Déficit: "Il faut reprendre le contrôle en demandant un effort aux retraités" - Reportage 12.09.2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il est ancien magistrat de la Cour des comptes. - Il n'a jamais fait de politique mais F.Ecalle a l'oreille des élus et des ministres.
Face au déficit public qui n'en finit plus de déraper, cet enseignant de Bercy et de la Cour des comptes affiche le calme des vieilles troupes. - F.Ecalle: C'est une situation inquiétante mais il n'y a pas de danger immédiat.
Le risque en matière d'endettement public, c'est toujours que les créanciers s'inquiètent de ne pas être remboursés et demandent des taux d'intérêt plus élevés. Ce n'est pas le cas. Ils pensent que la BCE sera toujours là pour soutenir la France et lui éviter de faire défaut sur sa dette. - Pas de panique, mais pour éviter le pire, il ne voit pas d'autre choix que de demander des efforts aux retraités. - F.Ecalle: Si vous revalorisez les retraites de 1 point de moins que l'inflation, vous faites une économie sur une année de 3 milliards sur les retraites de base et de 4 milliards si on y ajoute les retraites complémentaires.
C'est impopulaire. C'est pour ça qu'il y a assez peu de chances pour que cette mesure soit prise mais elle ne serait pas injustifiée. Les retraités ont un niveau de vie supérieur à celui de l'ensemble de la population.
La réforme des retraites de 2023 concerne seulement les futurs retraités. - Des mesures impopulaires que le nouveau Premier ministre va devoir prendre pour revenir dans les clous de la Commission européenne, sauf à choisir une autre stratégie. - F.Ecalle: Je pense que la France va faire ce qu'elle a toujours fait, c'est-à-dire faire semblant de respecter ces règles, présenter un programme où on les respecte à horizon moyen ou long terme, mais dans la réalité, on ne respecte jamais ces programmes.
C'est important de donner l'impression qu'on essaye de faire quelque chose. Je pense aussi que la dette publique continuera à augmenter. Elle est à 110 % du PIB.
Je suis prêt à parier qu'en 2027, ce sera supérieur à 120 %. - Le budget 2025 doit être examiné à l'Assemblée à partir d'octobre. Que se passerait-il en cas de blocage? - F.Ecalle: Le principal risque dans les semaines qui viennent, c'est que même avec beaucoup d'amendements, on n'arrive pas à faire voter la loi de finances par le Parlement.
La Constitution prévoit une sortie de secours sous la forme d'une loi spéciale qui autorise le gouvernement à prélever les impôts et à ouvrir des crédits à hauteur du dernier budget voté, celui de 2024, mais encore faut-il que le Parlement vote cette loi spéciale. Sinon, on entre dans un monde inconnu. C'est le shutdown à l'américaine mais en France, on ne sait pas comment ça se passerait. - C.Roux: C'est le pire casse-tête, peut-être, pour M.Barnier.
Le problème c'est les urgences de 2024, pas 2025. - C.Michel-Aguirre: Les prévisions du gouvernement ne seront pas tenues.
Les dépenses sont supérieures à ce qu'on avait prévu et les recettes sont inférieures à ce qu'on espérait. Devant la Commission des affaires économiques, B.Le Maire, qui n'est pas remplacé...
Ce n'était pas une passation de pouvoir. Il s'en va, mais il n'y a personne. C'est curieux.
B.Le Maire et T.Cazenave ont dit que pour essayer de limiter le dérapage de 2024, il faudrait annuler 16,5 milliards de crédits.
Avant même de songer à 2025, il faut prendre des mesures d'urgence sur 2024. - C.Roux: Avec l'Assemblée qui est en l'état... - C.Cornudet: L'Assemblée et l'opinion qui n'est pas prête à des mesures difficiles.
On n'a pas fait la pédagogie de la dette. Quand vous regardez les sondages, les gens disent: plus de pouvoir d'achat et plus de services publics. On a l'impression que ça n'existe pas dans le paysage.
Comment prendre des décisions difficiles? - C.Roux: F.Ecalle a dit qu'on va faire semblant. - C.Cornudet: Les décisions difficiles, c'est forcément sur la sphère sociale où il y a un peu de gras, disent les experts.
Il y a un débat à LR autour de M.Barnier. Fragile pour fragile, 49-3 pour 49-3, il fait une politique telle qu'il voudrait la faire, courageuse, en faisant vraiment des choses, ou est-ce qu'il cabote?
Certains disent qu'il faut y aller à fond. On ne sait pas. - C.Roux: Ce n'est pas tranché en termes de stratégie.
Question. Il ne pourra plus annoncer des millions, si? - M.Lazar: Ce sera difficile car il faut intégrer la dimension européenne.
E.Macron a perdu beaucoup de son aura depuis les européennes, la dissolution incertaine de l'Assemblée nationale, la situation où il se retrouve...
Le gouvernement allemand est aussi en difficulté. Il faut prendre conscience que la France et l'Allemagne ont une faiblesse politique. Ca a des répercussions sur l'Europe.
En même temps, certains pays...
La France peut essayer de bidouiller son budget comme d'habitude, mais il y a une certaine irritation concernant l'attitude de la France et de l'Italie, les 2 pays les plus endettés, sans parler de la Grèce, les pays Club Med. E.Macron peut promettre de l'argent d'un côté.
De l'autre côté, il y a la nécessité de faire des économies. Il y a aussi sa réputation qui est aussi par rapport à ce qu'il a voulu faire au niveau européen, pas seulement par rapport à l'opinion française. Il va falloir prendre en considération tous ces éléments pour voir les politiques qui seront mises en place, notamment pour l'élaboration du budget. - C.Roux: Les LR vont pousser.
Ils disent qu'ils veulent une politique de droite, notamment sur les questions d'immigration et de sécurité, mais sans doute aussi sur les questions économiques, sur l'absence de hausses d'impôts et sur le fait de faire des économies sur l'appareil d'Etat? - L.Vigogne: C'est ce qu'ils ont beaucoup prôné ces dernières années.
C'est facile à dire, mais plus difficile à faire. Ils ont pu être en contradiction lors des débats budgétaires en demandant des dépenses supplémentaires plutôt qu'en essayant de faire des économies. Ils vont être au pied du mur. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
Merci de cette remarque. - M.Lazar: Bien sûr.
Je sais qu'il a une bonne réputation en Savoie. C'est important dans sa carrière. Je pense qu'il va le mettre en avant.
Je n'ai aucune information. Je parle avec prudence. Je fais le raisonnement que certains ministres viendront des territoires ou auront une relation forte avec les territoires.
Il y aura peut-être moins de parlementaires qui deviendront ministres et plutôt des personnes qui ne sont pas obligatoirement parlementaires mais dont on pourra mettre en lumière le fait qu'au-delà de leur appartenance politique, ils ont un enracinement territorial, à la fois pour répondre aux attentes de l'opinion...
Il l'a beaucoup dit au moment de la passation de pouvoir. Il dit qu'il faut écouter les gens d'en bas, avec cette expression un peu étrange. E.Macron a toujours été suspecté... - C.Roux: Il fait du J.-P.Raffarin? - M.Lazar: D'une certaine façon.
Je ne sais pas quels seront les résultats dans les faits, mais il y a cette distinction...
Il ne peut pas se distinguer d'E.Macron sur l'immigration ni sur la réforme des retraites. Il était pour la retraite à 65 ans.
Sur quoi peut-il se distinguer?
Bruno Le Maire