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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 mars 2026 18 min

Guerre en Iran, sécurité de Cécile Kohler et Jacques Paris... Le "8h30 franceinfo" de Chirinne Ardakani

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info. Bonjour, je suis Renarda Kani. Bonjour. Bienvenue sur France Info, présidente de l'association Iran Justice. Vous êtes également avocate de la famille de la prix Nobel de la paix Narges Mohamadi, qui est incarcérée en Iran. Vous êtes également avocate de la famille de Cécile Collère, qui est assignée à l'ambassade de France à Téhéran avec Jacques Paris. Camille Vigone-Lecouat à mes côtés du Nouvel Obs pour vous interroger. On est ravis de vous avoir avec nous pour évoquer bien sûr la guerre au Moyen-Orient qui se poursuit, ce que veulent également les Iraniens, qu'on a du mal à entendre. Les réseaux sont coupés dans le pays.

Cette journée également des droits des femmes, les Iraniens, qui plus que les autres certainement subissent la répression et la violence de la dictature religieuse. C'est le neuvième jour de la guerre en Iran. Les Etats-Unis et Israël poursuivent leurs bombardements intenses. Sur Téhéran, les autorités iraniennes évoquent un millier de morts, dont 30% d'enfants, des chiffres impossibles à vérifier. Est-ce que vous avez des nouvelles de votre famille ? Je crois que votre père vit encore en Iran.

1:10
Invité

Alors je n'ai pas de nouvelles de mon père en l'occurrence puisqu'il est dans le sud de l'Iran, dans le Huzestan, là où les communications sont le plus coupées en réalité. Mais j'ai des nouvelles de mes proches qui sont à Téhéran. Les nouvelles sont apocalyptiques. On a vu hier soir des images extrêmement fortes. Téhéran brûle. Les raffineries de pétrole et notamment les stocks de pétrole ont été attaqués. Si bien qu'il y a des nuages aujourd'hui de fumée partout. Et effectivement, les Iraniens sont lasses de la situation dans laquelle ils se trouvent, c'est-à-dire la mort qui est en définitive partout.

1:46
Florence Guerre

On imagine que vous traversez des sentiments mêlés peut-être depuis une semaine entre l'angoisse des bombardements et peut-être l'espoir de voir le régime tomber. Dans quel état d'esprit êtes-vous depuis une semaine ?

1:59
Invité

Alors moi, mon état d'esprit depuis ici, depuis la France et depuis le monde libre, c'est évidemment une grande frustration. Le fait de me dire que les Iraniens en lutte depuis des décennies contre ce régime criminel ont tout essayé. Ils ont appelé à l'aide encore le 8 et le 9 janvier dernier lorsque ils faisaient face avec beaucoup de courage dans les rues les mitraillettes de l'ayatollah romaini qui était encore de ce monde. Ils appelaient à l'aide et nul n'est allé les sauver. En réalité, quand je dis sauver, ce n'est pas sauvé par les bombes. C'est avec des alliés sincères qui sont là pour protéger les populations civiles. Et je vois qu'aujourd'hui, ce cri n'a pas été davantage entendu.

Et c'est désormais les bombes de Trump et de Netanyahou qui tuent des civils.

2:41
Florence Guerre

Vous parlez des bombes de Trump, de Netanyahou et de Trump. Mais elles visent, d'après ce qu'on entend, essentiellement des infrastructures militaires. Est-ce que vous pouvez dire qu'aujourd'hui, les civils à Téhéran craignent, sont sous les bombes ou certains se réjouissent d'attaques qui visent principalement des sites stratégiques ?

3:05
Invité

Si vous voulez, la question, pour moi, elle n'est pas bien posée dans la mesure où, évidemment, que quand vous vivez sous 47 ans de dictature infâme, que lorsque vous avez perdu des proches qui ont été exécutés à la potence par ce régime criminel, vous êtes désespérés. Et donc, au fond, vous ne regardez pas la main de votre sauveur. Mais lorsque nous sommes ici et que nous commentons, et moi, je suis avocate, je ne peux pas dire que la façon, aujourd'hui, dont se passent les choses, c'est une façon acceptable. Pourquoi ? Parce que Trump et Netanyahou ne sont pas les sauveurs du peuple iranien. Et moi, je ne supporterai pas.

3:38
Présentateur

Ils ne sont pas en train d'aider, en ce moment, le peuple iranien.

3:41
Invité

Mais, cher monsieur, il y a des civils qui sont morts. C'est une simple question que je vous pose. Bien sûr, il y a des civils qui sont morts. Il y a des petites filles qui ont été tuées, plus d'une centaine, visiblement, par des frappes. Moi, quand je déplorais que...

3:53
Présentateur

Votre allusion à la frappe sur l'école.

3:55
Invité

De Minab qui a été, aujourd'hui, qui est avérée. Et donc, il y a des enfants qui ont été tués. Et moi, je déplore...

4:01
Présentateur

La presse américaine, juste pour préciser, estime qu'il est probable que la frappe provienne des Etats-Unis. Ça n'est pas confirmé pour l'instant, mais c'est effectivement une probabilité.

4:10
Invité

Toujours est-il que la guerre fait des civils. Et moi, je me refuse à dire que, parce que des civils ont été tués par des Américains ou des Israéliens, eh bien, il ne faudrait pas les déplorer. Les civils ne doivent pas mourir. Quelle que soit la main qui frappe, les civils doivent vivre partout au Moyen-Orient. Et les Iraniens, ils ont le droit d'avoir des alliés sincères qui les protègent. Et cette guerre, à mon sens, ne va pas dans le sens de ce que souhaitent les Iraniens.

4:34
Florence Guerre

Chirina Draghini, on vous pose la question, parce que cette semaine, on a entendu des voix discordantes, y compris d'Iraniens, d'Iraniennes qui vivent ici en France. On voulait vous faire entendre Nexia, une mannequin influencieuse qui se réjouit de l'intervention militaire en cours. C'était sur France Inter. On l'écoute et vous commentez après.

4:50
Auditeur

On demande aide à l'extérieur pour quelqu'un de nous aider. Et maintenant, l'aide arrive. On s'est battu pour cette aide. Oui, je sais, ça fait peur, c'est la guerre. Mais les Iraniens en Iran, ils sont contents.

5:05
Florence Guerre

C'est la guerre, mais les Iraniens sont contents. Est-ce que vous entendez aussi cette parole ? Est-ce que ça veut dire que la société iranienne est divisée sur cette question ?

5:13
Invité

Mais vous savez, évidemment, que la société iranienne, elle n'est pas homogène. Il y a des sentiments qui sont évidemment partagés, qui sont divisés. Personne n'a la solution. En tout cas, ce qui est clair, c'est que les Iraniens, il y a une revendication qui est unanime. Ils veulent la fin de ce régime criminel. Ce qu'ils veulent, c'est une aide. Et encore une fois, sur les modalités de cette aide, effectivement, qu'il y a des désaccords. Mais moi, je vais vous dire quelque chose. Finalement, c'est quoi cette alternative aujourd'hui qui consiste à dire les Iraniens, ils n'ont pas le droit de vivre. En fait, il faut, d'une façon ou d'une autre, qu'ils meurent.

C'est-à-dire que soit ils meurent sous les mitrailles de Khamenei, soit ils doivent mourir sous les bombes de l'étranger. Et au fond, finalement, cette équation qui voudrait dire qu'ils n'auraient pas le droit à autre chose. Ils n'ont pas le droit de vivre, les Iraniens. Et cette idée, elle est évidemment insupportable.

5:56
Florence Guerre

On a vu les images de la télévision publique iranienne, mais il y a des tas de propagande, évidemment, mais de ces Iraniens qui priaient dans la rue, qui soutiennent le régime.

6:05
Invité

Nul ne peut dire combien continuent de soutenir le régime. En tout cas, ce qui est certain, c'est que de façon unanime, les Iraniens n'en peuvent plus. On a vu en janvier dernier des cadavres s'amonceler dans les morgues. Des dizaines de milliers de morts qui ont été réprimés d'un bain de sang. Les Iraniens, en réalité, ils ont tous des proches, et ça fait partie aussi de l'héritage de toutes les familles. On a des proches qui ont été exécutés par l'Ayatollah Khameini et par ses sbires. Et c'est pour ça que, d'ailleurs, lorsqu'il a été frappé, illégalement, tout de même, par les Etats-Unis et par Israël, les gens se sont réjouis. Ils exultaient dans les rues.

Et on peut les comprendre parce que c'est là le bourreau du peuple iranien qui a été tué. Mais encore une fois, moi, j'appelle à une forme de responsabilité quand ici, effectivement, nous qui sommes les juristes et les militants des droits humains, nous ne pouvons pas nous réjouir de ces guerres-là. Parce que ces guerres-là, au fond, au final, elles sont quand même menées contre les populations civiles. Et ça vaut pour les Iraniens, mais ça vaut aussi pour les Libanais, et y compris pour les Israéliens, dont je rappelle qu'il y a aussi des morts civiles. Donc, les populations civiles du Moyen-Orient, aujourd'hui, sont entraînées dans ces guerres illégales.

7:09
Présentateur

Et on s'interroge beaucoup sur la stratégie de Donald Trump en Iran. Il change régulièrement d'avis ces derniers jours quand vous l'entendez dire que ça ne serait pas forcément un problème si un religieux restait à la tête de l'Iran. Est-ce que ça vous fait craindre le pire sur l'avenir ?

7:27
Invité

Mais vous savez, ça fait quelques jours déjà que certains, comme moi, mais comme d'autres, nous le disions, Donald Trump ne se soucie pas du sort des Iraniens. Et c'est pour ça que c'est extrêmement frustrant, voire même révoltant, lorsque j'entends effectivement certains de mes compatriotes, et sans doute qui le font avec de bonnes intentions, et ils s'imaginent peut-être que Donald Trump va les sauver. Mais nous le disons de façon très claire, cet homme-là n'est pas le recours des peuples, cet homme-là n'est pas l'allié des démocraties. D'ailleurs, on voit bien qu'au Venezuela, aujourd'hui, il y a encore ce régime qui est le bras allié de Maduro, qui était un dictateur évidemment infâme.

8:01
Florence Guerre

Et donc vous vous préparez au scénario dans lequel le régime des Molas reste en place ?

8:05
Invité

Bien sûr, puisque c'est aujourd'hui la volonté, je crois, de Donald Trump qui est de faire des deals. Et sans doute que s'il ne commerce pas, en tout cas s'il ne négocie pas avec le bourreau des Iraniens, bien sans doute qu'il s'accommodera d'une façon ou d'une autre d'un régime qui pour lui est acceptable.

8:21
Présentateur

Ça serait le pire scénario pour vous ?

8:23
Invité

Mais aujourd'hui, en fait, les Iraniens, ils n'ont que des pires scénarios. En fait, il n'y a aucun bon scénario qui se profile pour les Iraniens. Et c'est pour ça, d'ailleurs, je crois qu'il y a un niveau de désespérance extrêmement fort dans la société qui ne sait plus à quel sein se vouer. Parce qu'au fond, la population iranienne est seule, elle est seule à son sort, l'Europe est absolument absente et se contente d'accompagner, en réalité, les déclarations au jour le jour de Donald Trump. Tout cela est très inquiétant. Et malheureusement, moi, aujourd'hui, je ne suis pas très optimiste sur ce qui risque de se produire.

8:51
Florence Guerre

En France, on entend beaucoup un nom, celui de Reza Pallavi, une sorte de nostalgie mêlée d'espoir. Chez certains, beaucoup de critiques également.

8:59
Présentateur

Vous avez quel sentiment par rapport au fils du chat d'Iran ?

9:02
Invité

Écoutez, moi, je n'ai pas de commentaire à faire. Je ne suis pas une militante politique. Je suis une militante des droits humains. Certains sont favorables au retour de la monarchie. Lui se défend, dit qu'il ne sera pas un monarque. Reza Pallavi, il n'a pas moins de droits que les autres à se présenter un jour dans un Iran libre. Il n'en a pas plus d'avantages. Après, voilà, moi, je suis une militante des droits humains. Je suis défavorable à la loi de la lignée. Et vous voyez mon t-shirt, on en parlera tout à l'heure. Femme, liberté, j'aurais pu rajouter égalité. Or, un système monarchique, je crois, de tous les points de vue, n'est pas en faveur de l'égalité entre tous les citoyens.

Mais ce seront les Iraniens qui décideront dans le cadre d'un Iran démocratique et libre. Mais encore faut-il appeler à des élections. Et je crois que malheureusement, en période de guerre, s'il y a bien une chose qui n'est pas réunie, c'est pour des élections libres.

9:48
Présentateur

Mais de ce que vous en savez, vous qui êtes en contact avec la population iranienne sur place, est-ce qu'il représente quelque chose ?

9:53
Invité

Il y a des gens qui sont partisans de Reza Pallavi. Il y a aussi des gens qui sont très vigoureusement opposés à Reza Pallavi. Il y a toutes les sensibilités et toutes les opinions aujourd'hui en Iran. Il y a aussi des Républicains qui sont à la fois contre la monarchie et contre la République islamique. Mais si vous voulez... C'est ce que vous souhaiteriez, vous ? Moi, je n'ai pas d'avis. Moi, je ne suis pas en Iran. Je ne vis pas en Iran. Donc, je n'ai pas d'avis pour l'Iran. Moi, je suis une militante des droits humains. Et depuis ici, ce que je dis, c'est que les guerres illégales ne vont pas dans le sens des populations civiles.

Je dis que les Iraniens ont le droit à disposer d'eux-mêmes. Et pour qu'ils puissent exercer librement leur autodétermination, il faut qu'on les aide. Et je crois que les Européens, aujourd'hui, sont absents. Ils sont spectateurs de ce qui est en train de se passer. Et déjà, si la diplomatie européenne pouvait acter qu'il y a aujourd'hui un désamour avec cette République islamique qui s'est rendue coupable quand même de crimes contre l'humanité. Et donc, ça implique quand même des obligations internationales. C'est de dire que lorsqu'il y a un régime qui commet des crimes contre l'humanité, alors il ne peut pas se maintenir.

Parce que c'est un régime qui a violé toutes les règles du droit international. Et déjà, il faudrait que peut-être la diplomatie européenne acte cela et appelle sans doute à des élections libres pour que les Iraniens exercent leur choix.

11:07
Présentateur

Et nous sommes toujours avec l'avocate

11:12
Florence Guerre

Shirin Ardakani, présidente de l'association France-Iran. D'abord, une question sur Jacques Paris et Cécile Collère. Vous défendez la famille de cette dernière. Deux Français qui ont passé plus de trois ans de prison en Iran. Ils ont été libérés en novembre, mais ils ont interdiction de quitter le territoire. Ils sont dans l'ambassade. Est-ce que vous êtes inquiète pour eux ? Est-ce que vous savez comment vont-ils aujourd'hui ?

11:33
Invité

Alors, je devine. Parce que je ne suis pas en contact direct avec Cécile Collère et Jacques Paris. Je devine leur état. Puisqu'ils sont aujourd'hui logés, malheureusement, à la même enseigne que l'ensemble des Iraniens. Ils sont assignés à résidence. Et je ne peux que deviner leur détresse. Eux qui, déjà, en juin 2025, avaient été en proie directe avec les bombes, puisque la prison des Vines, où ils se trouvaient à l'époque, avait été bombardée. Et de nouveau, c'est le cauchemar qui revient, alors même que nous attendions leur retour.

12:04
Présentateur

Est-ce que ça remet en cause leur retour, ce qui se passe aujourd'hui en Iran ?

12:06
Invité

Écoutez, moi, je ne suis pas dans le secret des dieux. En revanche, le ministre Barraud s'est exprimé hier. Il a dit que la diplomatie française était toute mobilisée. Aujourd'hui, il y a un obstacle véritable. C'est qu'il n'est pas possible de voler. Donc, il n'est pas possible de prendre un avion pour revenir. Et il me semble que cet obstacle technique, déjà, n'est pas mineur dans la situation.

12:27
Florence Guerre

Chérie Nardakani, vous défendez également la prix Nobel de la paix. Nargaz Mohadi, emprisonnée en Iran. Est-ce que vous avez de ces nouvelles ?

12:35
Invité

Non, malheureusement, je n'ai pas de nouvelles, puisque les communications, vous l'avez dit tout à l'heure, sont coupées. Je sais qu'elle est aujourd'hui dans la prison politique de Zanjan, qui a été voisine de Frappe. Aussi bien qu'un des soirs, le quatrième soir, on se demandait même si elle était toujours en vie. La situation aujourd'hui des prisonniers politiques dans l'ensemble du pays est catastrophique. C'est vraiment le plus bas de la chaîne. C'est-à-dire que vous avez les Iraniens qui sont pris en otage, bien évidemment, entre le régime criminel iranien et entre les bombes de l'étranger. Puis vous avez vraiment les prisonniers politiques qui, eux, sont au bas de tout.

Par exemple, dans la prison d'Evine, on rapporte que l'administration pénitentiaire a fui, puisqu'elle avait peur des bombes, si bien qu'ils sont restés livrés à leur sort, sans pouvoir même se nourrir pendant plusieurs jours, si bien qu'ils vont dépérir si personne ne leur porte secours. Il y a la société civile iranienne qui demande la libération des milliers de prisonniers politiques. Et je rappelle que là, il y a moins de 24 heures, on a des forces spéciales qui ont réinvesti les prisons politiques, ce qui fait craindre le pire, c'est-à-dire des exécutions extra-judiciaires, quand on sait que, malgré le contexte de guerre, la République islamique continue de pendre les dissidents.

13:44
Présentateur

Avant le début de la guerre, Chéren Ardakani, vous plaidiez pour une action européenne, des sanctions ciblées, que les guerrins de la Révolution soient désignés comme une organisation terroriste. Vous l'avez un petit peu abordé il y a quelques minutes, mais est-ce que l'Europe est à la hauteur pour l'instant dans cette guerre qui se joue au Moyen-Orient ?

14:04
Invité

Écoutez, je crois que l'Europe est à l'image de ce qu'elle a montré de pire ces dernières années, c'est-à-dire une Europe attentiste, une Europe qui accompagne absolument toutes les violations les plus graves des droits humains, qu'elles viennent d'ailleurs du côté de la République islamique d'Iran. Vous savez, les Iraniens, depuis 2022, plus singulièrement, ils vont dans la rue pour exiger femme, vie, liberté d'abord, puis la démocratie. Il ne s'est trouvé aucun pays européen pour les accompagner dignement. Nous réclamions depuis des années le classement sur la liste des entités terroristes des gardiens de la Révolution. Et voilà que ça n'a été fait qu'il y a quelques semaines.

Donc voilà, moi je suis extrêmement à la fois déçue, mais vous ne savez pas que pour les Iraniens, je suis aussi déçue pour la Française que je suis, de me dire qu'au fond, l'Europe n'a pas été en mesure ni d'aider les peuples en réalité, ni même de défendre son modèle démocratique.

14:48
Florence Guerre

La Française que vous êtes justement, elle participe chaque année à la marche du 8 mars. J'imagine que vous serez aujourd'hui dans les cortèges. Quel slogan allez-vous aborder ? On voit sur votre t-shirt « Femmes, vie, liberté », on a peut-être un élément de réponse. D'habitude, vous écrivez sur vos cartons « Khamenei, t'es foutu, les femmes sont dans la rue ». Ce slogan n'a plus lieu d'être. Lequel sera sur vos cartons, vos affiches tout à l'heure ?

15:07
Invité

Oui, ce slogan n'a plus lieu d'être. Et hélas, des Khamenei, il y en a encore des milliers partout en Iran, mais aussi partout dans le monde. Moi, je défilerai tout à l'heure dans le cortège international avec toutes les féministes du monde entier. Il y aura des Russes, il y aura des Ukrainiennes, il y aura des Ouïghours, il y aura évidemment des palestiniennes aussi, des iraniennes. Bref, il y aura toutes les femmes qui aujourd'hui subissent à la fois la loi des dictateurs dans leur pays, mais aussi des chefs de guerre.

Et aujourd'hui, moi, je ne fais aucune différence entre tous ces chefs de guerre qui vont réhabiliter ces modèles virils, ces capacités de violence, de destruction, qui d'ailleurs font des victimes parmi les femmes, parmi les civils, mais aussi parmi les peuples. Voilà, donc moi, ce que je dirais, c'est « Femmes, vie, liberté », parce que je trouve que ce n'est pas qu'un slogan. « Femmes, vie, liberté », c'est un projet politique et je pense que tous nos dirigeants devraient sans doute s'inspirer de celui-là.

15:51
Florence Guerre

Et il y a un continuum de la lutte entre les violences ici, là-bas. On pourrait aussi se dire que finalement, les Françaises ne mesurent pas leur chance par rapport à la situation des femmes iraniennes. Vous vous dites, c'est la même chose, c'est le même combat ?

16:02
Invité

Moi, je ne mets pas en opposition. Vous savez, les Françaises et les Iraniennes, je crois que malheureusement, elles sont toutes dans le même bateau. Alors évidemment, les violences ne sont pas de même intensité. Évidemment qu'on ne peut pas comparer le sort d'une Iranienne et d'une Afghane. Mais au fond, c'est toujours la même logique. C'est celle de la domination, c'est celle de faire en sorte de faire taire les femmes, de nier en fait leur droit à l'existence légitime. Et aujourd'hui, moi, ce que j'ai envie de dire, c'est que les femmes, elles sont dignes de vivre, elles sont dignes de vivre libres de la même façon que les peuples.

Donc, si je devais conclure, je dirais liberté pour les femmes, liberté pour les peuples. Et c'est ce que nous dirons tout à l'heure dans la manifestation. Et j'appelle toutes et tous à nous rejoindre.

16:36
Présentateur

Chère Renard Akani, vous nous disiez tout à l'heure, il n'y a que des mauvais scénarios

16:43
Invité

Oui, mon motif d'espoir, c'est évidemment la mobilisation et la lutte. Moi, je suis avocate, j'ai foi dans le droit, je l'ai dit tout à l'heure, le droit légitime à l'existence. Les Iraniens finiront par trouver leur chemin s'ils s'allient avec les bonnes personnes. Et moi, j'en appelle encore une fois à l'Europe parce que je crois encore une fois que dans ce chaos mondial, ce seront les démocrates qui permettront de faire émerger une voix.

17:07
Présentateur

Vous dites s'allient avec les bonnes personnes. Qui, par exemple ?

17:11
Invité

Moi, je crois encore une fois que les Européens, s'ils acceptent de dire non, parce que c'est aussi une question de consentement, vous savez, quand on est une femme, on sait ce que c'est que le consentement, il est possible de dire non à la loi de la violence de Netanyahou et de Trump tout en protégeant les civils. Aujourd'hui, il serait tout à fait possible, par exemple, d'envoyer des délégations pour porter secours et assistance à la société civile. Je rappelle que les Iraniens manquent de tout, ils n'ont pas de médicaments, ils sont livrés à eux-mêmes, ils sont sous sanction depuis des années. Donc, en fait, les civils, on ne peut même pas les sauver.

On pourrait, par exemple, envoyer des forces, mais de pacification. Par exemple, l'ONU, les casques bleus, ce sont des forces de pacification qui feraient que non pas, on ne bombarderait pas les pauvres civils qui n'ont rien demandé, mais on ferait en sorte de sécuriser la rue pour que les Iraniens puissent aller de nouveau dans les manifestations parce que comment on le pourrait tuiler sous les bombes et qu'ils puissent eux-mêmes faire en sorte de basculer et de faire en sorte d'avoir des élections libres ? Il y a des choses qui sont possibles, mais encore faut-il pouvoir dire non et encore une fois, là, c'est une capacité à consentir ou à refuser.

18:07
Présentateur

Merci beaucoup, Chérine Ardakani, d'avoir été avec nous ce matin sur France Info, présidente de l'association Iran Justice. Merci à vous, Camille Vigon-Lecouat du Nouvel Obs et bonne journée sur France Info.