Zemmour: «La tribune des généraux n'est pas un appel au putsch mais à la sécurité»
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Alex Zemmour. Bonjour. Vous revenez sur cette tribune de généraux publiée le 13 avril dernier. Certains ont noté que sa publication par la suite chez nos confrères de Valeurs Actuelles intervient le 21 avril, soit la date anniversaire du putsch des généraux français à Alger. Vous faites un lien entre les deux ?
Non, je m'amuse, si vous voulez, à creuser ce qu'il y a autour de cet inconscient collectif. Je m'explique. D'abord, je note simplement que, comme vous l'avez dit, l'appel, en vérité, a été publié le 13 avril, donc aucun rapport avec le 21 avril. Et c'est le journal Valeurs Actuelles qui l'a repris le 21 avril. Donc évidemment, on leur fait un mauvais procès. Mais essayons quand même de creuser cette histoire parce qu'elle est révélatrice de notre inconscient collectif. A l'époque, il y a donc 60 ans, en 1961, les putschistes réclamaient le maintien de l'Algérie française.
Et le général de Gaulle disait qu'il voulait l'indépendance de l'Algérie parce que, disait-il à Alain Perfitte dans le fameux « C'était de Gaulle », « je ne veux pas que mon village devienne colombé les deux mosquées ». Aujourd'hui, il y a trois mosquées à côté de colombé les deux églises. Et, si vous voulez, dans l'innombrable banlieue islamisée, nous avons des guérillas urbaines permanentes, quasiment permanentes, jusque-à-tour-coing, dans la ville du ministre de l'Intérieur. Donc c'est pour vous dire qu'il y a une certaine réminiscence de toute cette histoire.
Et quand les généraux à la retraite d'aujourd'hui, encore une formule très 1961, puisque tout le monde se souvient de la fameuse apostrophe du général de Gaulle, qui moquait ces généraux à la retraite, qui hélas, hélas, hélas, se révoltaient contre lui. Mais trêve d'histoire, aujourd'hui, quand évidemment ces généraux à la retraite appellent leurs camarades d'actives à protéger les Français et la civilisation française, quand ils dénoncent des hordes fanatiques, quand ils dénoncent l'antiracisme qui est devenu indigénisme et haine de la France, franchement, qui peut leur donner tort ? Qui peut nier leur patriotisme sincère et leur légitime inquiétude ?
Aussitôt la publication de cette tribune, Marine Le Pen a tendu la main, ouvert les bras à ses généraux, tandis que Jean-Luc Mélenchon, à gauche, a réclamé des sanctions. Florence Parly, la ministre des Armées, promet d'y réfléchir. Vous dites que cette polémique politique n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Pourquoi ?
Il y a deux choses. Mélenchon, lui, qui connaît l'histoire de France, contrairement aux autres, veut ranimer la vieille lutte antifasciste et antipouchiste et antigénéraux qui date du XIXe siècle, un antibadingué, vous savez le surnom donné à Napoléon III qu'on a redonné au général de Gaulle en 1958. Et il y a de l'autre côté les macroniens qui, eux, veulent ressusciter ou veulent ranimer le jeu de rôle usé avec Marine Le Pen en épouvantail à Moineau, un jeu de rôle qui convient bien à tout le monde, à tous les rôles en tout cas, à tous ceux qui tiennent les rôles. Donc, voilà, c'est pour ça que je dis que ce n'est pas à la hauteur.
Vous savez, la vérité, c'est que c'est ce que je vous disais au début. C'est que nous avons une guérilla qui prend de l'ampleur, qui se répand dans d'innombrables banlieues françaises, qui nous ramène à un État que je dirais obsien. Vous savez, vous vous souvenez de la fameuse formule de Hobbes. Avant l'État, c'était la guerre de tous contre tous. L'État français ne tient plus son territoire, ne fait plus régner l'ordre dans une part croissante de ses territoires. C'est ça le vrai sujet. Tout le reste, c'est politique aérie.
Alors justement, que pensez-vous des gens qui veulent que l'armée joue aujourd'hui un rôle, en tous les cas contribue au règlement de cette situation ?
Si vous voulez, c'est ce que je dis, il y a de plus en plus de gens qui pensent qu'il n'y aura pas d'autre solution. On sait que l'armée, pour l'instant, ne le souhaite pas, ne le désire pas, le pouvoir politique non plus. Personne ne peut le désirer, car ça prendrait des proportions inédites. Et qu'en plus, je pense que l'armée française, à l'heure actuelle, n'est pas organisée pour lutter contre ce genre de guérilla. Mais, si vous voulez, on voit bien que la police n'y suffit plus. En tout cas, la police, dans les conditions actuelles, n'y suffit plus. Elle est elle-même, aujourd'hui, la cible de caillassage quotidien, d'agression quotidienne, de tir de mortier en permanence.
Et si avec les policiers, les médecins, les pompiers, les écoles qui brûlent, etc. Non, je vous dis, franchement, c'est un paysage apocalyptique.
Merci, Eric Zemmour. Merci, Eric Zemmour.
Éric Zemmour