aussi évoqué l'accès aux droits de propriété intellectuelle.
Il faudrait, ça aussi, c'était une de nos assignations, il faut qu'on l'obtienne, que l'on puisse obtenir le droit de fabriquer les vaccins en Afrique. Au niveau économique, nous nous sommes dit qu'il fallait absolument relancer l'économie africaine, d'abord et avant tout en obtenant la prolongation du moratoire, qui s'arrêtait en juin 2021. Donc c'est acquis jusqu'à la fin de l'année, mais notre préférence serait, je l'ai dit dans mon allocution, d'aller peut-être jusqu'à fin 2022, d'ISSD donc.
Nous avons également parlé de l'annulation de la restructuration de la dette. Cela dépendra évidemment, je comprends bien, de l'attitude des bailleurs. Et là, comme l'a dit le président Macron, je crois que nous avons réussi à mettre ensemble, grâce à cette conférence, donc les États-Unis, la Chine et l'Union européenne, qui sont tous d'accord à ce sujet, de regarder dans quel sens nous pourrons obtenir cela.
Les émissions de DTS, 33 milliards pour le moment, l'objectif, c'est les 100 milliards, ça a été dit. L'accès des pays africains aux marchés financiers classiques, ça aussi, nous le demandons, nous le revendiquons, grâce à des rehaussements de crédits. Nous voulons aussi, comme tous les autres pays, accéder à ces marchés.
Enfin, de notre côté, côté africain, nous aurons besoin de fournir des efforts aussi, parce que, disons-le clairement, s'il y a ce traitement particulier réservé à l'Afrique, c'est parce qu'en Afrique aussi, nous émettons des signaux qui ne rassurent pas les bailleurs de fonds ou les investisseurs. Nous avons besoin d'améliorer la bonne gouvernance. Nous devons fournir beaucoup d'efforts dans les réformes.
Nous devons absolument lutter contre les antivaleurs telles que la corruption, le blanchiment d'argent. Nous devons avoir des systèmes économiques transparents, des systèmes financiers transparents qui rassurent les investisseurs. Nous devons également prendre suffisamment en charge notre jeunesse et, ici encore, à mon tour, à la suite du président Macron, je salue cette initiative de la SFI sur l'Alliance de l'entreprenariat.
Je propose même, si cela était possible, de l'organiser pour la première fois à Kinshasa, et durant ma présidence à l'Union africaine. Cela nous aidera à promouvoir évidemment ces PME jeunes, et emplois jeunes aussi par la même occasion. Nous devons assurer l'autonomisation de la femme, la promotion de la femme, faire en sorte que la femme puisse jouer davantage de rôles importants dans nos sociétés, dans nos systèmes, qu'ils soient politiques ou économiques.
Et, pour finir, je dirai que l'accent principal que nous avons mis, qui est revenu d'ailleurs sur toutes les lèvres, c'est au sujet de l'insécurité, du terrorisme qui a aujourd'hui son épicentre en Afrique et qui, si nous ne prenons garde, va ravager tous les espoirs qui sont aujourd'hui permis et toutes les initiatives que nous sommes en train de mettre en branle pour booster l'économie africaine post Covid. Donc cela aussi a été un motif de réjouissance, de joie pour moi, de constater qu'il y a une demande aux institutions financières d'accroître les moyens de sécurité à accorder aux pays qui sont en proie à des problèmes d'insécurité. Voilà en bref ce qu'a été le contenu de nos travaux et je peux dire que, comme je l'ai dit au départ, cette fois-ci je crois qu'il y a des assignations sérieuses, il y a du travail.
Maintenant, notre objectif c'est de continuer sur cette lancée. Nous avons des objectifs, le président Macron vous l'a dit, nous devons les atteindre et ce n'est que comme ça que l'Afrique rebondira. L'Afrique est un continent qui, tout le monde le dit, a un avenir certain et moi j'ai toujours placé l'avenir, l'espoir du continent africain, dans sa jeunesse.
Demain, ça va devenir une force mais cela dépendra évidemment de la manière dont nous, dirigeants africains, nous comporterons avec cette jeunesse. Nous devons bien l'encadrer, bien l'éduquer, bien la former et je crois qu'elle sera pourvoyeuse de lendemains enchanteurs pour notre continent. Voilà, cher Emmanuel, merci beaucoup.
Encore une fois, toutes mes félicitations et tous nos remerciements au nom de toute l'Afrique pour cette initiative ô combien louable. Merci beaucoup. Merci, cher Félix, cher président.
Je cède maintenant la parole à Macky Sall, mon frère, cher Président. Merci beaucoup, Monsieur le président, cher Emmanuel. À la suite du président Félix Tshisekedi, je peux, au nom du continent également, dire ici devant la presse la gratitude des Africains face à votre initiative, qui n'est pas la première.
Depuis le début de cette pandémie, nous avons eu plusieurs rencontres virtuelles pour travailler sur l'accès au vaccin, pour travailler sur la dette et, aujourd'hui, cette rencontre de Paris qui a réuni l'essentiel du continent africain mais également tous les membres du G20, du G7, autour du financement de l'économie africaine. Un grand merci pour cela. Vous avez été très engagé dans cette cause, mais je dois aussi féliciter l'équipe technique que vous avez mise en place, qui a travaillé de manière efficace, et je souhaite d'ailleurs qu'elle soit maintenue pour les enjeux qui nous attendent, qui sont des enjeux extrêmement importants avant les grands rendez-vous que vous avez indiqués, que ce soit le G7 au mois de juin ou le G20 vers octobre, ainsi que la présidence française de l'Union européenne.
Le Fonds monétaire, je ne peux pas ne pas le féliciter à travers sa directrice générale, Madame Kristalina Gueorguieva, pour l'efficacité avec laquelle, l'engagement avec lequel le Fonds monétaire également travaille et va continuer à travailler, avec la Banque mondiale, le groupe de la Banque mondiale j'allais dire, la SFI, mais surtout également notre banque continentale, la BAD. Monsieur le président, vous avez indiqué, vous avez fait le résumé donc je ne vais pas revenir sur tout ce qui a été convenu parce que cela a été très clair et très net. Ce qu'il faut noter, c'est qu'il y a eu un changement de paradigme.
Il y a quelque chose de nouveau qu'il faut noter. On a habitué l'Afrique à lui concevoir des projets et des programmes et à les lui imposer. Aujourd'hui, nous sommes dans une co-construction de ce qu'il faut pour nous et c'est là, je crois, la nouveauté et c'est pourquoi il y a de l'espoir.
Il y a de l'espoir puisque nous connaissons mieux que quiconque nos problèmes, nos difficultés. Mais il est important aussi de noter le changement de mentalité au niveau des pays développés, au niveau du G20, du G7, c'est-à-dire de comprendre que nous avons une responsabilité commune et que vacciner ses propres populations pour les pays industrialisés ne leur garantit absolument pas la sécurité sanitaire. C'est évident que, si nous continuons la tendance actuelle où les Africains seront à 2-3 % de vaccinés, il se développera sur le continent africain des variants extrêmement résistants qui remettront complètement en cause l'efficacité des vaccins dans quelques mois, dans quelques années.
Ce qui veut dire que, tant qu'il y a encore la circulation du virus sur la planète quelque part, la planète n'est pas en sécurité. Cette prise de conscience, je l'ai notée, non seulement avec enthousiasme au niveau du président Emmanuel Macron, mais je l'ai notée par l'intervention de l'ensemble des dirigeants du G20, c'est pourquoi nous devons maintenant, tambour battant, faire en sorte que dans un prochain rendez-vous, les mesures arrêtées soient réellement mises en oeuvre. Et ces mesures, c'est d'abord, nous le disons, qu'il faut changer le cadre dans lequel nous évoluons depuis toujours.
C'est un corset qui ne tient plus parce qu'il n'est plus adapté, le contexte l'a prouvé. Il faut plus de dépenses publiques, d'abord pour des raisons médicales, la résilience sanitaire. Il faut acheter les vaccins.
Il faut que, malgré l'effort de l'initiative COVAX, que nous ne cesserons jamais de saluer parce que, sans cette initiative d'aide, beaucoup de pays n'auraient pas eu le moindre vaccin ! Mais, on le sait, ce n'est pas suffisant. Il va falloir qu'un vote vienne renforcer et que les États eux-mêmes achètent, grâce à des mécanismes évidemment qui seront mis en oeuvre par tout ce qui a été discuté cet après-midi.
Nous avons aussi dit qu'il faut que l'Afrique puisse produire les vaccins et, là, je suis heureux de constater que, depuis plusieurs mois, j'ai moi-même personnellement fait des rencontres à Bruxelles. Nous avons rencontré la Banque européenne d'investissement, la Banque mondiale. Nous avons rencontré la SNVI.
Nous avons rencontré aussi, au plan bilatéral, la France, l'AFD, qui est engagée également. Même les États-Unis, avec BRC. Tout le monde est mobilisé pour que l'Afrique puisse produire ses vaccins.
Cela veut dire qu'il faut lever les contraintes qui s'opposent à la production de vaccins sur le continent. Nous ne sommes plus loin. Comme on l'a vu également, d'autres pays comme l'Afrique du Sud, comme le Rwanda, je pense, sont également engagés dans le processus et il faudra certainement aller au-delà.
Les DTS ont occupé une part importante de ce dialogue parce que, le président l'a bien dit, 33 milliards pour 55 pays, 1 000 200 000 habitants c'est une goutte d'eau. Évidemment, c'est la part qui nous revient de par le mécanisme qui a été mis en place depuis longtemps, et c'est pourquoi nous plaidons pour l'affectation et la mobilisation de 100 milliards de dollars qui devront permettre de faire quoi ? D'abord [INAUDIBLE], comme l'a dit le président Macron, de [INAUDIBLE] pour l'acquisition des vaccins, ça c'est une urgence sanitaire qui ne peut pas attendre, mais également d'assurer le financement de la relance économique sur le continent puisque, si le continent n'assure pas sa relance, évidemment les perturbations, les problèmes vont s'accentuer et la destruction sera inévitable.
On ne parle même pas du terrorisme qui est en train de déstructurer le continent, mais la jeunesse a besoin de formations, d'emplois, elle a besoin de relance. L'économie elle-même, les secteurs ont besoin d'argent. Donc cet argent devra, en toute transparence bien sûr, avec des mécanismes convenus, à travers le chemin que le Fonds nous proposera, des institutions multilatérales (la Banque mondiale, la Banque africaine) nous pourrons assurer le financement de la relance, restructurer et alléger la dette commerciale, puisque c'est là où le bât blesse, cette dette commerciale.
Et il faut trouver le mécanisme tel qu'en tout cas l'Europe l'a fait, tel que les États-Unis l'ont fait, la Chine et tous les grands pays. Il faut que l'Afrique également bénéficie de son propre mécanisme africain, que nous allons aussi co-construire avec nos partenaires de l'Europe, mais également des pays du G20, afin d'assurer vraiment la relance sur le continent. Je vais peut-être attendre les questions puisqu'il y a tellement de choses à dire, il y a tellement à saluer, notamment l'engagement pour que 40 % d'Africains soient vaccinés grâce à l'initiative COVAX renforcée, que les pays qui bloquent également les vaccins dont ils n'ont pas besoin, qu'ils puissent les libérer immédiatement afin que les pays africains, et d'autres pays qui sont comme l'Afrique, puissent accéder à ces vaccins.
Au total, je pense à un nouveau départ pour ce New Deal qui va être une sorte de traité de la croissance africaine, mais aussi un traité pour la paix en Afrique parce que, sans la paix, on ne peut pas parler de croissance et, sur tous ces sujets, vraiment grand merci, Emmanuel, pour ta contribution très remarquée. Merci président, merci cher Macky. Je donne maintenant la parole à Madame la Directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva.
Merci infiniment pour tout le travail fait par le Fonds, par toi-même et tes équipes parce que, sans cette initiative menée depuis plusieurs mois, nous n'aurions pas eu les résultats aujourd'hui et donc je veux vraiment rendre hommage. Merci Monsieur le Président et félicitations pour le sommet. C'était très important pour l'Afrique, mais pour tout le monde.
Les aspirations de l'Afrique sont d'avoir des chances équivalentes, chances d'un vaccin dans le bras, partout, pour tout le monde, et chances d'un meilleur avenir. Revitaliser l'économie et apporter des emplois, de bons emplois, aux jeunes Africains. C'est une aspiration pour l'avenir dans laquelle l'Afrique ne rate pas la transformation que le monde est en train d'entreprendre pour une croissance à faible carbone digitale et verte.
Il est clair qu'il n'y a pas de sortie durable de la crise économique, sauf si nous sortons de la crise sanitaire. Si nous ne sortons pas de la crise sanitaire, nous n'y parviendrons pas. Or la crise sanitaire a des implications économiques et financières importantes, d'où notre participation en tant que FMI.
Nous avons travaillé sur les voies d'accélération de la sortie de crise et, pour résumer, il faudrait que nous visions 40 % de vaccinations partout dans le monde d'ici à la fin 2021, c'est important pour l'Afrique, 60 % de vaccinations d'ici à la mi 2022 et là nous pourrions envisager de tourner la page. Nous sommes convaincus que c'est la meilleure manière d'obtenir le meilleur rendement possible dans un investissement public parce que cela donnerait trois milliards de dollars de production complémentaire d'ici à 2025. 60 % de ces bénéfices parviendraient aux pays en développement et 40 % aux économies avancées.
Et je vois le ministre Bruno Le Maire, dans les économies avancées nous pensons que cela produirait 1000 milliards de revenus publics ou de recettes publiques en plus. Donc il est fondamental de nous mobiliser, de nous assurer que nous finançons le programme COVAX et l'accélérateur ACT et que nous agissions vite pour re-allouer dès cette année les doses excédentaires qui devraient être de l'ordre de 500 millions, que nous les envoyons aux pays qui en ont le besoin que nous visions trois mouvements de vaccins, c'est-à-dire augmenter la production, évidemment les dirigeants africains en ont parlé, comme le président Macron, qu'on dépasse la production et qu'on produise au moins un milliard de doses en plus en 2022, pour pouvoir agir vite. Vendredi, nous allons publier notre document qui explique en détail pourquoi nous pensons que c'est faisable et pourquoi j'étais tellement enthousiaste d'entendre dans cette salle toutes les demandes très fortes de l'Afrique.
Bien sûr, les vaccinations en Afrique représentent 2,9 % de la population, ce n'est donc pas une surprise. Et, si nous prenons le Maroc qui est le pays qui a le plus avancé, il est plutôt à 2 % voire un peu moins. Et, sur la question d'une chance de meilleur avenir, l'Afrique est très contrainte dans son espace budgétaire.
Les dirigeants africains se trouvent en difficulté puisque les recettes sont en baisse, les dépenses augmentent et la dette est élevée. Par conséquent, si nous voulons ne pas perdre une décennie en Afrique, nous devons tous ensemble nous mobiliser pour soutenir l'Afrique et l'Afrique a besoin de se mobiliser elle-même pour soutenir ses populations. Nous avons trois projets sur lesquels il nous faut travailler au Fonds monétaire international et je suis fière de servir cette institution.
La question des DTS, vous avez entendu les dirigeants africains parler des droits de tirage spéciaux, et aujourd'hui j'ai compté qu'environ 60 % des quotas détenus au FMI sont utilisables, et le message c'est de les faire vite et d'utiliser les DTS des pays qui n'en ont pas besoin pour les accorder aux pays qui en ont désespérément besoin. Je m'engage à ce que, d'ici à la fin août, notre conseil d'administration ait une nouvelle proposition d'allocations, et j'espère que le président ici considérera que c'est assez rapide. Moi, j'ai la réputation d'être rapide, quand le Fonds a été le premier à offrir un soutien financier à l'Afrique, et je voudrais conserver cette réputation de rapidité.
Nous allons ensuite travailler pour présenter cela à la réunion annuelle du FMI, c'est-à-dire une proposition sur d'une part les volumes que nous pourrions utiliser, et comment nous pourrions les développer ou les déployer dans les pays qui en ont besoin. Deuxième sujet, la dette. Nous remercions beaucoup le G20 et le Club de Paris de l'initiative sur le service de la dette donc de suspension du service de la dette qui offre un bol d'air et, pour le cadre commun, pour le traitement de la dette qui inclut tous les créditeurs, y compris ceux qui ne sont pas membres du Club de Paris et le secteur privé.
Et nous visons l'Ethiopie, le Tchad et la Zambie, la réunion a lieu demain, et nous devons absolument réussir parce que, si nous réussissons, il y aura davantage de pays qui seront prêts à se présenter pour demander une restructuration. Le troisième point important, ou la troisième enveloppe importante, c'est ce que les pays eux-mêmes choisissent de faire. Vous avez entendu le président, c'est tellement important que nous utilisions cette crise comme une opportunité, de manière à obtenir davantage de recettes, améliorer la qualité des dépenses, avoir des innovations financières qui aident à aller plus loin avec les budgets existants.
Et je vais terminer avec une observation simple, un enseignement de cette crise : nos économies ne sont pas très différentes de nous-mêmes. Les gens qui ont des systèmes immunitaires faibles ont été dévastés par la Covid. Les économies qui ont des fondamentaux faibles sont laminées par des crises économiques.
Donc, si vous avez des bons fondamentaux, vous devez être capables de résister aux chocs. Merci. Merci, Monsieur le Président.
Merci beaucoup, Madame la Directrice générale. Merci à vous. Nous allons maintenant répondre à quelques questions.
Une première question de [INAUDIBLE], de la presse sénégalaise. Bonsoir et bonjour Monsieur le Président. J'ai deux questions, une question pour le président Macky Sall et une autre pour le président Emmanuel Macron.
Alors, Monsieur le Président Macky Sall, depuis le début de la pandémie, vous avez accentué votre plaidoyer sur la réforme de la gouvernance économique et financière mondiale. En tant que co-parrain de ce sommet, aujourd'hui quelles sont les réformes prioritaires pour soutenir les efforts d'émergence du continent africain ? Monsieur le Président Macron, l'initiative, nous l'avons vu, a été saluée unanimement.
Alors, quel sera le mécanisme de suivi pour la promotion et la mise en oeuvre des conclusions issues de ce sommet ? Je vous remercie. Merci beaucoup.
Merci beaucoup. Sur le plaidoyer, vous l'avez dit, ce que j'appelle réforme prioritaire sur la gouvernance mondiale, c'est que nous avons un cadre macro-économique qui est un cadre j'allais dire convenu, même si c'est une convenance un peu forcée puisque les pays en réalité n'ont pas tellement le choix. C'étaient des règles fixées, parfois même avec beaucoup de conservatisme.
Ces règles c'était quoi ? Il fallait avoir un cadre de déficit qui soit de 3 %. Dès que vous étiez à 3,5-4 %, c'était déjà une grande bagarre avec le Fonds monétaire parce qu'il y a des accords sur la [INAUDIBLE] multilatérale et pour aussi la solidité de nos monnaies, évidemment nous avions ce corset-là.
L'autre aspect c'est que, non seulement le déficit devait être de 3 %, mais nous ne pouvions pas aller à un endettement au-delà de 70 % de notre PIB alors que, si vous ne pouvez pas vous endetter pour l'investissement public alors que nos États sont en état de développement, tout est à créer et l'État est quasiment le seul agent économique qui doit construire les écoles, faire les routes, l'eau, donner les bourses aux étudiants. Tu dois tout faire. Nous avons noté que Bâle IV a renforcé ( Bâle III, Bâle IV ) la dette contingente où même nos sociétés nationales qui font de la prestation ou qui acquièrent des actifs, tout cela est mis sur l'endettement de l'État.
Donc atteindre les 70 % devient extrêmement facile. Et au fond, même si on nous donnait ces DTS, si on ne change pas ce cadre-là il est évident que nous ne pourrons pas le consommer, même pour acheter des vaccins. Donc, il est vital que ce cadre puisse changer.
Bien sûr, nous devons nous engager aussi, en tant qu'Africains, sur la mobilisation de nos recettes internes, sur la transparence budgétaire et sur les efforts que nous-mêmes nous sommes obligés de faire pour pouvoir mériter la confiance que nous demandons à nos partenaires. Mais c'est des deux côtés. Ensuite il y a les procédures.
Des procédures ont été bâties au nom de la transparence. Moi, je voudrais dire que la célérité n'est pas en opposition avec la transparence. On ne peut pas considérer que tout ce qui ne passe pas par des procédures administratives voire bureaucratiques n'est pas transparent.
À ce niveau, il y a des efforts internes chez nous : La digitalisation de nos administrations est devenue incontournable, mais il faut également, du côté des partenaires, qu'on puisse accepter de construire ensemble des procédures communes convenues afin que les ressources mobilisées soient réellement consommées. Puisque, dans la plupart des portefeuilles avec nos partenaires, on dépasse rarement 10 % de décaissement. Pourquoi ?
Rarement. Il y a de gros montants qui sont signalés mais qu'on n'arrive pas à engager parce qu'il y a les non objections qui prennent du temps, il y a des procédures qui sont impossibles et chaque bailleur a ses procédures. Il faut donc harmoniser.
C'est pourquoi ce cadre est important pour que tous ceux qui acceptent ce New Deal avec l'Afrique puissent au moins s'accorder également sur les procédures. Voilà, en résumé, ce que j'appelle, entre autres en tout cas, la réforme de la gouvernance mondiale sur les questions budgétaires majeures. Pour répondre à votre point, comme je l'ai dit, les prochains mois seront scandés par des rendez-vous qui permettront de faire le suivi des conclusions du jour, en G7, en G20, dans les rendez-vous de restructuration, enfin de traitement des dettes du deuxième semestre, à travers le lancement de l'alliance que nous allons faire au deuxième semestre 2021 jusqu'à la présidence française de l'Union européenne.
Pour ce faire, le groupe de travail qui a été mis en place pour préparer ce sommet sera maintenu jusqu'à la présidence française de l'Union européenne. Et je veux saluer, comme je l'ai fait en début de mon propos, la qualité du travail fait car, avec les contraintes sanitaires, la préparation de ce sommet a été vraiment un défi, sans réunions physiques entre sherpas. Et donc nous allons poursuivre vraiment cette coordination avec les États africains, avec l'Union africaine, avec évidemment les organisations internationales, les banques de développement et avec évidemment l'Union européenne.
Une deuxième question de Giscard Kusema, de la télévision nationale congolaise. Merci beaucoup. J'ai une question commune aux présidents Emmanuel Macron et Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Excellence, Monsieur le Président, vous avez présenté ce sommet de Paris comme étant une réunion d'urgence et d'ambition. Mais, en Afrique, nous avons l'impression que la crise économique est beaucoup plus importante que la crise sanitaire due à la Covid et, du coup, les Africains souhaitent avoir un coup de pouce pour leurs économies plutôt que des tonnes de vaccins. Excellence, Monsieur le Président Macron, qu'est-ce que vous en pensez ?
Puis, au président Félix Tshisekedi, tout à l'heure il a donné une partie de l'explication. La couverture vaccinale est faible, c'est vrai, parce qu'il n'y a pas de vaccin, mais aussi il y a une part importante de résistance. Comment vous pensez, en tant que président de l'Union africaine en exercice, convaincre justement cette population à accepter ce vaccin qui sera disponible dans les prochains mois ?
Bien, merci Giscard. Effectivement, la mobilisation est très faible. Nous avons eu 1 600 000 doses et nous n'avons réussi qu'à vacciner 10 000 personnes, sans plus, et pour la plupart, d'ailleurs, des expatriés.
Donc, c'est pour vous dire qu'il n'y a pas de mobilisation du côté congolais parce qu'à côté de ça il y a eu beaucoup de travail des réseaux sociaux qui ont, passez-moi l'expression, diabolisé la vaccination en la faisant passer comme un complot international visant à exterminer les Africains. Il y a eu des leaders d'opinion qui ont pris position dans les médias, dans tous les médias, pour vilipender le vaccin, le faire passer vraiment pour un acte criminel. Et d'ailleurs, à chaque occasion que l'on avait de mettre en exergue les retombées malheureuses du vaccin sur certains individus ici en Occident, ces leaders d'opinion ont surfé dessus pour continuer à matraquer cette initiative.
Et donc je crois que la première des choses à faire, c'est d'abord de faire une contre-sensibilisation, d'expliquer à nos populations qu'à la longue, en ne se vaccinant pas, nous pouvons être l'objet d'un nouveau variant qui va se présenter de manière beaucoup plus virulente chez nous et qui va peut-être développer une résistance qui fera que les vaccins qui viendront ou qui existent déjà en ce moment ne seront pas efficaces. Ensuite je crois qu'il faut, et je l'ai dit tout à l'heure, peut-être aller très rapidement dans la production de vaccins en Afrique. Je crois que les Africains sont assez sensibles à ce genre de choses.
Si le produit vient d'Afrique et qu'ils le voient et qu'ils le savent, je crois que ça aura un impact positif là-dessus. Voilà ce que je peux répondre à ce sujet. Sur la question qui m'était adressée d'abord, si vous le permettez, je pense qu'on a quand même acquis collectivement une expertise sur les campagnes vaccinales et il n'y a pas de fatalité.
Et on est habitué avec l'Unicef, avec des structures internationales, à faire des très grandes campagnes de vaccination et on le fait depuis des années et donc je pense qu'on peut quand même restaurer la confiance, qu'il n'y a pas de fatalité. Il y a eu en effet beaucoup d'utilisation des réseaux sociaux, le président le disait à l'instant, de stigmatisation faite sur certains vaccins qui ont été livrés d'abord. Je pense que tout ça se corrige et je n'y vois pas de fatalité.
Ensuite, il n'y a pas de priorité qui ait été donnée au sanitaire sur l'économique dans ce sommet, au contraire, c'est une réponse à cette double urgence. Et donc, aussi vrai que nous voulons aller plus loin sur Covax en le renforçant, en vaccinant davantage, tout ce qui est fait sur les DTS, la restructuration de la dette, l'entrepreneuriat privé, c'est une réponse économique. Mais je veux que vous touchiez bien du doigt le fait qu'il n'y aura pas de reprise économique à son maximum s'il n'y a pas une véritable stratégie sanitaire cohérente qui passe par la vaccination.
Pourquoi ? Parce que tous les pays africains, pour leur croissance, dépendent de leur intégration régionale, de leur intégration au continent africain voire de leur intégration à des économies non africaines et donc à la libre circulation et au libre mouvement des personnes et des biens. Si un pays n'est pas au rendez-vous du vaccin et continue à avoir sur son sol le virus qui tourne beaucoup ou les variants, les autres pays fermeront leurs frontières à un moment donné, y compris au sein du continent africain s'il y a trop de divergences sur les politiques de vaccination.
Et donc cela créera des effets de bord qui vont être très mauvais ensuite pour l'économie. Je crois au contraire que le vaccin, et c'est le paradoxe de la situation dans laquelle nous vivons, c'est la seule bonne solution pour l'Afrique. La grande injustice de cette épidémie que nous vivons depuis le début, c'est qu'au fond les pays les plus riches ont pu avoir une réponse qui coûtait très cher, qui était la fermeture de leurs économies et de leurs sociétés.
Les pays pauvres ou à revenus intermédiaires n'ont pas eu les moyens de cette stratégie parce qu'ils ont dû rester ouverts, avec des situations très dures, plutôt d'ailleurs hors du continent africain, on l'évoquait tout à l'heure, en Inde ou au Brésil. Le vaccin, c'est ce qui vous permet de ne pas choisir en quelque sorte entre les deux mais de protéger tout le monde. Monsieur le Président, je voudrais quand même préciser à l'endroit de nos amis de la RDC, que nous avons eu les mêmes problèmes au début avec tous les réseaux sociaux, mais aujourd'hui à [INAUDIBLE], nous étions à 420 000 injections sur une population de 16 millions 700, c'est autour de 4 %, 3,7 à 4 %.
Il y a moyen encore de faire comprendre à l'ensemble des Africains que le salut passe par le vaccin, il n'y a pas d'autre alternative, qu'il ne peut pas y avoir de relance si les gens sont malades ou si la Covid est encore là, le président l'a bien dit. Donc c'est difficile mais il faut continuer et il y a des pays, il y a des Africains, qui veulent se vacciner et qui n'ont pas le vaccin, donc ceux qui l'ont, au moins qu'ils essayent de comprendre que nous, on cherche le vaccin. Donc il faut vraiment que le président continue à plaider.
Je sais que c'est difficile. Bien sûr, mais il faut dire que nous, nous avons évidemment bénéficié des doses d'AstraZeneca. Et au moment où nous nous apprêtions, au mois de mars, à lancer la campagne de vaccinations, il y a eu ce raté, si je puis l'appeler ainsi, européen, où onze pays ont suspendu l'administration de ces doses.
Donc vous comprenez que l'impact a été considérable, les dégâts ont été énormes, et il fallait tout recommencer. Et nos doses expirent au mois de juin. Donc, le temps de relancer tout ça, ça n'a pas pu être possible, et nous nous sommes sentis obligés de redonner ces vaccins aux pays africains qui en avaient fait la demande.
Ça veut dire qu'il faut un travail de mobilisation, mais je suis convaincu, comme je l'ai dit tout à l'heure, que la production sur le sol africain même va booster cette campagne de mobilisation que nous devons faire. Une dernière question de Benjamin Roger, de Jeune Afrique. Bonsoir, ma première question pour le président Macron et le président Tshisekedi.
Vous avez évoqué une émission de 33 milliards de dollars de DTS pour l'Afrique à l'issue de ce sommet, et qui pourrait, mais sans garantie, grâce aux réallocations, monter à 100 milliards de dollars. Ces montants ne sont-ils pas loin d'être suffisants pour un continent de 54 pays ? Je rappelle, à titre de comparaison, que le plan de relance pour la seule France est de 100 milliards d'euros sur deux ans.
Ensuite, j'ai deux petites questions, la première pour le président Macron et la seconde pour le président Tshisekedi. Monsieur le président Macron, est-ce que vous confirmez votre voyage annoncé à la fin du mois au Rwanda ? Si oui, dans quel objectif ?
Et comptez-vous y présenter des excuses officielles au nom de la France pour son rôle dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 ? La seconde question est pour le président Tshisekedi en tant que président en exercice de l'Union africaine : est-ce que la transition militaire en place actuellement au Tchad est conforme aux principes démocratiques de l'Union africaine ? Est-ce que nous n'avons pas assisté de fait à un coup d'État qui ne dit pas son nom à N'Djaména, après la mort du président Idriss Déby ?
Et dernier petit alinéa : selon vous, est-ce que Mahamat Idriss Déby et les autres militaires du Conseil militaire de transition pourront se présenter à la prochaine présidentielle ? Merci. Sur votre première question, pour être très clair, nous allons émettre 650 milliards de DTS.
Mécaniquement, c'est votre quote-part qui vous donne des DTS. Donc, en effet, et c'est normal parce que ce sont des actionnaires autour de la table, si je puis dire, qu'ils l'ont en fonction de cette quote-part, ce sont les pays les plus riches qui ont ces DTS lorsque l'on va faire cette émission. Donc c'est mécanique que l'Afrique ait justement une part si faible, ce que nous avons nous-mêmes dit tout à l'heure.
Ces 33 milliards, c'est la part si je puis dire mécanique qui est la conséquence de ces 650 milliards d'émission de droits de tirage spéciaux. Derrière cela, il est d'ores et déjà acquis que l'Afrique ne restera pas à 33 milliards, puisque plusieurs pays, dont la France, se sont engagés à réallouer leurs droits de tirage spéciaux. Donc la France va avoir une politique de réallocation ; d'autres ont suivi.
On va réallouer une quote-part de ces DTS, comme on l'a déjà fait à plusieurs reprises. Ce que nous avons dit, c'est que si les autres pays suivent ce que nous sommes prêts à faire, alors, ça représentera 100 milliards de DTS. Voilà !
Donc, si chacun, à due proportion de ce qu'il touche, si chaque pays fait le même taux d'effort de réallocations que la France, on peut arriver aux 100 milliards. Si, collectivement, à un moment donné, on arrive même à aller plus loin, on peut aller plus loin. Mais nous, il nous semble que c'est vraiment ce qui est faisable et raisonnable.
Évidemment, ça dépend de l'accord des plus gros bailleurs, je n'ai pas besoin de vous faire signe. Il faut pour cela que en particulier les Américains, qui auront un très gros impact s'ils décident de nous suivre sur une telle réallocation, nous suivent. C'est une décision qui appartient au Congrès et à l'exécutif américain, et qui sera prise dans les prochaines semaines.
Il nous faut essayer de les convaincre. Donc, très clairement, les 33 milliards ne sont pas vus comme suffisants pour nous. C'est pour ça que nous nous battons, et nous prenons nos responsabilités, et nous transférons.
Nous, on fait même un choix en tant qu'actionnaires, qui consiste au fond à se diluer au sein du FMI en réallouant une partie de ces DTS que la France touche. Pour aller vers ces 100 milliards, et même au-delà, puisque je vous ai dit que le besoin de financement identifié, c'est plus près de 300, 290, notre volonté, c'est aussi d'expertiser et d'aller vers la vente d'une partie des réserves d'or, ce qui serait aussi un moyen d'accroître notre capacité à investir. Et enfin, pour aller plus loin, parce que nous-même, quand on fait un plan de relance, c'est de l'argent qu'on lève aussi sur les marchés parce qu'on renforce notre signature par des choix, c'est l'idée d'utiliser ces DTS à travers la BAD ou les banques régionales, ce qui permettra un effet de levier, et d'avoir ensuite plus en vrai argent.
Pardon, c'est un peu technique, mais tout ça pour vous dire que si vous voulez le comparer avec les 100 milliards français, ce ne sont pas les 33 milliards qu'il faut comparer, c'est ce que l'on aura au final après réallocation des DTS et peut-être des ventes d'or, mais surtout après les mécanismes qui permettront que ça arrive dans chaque pays. Et si on arrive à utiliser comme il faut les banques de développement, en particulier la BAD, on peut faire beaucoup plus. Pour votre deuxième question, je vous confirme mon déplacement à la fin du mois de mai au Rwanda, qui sera un déplacement dont les thématiques seront à la fois politiques, mémorielles, mais aussi économiques, sanitaires et d'avenir.
Donc nous avons aussi à coeur, avec le président Kagame, d'écrire une nouvelle page de la relation et de porter des projets très structurants, d'ailleurs en droite ligne avec ce que nous venons d'évoquer à l'instant. Quant à ce que j'aurai à y dire, je le ferai à ce moment-là. Si vous me le permettez, est-ce que les 100 milliards seront suffisants ?
Que ce soit clair, ce n'est pas suffisant. Il y a un déficit financier, juste pour rattraper les conséquences de la Covid, de plusieurs milliards de dollars. Alors pour que l'Afrique rattrape le déficit, qu'il revienne à la situation pré-Covid, la forte croissance, il nous faudra tout autant.
Vraiment, c'est la situation où tout le monde doit y mettre du sien. Pour 50% des pays en développement qui risquaient de rester sur le côté, si on les abandonne, la situation sera encore pire. C'est pourquoi je vous recommanderai à vous, les médias, de répercuter notre appel.
Et les DTS ne sont pas la panacée. Il faut du financement des organisations de développement. Il y aurait une reconstitution de l'IDA.
Il faut que le secteur privé soit attiré vers un environnement qui est risqué en diminuant, en supprimant le risque, le derisking. Et ce sommet a eu lieu à un moment tellement opportun, parce que c'est précisément le moment d'agir. Monsieur le Président, sur la situation au Tchad.
Bien, moi je dirai que ce qui s'est passé au Tchad n'est pas un coup d'État, c'est un assassinat, l'assassinat d'un chef d'État qui avait sa personnalité, qui tenait, par sa présence à la tête du pays, le Tchad, j'allais dire de main forte. Donc à sa disparition, brutale qui plus est, forcément, cela ne peut entraîner que certaines déconvenues. Et je dirai : heureusement que la reprise en main a été rapide.
Et dans une situation pareille de désordre, il vaut mieux une reprise en main musclée. C'est ce qui s'est passé. Mais cela ne veut pas dire que le gouvernement actuel, ou le CMT, le Conseil militaire de transition, ait un blanc-seing de la part de l'Union africaine et de la communauté internationale tout entière.
Nous avons compris la situation, qui était précaire. Il ne faut pas oublier que le Tchad est menacé par des hordes de rebelles, et quelque part aussi par des menaces terroristes. Le décès brutal du maréchal du Tchad aurait pu donner l'occasion à ces individus de chercher à déstabiliser le pays en essayant de reprendre la main.
Donc il fallait une réponse militaire, elle a été donnée. Maintenant, ça ne veut pas dire que les droits et les libertés doivent être passés par pertes et profits. Il faut absolument que le pouvoir actuel, le CMT, fasse régner l'ordre, mais également continue à faire respecter les droits et les libertés.
Et surtout, le plus important ici, c'est qu'il observe cette période de 18 mois de transition, au cours de laquelle nous souhaitons d'ailleurs qu'il y ait une inclusivité, c'est-à-dire que toutes les forces politiques, et au-delà peut-être même, qui en émettent le voeu, puissent être représentées dans ce gouvernement. C'est très important, parce qu'à ce moment-là, il y a une sorte d'union nationale, une sorte d'accord pour aller ensemble vers les élections. Et après 18 mois, lorsque les élections auront eu lieu, je crois que le pays va s'inscrire dans un début de stabilité à long terme.
Voilà ce que je pense pour la situation du Tchad. Je ne sais pas s'il y avait encore une sous-question, toujours à propos du Tchad. Est-ce qu'ils pourront se présenter aux élections ?
Oui, voilà la sous-question, effectivement. J'ai cru comprendre, je parle ici de ce que nous nous sommes dit avec le président Mahamat Déby qui est là, j'ai cru comprendre qu'aucun des membres du CMT ne devait se représenter. Je crois que c'est d'ailleurs une très bonne solution, parce qu'ils ont accédé au pouvoir par la manière que nous connaissons, et se repositionner dans ces conditions, ce ne serait pas tout à fait, j'allais dire conforme aux bonnes moeurs.
Pour moi, d'abord ils sont militaires et le pouvoir ne peut pas aller à l'armée. En plus, ils ont pris le pouvoir de la manière que nous savons, donc à mon avis, ils devraient se réserver pour la suite des choses, retourner à l'armée et continuer à maintenir la stabilité du pays. Je crois que c'est ce qui va se faire d'ailleurs, puisque c'est notre position, à l'Union africaine.
Très bien, merci à tous, la conférence de presse est terminée. Merci beaucoup. Merci.
Emmanuel Macron