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interviewyoutube.com· 14 mai 2023 8 min

Entretien avec Marine Tondelier, secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Marine Tondelier, vous nous ramenez le temps d'Enin-Beaumont, c'est ça ?

0:03
Marine Tondelier

Apparemment, pour ne pas que je sois dépaysée, les Lyonnais m'ont prévu de la pluie, c'est super, je me sens comme chez moi.

0:08
Présentateur

Donc là, vous êtes venue participer aux états généraux de l'écologie, vous avez un peu lancé le mouvement en même temps ?

0:14
Marine Tondelier

Bah oui, en fait, on avait prévu de faire ces états généraux depuis le mois de février, mais forcément avec les retraites, on a tous été sur autre chose. Et donc là, on passe la seconde. Il y a déjà 150 ateliers qui sont prévus partout en France. Et je sais qu'à Lyon, ils ont un peu le record d'ateliers, ils sont à fond, mais partout sur le territoire, ça marche. On a déjà plus de 25 000 personnes qui ont rejoint la démarche sur lesécologistes.fr.

Il y a ces ateliers, mais il y a aussi une grande enquête populaire à laquelle vous pouvez participer, un petit questionnaire rapide, et puis des cahiers de doléances pour ceux qui veulent nous envoyer des messages vidéo, audio, des courriers postaux, des PDF, ils vous envoient ce qu'ils veulent. En tout cas, tout sera pris en compte pour créer ce grand mouvement de l'écologie. Venez comme vous êtes, c'est notre slogan.

0:50
Présentateur

Vous aviez décidé ça justement au Conseil fédéral du mois de février ?

0:54
Marine Tondelier

On l'a même décidé. Au Congrès d'Europe Écologie-Les Verts en décembre. C'était un projet sur lequel on réfléchissait depuis plus d'un an avec Léonore Monconduit, la maire de Poitiers. Mais au Congrès, tout le monde a pu enrichir un peu le concept et donc c'est devenu le projet du mouvement. C'est bien tout notre parti qui porte cette démarche sur tous les territoires.

1:11
Présentateur

L'idée, c'est de ramener des gens dans le parti ?

1:14
Marine Tondelier

Pas des gens dans le parti, puisqu'on va créer autre chose, un grand mouvement. Et que moi, je pense qu'en 2023, il y a des gens qui sont dans les partis, c'est très bien. Mais il y en a aussi plein qui ne veulent pas aller dans des partis, ni le nôtre, ni les autres. Et donc, on doit leur créer un espace où ce qu'on appelle le peuple de l'écologie, toutes celles et ceux qui ont envie de plus d'écologie, qui sont inquiets, qui ont de l'espoir, qui puissent venir travailler ensemble, soit parce qu'ils veulent des formations, des informations, faire du lien, combattre des projets avec des gens qui combattent le même type de projet ailleurs en France.

On veut vraiment créer cet endroit où on s'organise, parce qu'en face de nous, je peux vous dire qu'organisés, ils le sont.

1:46
Présentateur

Vous citiez La Tour qui disait justement que le peuple écologiste était majoritaire en France. Vous misez aussi sur un million de... De militants, de sympathisants, je crois.

1:56
Marine Tondelier

Et l'avantage, c'est qu'ils existent déjà en réalité. Par contre, ils n'ont pas un lieu. Il y a plein d'endroits, des assos, des syndicats, des partis politiques, des collectifs citoyens. Mais il n'y a pas un endroit où on peut dire moi, je suis un peu écolo, j'aimerais bien savoir comment ça se passe pour aider. Et je lève la main et après, on m'aide, on m'implique. Il n'y a pas cet endroit où tout est structuré, coalisé, organisé. C'est ça qu'on veut créer.

2:18
Présentateur

Justement, j'ai déjà participé à un des ateliers. Il y avait un des thèmes, justement, c'était la collaboration avec les autres associations. Quels sont les thèmes qui sont justement abordés dans ces ateliers, dans ces états généraux ?

2:30
Marine Tondelier

Alors, on discute beaucoup de comment on fait pour que les gens se sentent bien dans un mouvement. C'est-à-dire, vous vous sentez écolo, vous ne voulez pas venir dans un parti politique, en tout cas, vous n'êtes pas chez nous. Vous venez à quelles conditions ? Qu'est-ce que vous cherchez ? Donc ça, c'est hyper intéressant. On demande aussi aux gens un peu ce qui les met en colère, ce qui les angoisse. C'est important de sentir ça. Et dans la grande enquête populaire qu'on fait d'ailleurs en parallèle des ateliers, on a plus de trois quarts des personnes qui ont répondu qu'ils ne sont pas adhérents d'un parti.

Et il y en a, par exemple, 18% qui disent « moi, je n'ose pas venir parce que je ne me sens pas légitime » ou « j'ai peur d'être mal accueilli, mal intégré ». Et ça, ce n'est pas des gens qui ont vécu des choses dures. Ce sont des gens qui n'osent pas venir parce qu'ils ont peur d'eux. Et donc, c'est quelque chose qu'on pressentait. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on organise ces états de l'écologie. Et en fait, les réponses aux questions le confirment. Et donc, maintenant, il faut qu'on travaille à comment, dans ce mouvement, on fait en sorte de lever ces barrières à l'entrée, de faire en sorte que tout le monde se sente accueilli.

3:21
Présentateur

Il y a la question du nom aussi qui va être abordée. Peut-être un changement de nom, je crois.

3:25
Marine Tondelier

Oui, alors peut-être qu'on gardera un parti, un mouvement. Enfin, c'est les gens qui décideront. Mais j'avais proposé, moi, comme nom « les écologistes » parce que je trouve ça simple. Et que ça montre bien qu'on est tous les écologistes. Il y a des gens qui veulent nous classer. Vous savez, qui disent « il faut mettre un adjectif ». Est-ce que vous êtes écologique ? Crédible. Est-ce que vous êtes écologiste ? Pragmatique, par exemple. En fait, on est écologiste, donc on est tout ça. Et écoféministe, et animaliste, tout. Et ceux qui veulent nous mettre un adjectif veulent en fait souvent nous classer. Et donc nous diviser et nous affaiblir.

Nous, il faut qu'on revendique qu'on est tout ça en même temps. Et que les personnes, quelle que soit leur prise... Évidemment qu'il y a plein de gens qui sont un peu différents. Mais ce qu'il faut, c'est faire un espace où ils peuvent tous travailler ensemble. Parce qu'on a quand même le même objectif à la fin.

4:05
Présentateur

La question de la NUPES, ça va être abordée dans ces états généraux ? Ou la question est déjà tranchée ? Je veux dire pour les élections européennes, bien sûr.

4:14
Marine Tondelier

Non, ce n'est pas un truc qui est électoral. Ou... Ce n'est pas un truc qui est même programmatique. En fait, c'est une démarche pour créer un mouvement. Après, la NUPES, aujourd'hui, qu'est-ce que c'est ? C'est une coalition de quatre partis qui ont gagné un certain nombre de députés aux législatives. Mais ensemble, on a fait 25% aux législatives. Là, ce qu'il faut pour 2027, c'est qu'on fasse 50. Et donc pour passer de 25 à 50, pour tracer ce chemin d'espoir et de victoire, il faut que cette coalition soit plus forte. Et donc que chaque parti de cette coalition soit plus fort. Et donc nous, écologistes, on prend notre part en faisant ces ateliers.

Mais en espérant que socialistes, insoumis, communistes vont le faire aussi. C'est d'ailleurs ce qu'ils sont chacun en train de faire avec leur histoire, leur méthode, etc. Et voilà, on fait notre part. Ce n'est pas de l'autarcie. Ce n'est pas de l'hégémonie. C'est faire notre part. Et je pense que c'est la meilleure chose qu'on ait à faire. Et pour l'écologie. Et pour la gauche. Et pour la France.

5:05
Présentateur

Et les filles, elles vous font des appels du pied, quand même, pour...

5:08
Marine Tondelier

Des appels du pied, là. Je pense qu'on a compris.

5:10
Présentateur

Il y a des gens au sein de votre parti qui sont favorables, quand même ?

5:13
Marine Tondelier

Ils sont quand même assez peu nombreux. Et pour le coup, ils ont évidemment le droit de le penser. C'est la démocratie. Mais le Congrès, en décembre, avait tranché à plus de 90 % quand même pour faire une liste écologiste aux européennes. Et vous voyez, là, on est en train de regarder un peu des sondages. On voit bien que s'il y avait une liste NUPES aux européennes, la réalité, c'est que les voix ne s'additionnent pas. Même plutôt, elles se soustraient. Parce que quand on nous propose une liste NUPES avec une tête de liste écologiste, en réalité, il y a des gens eurosceptiques qui n'aiment pas l'Europe, qui disent, moi, je vote pas pour une tête de liste écologiste.

Et des gens qui sont à fond pour l'Europe et qui disent, oui, mais NUPES, pour nous, c'est Jean-Luc Mélenchon. Il n'est pas trop d'accord avec nous sur l'Europe. Donc, on ne se sent pas très à l'aise. Et en réalité, la nature a horreur du vide. Donc, même si on décidait de faire une liste NUPES quand même, en fait, il y aurait une liste écologiste qui ne serait pas Europe Écologie Les Verts, mais d'autres gens. Et puis, pareil pour les socialistes. Il y aurait Cazeneuve, j'en sais rien, qui ferait une liste socialiste. Donc là, on a sorti aujourd'hui un sondage qui montre qu'une liste NUPES ferait en fait 19 % seulement.

Parce qu'il y aurait beaucoup de gens qui ne se retrouvent pas et qui iraient ailleurs. Et donc, moi, je pense qu'il faut qu'on revendique que chacun va chercher des électeurs différents. C'est vrai qu'on a des projets différents. En tout cas, le nôtre est singulier pour les européennes. C'est vrai. Il faut qu'on aille chacun sur nos couleurs. On ne fera pas la présidentielle parce qu'on a bien compris qu'on ne voulait pas choisir entre l'héritier de Macron et Marine Le Pen au deuxième tour. Et donc, voilà, c'est difficile démocratiquement de se dire que les écolos ne peuvent pas présenter de candidats à la présidentielle parce que sinon, on élimine la gauche.

Mais on prend nos responsabilités. Par contre, la démocratie, elle exige quand même qu'un parti puisse se présenter aux élections. En l'occurrence, les européennes, c'est une élection à un tour. Il n'y a pas de deuxième tour. Donc, on n'empêche personne d'être au deuxième tour. Et je pense qu'en y allant séparément, on peut faire, je pense, entre 30 et 35 %, soit bien plus que le premier score. C'est ça qu'il faut raconter. Chacun à son poste et petit à petit, aller reconquérir des électeurs.

6:58
Présentateur

Et une liste EELV, justement, vous misez sur combien ? Quel pourcentage ?

7:01
Marine Tondelier

Une liste EELV, c'est une liste les écologistes et leurs amis, parce qu'on a aussi des amis, on va dire. Et puis, moi, je ne suis pas Madame Irma, je ne suis pas dans les boules de cristal, mais voilà. Et on ne fait pas ça parce qu'on dit qu'on veut être les premiers contre les autres, etc. Ce n'est pas ça le sujet. C'est défendre notre projet européen, parce qu'on s'appelle Europe Écologie Les Verts, qu'on veut une Europe forte et fédérale, et que c'est ça qu'on veut porter dans cette élection européenne. C'est contre personne. C'est pour l'écologie et c'est pour l'Europe.

7:23
Présentateur

Dernière question. Est-ce que vous ne pensez pas que ça peut fragiliser justement une coalition qui était quand même assez récente, historiquement, la NUPES ?

7:30
Marine Tondelier

Ça ne la fragilise pas si on décide que ça ne la fragilise pas. Moi, je ne décide pas de la fragiliser. Moi, je souhaite qu'on soit ensemble en 2027. Je n'arrête pas de le dire. D'ailleurs, j'aimerais bien que les autres disent comme moi, ça rendrait très clair le fait qu'on arrivera à avoir un candidat unique ou une candidate unique, d'ailleurs, en 2027. Donc non, si on décide que ce n'est pas un problème, ce n'est pas un problème.

Si, par contre, certains disent que s'il n'y a pas de liste NUPES aux européennes, c'est la fin de la NUPES, alors c'est eux-mêmes qui sont en train de créer la fragilisation d'une coalition que nous, on veut continuer à travailler, qui travaille d'ailleurs encore à l'Assemblée nationale, qui fonctionne dans plein de territoires et qui devra fonctionner en 2027, peut-être sous une autre forme, peut-être avec un autre nom. Mais vous voyez bien que le socle de ce qui peut tracer un chemin d'espoir et de victoire pour 2027, c'est quand même les quatre parties qui ont fait la NUPES. Donc voilà, n'abîmeons pas ça tout de suite.

Et surtout, respectons-nous entre partenaires, parlons-nous bien et arrêtons de faire la guéguerre entre nous. Ce n'est pas ça le sujet. Les gens pour qui on se bat attendent quand même bien d'autres choses de nous.

8:25
Présentateur

Merci.

8:26
Marine Tondelier

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