2027 : le match entre Philippe et Attal s’installe
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
notamment du bloc central: la division ajoute à la division. On arrive à un second tour mortifère pour ce public: Mélenchon-Bardella ou Mélenchon-Le Pen. - M.Bouhafsi: Trop de com Tue la com, disait Y.Goosz.
Une prise de parole en plein air, en Aveyron, avec un banquet et, au menu, de l'aligot-saucisse. G.Attal devait envoyer tous les signaux pour montrer qu'il n'était pas parisien? - T.Denis: Depuis le début de sa carrière, il fait exprès de faire oublier d'où il vient.
Ca peut être un inconvénient pour lui. Il est très parisien, très jeune. Il a été biberonné au PS.
Il a fait du cabinet ministériel très tôt. Il y a un côté apparatchik parachuté, enfant gâté de la politique. Il n'empêche qu'il a énormément de talent.
On ne devient pas Premier ministre et candidat à la présidentielle par hasard. De mon prisme, il m'amuse. Il ne peut pas s'empêcher de trianguler quand même avec la droite.
Quand il est devenu Premier ministre, mon journal, "Valeurs actuelles", qui n'est pas soupçonnable d'être macroniste ou de gauche...
Il sait envoyer les signaux. On finit par tomber dans les pièges. Vous avez remis l'image de son intervention à l'Assemblée, "tu casses, tu répares..." Il entretient de bonnes relations avec V.Bolloré.
Il a des conseillers qui connaissent l'ethos des électeurs de droite. Le choix du lieu de lancement de sa candidature prouve qu'il sait bien travailler les abdos profonds de la France. - M.Bouhafsi: Quand on parle de colonne vertébrale, vous donnez d'autres éléments pour dire qu'il n'a pas forcément de colonne vertébrale? - T.Denis: Il a un énorme sens tactique.
Il a de la culture générale. Je ne suis pas sûr qu'il s'appuie sur une conviction née de tel ou tel choix dogmatique. Il s'adapte un peu à la situation.
C'est pour ça qu'il sait aussi parler à la droite, même si ce n'est pas son territoire d'origine. - F.Dabi: Il y a aussi un acte lourd.
Il y a eu deux moments très forts à l'Education nationale: l'abaya et le harcèlement scolaire. Ca lui assure une popularité plus forte à droite qu'à gauche, pour l'abaya. Ce n'est pas anodin.
Il a pris des décisions d'élu local. Il a "secoué le mammouth", si je puis dire. Ca a beaucoup plu aux Français, à droite.
Il n'a peut-être pas de colonne vertébrale, mais il y a une méthode. On l'a vu dans son discours de politique générale. Il y a un constat et une action. - A.Bégot: La dissolution a précipité son départ de Matignon. - F.Dabi: Ca lui a permis de rompre avec E.Macron moins brutalement qu'avec E.Philippe.
E.Philippe a rompu en juillet 2020, quand G.Attal a été nommé à Matignon.
Ca rappelle Fabius avec Mitterrand. De plus en plus, il crée la distinction, notamment avec cette entrée en campagne qui n'est pas une entrée macronienne. On n'est pas dans la start-up nation. - M.Bouhafsi: Dans le classement des personnalités politiques que réalise l'Ifop cette semaine, E.Philippe est 3e et G.Attal 9e.
Le match s'installe mais il a encore du chemin à faire, G.Attal? Vous évoquez votre relation avec E.Philippe dans votre livre. - T.Denis: Il y a une scène sur G.Attal. - M.Bouhafsi: Il a encore du chemin à faire? - T.Denis: Je dis que c'est mon pote de gauche.
Ce qui me frappe chez G.Attal, et c'est pour ça qu'il essaie de se vieillir, comme avec son lancement de candidature et dans bien d'autres domaines...
Il a l'inconvénient de son âge. Je raconte une scène dans le livre où je suis à une fête d'anniversaire d'un de ses conseillers. Il y a beaucoup de monde.
G.Attal arrive en retard, vers minuit. C'est un peu bizarre parce que c'est privé.
Des personnes applaudissent comme si c'était un homme politique. Au fil de la soirée, c'est un invité comme un autre. Ca veut dire qu'il n'est pas obsédé par le fait d'intimider tout le monde.
Après, je me dis que Mitterrand qui arrive dans une fête d'anniversaire, c'est un peu un personnage au milieu de tout ça. Je ne sais pas, dans quelle mesure, dans une campagne présidentielle, avec le niveau d'exigence que ça impose, comment G.Attal pourra élever son niveau de jeu. - F.Dabi: Il suscite une proximité identificatoire.
C'est le gendre idéal. Il y a un gap gender, une différence femme-homme. C'est l'une des personnalités les plus populaires chez les femmes.
Côté gendre idéal, la question de l'école, cette proximité...
C'est plus compliqué du côté des hommes. Il y a peut-être un déficit de présidentialité. Il ne suscite pas l'admiration que pouvait susciter Mitterrand, ou même E.Philippe.
Une présidentielle comme celle de 95 ou 2007, c'est quoi? Une présidentielle de renouvellement. Il faut être en opposition avec le "canard boiteux" qui va quitter l'Elysée, si je puis dire.
Du point de vue de l'image, ils sont très différents... - M.Bouhafsi: En clair, il faut se démarquer d'E.Macron sans perdre les macronistes qui sont importants dans le vote? - F.Dabi: J'allais parler de magot électoral.
C'est vrai que sa difficulté, c'est de ne pas trop transgresser. "Qui t'a fait roi? Qui t'a fait Premier ministre?
Qui t'a fait entrer en politique?" E.Philippe est maintenant élu local.
Il a fait son chemin depuis 2020. Il est dans la position de Jospin en 95. N.Sarkozy avait réussi pleinement.
Il était dans le gouvernement Chirac jusqu'à 4 ou 5 semaines avant le premier tour. C'est ce défi que doivent relever G.Attal et E.Philippe. - Y.Goosz: Beaucoup bouderont le meeting de G.Attal le 30 mai parce que pour eux, ce n'est pas le moment de trancher les choses entre E.Philippe et G.Attal.
Il y a une prudence d'une grande partie des élus macronistes. - T.Denis: Il y a eu ce mouvement tactique très risqué d'appeler à la destitution d'E.Macron.
Ca a été vu comme un énorme signe d'ingratitude. Ca peut lui être reconnu par des électeurs en quête de rupture...
Vous avez évoqué le lièvre et la tortue, et je pense que c'est ça. - M.Bouhafsi: Votre livre "La Cendre et le Feu" est publié chez Robert Laffont.
E.Philippe est-il toujours de droite? - T.Denis: Je suis parti du principe que ce n'était pas un livre d'analyse politique.
Ce que j'ai cherché à faire, avec les personnages publics et les personnages privés, c'est chercher leur ethos, leur manière d'être au monde, leurs lectures, leurs rapports avec leurs copains, leurs interconnexions...
Je crois qu'E.Philippe avait sa place dans ce récit, au même titre que F.Fillon, M.Le Pen qui ne se déclare pas de droite... - M.Bouhafsi: Elle dit qu'elle n'est pas de droite. - T.Denis: Dans l'imaginaire collectif, on peut penser que M.Le Pen est très à droite...
J'ai voulu sortir de l'analyse politologique et révéler la droite par ses paysages, ses moments privés, par les amitiés qui peuvent naître...
Dans le passage sur E.Philippe, on voit qu'il y a cette espèce de territoire d'origine compatible avec un livre sur la droite. Etre de droite, c'est être un peu fidèle à une culture, une mémoire et partager quelques stigmates.
Je ne veux pas passer pour quelqu'un fan des postures victimaires, je ne voulais pas faire un livre de combat, mais je voulais quand même faire un livre de réparation. Il y a un peu de droitophobie en France. Quand on vient d'une famille de droite conservatrice ou qu'on travaille à "Valeurs actuelles", on est souvent caricaturé.
On a l'impression d'être une anomalie dans la France d'aujourd'hui alors qu'il y a plein de choses épiques racontées sur cette droite. Ca ne veut pas dire qu'on est obligé d'y adhérer. Je voulais raconter le parvis des églises, de la manière dont F.Fillon éduque ses enfants, la manière dont on était perçu au collège, les livres qu'on lisait, les musiques qu'on écoutait, les vêtements qu'on portait...
Ca explique autant la droite qu'une analyse très R.Aron, assez classique. J'ai voulu faire une espèce de peinture, modestement, de la droite contemporaine. - F.Dabi: La droitophobie...
Ca fait 10 ans que la gauche ne dépasse pas les 30 %...
C'est un sujet Clivé. Le clivage gauche-droite s'est effondré. La gauche et la droite se sont énormément rapprochées.
Il y a une crise du résultat. C'est pour ça que la présidentielle est attendue avec beaucoup d'impatience par les Français, pour remettre le pays à l'endroit et sortir de la crise. C'est aussi l'idée que la gauche et la droite sont des concepts dépassés pour énormément de Français. - E.Eméyé: M.Le Pen s'est exprimée ce matin sur BFM et RMC.
Elle a répété qu'il n'y avait pas l'ombre d'une différence entre ses idées et celles de J.Bardella. - M.Le Pen: Nous avons les mêmes objectifs, le même projet.
Nous en discutons. Je sens que ça plairait à certains qu'on ait des différences considérables. On n'en a pas.
Si je suis candidate, il sera mon Premier ministre. Vous imaginez bien qu'il est mieux que nous ayons les mêmes convictions. - E.Eméyé: Selon vous, les Français font la différence, perçoivent des différences? - T.Denis: Il y a quand même une existence tellement différente entre l'un et l'autre...
M.Le Pen, c'est la vie la plus cabossée de la Ve République. C'est un drame toutes les 18,5 secondes dans son existence.
J'ai beaucoup de considération pour ce personnage. Nonobstant son programme économique avec lequel je peux diverger ou tout un tas de choses...
En revanche, c'est un personnage énorme. Dans le cadre d'une présidentielle, ça lui donne un avantage, au moins dans une campagne de premier tour. De l'autre côté, il y a J.Bardella qui a compris, peut-être plus que M.Le Pen, qui est un peu moins sur la défensive vis-à-vis de la droite conventionnelle, que ce soit la droite du patronat, une droite sociologique, un peu bourgeoise...
Il comprend un peu plus les codes et fait un peu plus de pas vers elle. Il pourrait élargir le socle de l'électorat du RN. - M.Bouhafsi: E.Philippe sera l'invité exceptionnel de "C à vous" demain à 19h.
Je rappelle votre livre, "La Cendre et le Feu". Pour tout savoir, avec votre prisme...
Gabriel Attal