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Discours / meetingHEC Paris· 9 octobre 2026 7 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalÉducation & recherche

Jean-Noël Barrot : construire la paix par l’éducation | 5 ans d’HEC Imagine Fellows

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Chapitres

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  • 0:15Invité politiqueChiffre
    « Avec 65 conflits impliquant un État, la conflictualité n'a jamais été aussi élevée dans le monde depuis 1946. »
  • 2:54Invité politiqueChiffre
    « Depuis 2022, HEC accueille ainsi des étudiants issus de pays en conflit et leur permet, grâce à des bourses, de poursuivre ici leurs études. En 5 ans, 23 étudiants ont été accueillis et 13 sont déjà diplômés. »
  • 4:22Invité politiqueFait
    « Cette année, nous avons organisé il y a quelques semaines pour la 2e fois la fabrique de la diplomatie pour faire découvrir au plus grand nombre et d'abord à des milliers de jeunes l'action diplomatique de la France. »
  • 4:40Invité politiqueFait
    « Nous avons réuni avec l'UNESCO 145 jeunes venus de 135 pays pour qu'ils travaillent ensemble pendant plusieurs mois autour d'une même question, comment faire vivre au 21e siècle une nouvelle culture de la paix. »

Temps de parole

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Jean-Noël Barrot

Monsieur le directeur général, cher Loïc, monsieur le président, cher Adrien, mesdames et messieurs et chers étudiants, je regrette très sincèrement de ne pas pouvoir être parmi vous dans cette maison de l'éducation, de la culture et de la paix qu'est l'UNESCO pour ce rendez-vous qui nous réunit ce soir autour du même conviction que la paix se prépare, qu'elle se construit et d'abord dans l'esprit des jeunes générations. Jamais sans doute, il n'aurait été aussi nécessaire qu'aujourd'hui de faire vivre cette conviction dans un monde qui se brutalise et où la paix n'a plus rien d'évident.

Avec 65 conflits impliquant un État, la conflictualité n'a jamais été aussi élevée dans le monde depuis 1946. Et partout, une même inquiétude s'installe. Les guerres s'intensifient, elles s'étendent, elles se prolongent sans que se dessinent toujours les voies permettant d'y mettre fin. Nous sommes donc entrés dans un monde où la formule de Clausewitz retrouve une inquiétante actualité, la guerre redevient la continuation de la politique par d'autres moyens. Mais il n'y a aucune fatalité à la guerre. Il y a en revanche une exigence de lucidité, la paix n'est jamais donnée, elle se prépare et elle se construit.

Par la diplomatie bien sûr, mais la paix ne se joue pas seulement autour des tables de négociation, elle commence bien en amont. Et elle se construit d'abord à l'école, dans les esprits, sur les campus, dans les universités mais aussi dans les entreprises. Et HEC est à sa manière un de ces lieux où se fabrique l'esprit de la paix. Car elle commence par l'éducation, c'est à l'école que s'éclaire notre regard sur l'histoire, que s'aiguise notre esprit critique et que s'apprend le respect de l'autre.

C'est la raison pour laquelle l'an dernier, j'invitais les étudiants diplômés d'HEC Paris à se saisir des armes de l'esprit et de la connaissance et que je défendais devant certains d'entre vous la liberté académique, la liberté de la recherche, la liberté du débat et de la confrontation d'idées. Et je sais l'engagement d'HEC Paris à former des dirigeants prêts à prendre leurs responsabilités dans un monde marqué par la conflictualité. Car la paix se construit ensuite par la rencontre. Et avec 135 nationalités représentées sur son campus, HEC fait chaque jour dialoguer les histoires et dialoguer les cultures. Car enfin, la paix se renforce par le commerce.

Si la paix permet les échanges et la prospérité, l'interdépendance économique crée réciproquement des liens, des intérêts communs et avec eux les conditions d'une paix plus solide et plus durable. Former les dirigeants et les entrepreneurs de demain, c'est donc aussi leur donner les moyens de devenir des acteurs de paix et de changement social. Penser ensemble la paix, le commerce et l'entrepreneuriat, c'est tout le sens des enseignements de Business and Peace développés dans cette école.

Éducation, rencontre, commerce, c'est sur ce terreau fertile, au croisement de ces trois dimensions, qu'est né le programme HEC Imagine Fellows, sous l'impulsion d'Adrienne Nussenbaum, que je salue et que je remercie. Depuis 2022, HEC accueille ainsi des étudiants issus de pays en conflit et leur permet, grâce à des bourses, de poursuivre ici leurs études. En 5 ans, 23 étudiants ont été accueillis et 13 sont déjà diplômés. Des étudiants venus d'Afghanistan, de Biélorussie, de République démocratique du Congo, d'Iran, de Syrie, d'Ukraine, du Soudan ou encore d'Israël. Des jeunes dont la guerre a bouleversé la trajectoire, interrompu les études, déplacé la famille.

Des jeunes pourtant pleins d'avenir, grâce aux bourses qui leur ont été accordées via le programme Imagine. Leur exemple nous inspire. Il nous rappelle que la paix est l'affaire de tous et qu'elle est d'abord l'affaire de ceux qui auront demain à vivre dans le monde que nous construisons aujourd'hui. Cette jeunesse qui je le sais partage une aspiration universelle à la fois simple et immense, vivre dans un monde en paix sur une planète habitable. C'est la raison pour laquelle le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères se tournent vers les nouvelles générations et les sociétés civiles.

L'année dernière, nous avons créé l'académie diplomatique d'été qui permet chaque année à une centaine de jeunes venus de toute la France de découvrir les métiers de la diplomatie. Cette année, nous avons organisé il y a quelques semaines pour la 2e fois la fabrique de la diplomatie pour faire découvrir au plus grand nombre et d'abord à des milliers de jeunes l'action diplomatique de la France. C'est enfin dans ce même esprit que nous avons réuni avec l'UNESCO 145 jeunes venus de 135 pays pour qu'ils travaillent ensemble pendant plusieurs mois autour d'une même question, comment faire vivre au 21e siècle une nouvelle culture de la paix.

Ils venaient d'horizons différents, parfois de pays que les conflits opposent et déchirent, mais ils ont choisi de chercher ensemble ce qui pouvait les unir. Et c'est dans les murs de l'UNESCO où vous êtes réunis ce soir qu'est né de leurs travaux un appel pour une nouvelle culture de la paix dans l'esprit des femmes et des hommes au 21e siècle. À nous tous maintenant de nous saisir de cet appel, de le soutenir et de le diffuser partout dans le monde. Il y a 100 ans, une génération d'Européens marquée dans sa chair par la Première Guerre mondiale refusait de croire que la guerre était une fatalité. Elle fit le pari de la paix, du rapprochement entre les peuples.

C'est le traité de Locarno en 1925, le pacte Briand-Kellogg en 1928 qui portait l'ambition d'un monde où la guerre serait hors la loi. Et puis c'est plus tard le projet européen. Aujourd'hui, c'est à notre génération qu'il revient de faire vivre cette espérance et cette audace. Alors, chers étudiants, quels que soient les métiers que vous exercerez demain, vous aurez aussi une certaine responsabilité à agir pour enraciner la paix. En vous munissant à l'école des armes de l'esprit, en allant partout à la rencontre des autres et de leurs cultures, en faisant du commerce un trait d'union entre les peuples.

Et surtout, quand la guerre rétrécit les horizons, cultivez toujours l'audace d'imaginer d'autres chemins possibles, d'imaginer l'après et d'imaginer la paix. Alors, merci du fond du cœur à Loïc Perrache, à Adrien Nussbaum, à tous les partenaires et soutiens de ce magnifique programme Imagine et excellente soirée à toutes et tous.