Gagner la bataille écologique dans les urnes, partie 1 - La lutte enchantée de Cyril Dion
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« la pétition de l'affaire du siècle, le procès de l'État pour une action climatique, réunit 2,3 millions de signatures. »
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« Le record absolu de température, qui n'a toujours pas été battu, de 46 degrés, est enregistré dans l'Hérault le 28 juin. »
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« Les écologistes seraient devenus dangereux, radicaux, Khmer Vert, Pastèque, ça veut dire vert d'or, mais rouge à l'intérieur, et même éco-terroristes. »
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« Il y a quelques années, les écolos étaient seulement emmerdants, moralisateurs, idéalistes, rêveurs. »
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Cyril Lyon, dans votre lutte enchantée aujourd'hui, gagner la bataille écologique dans les urnes, part 1.
En cette saison merveilleuse, où nous avons vécu deux beaux moments électoraux, les législatives françaises et la réélection de Donald Trump, on va parler d'un sujet grave, comment faire gagner l'écologie dans les urnes, enfin. C'est une chronique en trois épisodes. Donc un nouveau feuilleton, Cyril, c'est ça ? Oui, je ne sais pas faire court, vous commencez à me connaître. Ça râle déjà à côté. C'est long, c'est trop long. Alors, si vous suivez un peu les élections, vous vous êtes peut-être déjà rendu compte que les écologistes gagnent assez rarement.
Les scores des écologistes aux présidentielles s'apparentent davantage au pourcentage de chances de trouver de l'humanité dans le cœur de Benjamin Netanyahou, ou des traces de féminisme dans le cerveau de Donald Trump qu'à un score de qualification au second tour. Seule exception notable, les élections municipales de 2020. Le Monde écrivait alors, « Rarement dans l'histoire politique moderne, une formation aura effectué une percée aussi spectaculaire que celle des écologistes lors des municipales de 2020. » Des maires et mairesse écolo sont élus à Lyon, à Bordeaux, à Marseille, ça a changé depuis, Grenoble, Strasbourg, Tours, Poitiers, Annecy, Besançon, Colombes.
Dans les plus grandes villes du pays, les écologistes sont directement au pouvoir ou font partie de la majorité municipale. Une sorte de petit tremblement de terre, auquel on peut ajouter un très bon 13,5% aux européennes de 2019. Alors, qu'est-ce qui s'est passé, Cyril ? Pourquoi tout d'un coup les gens ont voté pour l'écologie et quels enseignements on peut en tirer ? C'est vraiment le truc qu'on se demande. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi les gens ont fait ça ? D'abord, on peut se dire qu'entre 2018 et 2020, on n'a jamais autant parlé d'écologie dans les médias. Souvenez-vous, en août 2018, Nicolas Hulot démissionne du gouvernement.
Dès septembre, de grandes marches pour le climat sont organisées. En octobre, deux mouvements naissent en Angleterre et en France, Extinction Rebellion et Friday for Future de Greta Thunberg, et en Suède, des adolescents déferlent dans la plupart des grandes villes du monde pour demander à leurs leaders d'agir. En décembre, la pétition de l'affaire du siècle, le procès de l'État pour une action climatique, réunit 2,3 millions de signatures. C'est la plus grosse mobilisation en ligne de tous les temps en France. Et en 2019, le pays subit une canicule historique et les incendies et sécheresses qui vont avec.
Le record absolu de température, qui n'a toujours pas été battu, de 46 degrés, est enregistré dans l'Hérault le 28 juin. En 2019, se lance aussi la Convention citoyenne pour le climat. Mais surtout, le premier tour des législatifs se déroule en pleine pandémie du Covid-19. Et le second, trois mois plus tard, après deux confinements.
Alors là, comme par hasard, l'écologie gagne !
Comme par hasard ! Alléluia ! Car dans notre système de démocratie représentative, très imparfait, on en a déjà parlé, où on vote bien souvent sans vraiment savoir quels sont les programmes, mais plutôt sur des impressions, des coups de cœur, des coups de gueule, des coups de sang, la conversation médiatique influence immensément le vote. Pourquoi croyez-vous que Vincent Bolloré s'est acheté son petit empire ? Pour que du matin au soir, les idées d'extrême droite passent à la télé, à la radio, dans les journaux. Et là aussi, ça marche.
Donc, pour que les gens votent pour l'écologie, il faut que les médias parlent d'écologie, beaucoup, souvent et intelligemment, comme dans la Terre au Carré ou comme d'Anvers. Or, ces derniers temps, ça n'est plus vraiment le cas. La droite, l'extrême droite et le gouvernement ont recentré le débat sur l'immigration, la sécurité et décrédibilisent régulièrement les écologistes. Les écologistes seraient devenus dangereux, radicaux, Khmer Vert, Pastèque, ça veut dire vert d'or, mais rouge à l'intérieur, et même éco-terroristes. Il y a quelques années, les écolos étaient seulement emmerdants, moralisateurs, idéalistes, rêveurs.
Mais dans les deux cas, on peut se dire que c'est difficile d'avoir envie de voter pour des gens qu'on passe son temps à démolir. Comment ils ont fait en 2020 exactement ? En 2020, le récit que les candidates et candidats écolos proposaient était proche des gens, de leur quotidien. C'est le propre des municipales, vous me direz. Et ce coup-là, ça tombait à pic. Les habitants de ces grandes villes, qui subissent le bruit, la pollution, la chaleur extrême en été, qui avaient peur pour leur santé à cause du Covid, ont voté pour que leur vie de tous les jours s'améliore, qu'on les protège. Et puis, ces maires sont arrivés avec des propositions alléchantes.
Plus d'arbres, moins de voitures, plus de pistes cyclables, des quartiers piétons, plus agréables à vivre, plus de transports en commun, lutter contre la pollution chimique. Et c'est précisément ça que les écologistes ont encore du mal à faire entendre à l'échelle nationale. Un récit positif, constructif, vaste, qui donne le sentiment aux gens que leur vie sera meilleure, qu'ils seront plus en sécurité, qu'il y aura plus de justice sociale. Alors, la semaine prochaine, je vous prépare une surprise. Ah bon ? Je vais m'essayer un discours politique écolo qui ferait envie, genre, parce que c'est notre projet. Oh là !
Je vais vous le lire la semaine prochaine, mais à une seule condition, que vous promettiez de surtout, surtout, ne jamais voter pour moi.
Non, on ne va rien vous promettre avant de l'avoir entendu. Et vous allez le hurler façon Emmanuel Macron ou pas ? C'est une surprise. Attendez-vous à tout. On prépare déjà les tranquillisants alors. Merci beaucoup Cyril Dion, à la semaine prochaine.