"L'annonce de Trump de suspendre l'aide aux Ukrainiens est d’une brutalité incroyable." O. Faure
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour et bienvenue sur RTL, Olivier Faure. Bonjour à vous. Il paraît que la forme, c'est le fond qui remonte à la surface. La situation en Ukraine inquiète au plus haut point les Français, mais visiblement n'intéresse pas beaucoup leurs représentants. Et hier, c'est dans un hémicycle aux deux tiers vides que le débat sur le sujet s'est déroulé à l'Assemblée. Est-ce que c'est bien raisonnable ? Est-ce que c'est bien responsable ?
Non. Ça vous a choqué, vous aussi ? Oui, ça m'a choqué parce que je pense que nous sommes à un moment de bascule, à un moment où le sort non seulement de l'Ukraine, mais de l'Europe et même du monde est en train de se jouer et que dans ce mauvais remake du bon, l'abruté et le truand, où Trump cumule le rôle de l'abruté du truand, nous avons besoin de marquer notre solidarité avec le peuple ukrainien, de faire bloc et donc de manifester, y compris par la forme, et bien par le symbole, notre présence active et notre volonté d'aller jusqu'au bout déterminé face à ce qui se passe aujourd'hui.
Alors vous, vous y étiez dans l'hémicycle et vous avez donc entendu François Bayrou dire « Nous sommes forts et nous ne le savons pas ». C'est la méthode couée ou c'est la vérité ? Est-ce qu'on est aussi fort que ça ?
Vous n'avez pas peur aujourd'hui ? Bien sûr que je suis comme tout le monde, avec une forme d'inquiétude qui me tient jour après jour. Mais ce que je sais, c'est que l'Europe est une puissance qui s'ignore et qui malheureusement a trop longtemps confié sa sécurité aux Américains, espérant que ce parapluie serait toujours ouvert.
Ça peut être un mal pour un bien finalement ?
Je préférerais qu'on vive une autre situation, mais je crois que nous sommes effectivement au pied du mur et que les alertes pourtant données par Trump lui-même dans son premier mandat, qui n'avaient pas alerté les Européens, en tout cas pas suffisamment, et qui n'ont pas permis par exemple d'avancer sur la défense européenne, j'espère que cette fois-ci tout le monde comprend que ce que dit Trump, avec les excès qu'on lui connaît, mais qui aussi incarne aussi une lente dérive américaine qui avait commencé avant lui. Et donc... Est-ce qu'il est en train de devenir un adversaire, un ennemi de l'Europe, Donald Trump ? Est-ce qu'on en est là ? En tout cas, il n'est plus un allié.
Et donc, il ne faut pas compter sur les Etats-Unis. Il ne faut pas compter sur Donald Trump pour venir au secours de l'Ukraine. Ce qui a été dit cette nuit, en fait, et que tout le monde découvre ce matin, il va couper les vivres, en fait, enfin les munitions plus exactement, aux Ukrainiens, c'est d'une brutalité incroyable. et il pratique à la fois une diplomatie de l'humiliation, une mondialisation de la brutalisation, et tout ça au seul service de Poutine.
On se dit qu'effectivement, on a là un renversement d'alliance qui était imprévisible, imprévu, et qui doit nous bouleverser et nous faire comprendre que nous avons maintenant une obligation, celle de nous défendre par nous-mêmes et de dépendre que de nous-mêmes. Ce qui d'ailleurs, sur le plan, y compris militaire, mais après au-delà, sur le plan commercial, ne peut que nous aider.
Est-ce qu'on doit être unis ? Vous dites qu'on est au pied du mur. Est-ce que ça veut dire que dans les circonstances, les socialistes que vous représentez soutiennent le gouvernement quoi qu'il en coûte, que vous soutiendrez le fait de faire passer l'effort de défense de 2 à 3 ou 3,5% du PIB ? Là-dessus, vous dites oui, pas de problème, on est derrière vous ?
L'objectif, je le partage. Après, tout dépend comment est-ce qu'on assure, comment est-ce qu'on le paye.
C'est 30 à 45 milliards de plus. Oui, bien sûr.
Le point de PIB, c'est 30 milliards. Donc, effectivement, c'est considérable. Et donc, ça suppose de savoir comment est-ce qu'on le finance.
Vous avez appelé au patriotisme fiscal, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que dans un moment où le sort de notre pays, notre continent est en jeu, ça suppose que chacun en prenne conscience. Je préférais que Bernard Arnault explique qu'il est prêt à mettre une partie de sa fortune au service de la défense européenne, plutôt que de le voir courir, l'investiture de Donald Trump. Ça me paraît être là, de l'ordre du patriotisme. Et patriotisme fiscal, c'est accepter l'idée qu'à un moment, effectivement, ceux qui ont plus doivent contribuer davantage.
Il faut une nouvelle taxe, un nouvel impôt pour financer la guerre qui toucherait les plus fortunés. C'est ce que vous dites ?
Je pense, par exemple, alors oui, en fait, il y a une contribution qui doit être présentée par le gouvernement, que nous allons approuver, même si...
Il n'a rien à voir avec la guerre, pour le coup. Il n'a rien à voir avec la guerre.
Il faut financer le budget. Bien sûr. Mais quitte une taxe de 0,5% sur le patrimoine des plus riches. Admettez que pour des fortunes qui ont doublé en 7 ans, passant de 600 milliards à 1 200 milliards, il y a peut-être matière à ce qu'on regarde davantage et qu'on fasse mieux. Par exemple ? Mais l'objectif que nous avions fixé, c'était 2%, ce qui n'était pas colossal. On était loin de la spoliation. Mais effectivement, ça permettait là aussi d'avancer. Parce qu'il y a bien sûr le financement de la défense, mais ce n'est pas le seul sujet. Nous avons une guerre en Europe...
On comprend bien, on passerait de 0,5% à 2%, donc plus d'un point et demi, pour financer la guerre, pour l'effort de guerre.
J'allais venir à ce que nous devons financer. C'est-à-dire que nous devons trouver des financements non seulement pour financer notre défense collective, mais nous avons aussi une guerre qui, elle, est assez visible désormais, qui est une guerre contre le réchauffement climatique, et que nous ne pouvons pas abandonner cet objectif-là non plus. Et que nous avons par ailleurs 9 millions de Françaises et Français qui vivent sous le seuil de pauvreté. Donc, à un moment, il faut se reposer la question de nos équilibres, et comment est-ce qu'on avance ? Et ça suppose que là, il y a une discussion serrée.
Est-ce qu'il faut piocher dans les 210 milliards d'avoirs russes qui ont été gelés ? Oui.
Oui ? Oui, bien sûr. Et pas seulement les intérêts. Et je vois que ça bouge, y compris hier, dans le débat à l'Assemblée, j'ai entendu Gabriel Attal dire lui-même, alors que ça n'était pas la position du gouvernement jusqu'ici, dire, et ce n'était pas la position de Gabriel Attal, Premier ministre, qui a dit, maintenant, il faut aller plus loin, effectivement, faire en sorte que, là aussi, ce n'est que justice. C'est-à-dire simplement qu'on ne peut pas avoir des oligarques qui sont venus placer leur argent ici, qui soutiennent le gouvernement Poutine et accepter que non seulement ils nous fassent la guerre, mais en plus, que ce soit nous qui la payons.
Ben non, il faut que ce soit effectivement la Russie qui paye les propres conséquences
de ses actes. Ceux qui ne sont pas forcément d'accord avec ça, c'est le Rassemblement National. Alors, sur la dissuasion nucléaire française, l'idée d'ouvrir le parapluie aux autres, ce serait une trahison nationale, disait hier Jordan Bardella, ici même hier matin. Marine Le Pen, elle a qualifié de folie un autre sujet, l'envoi de troupes en Ukraine. Fusse-t-elle des troupes de maintien de la paix ? Est-ce qu'elle a raison ? Est-ce que ce n'est pas la prudence qui commande de ne pas envoyer de soldats là-bas ?
Mais Marine Le Pen fait semblant de ne pas comprendre. La réalité, c'est qu'il ne s'agit pas d'envoyer de soldats français au front, alors que la guerre... Fusse-t-elle des troupes de maintien de la paix ? Dans ces cas-là, on arrête avec les casques bleus, on arrête avec toutes celles et ceux qui permettent, bien sûr, de garantir la sécurité et une paix durable. Que veut-elle ?
Elle veut que nous puissions en fait admettre ce que les Russes adoreraient, une pause dans la guerre, le temps de se reconstituer, puis après de redémarrer pour aller plus loin en Ukraine, et pourquoi pas dans les Pays-Baltes, et pourquoi pas en Pologne, et pourquoi pas permettre de reconstituer le rêve de Poutine qui est de retrouver la Russie du Tsar ou celle de l'Union soviétique. Donc, à l'évidence, si demain, il y avait un traité de paix, il suppose d'être garanti et sécurisé par une présence militaire qui permette de dire aux Russes que ce n'est pas reculer pour ne sauter.
Dans ce contexte extrêmement tendu, est-ce que vous souhaitez, Olivier Faure, que François Bayrou puisse tenir la boutique jusqu'en 2027, ou est-ce que vous appelez de vos voeux une nouvelle dissolution quand elle redeviendra possible, une sorte de dissolution de clarification à partir de cet été ?
Ça dépend de François Bayrou lui-même. Moi, je n'ai pas de décision définitive à vous annoncer ce matin. ça supposera de voir ce qu'il prend comme grande décision. Il y a des étapes importantes qui viennent, qui sont devant nous.
François Hollande, hier matin, disait que la priorité, c'est la stabilité jusqu'en 2027. Vous n'êtes pas tout à fait sur cette ligne ? De manière automatique ?
Pour moi, il n'y a pas de garantie, d'obligation de notre part à donner une sécurité à François Bayrou. Il doit comprendre qu'il vit sous une forme de tension et que s'il n'est pas prêt et pour l'instant, il s'est montré peu disponible pour de vrais compromis, si à un moment, il n'est pas capable de le comprendre, effectivement, il prend le risque de partir. Et donc, c'est le principe de la dissuasion.
Ce n'est pas un soutien acquis, donc on l'entend bien. Avant ça, il y aura un congrès au Parti Socialiste, ça sera bien les 14, 15 et 16 juin, c'est ça ? Oui.
Ce sera où ? Il n'y a pas encore de décision prise, mais on vous l'annoncera très vite. Ce sera où ? Mais je ne sais pas encore. Non, non, on ne sait pas. Il y a plusieurs endroits qui sont candidats à l'accueil de cette manifestation et donc, il faut qu'on fasse une bonne décision. Vous, vous êtes candidat
à votre propre succession. Oui. On est d'accord. Est-ce que vous souhaitez que ce soit un congrès de rupture avec la France Insoumise compte tenu des nombreuses disputes et même plus qu'il y a eu avec eux
ces derniers mois ? Je pense que ça va être un congrès d'affirmation de ce que nous sommes. Nous devons être fiers de ce que nous portons, fiers de notre propre identité et surtout un congrès qui permette de dire comment nous voulons la France des prochaines années et moi, je veux un congrès qui soit plutôt un congrès prospectif que rétrospectif. Mais ce sera un congrès de clarification par rapport à la France Insoumise ? Vous le souhaitez ? La clarification, ce n'est pas un moment d'un congrès. La clarification, c'est de tous les jours. Quand on prend des positions qui sont différentes, eh bien, on clarifie.
Quand on prend des positions identiques, là aussi, on dit quelque chose de nous-mêmes. Mais moi, je ne vis pas avec l'obsession des Insoumis. Ça ne m'intéresse pas de toujours me définir par rapport à d'autres. Je souhaite que les socialistes soient capables de se définir par rapport à eux-mêmes. C'est comme ça qu'ils sont grands et c'est comme ça qu'ils intéressent.
François Hollande pourrait être votre candidat en 2027. Hier, il a laissé assez peu d'ambiguïté sur ses ambitions.
Mais moi, je souhaite un processus démocratique au terme duquel nous choisirons celui ou celle qu'il nous représente. La langue de bois, là. Mais non, ce n'est pas de la langue de bois. C'est que si vous me demandez si c'est mon candidat pour 2027, je vous réponds que non. Mais est-ce que ça peut l'être ? Ça ne dépend pas de moi. Ce n'est pas moi qui décide tout seul de qui est candidat et qui ne l'est pas.
Il faudra une primaire, éventuellement ?
Ça peut être une primaire parce qu'à un moment, il faudra trouver un moyen de déterminer qui est le candidat. Et moi, je souhaite que ce ne soit pas un candidat qui représente uniquement les socialistes, mais que ce soit un candidat qui représente toute la gauche qui est prête à se rassembler. C'est-à-dire sans et les filles puisque les Insoumis et fort d'être avec vous. Merci à vous.
Olivier Faure