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interviewC dans l'air· 6 mars 2026 11 min

Guerre au Moyen-Orient : l'analyse du marin de l'Élysée

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - A.Casse: Bonsoir.

Bonsoir, amiral B.Rogel. Vous êtes amiral 5 étoiles.

Vous avez été chef d'état-major de la marine de 2011 à 2016, chef d'état-major particulier de F.Hollande et d'E.Macron à l'Elysée après avoir été le conseiller de J.Chirac.

Vous êtes surnommé "le rhinocéros de l'Elysée". Je voulais qu'on parle de ce qui est d'habitude une guerre invisible mais à laquelle le monde entier a assisté cette semaine, une guerre sous-marine. Un sous-marin d'attaque américain a coulé un navire de guerre iranien.

Une centaine de corps ont été repêchés. Il y a des dizaines de disparus. Comment vous analysez cette image?

Quel est le scénario de l'attaque? - Al B.Rogel: C'est un scénario classique du point de vue d'un sous-marinier.

On a une 1re phase, la localisation, qui se fait de plusieurs manières, soit avec une localisation extérieure, par satellite, soit à l'écoute. On est capables de détecter les bruits anormaux à une centaine de kilomètres, les bruits du fond de la mer. Un bâtiment de guerre fait un bruit caractéristique.

Visiblement, c'est une attaque à la vue. Ils se sont rapprochés et ont tiré une torpille, qui a tapé l'arrière, plutôt sur la source du bruit, les hélices. Une torpille comme ça casse le bateau en 2.

Les malheureux Iraniens n'avaient aucune chance. - A.Casse: Le sous-marin peut être à une dizaine de kilomètres?

A quelle distance de sa cible? - Al B.Rogel: Avec les moyens modernes de grossissement des périscopes, la portée d'une torpille peut être d'une dizaine de kilomètres. - A.Casse: Ca vous surprend, qu'on ait ces images? - Al B.Rogel: Non.

Ca fait partie de la communication de guerre. Dans le cas précis de cette frégate, je pense qu'elle a été "traitée", comme on dit chez les sous-mariniers, parce qu'elle rentrait dans l'océan Indien. Il y a le groupe de l'USS Abraham Lincoln dans l'océan Indien.

Le Charles-de-Gaulle a au moins un sous-marin nucléaire d'attaque en escorte. Il ne faut pas laisser le moindre ennemi classé hostile rentrer dans la zone du porte-avions. Là, ils ont fait une zone un peu large.

Ces images, c'est aussi un message clair à la marine iranienne: "On ira vous chercher là où vous êtes." - A.Casse: "Un commandant de sous-marin assiste en permanence son équipe.

Il est seul, terriblement seul, fièrement seul." Il y a aussi la grande solitude du commandant de sous-marin. - Al B.Rogel: Vous êtes à la tête d'un engin extraordinaire au sens littéral du terme.

Vous êtes le seul preneur de décision. Vous ne pouvez pas vous référer à quelqu'un à l'extérieur. Au moment de la décision, en particulier lors d'un tir, tous les équipages se tournent vers vous.

De votre décision va dépendre la victoire ou la défaite. Ce sentiment de solitude fait partie du job. Il est très exceptionnel. - A.Casse: Avec une décision prise en combien de temps? - Al B.Rogel: Sur un cas comme ça, une quinzaine de minutes, mais ça peut aller très vite.

Vous pouvez vous retrouver face à face avec un autre sous-marin ou quelque chose que vous n'attendez pas. C'est des années d'entraînement d'équipage et du commandant. - A.Casse: C'était à 4000 km des côtes iraniennes.

Du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Ca montre l'élargissement de la zone du conflit? - Al B.Rogel: C'est la 2e fois que ça arrive depuis la Deuxième Guerre mondiale, la 1re fois pour les Américains.

Les Britanniques avaient employé les mêmes moyens pour traiter le croiseur Belgrano lors de la guerre des Malouines. Ils avaient cloué la flotte argentine au port. La qualité d'un sous-marin, c'est l'ubiquité.

Vous ne savez pas où il est. Là, il y avait probablement un double objectif: "On peut vous trouver là où vous êtes..." Le 2e objectif, c'était probablement de protéger le groupe aéronaval de l'USS Abraham Lincoln. - A.Casse: E.Macron dit que la France ne fait pas la guerre au Moyen-Orient, mais on s'implique de plus en plus.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle est arrivé tout à l'heure. Un porte-hélicoptères amphibie...

Le Tonnerre est aussi employé en Méditerranée. Ca va servir à quoi? - Al B.Rogel: C'est un dispositif disruptif défensif.

C'est pour protéger nos alliés et nos compatriotes qui se trouvent en nombre là-bas. Il y a le dispositif en Méditerranée orientale, d'abord avec l'envoi de la frégate Languedoc, et maintenant le groupe aéronaval. Le groupe aéronaval a une présence importante.

Il va être pas loin du groupe aéronaval de l'USS Gerald Ford. C'est aussi le signe que la France se déploie pour défendre ses intérêts, défendre Chypre, qui a déjà été atteinte par un missile, et regarder ce qui se passe au Liban. On a une force de 700 hommes au sein de la Finul.

On a bien ce dispositif défensif impressionnant...

On est le seul pays européen à être capable de déployer un dispositif marin aussi important, à la fois devant le golfe arabo-persique et en Méditerranée. L'arrivée du Tonnerre...

En 2006, on avait évacué près de 13 000 de nos compatriotes français et européens... - A.Casse: C'était le porte-hélicoptères. - Al B.Rogel: Le Mistral, mais c'était la même classe.

On a cette machine à tout faire, qu'on appelle parfois "le couteau suisse de la marine", qui peut amener de l'aide humanitaire, du matériel pour l'armée libanaise, évacuer nos soldats, nos compatriotes...

On a un dispositif de précaution. - A.Casse: A quel moment ce dispositif cesse d'être défensif? - Al B.Rogel: Au moment où il y a une étincelle qui embrase le bidon d'essence, si vous me permettez cette comparaison.

Quand vous êtes président de la République, vous imaginez tous les scénarios. Vous avez le scénario de départ, un scénario défensif. Vous vous dites qu'il faut mettre des moyens autour de la zone pour réagir si ça se passe mal. - A.Casse: Je voulais vous faire réagir au discours d'E.Macron sur la dissuasion nucléaire.

La forme a été presque autant commentée que le fond. "Le Parisien" a titré: "E.Macron soigne l'image." Il y a E.Macron entouré de 4 Rafale.

Nous sommes au Mont-Saint-Michel. L'autre moment fort, c'était "La Marseillaise" devant le sous-marin nucléaire le Téméraire. - L'ETENDARD SANGLANT EST LEVE.

L'ETENDARD SANGLANT EST LEVE. ENTENDEZ-VOUS DANS NOS CAMPAGNES MUGIR CES FEROCES SOLDATS? ILS VIENNENT JUSQUE DANS NOS BRAS EGORGER NOS FILS ET NOS COMPAGNES. - A.Casse: Vous y étiez.

Vous pouvez nous raconter ce moment? - Al B.Rogel: Pour moi, ancien commandant de sous-marins nucléaires d'attaque et sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, c'est un moment émouvant.

C'est des moments rares, de voir le président de la République venir à l'île Longue. Ce qui était surtout intéressant, c'était le discours du président, un discours de courage et de cohérence. Dans ce discours, on a des éléments d'adaptation de notre force au monde actuel, avec des éléments de continuité.

La dissuasion nucléaire française est strictement défensive. On ne veut pas employer d'armes nucléaires comme armes de bataille. - A.Casse: Est-ce qu'il y a une rupture? - Al B.Rogel: Je rajoute un élément de continuité...

Ce système restera sous contrôle national. On a beaucoup fantasmé sur une dissuasion partagée. On était plusieurs à dire que non, qu'on ne pouvait pas avoir 27 boutons.

Cette dissuasion restera sous contrôle national. Il faut avoir le courage de s'adapter à la situation nouvelle dans un monde où les stratégies de puissance, c'est-à-dire de la force et du fait accompli, prennent le pas. Le nucléaire revient, avec une Chine qui monte en puissance, et les Etats-Unis et la Russie qui déchirent tous les traités de désarmement bilatéraux.

C'est d'abord l'adaptation du nombre de têtes nucléaires. Le président a annoncé une évolution à la hausse. On était plutôt dans des évolutions à la baisse.

Il y a toute la prise en compte, dans nos intérêts vitaux, d'une dimension européenne. - A.Casse: C'est difficile à comprendre.

Comment va-t-on aider les autres pays? - Al B.Rogel: Ca s'intègre dans une vision européenne de défense globale.

La France a une dissuasion nucléaire. Ca fait longtemps qu'on explique que cette dissuasion sert à la protection du continent européen. Aujourd'hui, ce qu'a proposé le président avec cette dissuasion avancée, c'est de matérialiser la dimension européenne des intérêts vitaux, mais aussi de dire à nos partenaires...

Il y en a 8 qui ont répondu favorablement à cette proposition. C'est de dire qu'il faut réfléchir en termes de défense globale, avec des forces conventionnelles robustes...

D'un côté, la dissuasion nucléaire française...