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InterviewRadio France (sur Site radio)· 13 août 2026 6 minAutoproduitActualité / polémiqueÉducation & recherche

Langue corse : "Il y a un manque d'informations sur ce qu'est l'immersion" estime Jean-Marie Arrighi

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Attaque 10 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:28Invité politiqueFait
    « Les dernières enquêtes sociolinguistiques estiment à environ 105 000 le nombre de locuteurs actifs et montrent surtout une rupture de la transmission familiale. »
  • 0:45Locuteur 1Promesse
    « Ce n'est pas que cette progression soit énorme, mais ce n'est pas une situation quand même d'une langue en voie de disparition progressive. »
  • 2:16Locuteur 1Chiffre
    « Il y a, je pense, 90 classes immersives dans le public. »

Temps de parole

  • Locuteur 169 %
  • Invité politique26 %
  • Présentateur5 %

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0:00
Présentateur

Avec ce matin Jean-Marie Arrigui, agrégé de lettres, auteur et ancien inspecteur pédagogique régional chargé de mission pour la langue et la culture corse, il revient sur les grands défis auxquels fait face aujourd'hui la langue corse. Il répond à vos questions, Roland Frias. Jean-Marie Arrigui, bonjour. Bonjour.

0:18
Invité politique

Les dernières enquêtes sociolinguistiques estiment à environ 105 000 le nombre de locuteurs actifs et montrent surtout une rupture de la transmission familiale. Est-ce désormais le principal défi ? Transmettre la langue à nouveau de génération en génération ?

0:34
Locuteur 1

Oui, c'est un des défis essentiels. Je crois que déjà ce chiffre de 105 000 marque une progression parce que les enquêtes précédentes étaient toujours vers 95 000, etc. Ce n'est pas que cette progression soit énorme, mais ce n'est pas une situation quand même d'une langue en voie de disparition progressive. Et un autre élément positif, c'est que les chiffres du nombre de locuteurs entre les plus âgés et les plus jeunes n'ont plus la différence qu'ils avaient autrefois. C'est-à-dire qu'on voit que malgré tout, à travers l'école, il y a quelque chose qui passe.

1:08
Invité politique

Vous parliez de l'école. L'enseignement immersif est aujourd'hui au cœur de nombreux débats. Comment expliquez-vous cette opposition parfois entretenue, immersion publique, immersion privée ? Que révèle-t-elle au fond, selon vous ?

1:21
Locuteur 1

Je crois qu'elle révèle un peu surtout un manque d'information. Je ne sais pas s'il y a opposition dans l'esprit des gens, mais c'est vrai que déjà, il y a un manque d'information sur ce qu'est l'immersion. C'est-à-dire la différence entre le bilingue à parité français-corse ou français-autres langues régionales, puisque c'est beaucoup plus répandu en Bretagne ou au Pays Basque, entre l'immersion et le bilinguisme habituel à parité. Parce que l'immersion, le problème, c'est que pendant très longtemps, elle a été impossible dans l'enseignement public.

Ce qui a amené nécessairement ces tenants à créer des écoles privées associatives, non pas par goût du privé, mais par impossibilité de faire autrement. Et c'est vrai que maintenant, depuis la loi MOLAC de 2021 et les textes qui ont suivi dans l'éducation nationale, c'est enfin possible. Avec un développement très rapide, puisqu'il y a, je pense, 90 classes immersives dans le public. Et que le recteur en avait annoncé une quarantaine à la rentrée prochaine. Et donc, le privé, lui, a suivi, ce qui est logique aussi, la pente des autres langues régionales.

Et je ne crois pas que ce soit contradictoire, parce que le privé ne risque pas, de toute façon, de remplacer totalement le public, si on souhaite avoir un nombre important d'élèves. En revanche, il peut être porteur d'innovation, plus facilement peut-être que le public. Donc, les deux choses ne sont pas contradictoires, à mon avis.

2:46
Invité politique

Et sur le volet privé, l'actualité de Scola Gours a révélé aussi, ces dernières semaines, les difficultés de financement et des tensions avec l'État, au-delà du débat budgétaire. Est-ce que cette affaire pose, selon vous, la question de la place que la République est prête à accorder aux langues régionales ?

3:04
Locuteur 1

Je crois que cette place a augmenté de manière progressive, en permanence, depuis 40 ou 50 ans, avec le CAPES, les concours de professeurs des écoles bilingues, etc. On peut citer diverses avancées. Ce qui est intéressant, c'est de voir qu'il n'y a jamais eu de véritable recul depuis, quels que soient les gouvernements français, droite, gauche ou centre, et quelles que soient les majorités à l'Assemblée de Corse. Après, c'est lent, bien entendu, et c'est lié à des rapports de force, à peu près, en permanence.

3:34
Invité politique

Et en parlant de rapports de force, le départ du recteur Rémi-François Paolini intervient alors qu'une dynamique autour de l'immersion et de la langue corse semblait engagée. Au-delà des personnes, cette dynamique vous paraît-elle aujourd'hui suffisamment ancrée pour se poursuivre, ou entre-t-elle dans une période d'incertitude ?

3:53
Locuteur 1

Écoutez-moi, je pense qu'elle est maintenant suffisamment ancrée, parce qu'en totalité, il doit déjà y avoir entre 2 000 et 3 000 élèves qui sont dans des classes immersives privées ou publiques. Pas majoritairement publiques, d'ailleurs. Donc, on ne voit pas comment ça s'arrêterait. Le seul motif pour que ça s'arrête, ça aurait pu être de mauvais résultats, des évaluations mauvaises. Or, ce n'est pas du tout le cas. Ce système marche bien partout. On ne voit pas pourquoi c'est encore ce qui ne marcherait pas. Donc, à mon avis, la qualité même va développer ce système, quels que soient les responsables de l'éducation nationale ou les responsables politiques.

4:32
Invité politique

Jean-Marie Harry, dernière question. Vous rappelez que les langues se construisent sur le long terme, à vos yeux. Quel serait le véritable indicateur d'une renaissance de la langue corse dans 20 ou 30 ans ?

4:43
Locuteur 1

Le véritable indicateur, ce serait le nombre de locuteurs, et puis même si c'est impressionniste, ce qu'on entend dans la rue. Parce que si on compare à d'autres situations, si on prend le gaélique en Irlande, qui était dans une situation pire que le corse au départ. Enfin, l'Irlande est indépendante depuis 1920. Le gaélique est la première langue officielle, la deuxième étant l'anglais. Et il y a toute une politique pour que telle ou telle fonction publique demande la connaissance du gaélique. Par exemple, la police. Il faut que des policiers démontrent une compétence en gaélique. Ceci dit, il ne semble pas que l'usage réel du gaélique ait vraiment augmenté.

Et d'ailleurs, c'est une question que se posent les gouvernements irlandais. Alors qu'il y a maintenant, je crois qu'ils évaluent à 60% le nombre de locuteurs possibles, de gens qui savent suffisamment de gaélique pour le parler. Mais où trouver le déclic ? Et là, je crois que c'est vrai que tôt ou tard, il faut penser à l'investissement individuel de chacun. Parce que une langue, c'est d'abord des individus, un plus un plus un plus un, qui la parlent.

5:46
Invité politique

Et bien écoutez, ce sera notre conclusion, Jean-Marie Arrigui. Merci d'avoir répondu à nos questions ce matin sur RCFM. Je le rappelle, vous êtes écrivain, agrégé de lettres et ancien inspecteur pédagogique, régional chargé de mission pour la langue et la culture corse.

6:01
Locuteur 1

Merci.