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ChroniqueC à vous (sur YouTube)· 10 septembre 2025 9 minAutoproduitActualité / polémique

Sébastien Lecornu peut-il y arriver ? - L’édito de Patrick Cohen

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 30 %Défensif 20 %

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- B.Chameroy: Dans une seconde, F.Ruffin.

J'espère qu'il vous fera son imitation de Johnny. La dernière fois, ça ressemblait plus à Laspalès. - F.Ruffin: Nous allons retrouver l'envie.

L'envie d'avoir envie! - B.Chameroy: "Il y en a qui ont essayé et ils ont eu des problèmes." - A.-E.Lemoine: Tout de suite, L'Edito de Patrick.

S.Lecornu a pris ses fonctions de Premier ministre. - P.Cohen: En promettant des ruptures sur le fond et pas que sur la forme.

C'est un sacré paradoxe de constater que l'homme chargé d'incarner les ruptures de ce quinquennat paralysé est d'abord un homme de continuité, un homme avec qui le président travaille en confiance depuis 8 ans. L'Elysée décrivait hier soir un "ministre de grande confiance". Aux oreilles des opposants, ça ne va pas sonner comme un compliment ou un encouragement. - A.-E.Lemoine: Quelle est la mission que lui a confiée le chef de l'Etat? - P.Cohen: Elargir l'assise politique du gouvernement sur la gauche.

Le RN n'attend rien d'autre qu'une dissolution et LFI rien d'autre qu'une destitution. La seule issue demeure un compromis avec tout ou partie de la gauche non-mélenchoniste, c'est-à-dire socialistes, communistes, écologistes et les députés du groupe Liot. Parler à la gauche sans faire fuir la droite et LR, F.Bayrou et M.Bernier ont déjà essayé.

La méthode Lecornu sera différente. Le Premier ministre va tenter de bâtir une ébauche de programme, un ensemble de mesures qui ne dressent pas contre lui à l'Assemblée nationale une majorité d'opposants. - S.Lecornu: Dire aux Français et aux Françaises qu'on va y arriver.

Au fond, il n'y a pas de chemin impossible. - P.Cohen: Une tâche pas impossible mais inédite au regard de la culture politique française, très éloignée de l'école parlementaire du compromis. - A.-E.Lemoine: Les chefs de parti sont-ils prêts? - P.Cohen: Tout dépend de ce qui sera mis sur la table, mais il y a des musiques plus constructives que d'autres.

Par exemple celle de L.Wauquiez, très élogieux à l'égard de Lecornu, qui est issu de LR. Pour L.Wauquiez, le compromis n'est plus un gros mot. - L.Wauquiez: Essayons de faire un minimum de travail utile plutôt que de laisser le pays se défaire sous nos yeux.

Le sujet, ce n'est pas si Lecornu va être la rupture avec le macronisme. Le sujet, c'est si on aura une feuille de route qui permet de faire avancer le pays dans la bonne direction. - P.Cohen: Une feuille de route d'un an et demi, jusqu'à l'élection présidentielle, avec un Premier ministre qui aurait une longévité inédite depuis E.Borne.

Côté PS, le ton est moins conciliant. - O.Faure: Je souhaite qu'on ait un Premier ministre qui vienne apporter des solutions et qu'on le juge sur les solutions qu'il apporte, pas sur des lettres d'intention ou des grandes déclarations.

On en a assez soupé. Je souhaite qu'il vienne dire: "Voilà ce que je ferai sur le budget, pour assurer la sécurité des Français, pour assurer leur logement, leur éducation, comment je Ferai pour rompre avec ceux que nous avons connus." - P.Cohen: On retrouve la rupture promise par S.Lecornu. - A.-E.Lemoine: Rupture sur quoi? - P.Cohen: C'est toute la question.

Personne n'a entendu le président se dire prêt à détricoter les fondamentaux de sa politique économique, c'est-à-dire la politique de l'offre, la baisse du coût du travail, les baisses d'impôts, les efforts budgétaires...

Tout ce qui est remis en cause par les oppositions et aujourd'hui par la rue. Même s'il peut y avoir des accommodements pour une taxation plus importante sur les grands patrimoines...

Une phrase résume cet état d'esprit côté élyséen: "Il ne faut pas abîmer le pays pour trouver des compromis politiques." Voilà les limites des ruptures que promet S.Lecornu, très sévèrement limité dans ses chances de succès. - A.-E.Lemoine: Pourtant, il l'a dit sur le perron de Matignon: "On va y arriver." Vous y croyez?

Vous partagez son optimisme? - A.Duhamel: J'ai vérifié tout à l'heure en reprenant la liste complète.

Aucun Premier ministre n'est entré à l'hôtel de Matignon dans des conditions politiques aussi calamiteuses. Aucun depuis 1958. Bon, déjà, c'est un sérieux handicap.

Est-ce que ça veut dire que rien n'est possible et que pour lui, tout est perdu à l'avance? Bon, je suis peut-être trop optimiste, mais j'ai du mal à penser qu'il y ait à l'Assemblée nationale une majorité pour jouer une stratégie du chaos. Donc je pense qu'il y a une toute petite porte entrebâillée. - A.-E.Lemoine: C'est le trou de fourmi qu'espérait F.Bayrou? - A.Duhamel: Justement, il faut s'y prendre tout à fait différemment. - A.-E.Lemoine: Ca veut dire faire le contraire? - A.Duhamel: Pas seulement.

Ca veut dire d'abord changer de méthode, c'est-à-dire négocier vraiment avec les groupes parlementaires et les partis politiques, mais pas simplement les rencontrer et être aimable. Négocier, dire sur quels points...

Ensuite, il y aura des symboles qu'il faudra effacer. Les 2 jours fériés, par exemple, évidemment, il faudra effacer. Et il y a des symboles qu'il faudra introduire, quoi qu'on pense de leur efficacité économique.

Par exemple, il y aura d'une manière ou d'une autre une ponction sur les grands patrimoines. Ce n'est pas possible de faire psychologiquement et politiquement autrement. - P.Cohen: Ca, c'est 2 points qui sont acquis, les jours fériés...

Ce n'est pas le plus dur. - A.Duhamel: Mais ça n'est pas du tout suffisant.

On se retrouve quand même avec un déficit budgétaire insupportable et des perspectives monétaires vacillantes. Donc il faudra autre chose. Ca voudra dire qu'il faudra se mettre d'accord sur le type d'effort à produire et sur le niveau total des efforts.

C'était 44 milliards quand c'était F.Bayrou. Pour la gauche, c'est la moitié. - A.-E.Lemoine: 22... - A.Duhamel: Ca peut être ni l'un ni l'autre. 44 milliards, aujourd'hui, c'est peut-être économiquement nécessaire, mais c'est politiquement et socialement, surtout, indigeste.

En même temps, on ne peut pas se contenter d'utiliser la méthode des simples rustines. Il va falloir une autre méthode, une autre attitude générale, des symboles mais aussi des mesures acceptées, pas par tout le Parlement, il ne faut pas rêver, mais pas suffisamment de champ. Au-delà de ça, c'est ma thèse personnelle...

Il faut se dépêcher comme première loi avec la proportionnelle...

Ca libère des liens et ça donne une véritable autonomie aux différents partis politiques. - P.Cohen: Ligne rouge fixée par LR et rappelée ce matin par L.Wauquiez. "Nous ne soutiendrons pas un gouvernement qui instaure la proportionnelle." - A.Duhamel: Il n'y a qu'à le mettre au défi.

Vous ne voulez pas de changement de loi? Le gouvernement est en l'air et c'est vous, Républicains, qui appartenez à la majorité et qui avez une demi-douzaine de ministres dans ce gouvernement, qui le mettez en l'air? - A.-E.Lemoine: Il faut les mettre au défi?

C'est un peu sur ça que mise E.Macron. Il y a des partis qui ne voudront pas précipiter une nouvelle chute du gouvernement. - A.Duhamel: A condition qu'il n'y ait pas simplement des changements de symboles.

A condition qu'il y ait des décisions communes réellement négociées. Ca, ça ne s'est pas fait depuis la Ve République. Depuis le début de la Ve République.

Ca ne s'est jamais fait avec l'opposition. Il faut le faire! - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on sait faire?

On vante la culture du compromis à l'étranger.

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