Delphine Lingemann, députée "Les Démocrates" du Puy-de-Dôme | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Pour gagner certains combats, il faut parfois mettre de côté ses différences politiques pour travailler avec ses adversaires. C'est le parti pris de mon invitée qui siège au sein du groupe des Démocrates à l'Assemblée. Générique --- --- Bonjour Delphine Lingemann. -Bonjour. -Vous êtes élue du Puy-de-Dôme et quand vous allez à Paris à l'Assemblée, vous prenez le train et pas n'importe quel train.
La ligne Clermont-Paris, je ne dis "pas n'importe quel train" parce qu'on la surnomme la pire ligne de France et vous en avez fait un combat politique, on voit cela en images. *-Au moment de monter dans le train, c'est toujours la même crainte. *-Alors, des appréhensions quand on monte dans ce train ? *-Ce n'est pas le dernier train de la journée, donc on croise les doigts. *Je n'ai pas regardé quelle était la locomotive de tête. *On va espérer qu'elle a bien été révisée avant le départ. *-Mais à chaque départ de l'Intercités, ce que redoute la députée, c'est l'arrêt en pleine voie. *C'est ce qu'ont vécu 700 passagers du Paris-Clairmont en janvier dernier. *Bloqués pendant huit heures dans un train, dans le froid et dans la nuit, à cause d'une panne de locomotive. -Vous avez déjà vécu ce genre de choses ?
Vous avez déjà été en galère sur cette ligne Clermont-Paris ? -Alors, j'ai été en galère. Je suis restée pour faire Paris-Clermont, j'ai déjà mis huit heures.
Donc, oui. Et moi, quand je vois ces images, c'est vrai qu'on se sent comme un territoire abandonné. Et c'est plus entendable, à notre époque, que Clermont soit situé au milieu de la trajectoire du vide.
Et il faut...
Voilà. C'est pour ça, je porte ce dossier avec d'autres collègues. -Et justement, vous le portez de façon transpartisane.
La couleur politique ne compte pas beaucoup, pour mener ce genre de combat ? -Je suis convaincue d'une chose, je crois en l'intelligence collective et que l'union fait toujours la force, surtout de nos territoires. Et quand on a des dossiers... -Là, on vous voit, par exemple, avec des élus de tous bords politiques qui portent le même combat. -Exactement, de tous bords politiques, de départements différents traversés par cette ligne.
Et je pense que l'union fait toujours la force parce qu'à un moment, si on ne fait pas bloc, on n'est pas entendu à Paris et donc les dossiers n'avancent pas. -Est-ce que vous avez obtenu des avancées concrètes avec ce combat transpartisan ? Des choses qui peuvent changer un peu la vie des gens, des usagers de cette ligne ? -Il y a un schéma directeur avec des investissements conséquents, 1,2 milliards d'euros.
Et puis, il y a cette période transitoire jusqu'à 2028 à gérer. Et c'est pour ça que nous avons agi pour essayer de regarder comment nous pouvions avoir une locomotive de secours pour éviter ces grandes pannes. Donc oui, on a obtenu des avancées.
Et oui, chaque année, on se bat pour que la trajectoire budgétaire soit respectée parce qu'on sait tous les contraintes budgétaires que l'on a en France. -On va parler de votre parcours, de votre engagement en politique, mais d'abord parlons de votre mère, parce que votre mère est maire du village de Saint-Floret, dans le Puy-de-Dôme. Est-ce que ça veut dire que la politique, l'engagement, ça s'est transmis de mère en fille dans votre famille ? -De mère en fille... mon arrière-grand-père était conseiller municipal du petit village de Saint-Floret mon grand-père aussi, mon oncle, ma maman était conseillère municipale avant d'être maire depuis 2008, et c'est important de m'investir, de prendre le témoin, voilà.
Et l'engagement, c'est filial, effectivement. -Et l'engagement, chez vous, a d'abord été associatif avant d'être politique, c'est ça ? -Oui, exactement.
Je pense que de l'engagement associatif à l'engagement politique, il n'y a qu'un pas. En fait, c'est essayer de faire pour les autres, essayer de se mettre au service des autres. Quand on va à 16 ans, moi, j'ai créé toujours, avec ma maman, une association à Issoire, qui est aussi sur ma circonscription.
Et donc, j'ai toujours été très engagée dans les associations avant de m'engager en politique. Et c'est vrai qu'il n'y a qu'un pas. Le meilleur conseil qu'on m'a donné en politique, c'est celui que ma mère m'a donné, c'est qu'il faut aimer les autres.
Et en fait, si on aime les autres, on a envie d'agir pour eux et de faire bouger les lignes. -Et on ne vit pas l'engagement comme une contrainte comme une perte de liberté ? Ca peut être perçu comme ça ?
S'engager pour les autres, c'est renoncer à du temps pour soi. -Oui, mais c'est aussi être responsable. Je pense que l'engagement politique ne doit pas être perçu, comme une ambition personnelle, mais plutôt comme une responsabilité que l'on a et que l'on porte.
En tout cas, moi, c'est comme ça que j'ai été éduquée, comme ça que je vis mon mandat. -En parallèle, vous avez eu une carrière dans le monde de l'entreprise. Vous avez créé votre société de conseil.
Vous avez aussi enseigné dans le supérieur. -J'enseigne toujours. -Ces expériences comptent quand on devient député, d'avoir vécu ces choses-là avant ? -C'est indispensable, quand on est député, d'avoir vécu ce que vivent les Français.
C'est indispensable. Quelqu'un qui sort, qui fait le parcours classique Sciences Po, l'INSP, ex ENA, et qui arrive dans des cabinets ministériels, qui devient député ou assistant parlementaire, et qui devient député, ne connaît pas la vie. On nous reproche souvent cette déconnexion des élites avec le peuple, et c'est ce qui augmente tous les extrêmes aujourd'hui.
C'est le fonds de commerce des extrêmes, cette déconnexion des politiques avec la vraie vie des gens. Moi, je suis contente d'avoir eu une vraie vie professionnelle, des réussites, des échecs aussi, parce que c'est la vraie vie. J'ai commencé comme assistante parlementaire, avant d'aller travailler dans l'industrie en Allemagne, de revenir chez moi, d'être enseignante, de créer mon entreprise.
Et cette multiplicité des expériences m'aide au quotidien dans mon mandat de députée. -Vous avez évoqué votre expérience d'assistante parlementaire. Vous avez été au cabinet d'Alain Lamassoure quand il était ministre des Affaires européennes.
Vous avez travaillé avec deux députés maires différents. Vous avez fait des études en sciences politiques. Ca donne l'impression que la politique était votre plan A mais que le plan B l'avait emporté.
Pourquoi ? -Parce que je pense qu'il y a un temps pour tout. Et quand j'étais jeune, je pense que c'est important, comme je vous l'ai dit, de multiplier les expériences.
J'ai vu aussi les députés vivre. Et moi, je n'avais pas envie d'embarquer ma famille, mon conjoint, mes enfants, dans une vie où, finalement, j'allais les sacrifier. Et je pense que... -C'est aussi le revers de la médaille de l'engagement. -C'est une contrainte, après, c'est une contrainte dont il faut parler avant de s'engager.
Moi, quand j'ai décidé de m'engager, j'ai commencé par un mandat local. Ca me prenait déjà beaucoup de temps. Et quand on m'a proposé d'être investie pour devenir députée, j'ai longtemps hésité, pour tout vous dire.
J'ai refusé au début, parce que je connaissais le prix de ces contraintes pour la famille. Mais à un moment, c'est aussi se dire : "Il faut y aller", voilà. C'est quelque chose que l'on porte, il y a des combats qu'on a envie de porter et donc c'est pour ça que j'ai accepté. -Vous avez d'abord été conseillère municipale à Roya et donc députée.
Depuis que vous êtes députée, beaucoup de vos initiatives sont tournées vers les territoires ruraux et notamment pour corriger certaines inégalités, vis-à-vis des jeunes dans les campagnes. C'est quoi ces inégalités pour vous les plus marquantes, les plus... -De l'autocensure, ils n'ont pas les mêmes codes, les jeunes ruraux.
Moi, ça m'a interpellée quand j'ai rencontré un de mes anciens étudiants qui, dans une toute petite commune de ma circonscription, qui me dit : "Madame Lingemann, j'ai vu que vous étiez maintenant députée, je suis très content parce qu'il faut que vous portiez ce combat-là". Et je pense qu'il y a aussi parfois une déconnexion de certains politiques, pas tous, parce que j'ai des collègues qui sont aussi issus de la ruralité, par rapport aux problématiques de nos territoires. On ne peut pas faire la loi uniquement de Paris, uniquement des cabinets ministériels. -Vous avez voulu corriger des inégalités en matière de réussite scolaire, de mobilité également.
Et puis il y a une loi que vous avez fait voter qui concerne les petites communes pour mettre fin à ce qu'on appelle le tir au pigeon. On ne parle pas du tout d'une loi contre la chasse, on parle du mode de scrutin aux municipales. Expliquez-nous. -Alors c'est un changement de mode de scrutin pour les communes de moins de 1 000 habitants.
On est passé à un scrutin de liste paritaire en plus. Pour l'instant, les communes de moins de 1 000 habitants avaient une particularité. C'était un scrutin de liste où on pouvait panacher, on pouvait rayer des noms. -Ce qui mettait de l'ambiance dans les villages, hein ? -Complètement.
Moi, j'ai assisté à plein de dépouillements. Et c'est vrai qu'on sanctionnait le voisin, on sanctionnait le maire qui n'avait pas voulu couper l'arbre devant chez soi. Et c'était très injuste pour l'équipe en place.
Et aujourd'hui, je pense que les communes de moins de 1 000 habitants, elles ont le droit d'être considérées à part entière, comme toute autre commune. Il y a autant de femmes que d'hommes qui vivent dans ces communes. Il faudrait même aller encore plus loin.
Dans ces communes, les campagnes ne sont pas remboursées. C'est encore une des spécificités, je pense qu'il faudrait aller encore plus loin. Pour parler de la loi que vous avez votée, on est passé à des listes paritaires hommes-femmes, autant d'hommes que de femmes, et beaucoup de maires vous en ont voulu, parce qu'ils ont déjà du mal parfois à constituer une seule liste, à trouver assez de candidats, maintenant il va falloir trouver autant de femmes que d'hommes, ça va être impossible.
Qu'est-ce que vous répondez ? -Qu'impossible n'est pas français, premièrement. Et puis qu'en plus, franchement, dans nos territoires, j'ai eu des appels de maires qui m'ont dit : "Ecoute Delphine, on a plus de mal finalement à aller chercher des hommes que des femmes." Je pense que l'engagement est autant masculin que féminin.
Sauf que les femmes se mettent beaucoup plus de barrières, notamment en lien avec leur parentalité, je pense. Et d'aller les chercher c'est leur donner conscience qu'elles aussi, elles peuvent s'engager. Alors, moi, je n'ai pas eu d'écho par rapport à des listes qui ne pouvaient pas être faites du fait de cette parité.
Donc, je pense qu'il y a eu beaucoup de bruit pour pas grand-chose. -Avant de passer au quiz, je reviens sur une phrase prononcée un an après votre élection : "J'adore ce que je fais, mais je ne respire pas politique". Qu'est-ce que vous vouliez dire ? -Je déteste la politique politicienne qui mène à des débats stériles, vraiment.
C'est-à-dire que je ne suis pas sur le coup d'après. Je ne suis pas animée par l'ambition personnelle, comme je peux l'observer chez certains. J'ai juste envie de me sentir utile.
J'avais une vie avant, j'en aurais une après. Et entre-temps, j'essaie de faire ce que je peux, sans calcul électoraliste. Je ne suis pas élue pour être réélue.
Je considère que je suis élue pour faire bouger les lignes, pour travailler, pour rendre aux habitants qui m'ont élue quelque chose, pour essayer d'avancer sur des combats. -On va passer à notre quiz. C'est un quiz spécial pour tester vos connaissances dans un domaine qui fait la réputation de l'Auvergne dans le monde entier : le fromage.
Vous aimez ou pas ? -Je suis, je crois, la seule Auvergnate qui n'aime pas le fromage. -Ah zut, ça tombe mal !
Peut-être que vous les connaissez quand même un peu. -Bien sûr, je les connais. Je défends surtout nos fromages.
Là, c'est le Saint-Nectaire. -Bravo, je n'ai même pas eu le temps de poser la question. On commence par le plus facile en même temps. -Le Saint-Nectaire, je le connais bien, puisque je le défends très souvent. -Bon.
Deuxième photo, un peu plus difficile. -Gaperon, c'est ça ? -Oui ! -Voilà, Gaperon. -Il est moins connu que le Saint-Nectaire.
Troisième photo, alors là, niveau expert, vous avez trois fromages à pâte persillée, il faut me dire... -Bon, alors, il y a la Fourme d'Ambert, il y a peut-être Mémée. -Non.
Un fromage bleu ? -Le Roquefort, mais ce n'est pas chez moi. Ah, le bleu d'Auvergne !
Oui, effectivement. -Celui-là, il est connu. Piège : il y a aussi le bleu de Laqueuille... -C'est la Mémée, ça. -Ah voilà !
Bleu d'Auvergne...
Le deuxième, c'est le bleu de Laqueuille. Le troisième, c'est la Fourme. -Vous vous en êtes plutôt bien tirée pour quelqu'un qui n'aime pas le fromage.
On peut ne pas aimer le fromage à être élue dans le Puy-de-Dôme ? -Il faut toujours dire la vérité. Quand il y a des festivals de fromage ou des dégustations, je vais pas me forcer à prendre du fromage.
Mais ça ne m'empêche pas de les défendre. -Merci beaucoup Delphine Lingemann d'être venue dans La Politique et moi. -Merci à vous.
Générique de fin
Delphine Lingemann