Darmanin-Xavier Bertrand : Guerre déclarée aux musulmans ?
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C'est l'histoire d'une persécution politique et confessionnelle sur fond de compétition pour le pouvoir. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, d'un côté, le président des Hauts-de-Seine, Xavier Bertrand, de l'autre. Deux républicains historiques, deux nordistes, mais surtout deux candidats à une candidature potentielle pour les présidentielles. Le meilleur moyen à droite d'engranger du capital politique en vue d'une échéance électorale serait-il d'attaquer la communauté musulmane. Et dans le nord, justement, ce sont les lycées Averroès ainsi que la mosquée de Villeneuve-d'Ascq qui en font les frais.
C'est le récit de l'enquête que Widat Ketfi a menée pour le Média et c'est pour nous le raconter qu'elle est là avec moi, sur ce plateau accompagné de Mehdi Ziad, avocat de la mosquée de Villeneuve-d'Ascq. Bonjour Widat, bonjour Maître Ziad. Bonjour. Alors je commence par me tourner vers toi Widat pour évoquer l'univers impitoyable, non pas de Dallas, mais du nord de la France. Le nord de la France, dont plusieurs figures politiques locales pensent à la présidentielle 2027 en se rasant. C'est qui ?
Exactement. On peut placer le décor. On a, comme tu l'as dit, Gérald Darmanin et Xavier Bertrand, donc deux candidats, deux potentiels candidats à la future échéance présidentielle 2027. On le comprend plus ou moins à travers ce qu'ils ont fait ces derniers mois, notamment Xavier Bertrand qui s'est rendu en Corrèze cet été. Alors, peu de médias ont parlé de lui. Il s'est rendu en Corrèze. Il a un petit peu évoqué son nouveau parti, son micro-parti Nous France. Darmanin, lui, on a compris ses ambitions présidentielles. Il essaye à la fois avec les députés En Marche de s'imposer un peu comme peut-être le nouvel héritier du parti macroniste.
Et en même temps, il veut incarner, en fait, le candidat de droite qui sauverait les républicains, finalement, qui ont subi leur pire échec avec la candidature de Valérie Pécresse. Alors, pourquoi le Nord ? Parce que le Nord, c'est historique. C'est le parti... Enfin, c'est plutôt la région où on a un fort taux de vote Front National, Rassemblement National. Et ce que veulent ces deux candidats, finalement, c'est récupérer ces voix qu'ils ont perdues auprès d'Éric Zemmour et de Marine Le Pen. Et pour ce faire, ils ont le candidat tout... Enfin, le candidat le plus facile, c'est le musulman de France. Il faut savoir que Xavier Bertrand...
Le punching ball le plus facile, on va dire.
Le punching ball le plus facile...
En fait, ce que démontre ton enquête, c'est que les deux pensent manifestement que pour percer, comme on peut dire, ils doivent donner dégâts sur leur capacité à cogner sur la communauté musulmane du Nord, spécifiquement. Le Nord qui est leur bastion partagée.
Pourquoi le Nord ? Parce qu'on a Xavier Bertrand, par exemple, qui est élu sur la base de 16% des inscrits. J'aime bien utiliser ces chiffres-là, parce que c'est aussi raconté, finalement, 66% d'abstention dans le Nord. Ça permet à un candidat comme Xavier Bertrand d'exister aujourd'hui et d'utiliser l'appareil de l'État pour, finalement, donner des gages à ces gens qui votent pour lui. Et de dire, voilà... Quand on l'accuse... En fait, on a accusé Xavier Bertrand de complaisance avec l'islamisme. Quand je dis « on », ça commence comme ça. Voilà, ça commence comme ça. Ce n'est pas nous, c'est, bien sûr, les militants du Rassemblement national.
Donc, on l'accuse de complaisance vis-à-vis de l'islamisme. Et lui, au lieu de répondre comme un homme politique normalement constitué, c'est-à-dire « moi, je suis un homme politique, je suis le président d'une région, et la région, c'est la région de tous les concitoyens, y compris les concitoyens de confession musulmane », non, ce n'est pas ce qu'il fait, lui. Lui, ce qu'il fait, c'est « ah non, non, non, non, attendez, moi, je ne suis pas du tout complaisant avec personne, non, non, non, je n'ai rien à voir avec les musulmans ».
Et ça commence avec ce fameux tract qui est un tract diffamatoire, qui est effectivement un tract problématique, islamophobe, où on met des personnes de confession musulmane comme si c'était la peste et le choléra, et où on met des photos de Xavier Bertrand en disant « voilà, les six péchés islamistes de Xavier Bertrand ». Donc, Xavier Bertrand, derrière…
C'est un truc qui vient de la sphère de Damien Rieux, tout ça ?
Tout à fait, c'est l'extrême droite, déroulant islamophobe, l'extrême droite, qui publie ce tract-là. Et suite à ce tract-là, Xavier Bertrand porte plainte, mais il met un point d'honneur à dire « ah non, non, non, attention, moi, je n'ai rien à voir avec ces gens-là, je me désolidarise totalement de ces personnes-là ». Et ça, c'est un peu la stratégie aujourd'hui des candidats de droite. C'est-à-dire qu'on n'incarne plus, en fait, la position plus ou moins gaulliste de dire « voilà, on est rassembleur et on essaie de faire consensus avec toute la communauté, quelle qu'elle soit la communauté française, qu'elle soit de confession musulmane ou pas ».
Là, on se désolidarise tout de suite des musulmans. Et je dis bien musulmans, parce que ce n'est pas d'islamistes dont il est question, mais c'est clairement des musulmans. Donc, pour revenir sur cette histoire, parce que c'est une histoire quand même qui est compliquée, c'est une histoire à tiroir, il y a une histoire dans l'histoire.
Justement, on va entrer dans le fond de l'enquête que tu nous as offerte aujourd'hui et qui est disponible sur le site lemédiatv.fr. On commence d'abord par les persécutions subies par le lycée Averroès. C'est quoi ce lycée et qu'est-ce que l'État lui reproche ? L'État d'un côté et la région de l'autre.
Tout à fait. On a d'un côté la préfecture et de l'autre côté la région. Donc, le lycée Averroès, c'est un établissement privé musulman. C'est l'un des rares à être sous contrat. C'est-à-dire que moi, j'ai appelé le ministère de l'Éducation nationale pour savoir combien de lycées privés musulmans sont sous contrat. Donc, il n'y a pas les chiffres officiels, bien sûr, puisqu'ils me disent que ce n'est pas légal de fournir les statistiques, ce qu'on appelle des statistiques ethniques. En revanche, quand on regarde le rapport de la Cour des comptes, on voit que 96% des établissements privés sont des établissements catholiques.
On n'a pas la liste des établissements musulmans, mais a priori, il y en a deux. Donc, deux.
Notamment le lycée Averroès, qui a de très bons résultats. C'est une success story, comme on dit.
Exactement. Et donc, ce lycée Averroès, qui est un des deux établissements sous contrat, c'est le lycée qui a été le meilleur lycée de France en 2013, qui a reçu des médailles de l'excellence de la région, qui a 100% de réussite scolaire, de réussite au bac chaque année, avec des taux de 70% de mention. Donc, c'est un lycée de l'excellence. À côté de ça, on a ces deux candidats. Et on a ce lycée qui est un peu le trophée de Koh-Lanta. C'est-à-dire qu'il faut qu'on ait ce trophée et qu'on puisse mettre ce lycée comme bilan de ce qu'on a réussi.
La destruction de celui que c'est, comme bilan.
Exactement. Et donc, on a d'un côté Xavier Bertrand, en 2019, qui décide de ne pas donner la subvention qu'il doit donner. C'est-à-dire que normalement, ce n'est pas son choix personnel. C'est-à-dire que c'est une subvention qui est légale. Il est obligé de la donner. Les gens payent des impôts. Les Français de confession musulmane payent des impôts. Et donc, lui, il n'a pas à décider qui a le droit ou pas à une subvention qui est conventionnée par l'État. Donc, il refuse. Le lycée porte plainte. Le lycée gagne une première fois. Il refuse encore. Donc, à quatre reprises, le lycée gagne.
À quatre reprises, donc, il se fait rebelle aux institutions de la République, à la justice de l'État.
C'est-à-dire qu'il se pourvent en cassation à chaque fois. Le Conseil d'État donne raison au lycée. Et à chaque fois, il refuse. Donc là, on est quand même dans l'illégalité. Moi, ce que je dis dans l'enquête, c'est que c'est quand même un scandale d'État. C'est-à-dire qu'on a une personne qui utilise l'appareil de l'État et l'institution parce qu'il a des velléités, finalement, en tant que potentiel futur candidat et qu'il a besoin d'un bilan à présenter à ses futurs électeurs.
D'un bilan islamophobe. Je me tourne vers vous, Maître Ziad. Vous êtes l'avocat du président de la mosquée de Villeneuve d'Asque, qui est dans l'œil du cyclone, depuis une affaire de dotation, de donation venue d'une ONG Qatari. Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui arrive en parallèle à cette affaire à la mosquée de Villeneuve d'Asque ?
Écoutez, les dirigeants de la mosquée de Villeneuve d'Asque sont poursuivis depuis le mois de mai 2023 pour un certain nombre d'infractions. Une a particulièrement attiré notre attention. Au départ, il s'agissait de l'exercice illégal de la profession de banquier, une infraction qui a ensuite été requalifiée en abus de confiance.
Oui, mais j'aimerais vraiment qu'on revienne sur cette histoire de l'exercice illégal de la profession de banquier parce qu'on a l'impression que, voilà, dans des endroits sombres, on prête de l'argent entre deux prières. Qu'est-ce qui s'est passé ?
En réalité, ce qui s'est passé, c'est que la mosquée de Villeneuve d'Asque, qui, je le rappelle, est une des associations qui a fondé le lycée Averro-S, a apporté son aide financière par le biais de prêts qui ont été consentis au lycée Averro-S. Et ces prêts ont été consentis. Pour la plupart, ont été remboursés. Et ça a été un point qui a été relevé par les enquêteurs qui, d'abord, comme je l'ai indiqué, a été qualifié d'exercice illégal de la profession de banquier pour ensuite être qualifié en abus de confiance.
Pourquoi ils ne sont pas allés loin dans cette première tentative de mise en cause ?
Pour l'exercice illégal de la profession de banquier, en réalité, on a tout simplement indiqué au procureur de la République qu'il y avait un article du Code monétaire et financier qui présentait une exception et qui permettait aux associations à but non lucratif de consentir des prêts entre elles.
J'ajoute que cette pratique de prêts entre associations, elle est généralisée en France. C'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose d'exceptionnel. Tous les jours, ça arrive. C'est assez important de le dire parce que juste penser à cela pour inculper, mettre en examen quelqu'un ou bien l'accuser, c'est quand même assez particulier parce que c'est une pratique quotidienne.
J'irai encore plus loin. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il ne faut pas oublier le lien qui existe entre l'association de Vinodasque et le lycée Averroès. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si on rentre dans le détail, plus de 90% des donateurs de l'association de la mosquée de Vinodasque sont également des donateurs du lycée Averroès.
Donc ils viennent au service de leur œuvre d'une certaine manière. Exactement. C'est ce qui se passe. Donc ils ont dit, finalement, effectivement, on ne peut pas les accuser d'exercice illégal de la profession de banquier, mais il y a de l'abus de confiance.
On va requalifier ça en abus de confiance. Et je rappelle, l'abus de confiance, c'est le fait pour une personne d'utiliser des biens ou des fonds qu'on lui a confiés dans un autre but que celui pour lequel on les lui a confiés au départ. Et pour ces fonds qui étaient à la disposition de l'association de la mosquée de Vinodasque, eh bien, il n'y a pas de difficulté, selon nous, parce que les différents prêts ont fait l'objet d'une communication dans le cadre de la présentation des comptes annuels. Il n'y a pas de difficulté de ce point de vue-là.
En gros, les personnes qui auraient été victimes de l'abus de confiance étaient tout à fait au courant de la transaction. – Manifestement, oui. – OK. Et donc, où on en est aujourd'hui ? Quel est le statut juridique de cette association religieuse dans le nord de la France aujourd'hui ? – De la mosquée de Vinodasque ?
– Oui, absolument. – Écoutez, son statut juridique, en tout cas, ce qu'on peut dire, c'est qu'elle n'a pas été inquiétée en tant que telle dans le cadre de la procédure, ce qui est particulièrement surprenant, parce que l'on reproche à ses dirigeants un certain nombre de faits, principalement des faits qui ont été validés par un conseil d'administration, la grande partie du temps soumise à l'Assemblée générale, et aujourd'hui, c'est uniquement les dirigeants qui sont poursuivis pour des faits qui, d'après le déroulement des décisions, devraient plutôt être imputables à l'association qu'aux dirigeants.
On peut peut-être revenir justement sur ce qui s'est passé vis-à-vis de la mosquée de Villeneuve d'Ascq, c'est-à-dire que c'est une... Ça démarre avec une demande de subvention et ça se finit en contrôle judiciaire, c'est-à-dire que c'est une demande de subvention...
La mosquée fait une demande de subvention à la région, à la préfecture, à l'État central.
Voilà, la mosquée fait une demande de subvention, mais précise, c'est une demande de subvention sur la sécurité, c'est-à-dire pour assurer sa sécurité, et c'est tout à fait légal, c'est dans le cadre d'un financement de la sécurisation des lieux sculptes. Donc elle fait cette demande et cette demande, elle l'est refusée. Voilà, fin de l'histoire. Normalement, on ferme le dossier et voilà. Non, ce qui se passe, c'est que le nouveau préfet qui a été nommé par Gérald Darmanin, qui était anciennement le préfet de Seine-Saint-Denis, décide de... À tout prix, il veut à tout prix trouver quelque chose pour inculper la mosquée de Villeneuve d'Ascq.
Donc il remonte dans tous les dossiers et il remonte dans ce dossier. Il se rend compte que dans la demande du dossier, ah, mais attendez, dans ce dossier-là, on n'a pas rempli quelque chose, je ne sais pas exactement, vous pouvez nous préciser, mais il manque une case, il y a une case qui n'a pas été remplie, c'est de la tentative d'escroquerie. Pour résumer, je laisse que monsieur l'avocat pour le...
Je vais juste préciser un élément, c'est qu'en réalité, cette demande, elle a été faite sous la responsabilité du préfet précédent, qui a tout simplement indiqué que les conditions n'étaient pas réunies, et plus d'un an plus tard, lorsque le nouveau préfet arrive en responsabilité, là, on a ce préfet qui décide de réétudier le dossier, ce qui est déjà particulièrement surprenant.
Réétudier un dossier fermé.
Réétudier un dossier fermé, qui a été fermé plus d'un an auparavant, et qui décide de déposer plainte pour tentative d'escroquerie. On reproche en réalité à la mosquée de ne pas avoir indiqué l'intégralité de ses comptes, de ne pas avoir donné son bilan de manière exhaustive, alors qu'en réalité, ce qu'on lui demandait, c'est uniquement un budget de fonctionnement. Voilà. Donc, on demande un budget de fonctionnement, on donne un budget de fonctionnement, et ce qui nous est reproché, c'est de ne pas avoir donné un bilan qui indiquait un poste sur lequel figurait le résultat d'un certain nombre de collecte pour l'extension du centre islamique de Villeneuve-d'Asc.
Et puis, en général, quand on fait une demande de subvention, si la préfecture n'est pas d'accord, elle demande un complément d'information. C'est-à-dire qu'elle dit non, mais là, vous avez fourni le budget de fonctionnement, on aimerait avoir plus d'informations.
Mais là, tout de suite, ils ont tapé.
Tentative d'escroquerie.
Alors, Hidet, à propos de ces affaires, est-ce qu'il n'y a pas un lien quand même entre les déconvenus de ce lycée d'excellence qui gêne et les déconvenus de la mosquée de Villeneuve-d'Asc ?
Mais bien sûr, c'est-à-dire que tout est imbriqué. Le lycée a été fondé en partie par la mosquée de Villeneuve-d'Asc et la mosquée de l'Île-Sud. Évidemment qu'il y a un lien entre... Surtout qu'on reproche finalement à la mosquée d'avoir prêté de l'argent au lycée. Rappelons-le... Au lycée
que l'État tentait d'affamer.
C'est-à-dire un lycée qui n'avait pas les subventions légales auxquelles il avait droit. Donc on a bien sûr une histoire qui est imbriquée. Mais j'ai l'impression qu'on a aussi une volonté de jeter l'anathème sur les structures musulmanes du Nord. C'est-à-dire on met des mots-clés parce que cette histoire elle est compliquée à comprendre. Pour la comprendre il faut vraiment lire les articles poser les questions essayons. Et d'ailleurs sur les articles on a tout et n'importe quoi. C'est-à-dire que j'ai par exemple lu un article de La Voix du Nord qui parlait d'un emprunt de la part de la mosquée vis-à-vis du lycée. C'est totalement faux. Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Donc on a un mélange des genres parce que c'est une histoire compliquée à comprendre encore une fois. Et on a l'impression finalement que c'est quelque part la volonté aussi de l'institution de jeter des mots-clés et des éléments de langage.
Beaucoup de mots-clés et beaucoup d'éléments de langage.
On a abus de confiance, tentative d'escroquerie, des mots qui quand on les met à côté d'une structure musulmane. Évidemment, ça fait écho. C'est-à-dire qu'on se dit
« Ah, bizarre ! »
C'est bizarre ! Une mosquée, tentative d'escroquerie, etc. Bon, allez, c'est bon. Cette mosquée... Enfin, c'est ce qu'on se dit.
C'est ce qu'on se dit parce qu'effectivement, on est, disons, habité par un certain nombre de vocabulaire médiatique de la stigmatisation. Mais, Ziyad, on a parlé d'une affaire de donation venue d'une ONG Qatari et qui a créé des problèmes juméraires quand on s'apesantisse là-dessus. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Déjà, une première chose. Ce qu'il faut savoir, c'est que dans le financement de la mosquée de Villeneuve-Dasc, une très grande partie, je dirais 90% du financement, est collectée vis-à-vis des membres et des adhérents de la mosquée. Donc ça, c'est une première chose. C'est-à-dire que... Qui est une association culturelle. Qui est une association culturelle. Donc 90% du financement provient des adhérents. Dans le cadre des projets qui sont ceux du centre islamique de Villeneuve-Dasc et notamment la construction de la mosquée, bien sûr, un appel à la générosité a été fait et l'ONG Qatari a été sollicité. Qui s'appelle ? Qui s'appelle Qatar Charity.
Et donc, un don a été consenti par Qatar Charity. Et aujourd'hui, c'est un don d'à peu près un million d'euros. D'accord ? Sur plusieurs dons. Dont ne se cache absolument pas le président de l'association. C'est-à-dire qu'on a le président de l'association qui, en 2016, lorsqu'il est interrogé par la Voix du Nord, indique qu'effectivement une grande partie du financement provient des membres et des adhérents de l'association. Mais il indique également qu'il y a des financements qui proviennent de l'étranger. Sans en cacher la provenance. Et il le dit de manière complètement naturelle. ça, c'est en 2016. En 2019, vous avez des journalistes qui sortent un livre, les Qatar Papers, et qui...
Christian Chéineau et Georges Malbrunot. Exactement. Et qui sortent cette information comme s'il s'agissait d'un scoop. Alors que trois ans auparavant, de manière complètement transparente, le président de l'association communiquait naturellement là-dessus. J'attire l'attention... C'est une période
où la France vit le grand amour avec le Qatar. C'est-à-dire que c'est... C'est quelque chose qu'il faut noter, Houdette. C'est-à-dire, dans ton article, tu évoques une forme d'hypocrisie parce que le Qatar a donné... Enfin, une ONG Qatarie a donné un million d'euros à une mosquée, mais elle a arrosé de nombreuses structures françaises, notamment le Parti Saint-Germain, à des hauteurs plus élevées.
C'est... C'est... Un million d'euros pour une mosquée.
Un million d'euros sur un budget d'entre 5 et 6 millions d'euros.
C'est 6 millions d'euros pour des fontaines sur les Champs-Elysées. 6 millions d'euros venus du Qatar pour rénover des fontaines sur les Champs-Elysées. Pour la ville de Paris. Pour la ville de Paris. On a... Enfin, c'est 800 millions d'euros le budget du PSG. Donc, le Qatar, c'est aussi, encore une fois, on jette l'anathème, c'est-à-dire qu'on met Qatar, argent, financement. On n'a même pas besoin de formuler une phrase avec sujet, faire complément. On a compris ce qu'on voulait dire. Et là, il y a une forme d'hypocrisie parce que, qu'est-ce qu'on veut dire ? Est-ce que c'est légal ou pas ? Sur le plan juridique, c'est légal. Donc, qu'est-ce qu'on dit ? Qu'est-ce qu'on veut ?
La légalité, à cette période, c'est une pratique habituelle en France de taper à la porte du Qatar et de ses fondations pour avoir de l'argent.
En fait, ce qui est hypocrite, c'est qu'on a l'impression que le Qatar, lorsqu'il finance des fontaines sur les Champs-Elysées, ce n'est pas grave. C'est bien. Chantiser la rue la plus riche de tout Paris, ce n'est pas grave. Mais en revanche, lorsqu'ils essayent d'aider une population, je rappelle que les Hauts-de-France, c'est l'une des régions les plus pauvres de France. Donc, lorsque cet argent-là va bénéficier à des personnes qui sont pauvres, là, ça pose problème. C'est un peu ça, en fait, finalement, dont on se rend compte.
Donc, soit l'argent du Qatar, il est interdit pour tout le monde, y compris pour Mbappé, ou soit on estime que l'argent du Qatar, finalement, la France, on en a besoin. Et auquel cas, tout le monde peut en profiter. Parce que ça profite toujours au même, j'ai l'impression.
J'irai même un peu plus loin, en réalité, avant de me présenter à votre émission. J'ai fait quelques recherches. Et ce qu'il faut savoir, c'est que les fondations qataris sont également les associés de l'État français dans un certain nombre de fleurons d'industries françaises. C'est-à-dire que vous avez de l'argent qataris dans le capital de Total, dans le capital de Vinci, dans le capital d'un certain nombre de fleurons où vous trouvez également au sein de ce capital l'État français. C'est-à-dire que le Qatar est associé de l'État français.
La vraie problématique là-dedans, c'est que lorsqu'on évoque les financements qui viennent de l'étranger, on profite d'un amalgame et on entretient cet amalgame. En réalité, il y a un certain nombre de notions qui sont jetées comme ça en pâture. Je vais vous donner quelques exemples. On dit très souvent que le centre islamique de Villeneuve-Dasque ou le lycée Averroës est affilié aux frères musulmans. Ce qui est complètement faux. Personne n'est affilié aux frères musulmans. On ne leur a jamais posé la question d'ailleurs à ces différents dirigeants et on vient leur coller une étiquette dessus.
Selon Darmanin, Benzema est aussi affilié aux frères musulmans.
Oui, c'est-à-dire qu'on a des mots comme ça qui privent le lecteur de toute raison et de toute faculté de discernement. L'autre élément aussi, et vous pourrez le vérifier, lorsque l'on parle aujourd'hui de retirer ou de résilier le contrat entre le lycée Averroës et l'État. Eh bien, vous verrez dans tous les articles qui reprennent cette information, tous. on vous dit que cette décision a été accélérée par l'attentat qui a été perpétré à Arras, l'attentat qui a été perpétré à Bruxelles et ça, on participe à cet amalgame.
C'est-à-dire, mais quel est le rapport entre ce lycée Averroës qui, je le rappelle, est placé dans une zone assez difficile, on parle de la banlieue de l'île, et qui arrive à se placer dans les meilleurs lycées de France. C'est quand même une performance à double titre.
Entre ce lycée donc, qui est une belle réussite et le terroriste.
Le lycée Averroës qui est une belle réussite, qui, en réalité, démontre l'intégration de la communauté musulmane, parce que, je le rappelle, et il faut le préciser, c'est que le programme qui est enseigné au lycée Averroës, c'est le programme de l'éducation nationale.
Bien sûr.
Mais il faut le rappeler, parce que j'ai l'impression que c'est quelque chose qui échappe à nos concitoyens lambda. Et puis,
il y a une donnée qui est intéressante aussi, c'est que les établissements privés ont, en général, ce sont des établissements pour des personnes qui ont les moyens, puisque ce sont des établissements qui sont payants. En général, on a 11,8% d'élèves boursiers dans un établissement privé. Le lycée Averroës a 60% de boursiers. Donc, c'est aussi quelque chose d'intéressant, c'est-à-dire de voir une population qui n'est pas riche, accéder à un enseignement d'excellence aujourd'hui.
L'enseignement d'excellence qui aurait quand même dû être donné par l'école publique. Mais bon, dans l'état actuel des choses,
c'est une évidence.
Dans l'état actuel des choses, voilà, c'est une chance qui est donnée à une population, disons, de classe moyenne inférieure ou pauvre, tout simplement.
Exactement, et qui derrière forment finalement une élite française. Et ça, je pense que monsieur peut en témoigner aussi. Et quel est le message qu'on veut faire passer aujourd'hui ? Quel est le message que veut faire passer la préfecture ? Quel est le message que veut faire passer la région ? Et quel est le message que veut faire passer l'État aujourd'hui vis-à-vis d'une population qui est quand même aujourd'hui symboliquement, qui représente un peu l'excellence des citoyens de confession musulmane en France ? Quel est le message qu'on veut faire passer ?
Alors, je voudrais qu'on revienne quand même sur Gérald Darmanin et Xavier Bertrand. Gérald Darmanin n'est pas impliqué directement dans cette chasse aux sorcières. Il est impliqué via les préfets. Il peut dire qu'en réalité, ce n'est pas lui, que c'est l'administration préfectorale de manière indépendante qui décide de regarder de plus près un certain nombre d'associations.
Gérald Darmanin, il est quand même impliqué dans beaucoup de choses. L'ensemble de son œuvre vise quand même la communauté musulmane depuis qu'il est en poste, notamment avec la loi contre les séparatismes, les clirs, etc. Là, il a nommé quand même un loyal serviteur à la préfecture. S'il s'en dédouane, ce serait bizarre parce que je pense qu'au contraire, il s'en vanterait plutôt qu'autre chose.
aujourd'hui, juste par rapport à votre remarque et fondée, effectivement, on ne voit pas forcément de lien entre M. Darmanin et le préfet des Hauts-de-France. J'attire juste l'attention sur un tweet qui a été publié sur X par le préfet des Hauts-de-France qui indique avoir mis en œuvre l'article 40, un signalement à l'encontre de mon client, le président de la mosquée du code de procédure pénale, c'est-à-dire l'article qui indique que lorsqu'un fonctionnaire découvre une infraction, il est obligé de le signaler au procureur de la République. Et le préfet a fait un tweet en ce sens pour signaler un prêche qui avait été donné par le président de la mosquée de Villeneuve-Dasque en 2014.
Et dans ce tweet, il indique que ce signalement a été fait sur la demande du ministre de l'Intérieur.
Donc c'est un lien évident qui s'établit ainsi ?
C'est un lien évident sur le tweet de 2014, sur le tweet de la vidéo de 2014 et évidemment pour le reste, on ne fait que deviner ce qu'il se passe sans coulisses.
Alors, ce qui frappe, c'est tout de même la rébellion du préfet, donc du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et du président du Conseil régional, Xavier Bertrand, face à des décisions de justice et même du Conseil d'État. Parce que ce qu'il faut dire, c'est qu'à plusieurs reprises, la justice a donné raison aux institutions visées par l'État sans résultat.
Moi, je me tourne vers M. l'avocat. Est-ce que c'est normal aujourd'hui qu'un représentant puisse refuser d'appliquer une demande du tribunal ?
Il faut d'abord qu'on évoque précisément de quoi il s'agit.
Alors, c'est la subvention dont bénéficie le lycée Averroès depuis qu'il est sous contrat avec l'État que le président de la région refuse de donner depuis 2019. Depuis la diffusion de ce fameux livre de Qatar Papers et ces fameuses révélations qui n'en sont pas puisque, en toute transparence, ça avait déjà été expliqué. Et donc, il décide à partir de 2019 de ne plus attribuer cette subvention. Le tribunal lui demande de donner cette subvention puisque le lycée saisit la justice et il refuse d'appliquer l'ordonnance du tribunal.
Y compris quand ça vient du Conseil d'État. Alors, est-ce que c'est bien légal tout cela ?
Écoutez, en réalité, il faut rentrer dans le détail du droit administratif et ce qu'il faut comprendre, c'est que lorsqu'on saisit le tribunal administratif ou le Conseil d'État, on fait un procès à un acte. Donc, ce qui est contesté, c'est la décision. Et là, ce qui a été contesté à différentes reprises, c'est la décision de ne pas donner la subvention. Donc, chacun son point de vue. On arrive avec les deux points de vue devant le tribunal administratif et le lycée Averroès obtient gain de cause et le tribunal administratif indique que la décision qui a été prise par la région est illégale.
La région saisit le Conseil d'État qui confirme la décision du tribunal administratif qui vient dire qu'effectivement, la décision de ne pas donner la subvention est illégale. Maintenant, ce qu'il faut savoir, c'est que très rares sont les cas où le tribunal administratif ou le Conseil d'État peut enjoindre une institution, une administration à agir d'une certaine manière. D'accord ?
Donc, voilà la petite subtilité qui fait qu'aujourd'hui, on se retrouve quand même dans une situation qui est ubuesque dans le sens où Xavier Bertrand, on peut dire qu'il part d'une bonne intention au départ, de dire, ben voilà, il y a des financements, on ne comprend pas trop d'où ça vient, donc je ne donne pas la subvention, c'est tranché par le tribunal administratif, théoriquement, il devrait suivre la décision et du tribunal administratif et du Conseil d'État. D'autant que, en réalité, cette situation-là vient mettre le lycée Averroès dans une situation de trésorerie un peu tendue et c'est là qu'interviennent les fameux prêts de la mosquée de Villeneuve-Dasc. Qui sera punie, finalement,
on a l'impression qu'elle est punie pour avoir sauvé ce lycée.
En réalité, ce qui se passe, c'est qu'on met le lycée Averroès dans une situation de trésorerie très tendue. La mosquée de Villeneuve-Dasc, qui est un de ses fondateurs, bien sûr, participe, consent des prêts pour permettre au lycée de sortir de cette situation de trésorerie tendue et ensuite, ce qu'on fait, c'est qu'on vient reprocher à la mosquée de Villeneuve-Dasc d'être intervenu pour aider le lycée à faire face à ses échéances. Parce que, je le rappelle, les échéances du lycée, c'est de payer ses salariés et de faire fonctionner le lycée. Donc voilà, en réalité, il y a eu plusieurs prêts qui ont très vite été remboursés.
Il y a certains prêts qui doivent encore être remboursés, mais c'est, selon nous, le fonctionnement normal d'un groupe d'associations qui poursuivent le même but.
Absolument. Huidal, le 27 novembre prochain, les dirigeants du lycée Averroës sont convoqués par la préfecture des Hauts-de-France. Que risque le lycée ? Est-ce que tu penses que l'État va résilier le contrat d'association qui le lie au lycée Averroës depuis 2008 et donc mettre d'une manière ou d'une autre fin à cette aventure éducative ?
Je ne peux pas me prononcer parce que je ne sais pas. Tout est possible aujourd'hui, malheureusement. Tout est possible. C'est-à-dire qu'on a donné les pleins pouvoirs à la préfecture par la voie de cette loi séparatisme. J'imagine que des recours seront possibles. Mais si c'est le cas, ce serait une énorme erreur.
Tu reviens à plusieurs reprises sur la loi séparatisme. Tu penses que c'est un instrument aujourd'hui qui peut servir à toutes les persécutions ?
Mais bien sûr. Bien sûr. Pourquoi ? Bien sûr. Parce que c'est... Alors, avant le vote de cette loi, il y avait eu des enquêtes qui démontraient que l'institution persécutait les structures musulmanes avec... L'État. L'État persécutait les structures musulmanes avec des notions de sécurité. C'est-à-dire, allez, on va regarder si il y a... Si on a respecté les normes de sécurité, etc. Parce que c'était le truc le plus facile pour faire fermer des mosquées. Avec le...
Genre les inspecteurs.
Les extracteurs. Est-ce que les normes... Les sorties de secours. Voilà. Est-ce que les normes de sécurité ont été respectées, etc. Effectivement, ce n'était pas toujours le cas. C'est une erreur puisqu'il faut respecter les normes de sécurité. Donc, c'est une erreur qui est en train d'être améliorée, etc. Mais en tout cas, c'était par cette voie-là qu'on essayait de fermer des structures pour des raisons politiques. C'est-à-dire, je ne suis pas d'accord avec cette mosquée. Attendez, je vais aller voir si elle est un extincteur pour la faire. c'est caricatural, mais c'est exactement comme ça que ça se passait.
Avec le vote de la loi contre les séparatismes, on a ouvert les vannes, c'est-à-dire que n'importe quel préfet peut fermer sur n'importe quel motif. On l'avait vu, notamment avec la mosquée de Pessac, sur la base de tweets, de posts sur Facebook, de partages de posts sur Facebook. Ah, on ferme la mosquée. C'est-à-dire que ça devient la porte ouverte aux dérives islamophobes vraiment très, très dangereuses. Et il y a eu une enquête de Mediapart qui racontait comment les services de l'inspection du travail avaient été sollicités par le ministère pour aller cibler des commerces appartenant à des personnes de confession musulmane. Donc là, ça dépasse encore l'entendement.
C'est-à-dire qu'on demandait alors, est-ce que vous pouvez aller contrôler un barbier tueur, c'est clairement dit comme ça, un kebab, une entreprise, voilà. Et là, on utilise l'appareil de l'État pour persécuter, mais pas n'importe qui, c'est-à-dire des musulmans, entre guillemets, je n'aime pas ce terme, mais intégrés. C'est-à-dire, ce sont des personnes qui ont des commerces, des personnes qui ont des structures, des structures associatives. Donc là, qu'est-ce qu'on veut ?
Taper la classe moyenne montante.
C'est exactement ça.
Et là, ça devient très, très ambigu dans les motivations politiques de mettre
juste une précision là-dessus. En réalité, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que vous avez deux types de sanctions en France. Vous avez la sanction judiciaire et la sanction administrative. La sanction judiciaire, elle arrive a posteriori. C'est-à-dire que d'abord, on étudie, on enquête et ensuite, c'est tranché par un tribunal ou un juge. La différence avec la sanction judiciaire, c'est que la sanction administrative, elle bénéficie du principe du préalable. C'est-à-dire que l'administration peut sanctionner de manière, sur la base de son propre jugement et ensuite, il appartient aux citoyens de contester cette décision.
Et on se retrouve souvent dans des situations où le temps de contester la décision et compagnie, on affame la personne, c'est-à-dire que... La femme ou l'organisation. Exactement. La femme, pardon, la personne ou l'organisation. La société, voilà. Et donc, c'est un moyen particulièrement efficace. Et lorsqu'on parle de la loi des séparatismes, en réalité, donner ces outils à des préfets ou à des autorités administratives, ça vient permettre de donner beaucoup plus d'efficacité dans les sanctions qui sont prises par les préfets. Et donc, c'est beaucoup plus dangereux lorsque ces sanctions sont injustifiées ou prises à mauvaise estion.
Surtout lorsqu'on nomme des préfets comme par exemple Lydia Guirous qui a été nommée à la préfecture. Lydia Guirous qui est ? Qui est une amie de Gérald Darmanin, très connue pour des positions islamophobes, militante très connue pour des positions qui sont islamophobes. Et qui ne fait pas
partie du corps de la préfectorale.
Qui ne fait pas du tout partie du corps de la préfectorale et qui est devenue préfet de Gironde, si je ne dis pas de bêtises. Et quand on voit qui est nommé parce que le président ou le ministre peut nommer tout le monde et n'importe qui. Donc là, on nomme des personnes qui n'ont... Est-ce qu'elles ont les compétences pour effectuer ce poste-là ? Je ne sais pas. Je ne le crois pas. Et on nomme finalement des alliés de la ligne politique de Gérald Darmanin. Et ce qui est inquiétant encore une fois, c'est que là, on vise des personnes encore une fois, désolé du terme, intégrées.
Maître Ziat, en tant qu'avocat et donc personne qui croit dans le droit, qu'est-ce qui vous marque le plus dans cette affaire ou ces affaires qui se rencontrent ?
Pour être tout à fait transparent avec vous, moi, ce qui me marque le plus, je vais vous le dire, ce n'est même pas en ma qualité d'avocat, c'est en ma qualité de citoyen. Je constate aujourd'hui qu'un certain nombre de responsables politiques ont compris le fonctionnement des réseaux sociaux et à la place de faire appel à la raison, font plutôt appel à l'émotion. Et aujourd'hui, on a un réel risque de fracturation de notre société. C'est-à-dire qu'on est en train de parler de nos concitoyens. On est en train de parler de nos concitoyens de confession musulmane, mais aussi de ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui ont d'autres croyances.
Et on vient déstabiliser un tissu qui s'est mis en place, qui essaie d'émerger de manière complètement honnête pour une volonté qui est complètement politique. Je vous le dis, dans le dossier dans lequel nous sommes, je parle de M. Mohamed Kerat, mais aussi des quatre autres prévenus, c'est des personnes qui n'étaient absolument pas connues des services de police, des personnes qui sont très respectables, de qui on vient casser la porte à 6 heures du matin pour venir faire une perquisition et ensuite les jeter en pâture et jeter l'opprobre sur ces personnes-là. Ce que je veux dire, c'est qu'on a ici des personnes qui sont des victimes collatérales et qui, pourtant, M.
Kerat est président de l'association de la mosquée de Vinovdas depuis 20 ans. Il a fait un travail remarquable. C'était une association qui faisait des prières dans un petit local. Aujourd'hui, grâce à la mobilisation de l'ensemble des adhérents, c'est devenu une magnifique mosquée qui se chauffe à la géothermie, qui organise un certain nombre de rencontres avec les communautés catholiques, avec les communautés juives. Il y a quand même un certain travail de fond qui est fait, une mobilisation de très nombreux citoyens et ce travail-là est complètement cassé. On renvoie une image qui est biaisée aux autres concitoyens et on ne comprend pas trop le but en réalité.
Et en plus, certains médias s'y mêlent. En fait, on a pris contact avec Guidel pour cette enquête après avoir vu cet article du Figaro. L'État frappe les frères musulmans au portefeuille, un article de mai 2023, avec beaucoup de clichés. On montre des gens qui lisent le Coran, on parle de fonds de dotations douteuses liées à l'islam politique. En fait, on crée tout un univers fantasmatique autour d'une partie de la communauté nationale. C'est exactement
ce que je vous disais. Là, le titre, c'est « L'État frappe les frères musulmans ». C'est-à-dire qu'on parle des frères musulmans alors qu'en réalité, il s'agit d'associations républicaines qui participent à la cohésion de la communauté. Quand je parle de la communauté, je parle de la communauté française sur le territoire qui se donne pour objectif d'éduquer les jeunes. Aujourd'hui, le lycée Averro-S, c'est un lycée qui se trouve à l'Île-Sud, donc une banlieue de l'Île et qui éduque les jeunes au principe républicain. Je tiens à le rappeler et c'est ce lycée-là qu'on attaque.
Je vais te donner le mot de la fin. Qu'est-ce que tu retiens de cette enquête et qu'est-ce que tu dirais à ceux qui nous regardent là pour les convaincre d'aller lire ? C'est une enquête longue, bien détaillée. Pourquoi ce sujet est un sujet d'importance, ce n'est pas seulement un sujet communautaire ?
Alors, c'est important d'aller la lire parce qu'on a détaillé, on a essayé d'expliquer de manière pédagogique encore une fois une histoire à plusieurs tiroirs. C'est-à-dire que c'est compliqué. Il ne faut pas juste regarder, enfin nous écouter là parce qu'on a essayé de résumer mais c'est quand même assez complexe. Il faut faire très attention à la communication autour de ces histoires parce que je pense, tu demandais quel était l'objectif, j'ai l'impression que c'est ça l'objectif.
Créer du flou, jeter des anathèmes, semer le trouble en fait auprès d'une communauté finalement qui essaye juste de vivre, de mettre en avant le vivre ensemble et on s'interroge vraiment sur les objectifs à la fois de Xavier Bertrand, de Gérald Darmanin mais de manière générale en fait de ceux qui nous gouvernent. Tu parlais de, enfin tu parlais pardon de, redis-moi le titre. Le Figaro,
l'État frappe les frères musulmans au portefeuille. C'est la version du Figaro, la version du Média est sur son site internet.
C'est très drôle, j'ai envie de dire quel culot, quel culot de parler de portefeuille quand on connaît les affaires de malversation, de conflits d'intérêts, de corruption, de rang l'argent, de Fillon, enfin je veux dire la première partie elle était quand même assez intéressante, la première partie de l'émission pardon, elle était quand même assez intéressante. Le fonds Marianne, où est l'argent du fonds Marianne, où est l'argent des Français ?
Donc c'est facile de jeter un peu l'opprobre sur la communauté musulmane en parlant de portefeuille mais quand même soyons sérieux sur ces accusations-là, s'il y a des malversations, il faut les condamner, clairement, et de toute façon ça ne fait absolument pas partie de l'éthique musulmane, donc il faut les condamner clairement, mais en revanche, quel culot de venir donner des leçons de malversation à la communauté musulmane de France ?
Merci Houdet, je rappelle le titre de ton article « Islamophobie, la bataille du Nord » à lire sur le site du Média, lemediatv.fr. Merci à vous, Maître Médiziat, avocat du président de la mosquée de Villeneuve-Dasque, et merci à vous de nous avoir regardé. Sous-titrage ST' 501
Xavier Bertrand