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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 3 octobre 2025 23 min

Consultations à Matignon : "Le Premier ministre appelle au compromis" mais n'en "propose aucun", selon Boris Vallaud

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info.

0:04
Boris Vallaud

Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Alors, est-ce que les négociations entre vous, la gauche, et Sébastien Lecornu vont prendre un tour plus positif ou vont-elles tout simplement tourner court ? On en saura peut-être un peu plus dans les prochaines minutes puisqu'on attend une prise de parole du Premier ministre aux alentours de 8h45. Vous la vivrez en direct sur France Info et on la vivra également avec vous, Boris Vallaud. Ça tombe bien, vous êtes l'un des premiers intéressés puisque vous êtes censé aller à Matignon juste après cette interview pour un entretien avec Sébastien Lecornu. Vous attendez qu'il dise quoi là dans dix minutes, le Premier ministre ?

0:39
Locuteur non identifié

Qu'il traduise en acte la promesse qu'il a formulée au moment de sa passation de pouvoir qui est la promesse de la rupture, qui est une façon de dire aux Françaises et aux Français « J'ai compris que nous avions perdu les élections législatives il y a un an. J'ai compris le désir de changement des Français, des hommes et des femmes qui dans ce pays ne vivent pas toujours de leur travail, payent des impôts mais n'ont pas le sentiment que les services publics pour lesquels ils cotisent remplissent correctement leur mission.

» J'attends qu'ils remettent en question les orientations de la politique d'Emmanuel Macron conduite depuis huit ans et qui nous a menés dans cette impasse et qu'ils nous disent bien qu'il a renoncé à la copie de François Bayrou, ce qui ne me paraît pas être le cas des échos que j'ai. C'est-à-dire ? C'est-à-dire que j'entends parler encore de l'année blanche. Ça veut dire des déremboursements avec des franchises médicales. Ça veut dire un gel du barème de l'impôt sur le revenu. Ça veut dire très concrètement que plusieurs centaines de milliers de Français qui ne sont pas assujettis à l'impôt vont le devenir.

Alors après, vous pouvez d'un côté faire payer des impôts à ceux qui n'en payaient pas et leur promettre que vous allez les baisser très modestement. Donc tout ça me paraît pour l'instant être bien loin de la promesse de renverser la table qui est celle de Sébastien Lecornu.

2:02
Invité

Mais Boris Vallaud, renverser la table, c'est l'état d'esprit général. Concrètement, vous allez arriver avec des objets politiques précis, des demandes, des objets politiques que vous voulez lui soumettre ?

2:13
Locuteur non identifié

On a des objets politiques précis qui sont connus du gouvernement, connus de M. Lecornu.

2:20
Invité

Mais justement, M. Lecornu a déjà dit qu'il ne ferait pas, par exemple, la taxe Huckman, qu'il ne ferait pas le jet de la réforme d'air prête.

2:26
Locuteur non identifié

Si c'est la réponse qu'il nous fait ce matin, je pense que l'échange sera assez bref. Je veux dire, ce n'est pas un caprice des socialistes. La taxe sur les très hauts patrimoines, pardon, mais elle finit par être même revendiquée par des chefs d'entreprise, des chefs d'entreprise qui y seront assujettis. Un certain nombre de patrons de la tech ont dit qu'ils y étaient favorables parce que c'est une mesure de justice.

2:50
Invité

Ça veut dire que vous n'avez pas renoncé à ces deux mesures ? Vous allez continuer ?

2:54
Locuteur non identifié

Comment pouvez-vous me demander si j'ai renoncé à une exigence démocratique qui est celle de la justice fiscale ? Comment pouvez-vous suggérer que nous renoncions à ce que les milliardaires payent à tout le moins autant d'impôts que les classes populaires et les classes moyennes ?

3:10
Boris Vallaud

Boris Vallaud, ce n'est pas tout à fait pareil de dire qu'on veut de la justice fiscale et qu'on veut la taxe Huckman. La taxe Huckman n'est peut-être pas l'alpha et l'oméga de la justice fiscale.

3:19
Locuteur non identifié

Mais admettons que ce n'est pas l'alpha et l'oméga et qu'il y ait d'autres façons de faire en sorte que les milliardaires ne soient pas les champions du monde de toutes catégories de l'évitement fiscal, qu'ils ne soient pas les passagers clandestins de la solidarité nationale, qu'ils n'obligent pas les classes populaires à payer les impôts des hyper-riches qui ne les payent pas, qu'ils n'obligent pas les PME à payer les impôts des multinationales qui ne les payent pas. Justement. Mais pardon, parfois le gouvernement semble faire, mais le plus souvent il fait semblant. Donc j'allais dire, on ne se fera pas emberlifier côté.

3:51
Boris Vallaud

Justement, vous avez, et ça fait partie des pistes qui ont été évoquées dans la presse, tout un cocktail de mesures. Alors il y a peut-être un côté catalogue, et je m'en excuse par avance, poursuite de la contribution sur les hauts revenus, hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine et certains placements, hausse de la flat tax, là on parle notamment des revenus en dividendes, surtaxe Sarkozy, qui est une surtaxe qui concerne les très hauts contribuables. Est-ce que ce cocktail, il pourrait vous convenir ? Ce n'est pas la taxe du Kman, mais c'est quand même quelque chose.

4:17
Locuteur non identifié

La question est celle de qui cela touche vraiment, et la deuxième question, c'est quel est le rendement. Si c'est pour nous dire, écoutez, vous avez demandé, parce qu'on a demandé au titre de la taxe... Là on est sur plusieurs milliards. Au titre de la taxe du Kman, on a demandé 15 milliards d'euros, et puis il y a par ailleurs d'autres propositions fiscales qui sont dans notre copie. Si c'est pour nous dire, écoutez, on va vous en donner 5, et puis circuler, il n'y a rien à voir, ce qui ne serait pas même le rendement probablement de l'ISF aujourd'hui s'il avait été maintenu. C'est 15 ou rien ? Je dis que ce n'est pas possible. Je dis qu'on ne peut pas faire semblant.

Je dis que le moment est venu de la justice fiscale, du patriotisme économique. Parce que tout ce qu'on ne demandera pas à ceux qui n'ont pas fait les efforts qu'ils devraient faire, le gouvernement les demandera aux plus fragiles des Françaises et des Français. Et c'est déjà la promesse qui est formulée. Quand je parle du gel de l'impôt sur le revenu, c'est augmenter les impôts de toutes les classes moyennes, faire entrer dans l'impôt des gens qui n'y étaient pas. Quand j'entends des économies sur les franchises médicales, c'est un impôt sur les malades. Il y a d'autres choses qui vont relever, je le crains, de propositions qui ne sont pas acceptables.

5:26
Invité

Mais Boris Vallaud, en parlant des petits revenus, Sébastien Lecornu a annoncé qu'il étudiait la piste de baisse de l'impôt sur le revenu des salariés qui étaient juste au-dessus du SMIC. Il s'est aussi engagé auprès des syndicats à revenir sur le calcul de la retraite pour les femmes qui ont eu des enfants. Ça ne va pas dans le bon sens, tout ça ?

5:42
Locuteur non identifié

C'est des mesures concrètes qui touchent beaucoup de gens. Si cela est cosmétique, c'est insuffisant. Je voudrais juste vous dire pourquoi la confiance est rompue. L'année dernière, vous savez, nous avions, avec François Bayrou, parmi nos objets de négociation, demandé le relèvement de la prime d'activité parce que déjà, nous étions soucieux du pouvoir d'achat des Français, des hommes et des femmes qui travaillent. On nous avait dit non, ton taxe, ça ne faisait pas partie du deal. Mais en le mois d'avril dernier, subrepticement, le gouvernement a pris un décret qui a baissé de 600 millions d'euros le montant de la prime d'activité. C'était encore dans le budget de M.

Bayrou pour plusieurs centaines de millions d'euros. Donc, je veux dire, j'ai bien compris qu'on nous avait dit maintenant que c'était juste au-dessus, un tout petit peu au-dessus du SMIC. Quand vous êtes marié, vous n'avez pas d'enfant. Quand vous n'êtes pas marié, vous avez des enfants. Les mamans solos, pas concernés. C'est quand même le visage moderne de la pauvreté.

6:38
Boris Vallaud

On a quand même l'impression, pardon Boris Vallot, mais que, quoi puisse dire le Premier ministre, si ce n'est pas exactement au mot près ce que vous avez demandé, ça ne suffira jamais.

6:47
Locuteur non identifié

Détrompez-vous. Détrompez-vous. Je viens de vous répondre sur la taxe Zoukman. Si ce n'est pas la taxe Zoukman mais que ça remplit l'office de la justice fiscale à un niveau qui est important, pourquoi Gabriel Zoukman prend comme assiette y compris les biens professionnels et dit 2% ? Parce qu'avec cette assiette et ce taux-là, les 1 800 premiers contribuables putatifs de France, parce que beaucoup ne payent pas ce qu'ils devraient, seront fiscalisés à la moyenne des autres Français. Qui peut s'y opposer ? Ce n'est pas seulement un problème financier ou bionnaire, c'est un problème démocratique. C'est un problème de justice.

7:22
Invité

Boris Vallaud, vous mettez aujourd'hui la pression sur le Premier ministre. Dans le même temps, Bruno Retailleau, chef de file de la droite, fait la même chose. Comment on s'en sort ? Il réclame, lui, un tiers des ministres, des engagements sur l'immigration notamment. Comment on s'en sort si le compromis est refusé du côté droit, du côté gauche ?

7:36
Locuteur non identifié

Mais le compromis, c'est nous qui l'avons proposé. C'est nous qui l'avons, d'une certaine manière, en avons construit l'ossature à travers les propositions budgétaires que nous avons formulées. Nous avons fait déjà la démonstration que nous étions capables de le faire avec le gouvernement de François Bayrou. Pardon, mais l'instabilité, l'irresponsabilité, l'intransigeance, elle n'est pas de notre côté. Nous sommes les artisans de la stabilité et de la justice. Les artisans du chaos, je crains qu'ils soient dans ceux qui mettent des conditions à leur entrée au gouvernement.

Eh bien, s'ils ne veulent pas rentrer au gouvernement, c'est un petit groupe, le groupe républicain à l'Assemblée nationale, qui a perdu beaucoup de députés, qui fait partie de ceux qui ont perdu les dernières élections législatives et qui doivent entendre la revendication de justice

8:25
Boris Vallaud

des Françaises et des Français. Boris Vallaud, vous restez avec nous. En attendant, Sébastien Lecornu qui doit s'exprimer dans quelques minutes sur le perron de Matignon.

8:38
Invité

Boris Vallaud, vous êtes toujours avec nous sur France Info, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Si vous censurez le gouvernement Lecornu, une des hypothèses, c'est la dissolution. Est-ce que vous vous y préparez ?

8:52
Locuteur non identifié

D'abord, je vais être clair sur le fait que quand on va à la discussion, on y va aussi sincère qu'exigeant. Et que nous n'appelons ni à la censure de façon forcenée, ni à la dissolution. Mais que nous nous préparons à la possibilité de l'un et de l'autre.

9:11
Boris Vallaud

Certains de vos députés sont déjà en campagne, d'ailleurs, ils le disent, ils l'assument.

9:15
Locuteur non identifié

Oui, bien sûr que nous nous y préparons. Et j'imagine que chacun s'y prépare. Est-ce que s'y préparer, c'est la souhaiter. Est-ce que s'y préparer, c'est la redouter ? Ni l'un, ni l'autre.

9:25
Invité

Vous, à titre personnel, dans les Landes, vous vous y préparez aussi. La dernière fois, vous aviez gagné 56 contre 43% des voix face au Rassemblement national, sans le nouveau Front populaire, sans l'Union de la gauche. Est-ce que vous êtes sûr de conserver votre siège ?

9:36
Locuteur non identifié

Mais vous savez, quand on va aux élections, le principe, c'est que c'est les électeurs qui décident. Et moi, je ne veux pas formuler d'hypothèse à l'avance. Ce que je sais, c'est que depuis 8 ans, je travaille pour mes concitoyens. Et que dans la bagarre aujourd'hui, je ne le fais pas pour moi, je ne le fais pas pour que les socialistes aient des postes. Nous ne rentrons pas au gouvernement, nous n'exigeons pas, comme les Républicains, un tiers des postes.

9:58
Invité

Entre 2022 et 2024, dans votre circonscription, le Rassemblement national a pris 17 points.

10:02
Locuteur non identifié

Mais que le Rassemblement national progresse, j'en suis le témoin. Et j'en suis le témoin d'autant plus accablé que le Rassemblement national est en réalité l'allié objectif de la Macronie. Hier et avant-hier encore, dans les désignations, dans les votes pour un certain nombre de postes à l'Assemblée nationale, le mardi, les macronistes votent pour le Rassemblement national. Le lendemain, le Rassemblement national vote pour les macronistes. Et par ailleurs, je fais juste remarquer que sur cette question de justice fiscale de Tag Zuckman, le Rassemblement national y est opposé. Elle est du côté des milliardaires qui finançaient les milliards.

10:34
Invité

Et justement, vous pensez que le gouvernement, je poursuis votre idée, peut aller plus loin, peut aller chercher la non-censure du Rassemblement national s'il n'obtient pas la vôtre ?

10:40
Locuteur non identifié

Écoutez, je ne sais pas. En tout cas, moi, ce que j'observe dans l'hémicycle, ce que j'observe dans ce qui s'est passé hier et avant-hier, c'est de fait une connivence entre le bloc central et... Connivence et alliance, ce n'est pas pareil.

10:54
Boris Vallaud

Vous parlez de l'élection vice-président, ça sert ce qu'on appelle les postes clés de l'Assemblée nationale. Je dis pour ceux qui n'auraient pas forcément suivi. Simplement, quand on évoque quand même la question de la censure, on entend souvent la musique de dire les socialistes, de toute façon, ils négocient, ils montrent qu'ils négocient pour quand même rester considéré comme un parti de gouvernement. Mais la réalité, c'est qu'il y a la crainte des élections municipales. Et donc, ils censureront forcément parce qu'ils ne veulent pas être associés au gouvernement. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent ça ?

11:24
Locuteur non identifié

Mais je dis que, d'abord, un, nous avons déjà censuré et renversé les gouvernements. Et deux, nous avons déjà conclu un accord pour éviter une censure. Donc, les leçons, je ne les accepte pas. Il n'y a pas de calcul politicien ? Non, la seule chose... Je vais vous dire, moi, je reçois toutes les semaines dans ma circonscription des gens qui sont en prise avec des services publics, qui ont été mis à main.

11:48
Boris Vallaud

Boris Vallaud, Sébastien Lecornu est donc en train de s'approcher au micro à Matignon et il prend la parole.

11:54
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous. Je voulais m'adresser à vous et par l'intermédiaire, évidemment, de la presse, aux Françaises et aux Français qui nous écoutent, sachant que depuis trois semaines, j'ai volontairement peu parlé pour laisser sa chance au dialogue, aux compromis et aux discussions de fond. Sur ce même perron, il y a trois semaines, j'ai indiqué qu'il y avait un décalage important entre la situation internationale et la situation nationale, un décalage important parfois entre la vie politique française et la vie de nos compatriotes.

Et donc, pendant trois semaines, en recevant syndicats salariés, syndicats patronaux, formation politique du socle commun, ceux qui soutiennent l'action du gouvernement que je vais former, des oppositions, mais aussi des différentes filières professionnelles, acteurs engagés du pays, forces vives, élus locaux. J'ai commencé à tracer des chemins qui vont nous permettre de trouver des compromis à l'Assemblée nationale et notamment, j'y reviendrai, lors de ma déclaration de politique générale.

Ce qui me frappe beaucoup, et c'est au fond un peu mon problème, c'est que dans le secret du bureau, dans le secret des discussions que nous pouvons avoir avec les différentes formations, avec les différents syndicats, avec les différents acteurs, au fond, qui peuvent faire avancer notre pays, dans le secret du bureau, les compromis sont possibles, les discussions sont sérieuses, toujours techniques, toujours sincères.

Et au fond, ça nous amène à un premier schéma, une première possibilité dans les temps à venir, c'est de se dire qu'une coalition plus large aurait été possible avec un accord de non-censure, c'est-à-dire une capacité pour les formations républicaines à l'Assemblée nationale et au Sénat de se faire confiance avec, au fond, pas pour faire une coalition à l'allemand, mais au moins un texte qui permet de donner de la clarification, de donner de la stabilité au pays, et surtout, je l'avais dit, pas d'immobilisme, mais donc de faire avancer et donner des réponses pour les préoccupations de nos concitoyens et de nos concitoyens.

Les premières consultations que j'ai eues il y a trois semaines, il s'avère que, pour plein de raisons qui sont d'ailleurs très compréhensibles et que je peux partager, cette possibilité n'a pas pu prospérer. Et donc, au fond, le sujet maintenant, c'est comment chacun fait un pas, un geste, mais plus qu'un geste, sans se renier dans ses propres convictions pour faire avancer le pays. Et donc, au fond, sur les thèmes que nous connaissons, cela ne peut pas être aussi binaire que pour la réforme des retraites dite la réforme borne ou contre la réforme des retraites, mais comment on l'améliore ?

C'est ce que je proposerais d'ailleurs aujourd'hui, c'est une amélioration de notre régime de retraite, notamment sur les questions de pénibilité pour les femmes. Ce n'est pas uniquement l'attaque Zuckmann ou rien, c'est évidemment la capacité à se dire pourquoi, comment fonctionne la fiscalité pour les 0,1% de nos compatriotes les plus riches ? Et donc, ça pose la question au fond de ce qu'on dit de la justice fiscale, c'est-à-dire comment l'effort évidemment est réparti.

Ce n'est pas la question est-ce qu'on est pour ou contre le pouvoir d'achat, ne pas être contre donner plus de pouvoir d'achat évidemment à celles et ceux qui travaillent, c'est au fond quel est le meilleur vecteur pour le faire. Ce n'est pas est-ce qu'on est pour ou contre une mesure sur l'immigration, c'est au fond pour ce grand défi que nous allons connaître encore dans les décennies qui vont venir liés au réchauffement climatique, liés au terrorisme au Sahel, au Proche et au Moyen-Orient, quelles sont les réponses les plus efficaces qu'il faut trouver ? Et au fond, ce caractère binaire est au fond ce qui peut nous empêcher d'avancer.

Et c'est pour cela qu'après en avoir discuté avec un certain nombre d'acteurs de la vie politique et parlementaire, je pense qu'il nous faut, comme je l'ai dit aussi sur ce perron, engager quelques ruptures. La cinquième impublique, elle est présidentielle, semi-présidentielle, si on est précis, mais elle peut être aussi parlementaire. Et je pense que nous sommes dans le moment le plus parlementaire de la cinquième impublique. Mais pour cela, il faut que chaque député puisse avoir du pouvoir, puisse avoir de la responsabilité, puisse prendre ses responsabilités. Et au fond, c'est ça qui nous empêche d'avancer, c'est la capacité à ce que le débat démarre.

Et donc, j'ai décidé de renoncer à l'article 49 à l'ENA 3 de la Constitution puisque cet article, au fond, permet au gouvernement d'interrompre les débats, d'engager la responsabilité du gouvernement et au gouvernement d'écrire la copie. Et on le sait très bien, je défends la cinquième république et sa constitution, c'est un outil utile, mais c'est un outil qui a plutôt été imaginé par Michel Debray pour contraindre sa propre majorité. Or, dans un parlement qui fonctionne, dans un parlement en plus, qui a été renouvelé il y a plus d'un an, qui ressemble aux Français, avec ses divisions, on ne peut pas passer en force et on ne peut pas contraindre son opposition.

Renoncer à l'article 49 à l'ENA 3 ne doit pas nous faire renoncer à ce que la France ait un budget au 31 décembre. Et donc, c'est sur la base de cette nouvelle méthode, de cette rupture, où le gouvernement déporte encore davantage le pouvoir à l'Assemblée nationale et au Sénat, que je vais pouvoir engager un certain nombre de discussions nouvelles ce matin, cet après-midi, dans les jours qui viendront aussi avec les partenaires sociaux en disant, fort ce constat, fort de cette rupture, comment l'Assemblée nationale, comment le Sénat vont s'emparer, justement, de ces différents enjeux.

Alors, évidemment, le gouvernement va devoir aussi, lui, changer de méthode, bâtir des compromis avant la séance, pendant la séance, parfois aussi après les séances, dans ce qu'on appelle les commissions mixtes paritaires, c'est-à-dire ce moment où l'Assemblée nationale et le Sénat se retrouvent. Et donc, c'est aussi sur cette base que je proposerai dans les prochains jours au Président de la République, une liste de membres du gouvernement qui devront accepter de rentrer aussi dans une nouvelle méthode de partage du pouvoir avec l'Assemblée nationale.

Il y aura d'autres ruptures à venir, j'en ai déjà esquissé quelques-unes, en matière de partage du pouvoir dans le pays, avec la décentralisation, en matière de partage du pouvoir avec les partenaires sociaux, parce que je crois au dialogue social. En tout cas, ce que je vais vous dire ce matin, c'est qu'on va y arriver, que pour y arriver, il faut qu'évidemment, chacun ait envie d'y arriver et dès lors que le gouvernement ne peut plus être en situation d'interrompre les débats, il n'y a donc plus aucun prétexte pour que ces débats ne démarrent pas la semaine prochaine.

J'aurai l'occasion de revenir devant les Françaises et les Français plus longuement, prochainement, pour faire un point, évidemment, sur ce qui les concerne pour leur vie quotidienne, sécurité, pouvoir d'achat, sécurité collective avec l'actualité internationale, parce qu'une fois de plus, en trois semaines, cette rupture, ce décalage, pardonnez-moi, entre la vie internationale et la vie nationale continue d'être préoccupant, on l'a tous vu dans les dernières informations. Merci à toutes et à tous.

18:30
Boris Vallaud

Voilà donc pour cette prise de parole à l'instant de Sébastien Lecornu depuis Matignon. Nous sommes toujours avec Boris Vallaud, député socialiste des Landes, président du groupe PS à l'Assemblée nationale. Aurélie Herbemont, chef-adjointe du service politique de France Info, nous a rejoint. Information majeure de ce matin, c'est que Sébastien Lecornu renonce à utiliser le fameux article 49.3 de la Constitution.

18:54
Invité

Oui, le fameux article 49.3 qui permet de faire passer des textes sans vote, donc en contraignant le Parlement. Eh bien là, Sébastien Lecornu renonce à utiliser cet article extrêmement utile puisqu'il est très utilisé pour tous les budgets depuis 2022, depuis qu'il n'y a plus de majorité. On ne parle même pas de depuis l'an dernier 2024 où il n'y a pas du tout de majorité. C'est très compliqué. Même Elisabeth Borne, à partir de 2022, quand la majorité n'est plus que relative, eh bien elle n'utilise pas cet article concrètement. Ça veut dire que Sébastien Lecornu va vraiment devoir négocier avec les oppositions, notamment Boris Vallaud.

Sinon, le budget, il ne pourra pas le faire passer sans 49.3.

19:35
Boris Vallaud

Votre avis, Boris Vallaud, là c'est, comme le dit Sébastien Lecornu, plus aucun prétexte pour que les débats ne commencent pas.

19:42
Locuteur non identifié

C'est ça ? Moi la question, de toute façon, le débat, quelle que soit l'hypothèse, il y aura des débats budgétaires. Sauf si vous aviez

19:49
Boris Vallaud

renversé le gouvernement dès la semaine prochaine. Oui, mais il y en a

19:51
Locuteur non identifié

qui lui succèdera probablement. Et en effet, il y aura un rendez-vous à la loi spéciale, il y aura un budget pour l'année prochaine. Tout est prévu constitutionnellement pour qu'il y ait un budget. Et d'ailleurs... Mais sur le 49.3. Je voudrais juste simplement poser une question. Le Premier ministre appelle au compromis, mais au moment où nous allons le rencontrer, il ne nous en propose aucun. C'est quand même baroque. Cette promesse d'un compromis futur et cette incapacité, alors que voilà trois semaines qu'il consulte, à nous en proposer aujourd'hui. Parce que moi, je sais ce qu'il a envoyé au Conseil d'État comme projet de budget. Et il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de M.

Bayrou. Quand je vois qu'il y a, par exemple, 2,3 milliards d'économies sur les franchises médicales, quand je vois que le gel des prestations sociales, c'est 2,5 milliards d'économies faits sur les familles, faits sur un certain nombre de pensions, faits sur les minimas sociaux, je dis que M. Lecornu doit nous faire dès aujourd'hui la démonstration qu'il est prête à bouger. Sauf que là,

20:46
Invité

M. Lecornu, ce qu'il fait, pardonnez-moi, c'est de vous dire ce budget, même si j'en ai un projet, je ne le passerai pas en force, je ne vous l'imposerai pas et donc s'il n'est adopté, ça sera uniquement le fruit d'un compromis parlementaire. Vous êtes président de groupe à la Sénat nationale, ça devrait vous faire plaisir.

21:00
Locuteur non identifié

J'ai toujours plaidé pour la centralité du Parlement. Mais j'ai aussi vu la dureté des outils du parlementarisme rationaliser cette possibilité de caporaliser le Parlement et de l'empêcher précisément. Ce ne sera pas le cas, Boris Vallaud. Est-ce qu'il y renonce ? Non. Il y a l'article 40, vous savez, qui empêche des dépenses nouvelles. On rentre dans quelque chose de complexe. Attendez, mais tout est là. Vous voyez ce que je veux dire ?

21:27
Boris Vallaud

Il peut toujours aussi avoir l'induction par ordonnance, effectivement.

21:29
Locuteur non identifié

Il y a aussi, par ailleurs, l'article 45, c'est-à-dire la question des cavaliers, ce qui n'est pas prévu dans le projet initial du gouvernement. Vous ne pouvez pas y raccrocher. Pour bien comprendre,

21:40
Boris Vallaud

Boris Vallaud, ce que vous dites, c'est que oui, enfin non, vous ne le dites même pas d'ailleurs, vous ne dites même pas que sur la méthode, il y a un point positif. Je dis,

21:48
Locuteur non identifié

je dis que la méthode, il devait l'inaugurer dès à présent dans la possibilité de construire un compromis. M. Lecornu n'a jamais fait de compromis. Nous, nous en avons déjà fait un avec M. Bayrou. Je dis que, par construction, compte tenu de ce qui vient de se passer depuis trois semaines, que ce qui s'est passé hier dans l'hémicycle, c'est-à-dire en réalité une alliance entre le Rassemblement national et le Bloc central, oui, pardonnez-moi de me dire écoutez, on a besoin de précision et de compréhension.

Si c'est finalement pour nous empêcher de fait de suspendre la réforme des retraites ou de l'abroger, si c'est en réalité, moi je ne sais pas à quoi le Bloc central est prêt comme compromis. Quand j'entends les Républicains, je comprends qu'ils ne sont prêts à aucun compromis ou c'est toujours sur les bases du budget de M. Bayrou. Justement,

22:37
Boris Vallaud

Boris Vallaud, Sébastien Lecornu a aussi évoqué une mesure sur l'immigration. Est-ce que ça, ça serait un casus belli pour le Parti socialiste ? Mais si c'est pour céder

22:45
Locuteur non identifié

aux Républicains qui eux-mêmes cèdent au Rassemblement national, qui eux-mêmes cèdent à la démagogie et à la peur, oui, ce sera une difficulté.

22:52
Boris Vallaud

Merci à vous, Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, député socialiste des Landes. Merci Camille Vigogne-Lecouat et merci Aurélie Herbemont. Aurélie, on vous retrouve dans quelques secondes pour les informer sur France Info.