Actions des agriculteurs, examen de la loi Duplomb, réintroduction d'un pesticide... Le "8h30 franceinfo" d'Arnaud Rousseau
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Bonjour Arnaud Rousseau.
Bonjour Sainte-Beguia.
Avec les agriculteurs, vous appelez à la mobilisation ce matin pour faire pression sur les députés. On va revenir sur le fond. Mais d'abord, savez-vous combien d'agriculteurs ont quitté leur exploitation pour venir manifester à Paris ?
Eh bien écoutez, ce matin à Paris, nous aurons environ 200 à 250 agriculteurs avec quelques tracteurs parce que l'objectif c'était plutôt une représentation symbolique à Paris. Vous savez que les agriculteurs sont en plein travaux en ce moment de récolte des fourrages, de semis et que donc l'essentiel des actions se mèneront en région comme elles ont déjà commencé.
Il n'était pas question de bloquer la capitale ?
Il n'en a jamais été question et j'ai entendu plusieurs commentaires depuis le début. Pour nous, vous savez, l'objectif n'est pas d'ennuyer les Français. L'objectif, encore une fois, est d'aller au terme du message que nous avons porté il y a un an et demi et qui consiste à dire que l'agriculture française est en danger.
On va en parler des messages, mais encore une fois, sur les blocages, vous nous parlez de la capitale. Est-ce que dans d'autres régions, il va y avoir des actions spectaculaires, des blocages dans d'autres villes ?
Oui, dans tous les départements, il y aura des actions qui vont prendre effet entre aujourd'hui et mercredi. Plutôt de l'ordre du symbole, encore une fois, parce que les agriculteurs sont au travail. Mais pour nous, c'est important de continuer à dire que ce texte est attendu parce qu'il a des impacts dans les cours de ferme et qu'il est pour nombre d'agriculteurs ce qui est attendu depuis un an et demi.
La loi dite du plomb qui vise à lever les contraintes sur les agriculteurs doit être examinée à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Il faut à tout prix que le texte passe pour vous ?
D'abord, c'est un texte et comme tous les textes, il a fait l'objet et il continuera à faire l'objet de débats. Mais pour nous, évidemment, il est attendu. Il est très attendu ce texte parce que nous avions eu une loi d'orientation agricole il y a quelques semaines qui posaient le cadre générique mais dont le caractère concret dans les cours de ferme aujourd'hui n'est pas visible. Or, dans cette proposition de loi apportée par des sénateurs, il y a des choses très concrètes. Quand on parle du stockage de l'eau, quand on parle de l'utilisation d'un certain nombre de matières actives, quand on parle de la possibilité d'avoir moins de papier quand on a quelques vaches supplémentaires.
On va rentrer dans le détail du texte mais quand même sur l'appréciation générale de cette loi, pour les agriculteurs de la Confédération paysanne, c'est une loi mortifère, je cite, qui lève les garde-fous de l'agro-industrie. Quand même, que d'autres agriculteurs pensent que c'est un mauvais texte pour la profession, ça pose question quand même.
Non mais vous savez, le monde agricole est comme notre pays, il y a des voix différentes qui s'expriment et d'ailleurs c'est ce qui fait la grandeur de notre métier. Mais je voudrais quand même rappeler qu'au moins les deux premiers syndicats, c'est-à-dire la FNSEA liée aux jeunes agriculteurs et la coordination rurale, appellent à ce texte.
Il faut rappeler d'ailleurs que le rédacteur de cette proposition de loi est lui-même un ancien membre de la FNSEA. Il est agriculteur lui-même, on l'a vu ce matin d'ailleurs sur des images dans sa ferme. C'est une loi écrite par les agriculteurs, par la FNSEA, pour la FNSEA ?
Pardon, Jérôme Chapuis, ça me paraît être un raccourci. D'abord parce que ce texte est porté par plusieurs sénateurs et il a été co-signé par 180 sénateurs. Donc on peut cibler... Il est porté en tout cas par un homme qui est issu de Laurent. Bien sûr, mais vous savez, le sujet c'est qu'il arrive à l'Assemblée nationale. M. Duplon n'est pas député et donc ça a été voté au Sénat de manière très largement majoritaire au mois de janvier. Et le texte arrive à l'Assemblée nationale, dont on sait qu'elle n'est plus morcelée depuis quelques mois.
Donc l'objectif, c'est évidemment que ce texte puisse passer la rampe de l'Assemblée nationale pour qu'ensuite il devienne effectif après une commission mixte paritaire et un vote conforme.
Alors on va voir justement comment est-ce qu'il peut arriver à son terme. Mais il faut quand même parler du fond et notamment de cette question des pesticides.
Oui, pour ceux qui nous écoutent et comprennent ce qui joue avec cette nouvelle loi, il faut l'expliquer. Le texte prévoit la réautorisation d'un néonicotinoïde, l'acétamipride, pourtant interdit en France depuis 2018. Sur le sujet, le gouvernement est divisé, il faut le dire. La ministre de l'Agriculture, elle, vous soutient. Elle y est favorable. La ministre de la Transition écologique, elle, s'y oppose. Écoutez, Agnès Pannier-Renachel est à votre place hier.
Dans un pays qui a interdit les néonicotinoïdes, je trouve que c'est dommage de réouvrir cette possibilité parce qu'on perd tout l'élan qu'on a fait d'investissement dans des alternatives et qu'on va se reposer la question dans quelques années parce que, immanquablement, une interdiction arrivera. On a investi, on va au bout. C'est ce qu'elle dit. Vous le comprenez, ça ?
Oui, non seulement je le comprends, mais je le partage. Ce qui nous différencie, évidemment, et Mme Pannier-Renachel était ministre de l'Agriculture, déléguée de l'Agriculture il y a quelques mois, donc elle le sait aussi. C'est qu'aujourd'hui, ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'on est dans une impasse, dans un certain nombre de productions. Et donc, évidemment, ce qu'elle ne dit pas non plus, c'est que cette matière active est homologuée dans tous les pays européens. Moi, je voudrais, pour les auditeurs qui nous écoutent, être assez clair.
Vous savez, les produits qu'utilisent les agriculteurs sont des produits qui ont une homologation, comme quand vous allez acheter un médicament chez le pharmacien. Que ce produit, il est homologué dans 26 États membres sur 27. Il n'y a qu'en France qu'il est interdit sur une décision politique, non pas sur une décision scientifique. Et que ce qui permet aujourd'hui de le faire, c'est l'EFSA, c'est l'homologation européenne de ce qui homologue les matières actives. Nous, on dit quoi ? On dit que si on a une alternative et qu'on peut se passer d'utiliser des pesticides, on le fait bien volontiers.
Ça fait 7 ans que c'est interdit, vous n'avez pas trouvé d'alternative ?
Non, elles sont en tous les cas dans un certain nombre de productions, parce que là aussi, disons tout, ce qui est dans le texte, ce n'est pas ce que j'entends partout, c'est que ce serait dérogatoire pour 3 ans, pour quelques productions, la noisette, la pomme, la betterave, de manière très encadrée, parce que ces productions sont dans des impasses. Et moi, je voudrais aller au bout. Si nous n'avons pas, comme l'ont les Allemands, les Italiens, les Espagnols, cette matière active, ça veut dire qu'on ne produit plus en France. Et si on ne produit plus en France, on importe. Est-ce que c'est ça qu'on veut ?
Vous mettez en avant la concurrence déloyale, sauf que...
Non, non, attendez, je vais plus loin. Moi, je mets aussi la santé, évidemment, de tout le monde.
C'est ça la difficulté, c'est qu'effectivement, sur la question de la santé, cet insecticide, c'est le seul autorisé par l'Europe jusqu'en 2033. La France a fait un choix politique différent, vous l'avez dit. Mais même s'il est moins dangereux que les autres néonicotinoïdes, il est jugé néfaste pour les abeilles par un nombre de chercheurs indépendants et par les ONG de défense de l'environnement, car il perturbe leur système nerveux.
Il persiste aussi dans le sol, dans l'eau, et selon un avis rendu en 2016 de l'EFSA, l'agence que vous avez citée, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, il a été identifié, je cite, un risque aigu et chronique élevé pour les oiseaux lors de l'usage de ce produit-là. Donc, ce principe de précaution, est-ce qu'il ne doit pas être mis en œuvre, comme il l'a été depuis 2018 ? C'est la question qui se pose.
Oui, et cette question, elle est parfaitement légitime. Mais je le redis, si ce produit est dangereux dans ces conditions, l'Autorité Sanitaire Européenne le retire, et elle le retire pour tout le monde. Ça n'est pas le cas, il est autorisé. Et nous, ce qu'on dit, et là, je rejoins Agnès Pannier-Runacher, c'est qu'on a besoin de continuer la recherche et l'innovation. Et d'ailleurs, sur la confusion à partir des odeurs, il y a quelques premiers résultats qui commencent à arriver. On ne comprend pas bien, là, pardon.
Non, mais je dis que sur ce produit de demain, on pourra peut-être s'en passer, si on a des alternatives, des solutions, ce que nous n'avons pas aujourd'hui sur les trois produits que j'ai cités, la betterave, la pomme et la noisette, et qu'avec de la confusion par les odeurs, ça permettra aux insectes de ne pas venir piquer. Donc, la recherche et l'innovation sont nécessaires.
Mais ce que, encore une fois, il faut comprendre, c'est que si on ne produit pas en France et qu'on importe du reste de l'Europe, ou d'ailleurs, notamment sur la noisette de la Turquie, pour près de 60% de ce que nous consommons en France, on n'aura pas avancé sur le plan de la santé publique et on aura mis la production agricole dans le mur. Mais alors, Arnaud Rousseau, ceux qui nous écoutent doivent se dire... Je vais jusqu'au bout, si vous permettez. Ce qui compte pour nous, c'est ce qu'on va mettre dans l'assiette des Français dans les dix prochaines années. Et nous sommes, nous, très soucieux de la manière dont on produit.
Je voudrais dire ici que l'agriculture française est une des plus durables au monde. Ne nous mettons pas dans des impasses pour importer d'ailleurs souvent des choses moins disantes.
Je vois bien votre ambition. Le but, c'est de ne pas mettre en danger la santé à la fois de la biodiversité, la mettre en danger et aussi la santé des êtres humains. Mais alors, pourquoi la logique n'est pas inversée ? C'est-à-dire que la France a interdit ce produit depuis le 2018. Pourquoi ne pas essayer de convaincre les 26 autres de faire de même pour une meilleure santé générale ?
Parce que, pour une raison simple, c'est que ça ne marche pas. D'ailleurs, les Allemands, il y a encore quelques semaines, ont donné une autorisation dérogatoire dans leur pays pour aller au-delà de ce que l'Europe permet. Donc, il faut qu'on soit conscient qu'on veut faire mieux. On va pouvoir faire mieux. Ça prend un peu de temps. Mais qu'en attendant, si on casse la production française, on dépendra du reste. Notre bataille, c'est celle de la souveraineté, de la capacité à produire dans notre pays à un moment où on perd cette capacité. Et je le redis, nous n'opposons pas, nous, agriculteurs, l'écologie et la production.
Ce sont nos territoires, ce sont nos fermes, ce sont nos champs, ce sont nos animaux. Donc, on essaie d'être responsable. En revanche, donnons le temps à la recherche et l'innovation de nous donner des solutions. Nous sommes dans un certain nombre de cas dans l'impasse. Il faut qu'on puisse, pour un temps donné, avoir ces dérogations pour continuer à progresser.
Arnaud Rousseau, on va continuer de parler du fond, notamment de la gestion de l'eau. Mais avant cela, je voudrais qu'on fasse une parenthèse un peu de mécanique parlementaire, si vous le voulez bien. Il se trouve qu'on est dans une situation étrange. Le rapporteur de ce texte, vous y êtes favorable, on le rappelle à ce texte, le rapporteur envisage lui-même aujourd'hui de s'aborder l'examen en proposant une motion de rejet. D'habitude, c'est l'opposition qui fait ça. Là, l'objectif, c'est d'aller directement à un examen par les députés et les sénateurs dans ce qu'on appelle une commission mixte paritaire. Ce tour de passe-passe, vous y êtes favorable ?
D'abord, ce tour de passe-passe, comme vous dites, c'est juste une procédure qui fait suite au dépôt de 3500 amendements, dont 2500 par les écologistes et le groupe LFI. Or, nous avons cinq jours pour étudier ce texte, parce qu'il y a d'autres sujets. Il n'y a pas que l'agriculture qui occupe les parlementaires. Et en cinq jours, il est mécaniquement impossible d'étudier les 3500 amendements. C'est ni plus ni moins que de l'obstruction parlementaire, assumée d'ailleurs, je crois, pour faire en sorte qu'au terme du débat, ce texte ne donne rien. Donc, les députés n'examinent pas le texte. C'est préférable, selon vous ?
Écoutez, en tous les cas, un certain nombre, le rapporteur lui-même, vous savez, celui qui est normalement censé défendre le texte, fait le constat que le débat étant rendu impossible au regard de cette obstruction, il vaut mieux aller tout de suite en commission mixte paritaire, comme vous l'indiquez, où il y aura un débat entre députés et sénateurs, avant que ça revienne devant les deux assemblées pour voter les conclusions de cette commission mixte paritaire. Ça ne pose pas un problème démocratique. Mais écoutez, nous, nous nous sommes battus pour qu'il y ait un débat, parce que c'est le principe des institutions, et nous sommes attachés à ce débat.
Et, à regret, mais nous avons assumé, et nous appelons ce matin les députés qui nous soutiennent, à voter cette motion de rejet, parce que si elle n'était pas votée, il n'y aurait pas de débat. J'entends par ailleurs que la présidente de l'Assemblée nationale essaie de trouver des solutions alternatives d'ici ce soir à l'ouverture du débat, pour faire en sorte que ce débat puisse avoir lieu. Écoutez, nous... Qu'est-ce qu'elle vous dit ? Elle nous dit qu'elle essaie de faire en sorte qu'il y ait un temps législatif programmé, pour permettre que le débat soit encadré, et qu'il donne lieu à un vote. Mais moi, je ne rentre pas dans les procédures de l'Assemblée, ça n'est pas mon sujet.
Vous le voyez d'un bon oeil, en tout cas. Cette solution, vous la voyez d'un bon oeil. Non, mais moi, pour le moment, j'appelle, au moment où on est, on sait qu'il y a une motion de rejet. Donc moi, j'appelle les parlementaires qui nous soutiennent à voter cette motion de rejet. Je regrette qu'il n'y ait pas de débat. Cette motion de rejet, c'est le fruit des 3500 amendements et de l'obstruction qui a été réalisée, notamment par les écologistes et par le groupe LFI. Et ensuite, encore une fois, moi, ce qui intéresse les agriculteurs que je représente, c'est qu'au terme de ce débat, on puisse avoir un texte qui soit rapidement efficace. Et moi, je l'espère avant la fin du mois de juin.
D'un mot, avant le fil info, un débat. Mais comment est-ce que les députés peuvent débattre sereinement quand des permanences, notamment, sont dégradées ? Un certain nombre de députés ont été victimes de menaces et de dégradations ces dernières semaines.
Vous avez raison de le rappeler. Nous, on a été très clair. On ne souhaite pas d'atteinte aux biens et aux personnes. Je ne cesse de le dire depuis un an et demi. Mais je voudrais rappeler que, pour nombre d'agriculteurs, il y a le sentiment d'être floués, de se faire avoir, d'être baladés, parce qu'ils ne sont pas tous des spécialistes des travaux parlementaires. Ça justifie les menaces ? Rien ne justifie les menaces et la violence, je le dis. Mais vous ne pouvez pas non plus expliquer à des gens qui attendent des décisions depuis un an et demi qu'ils auraient tort de s'agacer alors qu'ils observent un spectacle dans lequel ils ont le sentiment de ne pas avoir prise.
Donc, moi, ce que j'appelle, c'est à la responsabilité de tout le monde. D'abord, je redis à la profession agricole que nous ne voulons pas d'atteinte aux biens et aux personnes et qu'il est normal que les parlementaires élus par le peuple puissent avoir des débats. Par ailleurs, ça fait un an et demi que nous attendons ce texte. Souvenez-vous, on en parlait au Salon de l'agriculture, on est encore là, on espère qu'on aura des décisions à la fin de l'été. Il faut aussi qu'à un moment, on apporte des réponses. C'est ça aussi la politique.
On est toujours avec Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA depuis janvier. Le climat est à front renversé. Beaucoup de pluie au sud, très peu au nord, avec une menace de sécheresse dans les Hauts-de-France, la même où il y a eu des inondations terribles. Quels enseignements vous tirez de cette situation pour les agriculteurs ?
D'abord que le changement climatique est une réalité pour nous et qu'il convient que nous puissions nous adapter, modifier ce que nous produisons dans nos champs et essayer de faire face. Et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles nous sommes très attachés au stockage de l'eau. Vous l'avez compris, le nord, il y a un peu moins d'un an, était sous les inondations. Rappelez-vous. Et puis, aujourd'hui, c'est une sécheresse importante. Qu'est-ce qu'on dit ? On dit que le bon sens doit l'emporter et que stocker de l'eau quand elle est en quantité très importante pour l'utiliser quand elle fait défaut, c'est quelque chose d'assez logique et qu'on ne fera pas d'agriculture sans goût.
Sauf que les conditions du bon sens diffèrent selon les personnes justement en ce qui concerne l'eau dans la loi du plomb qu'on avait citée en première partie. Il est prévu des dispositions sur le stockage de l'eau. Vous, vous demandez quoi en fait qu'il y ait des méga-bassines le plus possible pour stocker l'eau ?
Non mais d'abord, est-ce qu'on peut arrêter avec ce mot très connoté ? Ce sont des réserves de substitution et elles dépendent de l'endroit où on se trouve. Nous, ce qu'on dit, c'est que la France est un des pays qui stocke le moins de l'eau. Le moins d'eau par rapport à l'Allemagne, à l'Italie, à l'Espagne et qu'on ne fera pas d'agriculture sans eau. Et d'ailleurs, ceux qui font pousser un pied de tomate sur leur balcon le savent bien. Si vous ne l'arrosez pas pendant 15 jours, il n'y a plus rien.
Alors comment on stocke l'eau ? Comment vous voyez la chose ?
D'abord, on regarde régionalement parce que les situations ne sont pas les mêmes, vous l'avez dit.
Mais si on parle des Hauts-de-France par exemple, très concrètement, avec ce qui s'est passé il y a un an, quel type d'installation aurait permis d'éviter la situation
de sécheresse actuelle ? D'abord, on s'occupe de l'écoulement des fossés pour faire en sorte que l'eau puisse circuler et qu'on n'ait pas ce qu'on a vécu l'année dernière, c'est-à-dire des inondations parce qu'on n'entretient plus les fossés. Ensuite, dans les endroits où c'est possible, on regarde comment on peut stocker de l'eau sans impacter les milieux mais comment on peut stocker de l'eau parce que c'est facile d'en stocker quand il y a des quantités importantes et ensuite, pour l'agriculture.
Je sais qu'effectivement le terme est connoté mais les méga-bassines c'est parce qu'on visualise bien à quoi ça ressemble. C'est des énormes réservoirs, c'est réservé aux grandes exploitations mais qu'est-ce qu'on fait des petites exploitations ?
Pardonnez-moi mais là aussi, il faut aller à Sainte-Soline et regarder qui bénéficiera de l'eau qu'est stockée à Sainte-Soline et vous verrez qu'il y a tout un tas d'exploitations y compris des très petites exploitations donc il faut faire ce travail de précision. Par ailleurs, ça n'est pas partout le marais Poitvin qui est plat. Il y a des endroits où il y a des réserves collinaires qui sont possibles et puis je le dis, on ne démarre pas sur ce sujet quand on a fait le lac du Der il y a une quarantaine d'années quand on a fait le lac de Serre-Ponçon qui aujourd'hui alimente le canal de la Durance.
Ça c'est dans les zones montagneuses mais dans les zones de plaine par exemple dans les Hauts-de-France on fait quoi ? Oui mais enfin dans les Hauts-de-France pardonnez-moi il y a aussi de la déclinivité c'est pas juste plat partout donc il y a des endroits on peut le faire et quand c'est plat on peut aussi faire des réserves de substitutions ça n'est pas un problème Non mais parce que vous entendez l'argument de il ne faut pas
s'accaparer l'eau qui est bien de tous
Là aussi personne ne s'accapare rien quand vous stockez de l'eau pour irriguer un champ de tomate la tomate c'est 90% d'eau et la tomate elle finit dans l'assiette d'un français donc personne ne s'accapare de l'eau la molécule d'eau elle ne disparaît pas donc on a vraiment besoin de redonner de la rationalité l'eau quand elle est disponible on la stocke et l'alimentation c'est de l'eau une tomate c'est de l'eau une salade c'est de l'eau les légumes c'est de l'eau donc on est juste en train de la différer et d'utiliser l'intelligence humaine pour faire en sorte que le changement climatique qui nous heurte ne se traduise pas par de la perte de production Et ça n'empêche pas les nappes créatrices de se recharger ?
Absolument pas d'ailleurs on est très vigilants vous savez à Sainte-Soline pour prendre cet exemple on ne remplit le réservoir que quand les nappes sont au-dessus d'un certain niveau et tout le monde regarde ça avec la plus grande attention mais on oppose aujourd'hui la production et le stockage de l'eau à une vision productiviste de l'agriculture la réponse c'est non on le fait moins que les autres et si on ne le fait pas encore une fois on importera de l'alimentation d'ailleurs et on détruira notre capacité de production moi je crois que ça ça nécessite d'être entendu
C'est dans l'actualité aussi Arne Rousseau bonne nouvelle Donald Trump a confirmé hier prolongé la pause dans les droits de douane pour l'Union Européenne jusqu'au 9 juillet mais plus tôt il a menacé l'Union Européenne de nouveaux droits de douane de 50% comment il faut réagir face à cette inconsistance Trumpienne ?
D'abord moi je crois que l'Europe doit veiller à avoir un échange constant avec les équipes de M. Trump et ne pas rentrer dans une surenchère elle doit aussi préparer une riposte graduée parce qu'on a aussi besoin de se protéger mais vous voyez bien que là on est au coeur de ce que représente l'arme alimentaire et de la nécessité pour les grands espaces mondiaux de garder cette capacité de production M. Trump pourquoi fait-il ça ? Parce qu'il dit moi je veux plus produire aux Etats-Unis il se trouve que nous en agriculture on veut continuer à produire en France or vous le savez on est de plus en plus dépendant d'importation et bien souvent dans des conditions
Et pour les exportations quelles filières vont être touchées avec ces droits de vannes ?
La première et de la manière la plus importante c'est la filière des vins et des spiritueux qui sur le continent américain sera la plus touchée filière qui par ailleurs connaît une crise majeure en France et moi j'ai une pensée pour tous ces viticulteurs qui frappaient par le climat les intempéries la grêle vous avez vu ce qui s'est passé dans le bar la semaine dernière et puis de l'autre cette incapacité à exporter donc il faut regarder mais il faut le faire de sorte qu'on ait de la réciprocité et de la loyauté dans les échanges
Face à cette incertitude dans les relations avec les Etats-Unis vous entendez cette petite musique chez nos voisins européens notamment l'Allemagne il y a une raison supplémentaire d'accepter l'accord Mercosur avec l'Amérique du Sud vous êtes toujours opposé à cet accord comment vous résistez à cette demande de l'Allemagne notamment ?
Je voudrais dire que d'abord on a une forme de cohérence qu'on veut respecter on ne peut pas avoir le débat qu'on a eu au début de cette émission sur les néonicotinoïdes et accepter que quand on importe de la viande de bœuf ou de la volaille élevée avec des accélérateurs de croissance on dise que ce n'est plus un problème j'entends que l'Europe puisse avoir des intérêts offensifs et que face à la pression mise par M.
Trump il faille continuer à commercer avec le reste du monde mais pardon on le fait déjà et on n'a pas besoin d'un accord de libre-échange qui a plus de 25 ans et sur lequel pour les voitures ou pour la technologie on peut avoir des intérêts offensifs mais dans lequel on considère on considère que l'agriculture européenne est une variable d'ajustement c'est ça la loyauté et la réciprocité des échanges Est-ce que là
le gouvernement cherche toujours une minorité de blocage au niveau européen il faudrait 4 pays qui représentent 35% de la population en Europe pour contrer le projet vous y croyez vous ? ça a l'air compliqué
Mais vous savez non seulement on y croit mais nous nos entreprises ne sont pas délocalisables nos fermes elles sont ancrées dans les territoires donc le combat il est amené maintenant et j'entends effectivement la difficulté de trouver des partenaires pour faire ça Mais les fermes allemandes
elles ne sont pas non plus délocalisables vous en parlez avec vos homologues allemands ?
Non seulement on en parle mais la totalité de nos homologues européens de 27 Etats membres se sont alignés pour dire qu'ils étaient en désaccord avec la signature du Mercosur parce que dans tous les Etats membres c'est l'agriculture qui trinque et ça il n'en est pas question et vous parliez des Etats membres mais il y a un deuxième filet qui est le vote des eurodéputés et là aussi on entend un certain nombre d'eurodéputés se mettre en opposition avec leurs Etats membres ou en tous les cas les gouvernements des Etats membres pour dire nous on entend qu'on ne peut pas être exigeant avec nos producteurs en Europe et accepter que tous les jours rentrent dans nos ports des produits qui ne respectent pas nos standards c'est ça aussi ce pourquoi nous nous défendons
Vous comptez sur les eurodéputés et pas forcément
sur les dirigeants ? On compte sur le président de la République pour convaincre ses homologues européens parce que c'est important de continuer à faire ce travail et je sais que la ministre de l'Agriculture se rendra en Pologne dans quelques jours et puis il faut continuer évidemment à le faire avec les eurodéputés
Sur les importations de produits agricoles cette fois-ci l'Ukraine bénéficie jusqu'ici d'un passe droit tarifaire avec l'Union Européenne depuis le début de la guerre est-ce qu'il est temps de durcir ces accords commerciaux ?
Bon les Européens pardon les Ukrainiens se défendent et de ce point de vue-là on ne peut qu'être en soutien des Ukrainiens qui se battent pour leur terre mais nous l'avons dit l'agriculture européenne là aussi ne peut pas être l'exutoire d'un grand pays dans lequel d'ailleurs les normes de production sont très loin des standards européens et il y a déjà un certain nombre de mesures de protection qui ont été adoptées pour les oeufs pour la volaille pour le sucre il est nécessaire de les adopter pour le blé il y a une échéance qui est le mois de juin c'est-à-dire dans quelques jours dans lesquels l'Europe devra définir ce que sont les quotas et les droits de douane et nous on appelle à ne pas déstabiliser le marché européen et je pense notamment à nos collègues roumains ou polonais qui subissent de plein fouet ça veut dire quoi
réintroduction des droits de douane ?
Oui être qui existe déjà pour un certain nombre de produits être des partenaires ça ne veut pas dire non plus être en déstabilisation de nos marchés agricoles c'est intenable pour un certain nombre de producteurs et vous voyez en ce moment le marché des céréales est extrêmement dégradé et préoccupe beaucoup les producteurs parce que la prochaine campagne s'annonce difficile et sur le plan des productions et sur le plan du prix
Et un dernier mot d'ailleurs à propos de l'Ukraine parce que souvent on parle des poulets des poulets ukrainiens on rappelait ce matin sur France Info que la volaille est devenue la première viande consommée en France que les prix augmentent les producteurs réclament à la grande distribution de nouvelles hausses de tarifs pour quelles raisons et pensez-vous qu'ils vont obtenir satisfaction ?
Eh bien c'est l'intérêt de tout le monde c'est l'intérêt évidemment du consommateur Ah bon ? D'augmenter les prix ?
Oui parce que sinon ce ne sera plus de la production française Jean-Michel Puy ce ne sera plus que des poulets venus d'ailleurs produits dans des conditions que par ailleurs les français ne veulent pas c'est ce qu'ils nous disent et donc là aussi une forme de schizophrénie c'est-à-dire qu'on voudrait du local et de la qualité mais on n'est pas toujours en prier le prix l'enjeu derrière le poulet c'est qu'est-ce qu'on veut mettre dans nos assiettes nous on veut produire pour nourrir les français et on pense qu'on le fait bien en France et moi je demande à tous ceux qui s'intéressent à cette question de ce qu'ils mettent dans leurs assiettes d'être conscients que pour le poulet c'est aujourd'hui plus d'un poulet sur deux qui vient d'ailleurs et qu'il est bien souvent d'Ukraine ou du Brésil produit dans des conditions qui ne sont pas celles qu'on autorise aux européens c'est ça l'enjeu c'est ce qu'on met dans l'assiette de nos enfants donc il faut être prêt à payer un peu plus cher il faut être prêt à payer modérément plus cher pour assurer la traçabilité c'est aussi pour ça qu'on se bat pour les origines qu'on se bat pour que les filières puissent continuer à vivre que les abattoirs que les industries vivent sur nos territoires et qu'in fine les producteurs de volailles français ne soient pas arbitrés c'est pas un enjeu corporatiste c'est un enjeu d'intérêt général et de société continuer à avoir une des agricultures les plus durables au monde
Arnaud Rousseau le président de la FNSA vous étiez l'invité de France Info ce matin merci d'avoir été avec nous dans un instant les informés Renaud Delis et Salia Brachia