Narcotrafic : la guerre est-elle perdue ? - L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On est en pleine saison du gibier. On va servir un tartare de cerf avec un consommé d'oignon grillé en espérant que les invités savourent ce tartare. - B.Chameroy: Je vois des sourires.
Ca devrait bien se passer. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'Edito de P.Cohen.
A Marseille, une semaine après l'assassinat de M.Kessaci, un appel au sursaut, à l'unité nationale et à ne pas avoir peur. - P.Cohen: Passée la sidération, face à un crime d'intimidation, l'heure est à la riposte populaire et officielle.
Populaire sous la forme de cette marche blanche prévue samedi à Marseille qui devrait rassembler un certain nombre de personnalités derrière le frère de Mehdi, A.Kessaci, militant écologiste et anti-narco qui a repris la parole pour appeler à un sursaut national. - A.Kessaci: Partout, vous pouvez vous mobiliser.
Vous pouvez tenir une minute de silence devant vos mairies. Partout, vous pouvez partager, vous mobiliser en parlant de Mehdi, en racontant son histoire. Celles et ceux qui seraient inquiets, je leur dis: "Je suis debout." - On doit tous avoir ce courage. - "On ne peut pas tuer tout un peuple".
Plus on sera nombreux, plus notre sécurité sera garantie. - P.Cohen: Répétons que M.Kessaci, 20 ans, méthodiquement abattu par 2 tueurs à moto, se destinait au métier de gardien de la paix.
Il n'avait aucun antécédent judiciaire. Il n'a été tué que pour semer la terreur et intimer au silence. Le maire socialiste de Marseille appelle les habitants de sa ville à ne pas céder à la peur. - B.Payan: On doit dire à cette mafia qu'on n'a pas peur.
On doit dire qu'on doit rester unis, qu'on ne craint rien d'eux. Tant que je serai là, avec d'autres, on se battra. On ne doit pas se taire.
On doit montrer qu'on est une ville soudée, une nation soudée, quelles que soient nos différences. - P.Cohen: B.Payan réclame plus de moyens face au narco-banditisme, au moment où le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice passaient la journée à Marseille. - G.Darmanin: La situation à Marseille est une situation que nous connaissons sur le reste du territoire.
Ce qui se passe ici touche au moins une dizaine d'autres départements, notamment du sud de la France. Nous avons d'autres réseaux criminels que nous combattons avec la plus grande force et qui, je l'espère, grâce aux moyens que nous venons de faire voter, va permettre de répondre à une menace qui nous tue et qui est au moins équivalente à celle du terrorisme sur le territoire national. Il faut changer de braquet. - P.Cohen: "Changer de braquet", ça a été plusieurs fois annoncé, notamment avec l'entrée en vigueur d'une loi narcotrafic et l'ouverture de prisons de haute sécurité.
Un parquet national verra le jour en janvier. Les magistrats comptent beaucoup sur les futurs repentis, rebaptisés dans la loi "collaborateurs de justice". Ceux qui ont du sang sur les mains pourront voir leur peine réduite. - A.-E.Lemoine: Les moyens de la justice ont aussi été Considérablement renforcés. - P.Cohen: Je parle sous le contrôle de l'ex-ministre de la Justice.
Les magistrats sont aujourd'hui 203 à Marseille. Il n'empêche que 500 procédures criminelles sont en attente à Aix-en-Provence, en attente de jugement. Parmi elles, le dossier des assassins présumés de Brahim, le grand frère d'A.Kessaci.
Ce sont les magistrats qui ont crié le plus fort il y a un an et demi pour alerter sur la gravité de la situation marseillaise devant la commission d'enquête du Sénat sur le narcotrafic en mars 2024. Marseille est décrite comme une ville qui a basculé comme aucune autre. Le procureur de Marseille dénonçait déjà une stratégie d'intimidation et de terreur.
La vice-présidente du tribunal judiciaire avait eu cette phrase. - Je crains que nous soyons en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille. - P.Cohen: Un constat défaitiste que vous lui aviez vivement reproché, monsieur le ministre, lors d'une visite à Marseille.
Une engueulade, selon des témoins. Vous l'avez assumé au Sénat. - E.Dupond-Moretti: Parce que j'ai la charge du bon fonctionnement du service public de la justice, je ne retire rien des propos que j'ai tenus.
Oui, je dis que lorsqu'on exprimait qu'une guerre était perdue, on la perdait. Oui, c'est une réalité. Je l'assume totalement. - P.Cohen: Aujourd'hui, pourriez-vous admettre que cette juge avait raison? - E.Dupond-Moretti: Non, pour les mêmes raisons.
Si vous dites que la guerre est perdue, elle est perdue. - P.Cohen: On est en train de la perdre. - A.-E.Lemoine: Elle craignait qu'on soit en train de la perdre. - E.Dupond-Moretti: Il y a 900 détenus narcotrafiquants aujourd'hui.
Un étau, une tenaille s'est mise en place. D'un côté, la justice a été considérablement renforcée dans ses moyens. La législation, on en parlera, a été également renforcée.
Les magistrats, et notamment le procureur de Marseille, s'en félicitent. Il y avait d'autres choses dans ce que vous avez qualifié de prise de bec. On avait parlé, juste avant notre arrivée, de procédures qui pourraient concerner des greffiers.
Le procureur général avait démenti ces faits. J'avais dit qu'il était inutile de se regarder en chiens de faïence alors que rien n'était avéré. Ce sont des polémiques anciennes.
La réalité, c'est que l'Etat a répondu présent en termes de moyens, en termes de personnel. Vous avez rappelé les chiffres, la législation, le parquet national anti-criminalité organisée, ce n'est pas rien. C'est moi qui ai commencé à travailler sur cette question.
On a considérablement évolué. - A.-E.Lemoine: Pourtant, la France est dans une situation dramatique parce qu'elle a ignoré la question du narcotrafic depuis 30 ans.
C'est le constat de l'écrivain italien R.Saviano. Il vit sous protection policière parce qu'il a dénoncé la Camorra. - E.Dupond-Moretti: Je veux bien qu'on dise que rien n'a été vu et rien n'a été fait...
Il fut une époque, que j'ai connue, lorsque j'étais avocat, où le trafic de drogue, c'était un délit condamné au maximum de 20 ans d'emprisonnement. On en a fait un crime, notamment lorsque le trafic est commis en bande organisée, ce qui est le cas du narcotrafic. On est passés de 20 à 30.
On est allés devant la cour d'assises. Une cour d'assises spécialement composée pour ne pas qu'on exerce des pressions sur les jurés. Je pourrais citer bien d'autres évolutions. - P.Cohen: On peut améliorer les choses à quelle échéance?
Les résultats sont attendus. - E.Dupond-Moretti: Monsieur Cohen...
L'Etat répond à la délinquance qui se modifie en permanence, et pas l'inverse. Il faut que l'on s'adapte, que l'on prenne des textes, ce que l'on a fait. On est partis d'un projet que j'avais laissé sur mon bureau lorsque D.Migaud est devenu garde des Sceaux.
Ce projet a été travaillé par des sénateurs. Il a été repris par G.Darmanin.
La loi est aujourd'hui votée. Attendons 2 secondes qu'elle se mette en place. On ne peut pas dire que les choses n'ont pas été faites.
Attendons que les choses se mettent en place pour voir les résultats. Et puis, il y a les repentis, statut nouveau. Le statut précédent n'était pas efficace.
Il y a ce que vous dites sur les peines qui peuvent être réduites pour ceux qui sont repentis, collaborateurs, peu importe...
Il y a aussi leur protection. C'était un volet dans l'ancienne loi qui n'était pas couvert. Je suis allé à 4 reprises en Italie pour travailler
Xavier Bertrand