Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Crayon· 8 novembre 2021 19 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileSolidarités & familleEurope & international

Une ministre a-t-elle sa place sur TPMP ? - Œil pour Œil avec Marlène Schiappa

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:48OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut expliquer cette abstention par un manque de professionnalisme des politiques ou par les médias ?

  • 1:54RelanceRéponse directe

    Mais qui est responsable, du coup ? Est-ce que c'est le gouvernement qui ne fait pas assez de vigilance ?

  • 2:52RelanceRéponse partielle

    Mais qui agresse ?

  • 3:02ComplaisanteÉludée

    Mais ça, typiquement, je trouve ça absurde.

  • 3:38OuverteRéponse directe

    Il faudrait faire quoi ? Des émissions spéciales à chaque fois qu'il y ait des élections ?

  • 3:59RelanceRéponse directe

    Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'il faut aller chez Cyril Hanouna, sur TPMP, pour débattre ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:01InvitéChiffre
    « Moi, 1 million, c'est ce que j'ai fait sur TPMP à 22h30, sur C8, et même pas pour une émission politique. »
  • 4:41InvitéChiffre
    « Valérie Pécresse, avec son émission toute seule, elle est candidate à la présidentielle. À 20h50 sur France 2, elle fait un million de téléspectateurs. »
  • 5:35InvitéChiffre
    « Prenez le débat Mélenchon-Zemmour qui, lui, a cartonné en termes d'audience. J'ai oublié les parts de marché. C'est 20%, 25%. »
  • 16:13InvitéChiffre
    « J'ai fait naturaliser plus de 12 000 personnes qui sont des travailleurs Covid, qui ont travaillé en première ligne. »
  • 17:28InvitéChiffre
    « Marlène Schiappa naturalise 12 000 travailleurs Covid en première ligne. »
  • 18:04InvitéFait
    « Il ne suffit pas de faire des discours sur la France pour incarner la France. »
  • 18:12InvitéFait
    « Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cet acte de torturer de barbarie ? »
  • 18:25InvitéChiffre
    « Il est en tête des ventes de livres à la FNAC, sur Amazon, en GFK, en vente de librairie. »

Temps de parole

  • Invité84 %
  • Présentateur15 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Moi, 1 million, c'est ce que j'ai fait sur TPMP à 22h30, sur C8, et même pas pour une émission politique.

0:06
Présentateur

Oui, mais est-ce que quand on va chez Hanouna, sur TPMP, est-ce qu'on va vraiment parler de politique ? Mais bien sûr, le véganisme est du spécisme libéral.

0:16
Auditeur

Des personnes âgées dans les EHPAD avec plus de monde pour torcher les vieux Alzheimeriens. Est-ce qu'on est aujourd'hui à l'égalité entre les femmes et les hommes ou est-ce qu'on n'y est pas du tout ? Aucun média en France ne ment.

0:31
Présentateur

Bonjour à tous, on se retrouve aujourd'hui pour un nouvel épisode d'Oeil pour Oeil, le format d'interview débat du Crayon. Aujourd'hui, on est avec Marlène Schiappa. Marlène Schiappa, bonjour. Bonjour. Marlène Schiappa, vous êtes ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur chargé de la citoyenneté. On a vu récemment, avec les élections régionales, une forte abstention, notamment chez les jeunes. Alors, je vais commencer avec une question assez naïve. Est-ce qu'on peut expliquer cette abstention par un manque de professionnalisme des politiques ou par les médias ?

0:56
Invité

D'abord, aller voter, c'est un droit, c'est un devoir, et on a peut-être oublié que c'était aussi un choix. Et moi, j'ai été frappée, pour vous parler en toute sincérité, pendant la campagne régionale. Souvent, je faisais des réunions d'appartement, des réunions publiques. J'avais beaucoup de gens qui me disaient, donc les gens qui viennent en général sont des gens qui sont plutôt en soutien, et donc ils me disaient, je vous soutiens, j'aime bien ce que vous faites, et bon courage pour les élections. Et quand je leur disais, donc vous allez venir voter, les gens me disaient, ah, mais c'est quand déjà ? Ou alors, ah, non, par contre, le 22, moi, je suis à un mariage.

Ou alors, on me disait, mais pour faire une procuration, c'est trop tard. Il y a même une femme qui ne savait pas comment aller voter. Elle avait déménagé et elle ne savait pas s'il fallait s'être inscrite avant ou si elle pouvait le faire maintenant. Et donc, j'observe qu'en fait, le vote est devenu non plus un automatisme, mais vraiment une action, et qu'il nous incombe de devoir convaincre les gens qu'aller voter va avoir plus d'impact sur leur quotidien que partir en week-end en Bretagne, par exemple.

1:54
Présentateur

Mais qui est responsable, du coup ? Est-ce que c'est le gouvernement qui ne fait pas assez de vigilance ? Est-ce que c'est les médias qui n'en partent pas assez ?

1:59
Invité

Très probablement. Moi, en tant que responsable politique, c'est pas possible pour moi de dire, moi, je n'ai aucune responsabilité et tout est de la faute des médias, ou tout est de la faute des citoyens. Je pense que c'est quelque chose de systémique qui, d'abord, n'est pas arrivé d'un coup. Qui fait le système ? Nous faisons le système. Le système, c'est celui que nous choisissons. C'est la société. Et donc, qu'est-ce qui fait qu'on construit une société ? C'est nous, collectivement, les responsables politiques. Est-ce qu'on a une offre assez attrayante ? Est-ce qu'on est assez clair ?

Par exemple, pour les régionales, est-ce qu'on a expliqué suffisamment quelles étaient les compétences des régions ? Est-ce que ça allait changer ? Quelles étaient les différences entre les différents candidats ? Ce qu'on proposait véritablement ? Est-ce que les médias en ont fait assez ? Je ne blâme pas les médias pour l'abstention. Mais je vous raconte quand même quelque chose. J'ai été invitée sur une très grande chaîne d'infos, que je respecte beaucoup, à faire un débat face à Jordan Bardella. Le Rassemblement National, vous avez une indignation à géométrie variable. Et vous prétendez être le parti de la sécurité.

2:52
Présentateur

Mais qui agresse ?

2:53
Invité

J'étais tête de liste à Paris. Et Jordan Bardella était tête de liste pour l'Île-de-France. Et donc, on aurait pu penser qu'il eût été intéressant qu'on puisse débattre de nos projets pour la région. Mais le décompte du CSA aurait obligé LCI à faire le même débat avec tous les candidats, ce qu'il ne voulait pas faire. Et donc, nous avons fait le débat. Mais à 48 heures du débat, il a été décidé que nous ne parlerions pas des élections régionales. Sinon, il y avait un problème de décompte du temps CSA.

Et donc, on a fait un débat, alors qu'on était en campagne à deux semaines du vote, et tous les deux, tête de liste et candidat, on a fait un débat national sans jamais avoir le droit de pouvoir parler de ce qu'on allait pouvoir faire pour la région. Mais ça, typiquement, je trouve ça absurde. Je pense que c'est un problème parce que, du coup, les gens qui nous voient n'assimilaient pas les candidats et le programme régional. Et même nous, on n'a pas pu en parler.

3:38
Présentateur

Il faudrait faire quoi ? Des émissions spéciales à chaque fois qu'il y ait des élections ?

3:41
Invité

Oui, moi, je suis très attachée à la question, justement, de la manière dont on peut renouveler les débats. Je trouve que le débat politique à la télévision tel qu'il existe, il n'a pas changé. Le débat d'entre-deux-tours, c'est les mêmes débats qu'on faisait sous Giscard. On est maintenant en 2021. L'élection aura lieu en 2022. Le monde a changé. Les médias ont changé.

3:59
Présentateur

Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'il faut aller chez Cyril Hanouna, sur TPMP, pour débattre ?

4:02
Invité

Par exemple ? Pas forcément. Ce n'est pas la réponse à tout. Mais ça peut être un des exemples. Et je pense qu'en tout cas, on n'a pas réussi, et c'est un on collectif, les médias, les politiques, on n'a pas réussi à trouver le nouveau format de débat qui intéresse. Je pense que depuis Mitterrand ou depuis Giscard, il s'est passé quand même les réseaux sociaux, les blogs, les médias sociaux, les chaînes d'info en continu, l'influence étrangère dans la manière, les algorithmes et la manière dont on a accès ou pas accès d'ailleurs à l'information. Et pourtant, le débat politique à la télévision n'a que très peu évolué.

Et d'ailleurs, on l'a vu récemment quand Valérie Pécresse a eu une émission spéciale sur France 2, en prime time à 20h50. Et bien justement, vous me parliez de TPMP. Valérie Pécresse, avec son émission toute seule, elle est candidate à la présidentielle. À 20h50 sur France 2, elle fait un million de téléspectateurs. Moi, un million, c'est ce que j'ai fait sur TPMP à 22h30 sur C8 et même pas pour une émission politique. Donc ça montre qu'il y a quand même...

5:00
Présentateur

Qu'il y a un désintérêt pour la politique ?

5:01
Invité

Oui, qu'il y a un désintérêt. C'est-à-dire que moi, je ne m'explique pas comment Valérie Pécresse est une candidate sérieuse qui a l'ambition de représenter un courant politique. C'est un courant avec lequel je ne suis pas d'accord, mais c'est quand même un courant politique. C'est un courant de gouvernement. Elle a été ministre. Elle est candidate. Elle est présidente de région. Et elle n'attire qu'à peine un million de téléspectateurs sur France 2 à 20h50. Ça m'interroge.

5:24
Présentateur

Oui, mais est-ce que quand on va chez Hanouna, sur TPMP, est-ce qu'on va vraiment parler de politique ?

5:27
Invité

C'est une vraie question. D'abord, les deux questions pour moi, c'est un, est-ce qu'on va parler politique ? Et deux, est-ce que les gens qu'on attire pour regarder les débats télé sont les gens qui votent ? Je n'en suis pas persuadée. Parce qu'à l'inverse, prenez le débat Mélenchon-Zemmour qui, lui, a cartonné en termes d'audience. J'ai oublié les parts de marché. C'est 20%, 25%. Preuve d'un intérêt politique. Pardon ?

5:46
Présentateur

Preuve d'un intérêt politique.

5:47
Invité

Preuve qu'il y a un intérêt, mais est-ce que les gens qui ont regardé cette émission sont des gens qui vont voter pour Mélenchon-Zemmour ou sont des gens qui veulent du clash et du spectacle ? En gros, la question que je me pose et que je vous pose, je ne sais pas la réponse, mais c'est une question que je pose, est-ce que les gens qui se disent « je ne vais pas regarder Valérie Pécresse parce que je sais déjà ce qu'elle propose », j'adhère ou je n'adhère pas, mais je sais ce qu'elle propose, et finalement, ça va être des trucs un peu sérieux. Et en revanche, Mélenchon-Zemmour, ça va être un peu déjanté.

Il va se passer quelque chose, il va y avoir un clash, et donc je regarde comme un spectacle, c'est un peu le nouveau Koh-Lanta. Et je crois que le débat Mélenchon-Zemmour, pour moi, c'était une vraie défaite pour le journalisme, parce que les journalistes n'ont pas réussi à en placer une. Et d'ailleurs, au moment où il y a une journaliste qui vient faire du fact-checking, Zemmour lui manque de respect en lui disant « vous vous êtes couverte de ridicule ». Ça m'a profondément choquée. Je pense que respecter la démocratie, c'est aussi respecter les journalistes.

6:37
Présentateur

Je suis totalement d'accord. Et est-ce qu'il n'y a pas un problème de visibilité de certains politiques ? Est-ce qu'on ne voit pas toujours les mêmes têtes ? Est-ce que, par exemple, vous, le fait que vous soyez très souvent sur TPMP, il y a certaines personnes qui vont se dire « pourquoi elle n'est pas dans son ministère ? » Et pourquoi elle est tous les soirs, j'exagère, sur TPMP ?

6:52
Invité

Vous déplorez que l'on parle à Cyril Hanouna, et vous-même, vous consacrez votre temps de parole au Sénat à parler de Cyril Hanouna. Je suis allée plus de fois sur France Culture que sur TPMP, par exemple. Et pourtant, quand je suis sur France Culture, on ne dit pas « Oh là là, Marlène Schappah est encore sur France Culture ! » Donc d'abord, il y a un prisme. Et ensuite, si la question, c'est « pourquoi elle est là et pas dans son ministère ? », je vous confie qu'à 23h, en fait, je peux être en déplacement, je peux aussi être dans mon ministère à 23h. Mais peut-être, il faudrait-il arrêter de se dire que quand on voit un responsable politique à la télévision, c'est qu'il ne travaille pas.

Par exemple, si on fait une matinale, je vais faire la matinale, je vais me mettre mon réveil à 5h30, je vais faire la matinale de 7h à 7h15. Et ensuite, de 7h15 à 22h, je vais travailler, je vais faire autre chose. Mais toute la journée, va repasser la petite capsule de la matinale. Et donc, vous, vous aurez l'impression que toute la journée, j'ai été à la télévision, alors que ça m'a pris 15 minutes, pendant que probablement, peut-être, vous dormiez ou vous étiez sous la douche, vous preniez votre café. Et donc, ça ne prend pas du temps.

Et pour répondre à votre autre question sur la permanence des responsables politiques, vraiment, je trouve que c'est une question intéressante et qui peut se poser. Parce que moi, je suis arrivée mi-2017 dans le paysage médiatique. Ça ne fait pas 20 ans que les gens me voient. Après, c'est vrai que j'ai eu la chance ou la malchance, je ne sais pas, d'être rémédiatisée et d'être vite sous le feu des projecteurs et qu'on m'invite beaucoup dans les médias pour m'exprimer et pour porter la parole de l'action du président de la République et la mienne. Mais ça ne fait que 4 ans.

Et inversement, là, ça fait à peu près, j'ai passé à peu près un mois sans faire de médias, de matinale ou autre, etc., pour d'autres raisons. Et pendant un mois, j'ai eu des tweets et des messages de « elle a disparu », « elle ne fait plus rien », « elle est en vacances ». Voilà. Donc il y a ce paradoxe avec quand on voit les responsables politiques à la télé, « ah ben, ils ne sont pas dans leur ministère ». D'ailleurs, être dans son ministère n'est pas un gage qu'on est en train de faire avancer le pays. Et quand on n'est pas à la télé, il y a une espèce de « ah mais elle ne fait rien ».

D'ailleurs, si vous regardez les études de popularité, les gens sont très cruels avec mes collègues qui ne voient pas à la télé. On est 40 ministres, j'ai plein de collègues qui ne passent jamais dans aucun média. Mais en fait, dans les études de popularité, c'est « je ne connais pas cette personne, à quoi sert-elle ».

8:52
Présentateur

Mais c'est quoi le but ? C'est d'être populaire ?

8:54
Invité

Non, mais je vous dis qu'à un moment, si on veut que les gens viennent voter pour vous, il faut qu'ils vous identifient. Donc quand vous êtes candidat, mais qu'on ne vous a pas identifié, c'est ce que Tocqueville disait dans « les limites de la démocratie ». C'est-à-dire que les limites de la démocratie, c'est la démagogie et c'est le fait que vous devez vous faire connaître. Si vous n'êtes pas connu, c'est difficile de dire aux gens « hey, il y a des élections, je suis candidat, venez voter pour moi ». C'est vraiment une ligne de crête.

9:15
Présentateur

Ça, c'est dans le cas où il y a des élections régionales, mais quand on est ministre, on n'est pas forcément en campagne. Est-ce que quand on est ministre, on doit apparaître à la télé ? Est-ce que c'est le rôle d'un ministre ?

9:24
Invité

Alors pourquoi un ministre fait des émissions de télévision ? En général, on le fait pour expliquer l'action du gouvernement. Par exemple, là, moi, je suis chargée de l'intégration. Il y a eu une crise afghane, comme vous le savez, Kaboul est tombée, et donc on intègre près de 4000 personnes. Il y a des fantasmes qui circulent. Et donc c'est aussi mon travail, c'est aussi ma responsabilité que d'expliquer l'action de l'État et d'expliquer ce que fait le gouvernement et ce que font les services de l'État pour intégrer ces personnes. En général, quand un ministre, que ce soit Bruno Le Maire, Jean-Yves Le Drian, quand un ministre va prendre la parole dans un média, il le fait pour ça.

Maintenant, j'appelle votre attention sur le fait que les réactions sont différentes selon la nature des ministres. Quand Bruno Le Maire ou Jean-Yves Le Drian prend la parole à la télévision, ils sont critiqués, quand ils sont critiqués, ils sont plébiscités ou critiqués, mais ils sont critiqués pour ce qu'ils disent. Quand vous avez une femme qui est trentenaire, qui vient de la société civile, qui n'a pas fait l'ENA, qui n'est pas parlementaire, qui n'a pas fait Sciences Po et qui a un peu grandi dans des quartiers et qui prend la parole à la télé, la première réaction, c'est une réaction d'illégitimité.

Et c'est vrai pour toutes les personnes qui ne correspondent pas aux stéréotypes du politicien tel qu'on se l'imagine. Donc vous avez là une espèce d'injustice, en fait, entre des hommes politiques installés et que je soutiens par ailleurs, mais qui vont prendre la parole...

10:37
Présentateur

Quand on est ministre, on peut subir de l'injustice aussi ?

10:39
Invité

Bien évidemment. La manière dont les femmes sont traitées dans la vie politique et dans la vie médiatique, Il y a encore un problème en France aujourd'hui ? Oui, honnêtement, le traitement des femmes politiques est très injuste. C'est-à-dire d'abord, on va voir quand vous sortirez votre vidéo, je peux vous parier qu'il y aura des commentaires physiques. Elle est trop ci, pas assez ça, sa veste est moche, elle est trop grosse, elle brille, elle est mal coiffée. Ah bah non, moi je la trouve bien coiffée. Ah bah non, moi je veux bien son numéro de téléphone. Et vous avez des débats.

Parfois, je prends la parole pour parler de sujets qui sont sérieux, parler de laïcité, de lutte contre la radicalisation. Et dans les commentaires, il y a des débats pour savoir est-ce que oui ou non physiquement, on le trouve acceptable ou pas. Il y a des remarques sur notre vie personnelle, réelle ou supposée. On nous prête des intentions qu'on n'a pas. Et puis quand on est une femme, on est forcément arriviste, ambitieuse. Il y a toujours derrière des sous-entendus qu'on ne fait pas pour des hommes. Moi, je me suis présentée à deux élections depuis que je suis dans la vie politique. Il y a des hommes qui se sont présentés à 40 élections dans les dernières années.

On ne leur fait jamais le reproche de trop se présenter à des élections. Moi, on me le fait.

11:40
Présentateur

Récemment, le CSA a décidé de décompter le temps d'Éric Zemmour comme un candidat. Je voulais avoir votre avis là-dessus.

11:49
Invité

Le CSA est souverain dans les décisions qu'il prend. Donc c'est à lui d'apprécier si une personne est éditorialiste ou candidat. Éric Zemmour a dit lui-même qu'il envisageait d'être candidat. Il fait des émissions politiques en tant que candidat. Il est testé dans les instituts de sondage. Il constitue une équipe de campagne. Il a loué un local de campagne. Il est manifestement en train de se préparer pour devenir candidat. J'imagine que c'est le raisonnement du CSA.

12:15
Présentateur

Est-ce qu'on pourrait penser qu'il y aurait des collusions entre le CSA et le gouvernement, par exemple ?

12:20
Invité

Non, honnêtement, puisque le CSA, c'est une autorité de régulation indépendante et donc qui fait ses décomptes. Et puis, à un moment, il y a des décisions qui sont prises également par les chaînes. Mais c'est vrai que ça pouvait interroger d'avoir une personne qui a son émission. Moi, je suis une femme politique. Si j'avais mon émission, et si CNews me donnait l'émission avec Marlène une heure par jour tous les soirs pour que j'essaye d'expliquer mes positions politiques, sans doute l'opposition demanderait qu'on me décompte ce temps. et ils auraient raison.

12:46
Présentateur

Comment on envisage justement sa relation avec les médias quand on est politique ? Par exemple, le ministre de la Culture, actuellement, avait été chroniqueuse dans des émissions de télévision. Certains politiques deviennent après chroniqueurs, après avoir été politiques, etc. Comment on envisage ça ? Est-ce que c'est quelque chose auquel on pense quand on est en responsabilité politique ?

13:06
Invité

Maintenant, c'est vrai que les frontières sont un peu brouillées. Vous avez Éric Zemmour qui avait son émission et qui est maintenant aspiré dans le champ politique. Et inversement, vous avez un ancien premier ministre, Manuel Vaz, qui est maintenant éditorialiste dans une émission sur une chaîne d'information. Donc c'est vrai que les frontières, on part en fait de sujets qui nous intéressent. Quand on a été responsable politique, on est fondé à donner une analyse, peut-être à partager une analyse sur la manière dont fonctionnent les choses dans les médias.

Et quand on a été analyse politique, au-delà d'Éric Zemmour, je comprends parfaitement qu'on se dise à un moment « Moi, je veux me présenter ». C'est ce qu'a fait par exemple Isabelle Saporta, qui était, je crois, éditorialiste ou en tout cas qui était journaliste, qui avait accès aux médias, qui avait une émission et qui à un moment s'est dit « Je veux porter aussi des propositions ». Et elle a été candidate à une élection et c'est très légitime.

13:52
Présentateur

Et vous, par exemple, vous y pensez ? À être, pourquoi pas, chroniqueuse de la télévision ?

13:56
Invité

Non, non, pas du tout. Non, non, enfin moi, je suis dans mon action, dans mon ministère. À l'intérieur, c'est quand même le ministère des crises et des urgences. Moi, mon mode d'expression, c'est plutôt l'écrit. Moi, j'écris des romans, j'écris des livres et c'est comme ça que je m'exprime en tout cas.

14:09
Présentateur

Comment dire ? Beaucoup de sujets quotidiens et essentiels parfois nous paraissent absents du débat, en tant que jeunes en tout cas. On parle très peu de jeunesse, de culture, de tech, de mobilité. Justement, c'est dans le débat en tout cas qu'on va avoir à la télé, sur BFM, CNews, etc. Comment les sujets journaliers, donc ce que j'évoquais, on pourrait les évoquer mieux dans les médias ?

14:35
Invité

C'est une vraie question et honnêtement, c'est une question que je me pose. Par exemple, sur la question de l'immigration, j'ai l'impression que c'est le thème de beaucoup de débats politiques, de beaucoup d'émissions, etc. Moi, je n'ai pas l'impression que les gens, l'immense majorité des Français se réveillent en se demandant « Tiens, aujourd'hui, combien il y a d'immigrés en France ? » Enfin, je n'ai pas le sentiment que pour tous les Français, ce soit une obsession telle qu'on le voit dans un certain nombre de débats. Donc après, je crois qu'au final...

14:59
Présentateur

Donc c'est le fait. Si on parle d'immigration, ce n'est pas à cause des Français, c'est à cause de ceux qui parlent d'immigration ?

15:05
Invité

C'est une vraie question. C'est-à-dire, la question, c'est en fait, qu'est-ce qu'il fait ? Et c'est la même question qu'on peut poser pour savoir comment on choisit de mettre telle ou telle personne ou tel ou tel sujet à la une d'un média. Est-ce qu'on le fait parce qu'on considère qu'on va vendre davantage et que c'est parce que les gens l'achètent ou parce que ça les intéresse ? Ou est-ce qu'on le fait parce qu'on veut intéresser ? Je crois que c'est Albert Londres qui disait que le mauvais journaliste parle des sujets qui intéressent ses lecteurs. Le bon journaliste parle du sujet qui l'intéresse et arrive à y intéresser ses lecteurs. Et c'est un peu pareil pour la politique.

La démagogie, c'est de dire c'est quoi qui vous intéresse en ce moment ? Je vais parler de ça. Et la politique qui a une vision, c'est de dire moi, voilà ma vision du pays et voilà ce que je vous propose. Et après, c'est la rencontre qui se fait ou qui ne se fait pas. Et hélas, à l'ère du numérique, le clash suscite plus d'engagement. On a installé à l'Élysée, le président de la République a installé la commission dite commission Bronner sur les lumières à l'ère du numérique, sur la manière dont les algorithmes biaisent notre libre arbitre. Et c'est vrai que par exemple, un tweet avec un smiley rouge de colère, il a 25 fois plus, je crois, de probabilité d'être partagé.

Donc en fait, si vous voulez faire des tweets indignés ou des tweets pas contents, vous êtes relayés. Si vous voulez faire un tweet positif, vous ne l'êtes pas. Je vous donne un exemple d'action publique. J'ai fait naturaliser plus de 12 000 personnes qui sont des travailleurs Covid, qui ont travaillé en première ligne, qui étaient de nationalité étrangère, qui ont été agents de sécurité, commerçants, nounous, aide-soignants, médecins, qui ont donné du temps, qui ont permis à la France de tenir debout. J'ai souhaité les naturaliser. La presse en France en a quasiment pas parlé.

Il y a eu une dépêche qui n'a pas du tout été reprise, qui a été commentée juste une fois dans un média pour dire que ce n'était pas assez. Alors que la presse étrangère en a parlé en louant l'action de la France en disant que c'était merveilleux, formidable, etc. Qu'est-ce qui fait qu'une nouvelle comme ça, qui me paraît quand même importante et qui dit beaucoup de notre vision de l'intégration, pourquoi n'est-elle pas relayée dans les médias ? Est-ce que dans les conférences de rédaction, on se dit que ça ne va pas intéresser les gens ? Est-ce que c'est trop positif, entre guillemets ? Est-ce qu'on considère que ce n'est pas un sujet qui va passionner les foules ?

Ça ne génère pas du clic ? À l'inverse, quand on m'a volé un disque dur externe, ça a fait un bandeau BFM TV. Je m'interroge quand même dans la hiérarchie et je ne blâme pas les rédactions. J'imagine qu'il y a un choix et qu'à un moment, il y a des décisions qui se prennent. Mais qu'est-ce qui fait qu'on se dit que Marlène Schiappa s'est fait voler un disque dur alors que je dis que c'est un truc vide, etc. et qu'on a retrouvé deux heures après, ça fait un bandeau BFM. En revanche, Marlène Schiappa naturalise 12 000 travailleurs Covid en première ligne. C'est un peu l'indifférence générale. Qu'est-ce qui fait qu'on hiérarchise l'information de cette manière ? C'est une vraie question.

17:37
Présentateur

Je comprends. Justement, par rapport à ça et par rapport au calendrier médiatique, on a l'impression que Zemmour a un peu posé son calendrier médiatique et que les médias ne parlent que de lui en ce moment. Est-ce que ça fait peur à la majorité présidentielle ?

17:51
Invité

Moi, ça m'interpelle. Tout à l'heure, j'avais un duplex avec une chaîne d'infos. Vous m'avez fait patienter une dizaine de minutes parce que vous avez choisi de diffuser Éric Zemmour en priorité. J'ai écouté ce que disait Éric Zemmour dans l'oreillette à mon grand déplaisir parce que moi, je vais vous dire qu'il ne suffit pas de faire des discours sur la France pour incarner la France. De 16h à 16h15, j'avais une oreillette dans laquelle il me diffusait le discours d'Éric Zemmour. Je me suis dit « Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cet acte de torturer de barbarie ? » Donc oui, ça m'interpelle l'écho médiatique qu'on lui donne.

Et en même temps, je force est de constater qu'il vend des livres.

18:21
Présentateur

Est-ce que ce n'est pas justement les Français qui le publicitent ?

18:24
Invité

Exactement. Moi, je constate qu'il est en tête des ventes de livres à la FNAC, sur Amazon, en GFK, en vente de librairie. Et donc, il y a bien des gens qui font la démarche. Ils n'achètent pas tout seul autant de livres. Peut-être que les premiers, mais pas autant. Donc il y a bien des gens qui font la démarche d'aller acheter son livre et donc qui s'intéressent à ce sujet. Si les médias, quand ils diffusent Zemmour, quand ils font des unes sur Zemmour, ils ne vendaient pas de papier, ils arrêteraient d'en faire. Donc c'est bien qu'il y a un intérêt.

Est-ce que cet intérêt, il est suscité par les médias ou est-ce que ce sont les Français qui s'intéressent et que les médias en font la chambre d'écho ? Je ne saurais pas vous dire.

18:56
Présentateur

Merci beaucoup, Marlène Schiappa. Merci beaucoup d'avoir suivi cette interview. C'était un vrai plaisir. N'hésitez pas à vous abonner, à lâcher un commentaire, à mettre un j'aime. C'était Antonin pour Le Crayon. Salut.