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AutreFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 7 décembre 2024 59 minContradictoireMixte

UE : nouvelles équipes, nouveaux équilibres

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Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent.

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Invité

Bonjour à tous. Depuis dimanche dernier, de nouveaux visages, de nouvelles équipes se sont installées à Bruxelles. A la tête du Conseil des chefs d'État et de gouvernement, le portugais Antonio Costa, ancien Premier ministre, remplace le belge Charles Michel. A la tête de la commission, rien de neuf, Ursula von der Leyen entame un deuxième mandat de 5 ans. Mais les 26 commissaires qui l'entourent, désignés par le gouvernement respectif, prennent connaissance des directions dont ils ont la charge. L'architecture, ou plutôt l'organigramme de la commission a changé, manifestement conçu pour être davantage à la main de la présidente.

Les responsabilités attribuées au français Stéphane Séjourné sont nettement plus réduites que celles de son prédécesseur. Même si aucun commissaire n'a été récusé par le Parlement européen, l'approbation accordée à cette nouvelle équipe a été mesurée, en fait, la plus faible de l'histoire communautaire. Conseil et commission illustrent de nouveaux équilibres entre les États membres au moment où les deux poids lourds, l'Allemagne et la France, sont l'une comme l'autre en crise politique ouverte. Comment donc comprendre l'évolution des rapports de force au sein de l'espace européen ?

De décembre 2019 jusqu'à dimanche dernier, la première commission, von der Leyen, s'était attelée à plusieurs chantiers d'importance. Le pacte vert, la relance économique post-Covid, la transition numérique. Quelles seront cette fois ses priorités ? Deux rapports signés par Mario Draghi et Enrico Letta ont souligné l'urgence des réformes indispensables pour améliorer la compétitivité, le marché unique, le fonctionnement des institutions. Seront-ils suivis des faits ou relégués dans les tiroirs ? Donald Trump, qui sera ce soir à Notre-Dame, prendra ses fonctions le 21 janvier prochain. Va-t-il diviser ou au contraire fédérer les Européens ?

Comment l'Union peut-elle défendre ses intérêts sans être prise en étau dans la guerre commerciale entre Pékin et Washington et jouer son rôle en Ukraine ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous Thierry Breton. Merci d'être avec nous. Vous êtes, nul n'est besoin de le rappeler, l'ancien commissaire européen au marché intérieur. Arantxa González-Laya, ravie de vous accueillir. Vous êtes la doyenne de l'École des affaires internationales de Sciences Po, ancienne ministre des affaires étrangères espagnole. Et Enrico Letta, vous êtes avec nous. Je vous remercie.

Vous êtes le président de l'Institut Jacques Delors, ancien président du Conseil des ministres italiens et signataire de l'un des rapports auxquels je faisais allusion à l'instant. Thierry Breton, pendant 4 ans, vous avez donc siégé à Bruxelles, un peu plus de 4 ans, et vous aviez un énorme portefeuille, je le rappelle, marché intérieur, politique industrielle, tourisme, numérique, audiovisuel, défense et espace. Et vous avez fait montre d'une activité bouillonnante qui manifestement n'a pas toujours plu à la présidente qui a été renouvelée, Madame von der Leyen, et c'est la raison, c'est l'une des raisons pour lesquelles vous avez, vous, claqué la porte en septembre dernier.

Comment expliquer cette nouvelle architecture de la Commission, avec donc une autre distribution des portefeuilles, et en particulier pour le commissaire français, même si chaque commissaire est censé oublier sa nationalité d'origine, un portefeuille bien réduit ? Lorsqu'on parle des institutions communautaires, Christine O'Krent, moi j'aime bien me référer toujours au traité, parce qu'au fond, ce devrait être, je dis bien ce devrait être, notre boussole, et en particulier la boussole de ceux qui en ont la charge. Roberta Metzola, la présidente du Parlement, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, et vous l'avez rappelé tout à l'heure, Antonio Costa, pour le Conseil.

En ce qui concerne la Commission, il appartient, selon les traités, à la présidente d'organiser les travaux, les travaux du Conseil, et donc de collège, c'est-à-dire, en fait, d'attribuer les responsabilités aux uns et aux autres, mais lorsqu'on dit responsabilité, ça veut dire, en fait, les directions générales qui vont lui être rattachées. Et c'est ça qui est très important, il faut comprendre que le vrai pouvoir au sein de la Commission, c'est évidemment la ou les directions générales qui vous rapportent.

Vous l'avez rappelé à l'instant, j'en avais, en fait, quasiment quatre, la direction du marché intérieur, qu'on appelle la DG Gros, dans notre jargon, la direction du numérique, la DG Connect, et puis la direction de la Défense et de l'Espace, la Défice. Et au fond, c'est ce qui mesure, je dirais, le poids qu'on va pouvoir donner à un commissaire. Et puis derrière, c'est donc la présidente elle-même qui va attribuer et puis aussi organiser. Mais lorsque l'on dit ça, il faut bien avoir en tête que les traités disent aussi, de façon très claire, que la Commission est régie selon un collège, avec un esprit de collégialité. Ce n'est pas un conseil. Ce n'est pas un conseil d'administration.

Ce n'est pas un conseil des ministres. C'est un collège. Et dans un collège, une femme, un homme, une voix. Il n'y a pas de différence, c'est l'esprit des traités, entre chaque commissaire et du reste. Chaque commissaire doit, et a le devoir, de s'exprimer sur tout sujet qui vienne au collège, qu'il soit porté par lui-même dans le cadre de l'instruction qu'il avait menée pour proposer tel ou tel texte, par exemple, ou qu'il ne le concerne pas directement. C'est ça, l'esprit de collégialité. Vous avez indiqué que j'avais décidé de démissionner pour des raisons qui me sont propres.

J'ai parlé assez souvent, et je ne veux pas revenir dessus, sur précisément ce qui me semblait, mais c'est mon appréciation. Peut-être une dérive en matière de collégialité. Et je crois que c'est très important, et en tout cas, je n'étais plus à l'aise, moi, dans cette évolution. Évolution, je ne la conteste pas. J'ai tiré les conséquences que je devais en tirer. Et c'est une évolution qui s'est confirmée, en quelque sorte ? Alors, quand on regarde, effectivement, aujourd'hui, il y a effectivement, maintenant, il n'y a plus de commissaire qui a autant de direction générale que j'avais, puisque maintenant, ils en ont tous une au maximum. Je dis bien au maximum, beaucoup n'en ont pas.

Et puis, il y a effectivement une organisation dite, dans notre jargon, en cluster. C'est-à-dire qu'il y a maintenant des exécutifs vice-présidents. Alors, ça n'existait pas, ça, dans le traité. Ça a été une invention qui est venue comme ça au fur et à mesure. Et un peu, des commissaires primus inter pares qui ont des périmètres dans lesquels d'autres commissaires vont exercer pour donner une sorte de cohérence, on va dire. Alors, il y a la compétitivité, c'est Stéphane Séjourné. Il y a, par exemple, pour Mme Ribeira, alors elle, c'est assez baroque. Donc, l'Espagnol ? Elle est effectivement également exécutif vice-présidente.

Elle a l'ADG concurrence et aussi tout ce qui concerne l'aspect vert. Donc, ce qui lui va bien du reste parce que c'était ancienne ministre donc de l'écologie. Elle était du reste très connue et reconnue du reste comme ça. Ça faisait du reste un peu un chiffon vert, si je puis dire, pour les membres du PPE qui la craignent justement sur cette question. Donc là, elle a organisé effectivement en cluster et on a des responsabilités qui sont maintenant peut-être un peu interposés, intercalés, enchevêtrés, vont dire certains, mais très verticales. Si je résume, c'est vrai qu'aujourd'hui on a peut-être le sentiment et encore une fois, elle a tout à fait le pouvoir de le faire.

Les traités lui donnent le pouvoir d'organiser comme elle le souhaite. On a une organisée, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les observateurs, qui est beaucoup plus verticale et où effectivement, on sent que le pouvoir qui sera exercé, alors dans notre jargon on dit le 13ème parce que la présidente est au 13ème étage, sera encore plus marqué qu'il n'a pu l'être effectivement, ce qui me semble être peut-être difficile à conjuguer avec cet esprit d'horizontalité qui est l'esprit de la collégialité.

Mais donc, c'est désormais un fait acquis, cette commission est entrée en fonction et l'on voit que sur les 27 commissaires, Madame von der Leyen comprise, 15 appartiennent à ce qu'on appelle le PPE. Le PPE, c'est pour résumer et abréger puisque, encore une fois, les acronymes ne sont pas les mêmes au Parlement européen que dans nos parlements nationaux. Donc, c'est le parti disons chrétien-démocrate, le parti de droite au Parlement européen. Est-ce que cela veut dire, Thierry Breton, que cette commission est plus à droite, ce qui correspond d'ailleurs à l'évolution de nos démocraties à l'intérieur des 27 ? Alors, il faut bien faire attention.

Vous avez parfaitement raison de l'indiquer et c'est une deuxième raison dans laquelle moi, j'étais pas très à l'aise, je l'ai indiqué du reste également, c'est que la commission est en train de devenir beaucoup plus politique, de se politiser. La commission doit être au-dessus des pays, vous l'avez rappelé, vous savez, lorsque l'on est commissaire, on va à la cour de Luxembourg, on va jurer, alors pas devant la Bible, nous, nous c'est sur le traité, qu'on oublie son pays, on dit dans notre jargon qu'on connaît le mieux et on ne pense plus qu'à l'intérêt général européen. Mais on doit aussi oublier son parti, la commission est aussi au-dessus des partis.

Or là, vous l'avez rappelé, pour la première fois, on va avoir une commission qui va avoir la majorité des commissaires qui sont donc PPE, ce parti qui est le centre droit. Mais c'est pas vraiment le rôle de la commission que d'être politique, c'est le rôle du Parlement. Certes, le Parlement, c'est une instance qui est clairement politique et évidemment, les rapports de force se font dans le cadre. Le PPE est la première force politique du Parlement européen. Manfred Weber en est le président, il est aussi le président du PPE, c'est l'amant bavarois Manfred Weber.

Alors, il a dit très habilement qu'il avait gagné l'intégralité des élections, ce qu'il faut, c'est une fake news, il est effectivement le premier parti, mais il a fait exactement pratiquement en nombre de députés, 26% des députés sont PPE lors de cette mandature, ils étaient 25 la dernière, donc on est pratiquement égal, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, c'est exact.

On a une commission qui est très marquée par ce lien, je sais du reste que Manfred Weber qui est vu comme le kingmaker au Parlement européen, c'est le faiseur de roi, a bien l'intention également d'intervenir au niveau de la commission avec les commissaires qui sont de son parti, voilà, donc il faut veiller à tout ça, c'est un équilibre fragile notre commission, c'est un équilibre fragile le collège et il faut veiller dans l'intérêt général européen et de tous à le préserver.

Enrico Letta, vous avez été vous, président du conseil, c'est-à-dire premier ministre en Italie après avoir été je crois le plus jeune ministre de l'histoire politique italienne, donc bravo, bravo Enrico, mais ce qui nous intéresse ce matin, c'est d'abord le fait que vous avez publié, vous avez signé et publié au printemps dernier un rapport sur l'avenir du marché unique, vous en avez fait un livre qui est d'ailleurs très vivant et que je recommande, est-ce que vous souscrivez à cette analyse de Thierry Breton que cette nouvelle commission illustre en quelque sorte la droitisation des pays membres à commencer bien sûr par l'Italie ?

Évidemment oui, c'est un fait, le fait principal est que les trois institutions principales se trouvent à voir, puisqu'elles sont tous politisées, une majorité différente l'une de l'autre et ça c'est l'élément qui risque dans un cas de politisation encore majeure d'amener de grandes contradictions parce que le conseil européen est à majorité large, majorité centre-droite, la commission européenne la même chose, vous venez de le dire, Thierry Breton vient de dire les chiffres, alors que le parlement européen au contraire à cause aussi des divisions de la droite extrême, de la droite anti-européenne qui est divisée en trois groupes qui ne se parlent pas entre eux, a plutôt une majorité qui est plutôt de centre-gauche si on peut voir les chiffres bien.

Donc on se trouve dans une situation complexe. Mais moi je souscris vraiment ce que Breton vient de dire sur la question du fait que les commissaires doivent être au-dessus de la mêlée. Si on a l'idée que les commissaires sont des représentants politiques d'un parti politique, je pense que c'est une grande erreur qui va rendre les choses beaucoup plus compliquées parce que chacun des commissaires a des responsabilités qu'il doit gérer au nom de l'Union européenne par rapport à des pays membres de l'Union européenne quelle que soit la majorité.

Le commissaire qui est en charge du budget, le commissaire qui est en charge de la concurrence, ils ont des pouvoirs énormes, évidemment ces pouvoirs doivent être gérés dans l'intérêt général de l'Union et non pas dans l'intérêt d'un propre parti. Donc il est vrai que ce sujet touche un aspect très important. Mais je souligne aussi le fait que toute cette complexité nécessite une une horizontalité du consensus. C'est-à-dire l'Europe a besoin d'un consensus pour être géré. Elle ne sera jamais les Etats-Unis dans lesquels il y a un président qui est élu et c'est lui qui gère le pays. L'Europe c'est un leadership diffusé qui est distribué avec beaucoup de gens.

Il faut qu'il y ait un consensus large. C'est un peu comme ça. Vous savez Jacques Delors auquel j'ai dédié dans le livre auquel vous avez fait référence un chapitre entier les leçons que j'ai tirées d'avoir vécu huit ans à côté de Jacques Delors disaient toujours que l'Europe est une fédération d'États-nations. Alors pour gérer une fédération d'États-nations il faut avoir une bonne horizontalité.

Sinon tout ça est très compliqué et dans la crise de la démocratie qu'on est en train de vivre parce que et je termine là-dessus je voudrais mettre tout ça dans un cadre plus général c'est-à-dire on vit dans des démocraties en profonde crise et donc il faut être très attentif à faire en sorte que notre démocratie européenne marche marche bien et soit capable surtout de donner des réponses aux citoyens. Moi dans le rapport que vous avez cité et dans le livre j'ai proposé toute une série de solutions très pragmatiques et concrètes et j'espère que cette législature soit en condition de la mettre en place.

Arantxa González vous vous avez été ministre des affaires étrangères du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez qui est toujours au pouvoir à Madrid mais vous avez une longue carrière dans les institutions européennes puisque vous avez commencé c'est dès 1995 à l'époque de la commission Santer du nom du luxembourgeois qui à l'époque présidait la commission et puis ensuite la commission Prodi l'italien donc avec ce recul vous avez ensuite travaillé et on s'en souvient aux côtés de Pascal Lamy précisément dans cette commission Prodi donc avec ce recul cette expérience comment jugez-vous l'évolution et la politisation de la commission si vous voulez on a tendance à penser que les temps passés étaient bien meilleurs que celles d'aujourd'hui mais moi qui ai vécu la chute de la commission d'abord l'arrivée de la commission Santer parce que cette commission est arrivée suite au fait que les britanniques ont bloqué un président de la commission européenne dans la personne du belge Jean-Luc Dehane donc déjà une petite crise dès lors Là vous exhumez des fantômes J'exhume des fantômes pour dire que dans le passé nous avons connu en Europe aussi des difficultés cette commission Santer qui est tombée à cause des scandales financiers et dont les parlements étaient très politisés avec un peu d'un côté les conservateurs et les socialistes qui s'est bagarré sur le dos de la commission Santer parce qu'il y avait des élections européennes dans lesquelles ils voulaient faire un score les deux sur le dos de ces problèmes à la commission et c'était la période d'Edith Cresson c'était la période d'Edith Cresson donc si vous voulez nous avons connu des difficultés alors ce qui s'est passé entre temps c'est deux choses qu'il ne faut pas oublier d'abord l'Union européenne s'est élargie il y a plus d'acteurs et la diversité est plus large cette diversité fait que à l'axe droite-gauche qui est l'axe qu'on connaît dans la politique nationale il faut ajouter un autre axe à Bruxelles qui est l'axe pro-européen anti-européen et vous avez des droites pro-européen et des droites anti-européen et des gauches pro-européen et des gauches anti-européen c'est plus compliqué au niveau européen et c'est devenu encore plus compliqué avec 20 cet état membre la deuxième chose qui s'est passé c'est que les mondes s'est s'est dourci énormément les mondes dans lesquels l'Union européenne vit les mondes dans lesquels l'Union européenne est un exemple un peu différent si on prend la botanique l'Union européenne est une espèce rare en botanique parce que c'est pas tout à fait une fleur c'est pas tout à fait un arbre c'est pas tout à fait il faut pas que ce soit un légume ça c'est sûr c'est pas tout à fait un légume mais bon par moment donc si vous voulez c'est une espèce différent et dans un monde brutalisé où les espèces c'est soit des carnivores soit des herbivores l'Union européenne doit se réinventer tout le temps et ces tensions à l'interne de l'Union européenne comme à l'externe de l'Union européenne sont pour beaucoup dans les difficultés que nous traversons aujourd'hui Enrico Letta parmi les carnivores il y a évidemment Donald Trump on sait son amour des McDo le président élu sera à Paris il est à Paris en fait il est arrivé puisque l'ouverture de la cathédrale Notre-Dame aura lieu cet après-midi et le président ukrainien Zelensky sera là aussi est-ce qu'à votre avis Enrico Letta le président Trump Trump 2 en quelque sorte qui n'a jamais exprimé la moindre considération pour l'Union européenne au contraire il traite l'Union de petite Chine qui n'achète pas assez américain etc est-ce que vous pensez que les Européens vont pouvoir offrir un front uni face aux offensives de la prochaine administration américaine en ce qui concerne d'abord évidemment la politique commerciale d'autant que nous affichons un excédent de quelques 157 milliards de dollars aux dépens des Etats-Unis est-ce que vous pensez que l'Union européenne peut tenir bon je pense je lance une petite prophétie peut-être je dirais des choses qui ne vont pas se révéler exactes mais moi je pense que Trump cette fois-ci va tenter de diviser les Européens au contraire de ce qu'il a fait dans le Trump 1 où il était un peu un bulldozer qui allait contre l'Europe en tant que tel moi je pense que cette fois-ci il va penser d'avoir à l'intérieur de l'Europe la possibilité de diviser les Européens donc il va tenter de le faire avec quelques-uns des Européens et moi je pense et là je suis un peu pessimiste je pense que ça va nous faire perdre beaucoup de temps parce que tout ça va faire en sorte que peut-être je crains quelques-uns des Européens vont penser qu'avoir une bonne relation bilatérale transnationale avec Trump va les aider et ils vont se tromper parce qu'à la fin c'est seulement l'Europe qui protège c'est pas Trump qui va les protéger Trump va être là pour faire ses intérêts et à la fin sur les grands sujets c'est l'Europe qui protège moi j'emploie toujours cette image l'Europe est le parapluie la pluie c'est la grande globalisation c'est la grande mondialisation c'est l'Europe à la fin qui nous protège et trop de fois il y a des gens qui continuent à identifier l'Europe comme la pluie non l'Europe c'est pas la pluie l'Europe c'est le parapluie prenez l'euro il y a quelques années trop de monde pensait que c'était mieux d'être chacun avec sa propre petite monnaie nationale aujourd'hui 75% des Européens aiment le fait qu'on a l'euro parce que l'euro à la fin nous protège dans ce monde de grandes storms de grandes tourmentes donc moi je pense qu'à la fin il va tenter de faire comme ça ça va nous faire perdre beaucoup de temps parce qu'à la fin tout le monde va comprendre que c'est seulement l'unité de l'Europe qui va nous protéger sur les grands domaines les tarifs le protectionnisme l'attaque et je crains que cette perte de temps va nous créer des problèmes en deux mots ce que je plaide c'est que cette Union Européenne puisse travailler sur deux grands sujets qui sont les sujets de la relance industrielle et de la sécurité en fait Thierry Breton en tant que commissaire a fait dans ces cinq années faire beaucoup d'avancées à l'Europe sur ces sujets maintenant il faut que ces deux grands sujets soient le centre de tout pour une raison très simple et je vais m'arrêter sur cette image on a fait une grande faute dans les années il y a quelques années quand on a pensé que nous les Européens on pouvait être les créateurs les créatifs ceux qui travaillaient sur le branding le cerveau l'intelligence des choses en laissant la finance aux Américains et l'industrie aux Chinois aujourd'hui on a compris que ça a été une énorme erreur il faut reprendre notre leadership industriel il ne faut pas laisser la finance toute dans les mains des Américains mon plaidoyer dans mon rapport sur le futur du marché intérieur est exactement ça reprendre ce parcours d'intégration qui nous redonne leadership industriel et qui nous donne finalement la possibilité de ne pas être une colonie financière des Etats-Unis comme hélas nous le sommes aujourd'hui une question encore Enrico puisque je sais que vous devez malheureusement nous quitter vous avez un avion à prendre comment avez-vous réagi à l'entretien accordé par Christine Lagarde la présidente de la Banque Centrale Européenne au Financial Times où elle dit en gros il faut acheter davantage aux Américains c'est ainsi que nous aurons de meilleures ou de très bonnes relations avec le président Trump donc achetons achetons américains du gaz liquéfié des armes bien sûr ce qu'on fait déjà je ne pense pas qu'avec les Américains il faut déclencher la nouvelle guerre donc mes propos sont des propos de quelqu'un comme moi qui considère que les Américains restent nos alliés et qu'après Trump on va avoir un autre président qui va être beaucoup mieux que Trump mais je pense que dans cette situation si complexe que ça il faut que nous nous concentrions sur nous-mêmes et que nous tenions une relation avec Trump et avec les Américains qui soit la plus correcte que possible mais il faut se concentrer sur nous-mêmes il faut que nous intégrions nos marchés financiers aujourd'hui on a 27 marchés financiers et les Américains nous traitent comme une justement de leur point de vue comme une colonie tout est américain sur le grand spectre de la finance et qu'on fasse la même chose dans les télécoms on a 27 marchés des télécoms et on est tous petits dans les autres grands domaines donc moi je plaide pour qu'on puisse se concentrer sur nous-mêmes je pense que c'est l'avenir de l'Europe est dans nos mains et c'est à nous d'organiser notre destin Thierry Breton est-ce que vous pensez que vis-à-vis de la prochaine administration Trump il faut déjà entrer dans une logique transactionnelle puisque l'on sait que c'est évidemment la manière de faire du président élu et de tous les conseillers qu'il s'est choisi même si on sait aussi que la commission à laquelle vous avez appartenu a préparé un certain nombre de mesures d'éventuelles sanctions ou contre-mesures si jamais Washington se fait trop agressif Christine O'Krent on est dans ce monde nouveau que a évoqué Arantxa González avec une personnalité que l'on connaît bien moi j'ai participé à des discussions à des négociations avec avec Donald Trump c'est un homme qui évidemment pratique des rapports de force et qui est en permanence dans la surenchère alors avec quelqu'un qui a une relation avec les états qui est une relation transactionnelle il me semble évident c'est du béabat ce que je vais dire et pardon on n'abat pas ces cartes tout de suite déjà en 2020 je me souviens de discussions qu'on avait avec lui j'étais avec aux côtés d'Ursula von der Leyen où il disait je vais commettre un crime de la majesté sur France Culture buy my gas buy my gas I have very good gas achetez mon gaz achetez mon gaz mon gaz de schiste il est très bon qu'est-ce que vous faites avec Poutine achetez mon gaz c'est ce qu'on fait aujourd'hui par la force des choses alors d'une part c'est ce qu'on fait mais il va évidemment vouloir qu'il y en ait toujours plus donc il faut peut-être attendre un tout petit peu de voir ce qui va se passer pour rentrer nous aussi dans cette logique qui va être cette logique transactionnelle et ça me semble peut-être pas opportun d'abattre ces cartes tout de suite comme je l'ai dit le deuxième point que je voudrais dire on dit tous un peu implicitement si je reprends la métaphore d'Enrico Letta si l'Europe est un parapluie alors les 27 baleines du parapluie sont les 27 commissaires et ils sont tous aussi importants et puis il y a aussi des institutions qui représentent dans leur domaine le conseil européen représente là les états membres et en particulier avec la haute représentante les relations extérieures donc la haute représentante pardon je vous interromps c'est Kaya Kalas l'ancienne première ministre estonienne et qui maintenant est notre visage et c'est pas la commission qui est ce visage le parlement représente notre peuple les 450 millions de concitoyens européens chacun doit rester à sa place y compris en ce qui concerne je dirais la garde la banquière centrale mais ce genre de choses ce genre de discussion me semble-t-il on gagnerait à ce qu'elles soient traitées là elles doivent être traitées le deuxième élément que je voudrais indiquer c'est que dans cette gouvernance complexe qui est la nôtre parce que c'est notre histoire mais elle fonctionne elle est subtile mais elle fonctionne attention à en garder l'esprit car les pères de l'Europe madame Sanchez l'a rappelé tout à l'heure les pères de l'Europe ont fait que ça fonctionnait quand c'est difficile bien sûr on est élargi aujourd'hui à 27 mais ça fonctionne gardons cet esprit de collégialité je le redis n'essayons pas d'aller faire ce que le voisin pourrait faire c'est un message très important que je délivre ce matin parce que Trump ne s'y trompe pas vous dites il va nous diviser mais vous savez je suis allé voir lorsque j'étais commissaire du reste tous les 6 mois parce que j'allais voir tous les premiers ministres c'était mon travail ou les chefs de gouvernement y compris monsieur Orban le hongrois et monsieur Victor Orban qui est le premier ministre hongrois dont on connait l'admiration peut-être pour certains autocrates et en particulier Vladimir Poutine Xi Jinping et les liens d'amitié qui l'unissent puisque c'est ce que disent l'un et l'autre à Donald Trump je sais tout à fait il me l'a confirmé que désormais Donald Trump a pu mettre un numéro de téléphone sur l'Europe c'est le numéro de téléphone de Victor Orban donc ne vous y trompe il y a enfin un numéro de téléphone et il appellera systématiquement monsieur Orban pour savoir un peu ce qu'il doit faire et comment fonctionne l'Europe il n'ira certainement pas vers nos institutions et du reste Victor Orban m'a dit lui-même je ne livre pas un secret il m'a dit du reste je lui ai dit tu m'appelles d'abord et ensuite éventuellement le chancelier allemand ou la chancelière et le président français et puis ça suffira voilà donc ça c'est effectivement comment les choses vont se dérouler ne soyons pas naïfs et bien entendu on sait évidemment que parce que notre structure notre architecture elle est complexe par nature parce que notre continent est complexe mais qu'on est une grande démocratie une fois et demie je le rappelle plus importante que la démocratie américaine 330 340 millions d'habitants aux Etats-Unis 450 en Europe et bien cette démocratie européenne qui est une vraie démocratie qui est une vraie démocratie j'espère que ce n'est pas la dernière en tout cas c'est une vraie démocratie elle fonctionne selon des règles qui sont nos règles elles ont leur complexité et elles nécessitent pour les femmes et les hommes qui sont à la tête d'épouser cette complexité et surtout de ne pas essayer de la modifier Arantxa González complexité en effet et une cohésion européenne qui a tenu malgré les fissures Victor Orban bien sûr la Slovaquie aussi on craignait on craignait demain une élection présidentielle le second tour de l'élection présidentielle en Roumanie elle a été annulée par la cour constitutionnelle et on craignait un président fabriqué en quelque sorte très largement par TikTok un président disons-le pro-Poutine néanmoins est-ce que la crise politique grave que traverse la France l'Allemagne en campagne électorale et avec leur système il n'y aura pas de gouvernement de coalition avant le printemps prochain est-ce que cela affaiblit la machine communautaire dans son ensemble ou au contraire paradoxalement ça peut accélérer un certain nombre de processus non je crois qu'il faut d'abord la posture doit être de rester calme et composée de ne pas se laisser impressionner par qui par qui que ce soit que ce soit Elon Musk qui nous envoie chaque jour 10 tweets nous disant il faut faire ceci il faut faire cela par les présidents Trump par les autorités chinoises nous il faut et c'est ça notre problème il faut que nous construisons notre propre jeu il faut que nous on sache c'est que nous voulons faire alors la bonne nouvelle c'est que grâce au travail d'Enrico de Mario Draghi de l'ancien président finlandais Nisto on a quelques idées de ce que nous devons faire et maintenant nous devons nous mettre à la tâche alors j'ai quand même j'essaie l'Europe encore une fois parce qu'on est tellement baroque on nous dit on dit toujours l'Europe est nulle l'Europe va perdre l'Europe va être divisée c'est ce qu'on a entendu les 25 dernières années et l'Europe ça n'est sorti alors prenons cette posture qui est une posture de dire oui nous pouvons nous pouvons tenir bon si nous restons unis parce que si nous sommes divisés nous serons insignifiants alors je suis désolée mais monsieur Orban toute seule c'est insignifiant c'est à la merci des uns et des autres donc restons unis et s'il y a une petite panne en France ou en Allemagne aujourd'hui appuyons-nous sur d'autres moteurs appuyons-nous sur la Pologne ou l'Espagne ou l'Italie appuyons-nous sur les institutions communautaires mais ayons notre jeu à main ne mettons pas notre jeu dans la main des autres ça c'est déjà perdre la bataille avant de la commencer d'accord mais on a vu donc hier signature à Montevideo de l'accord Mercosur signé par madame von der Leyen au nom de l'Union Européenne avec un certain nombre de pays donc d'Amérique latine et hier l'Elysée qui a publié un communiqué très sec pour dire l'accord conclu reste inacceptable en l'état ce n'est pas la fin de l'histoire bon donc cela veut dire Thierry Breton que là comment dire il y a un conflit ouvert maintenant entre la présidente de la commission et la France qui était opposée à cet accord comme d'ailleurs la Pologne l'Autriche et l'Italie l'Italie l'Italie rentre soir madame von der Leyen qui d'ailleurs devait être aujourd'hui même à Notre-Dame mais il n'y sera pas oui alors c'est un exemple encore une fois je ne veux pas peut-être rentrer dans le détail du Mercosur peut-être ferez-vous une émission entière sur ce sujet le mérite c'est un accord qui est négocié depuis 25 ans c'était un autre monde totalement à l'époque on exportait beaucoup de voitures en Amérique du Sud aujourd'hui je crains qu'on n'en exporte plus une seule et je le dis très clairement parce que nous n'avons plus une industrie automobile qui est assez compétitive pour répondre aux besoins des 4 pays signataires du Mercosur c'est-à-dire des voitures bon marché peu chères il n'y en a qu'un pays qui sait le faire au monde ça c'est la Chine dont on est déjà sur ces questions ailleurs je ferme la parenthèse pour dire que oui cet accord qui avait un mérite évident il a peut-être il devrait peut-être évoluer par rapport au monde qui a évolué mais ce n'est pas la question que vous me posez la question que vous me posez c'est Autofront là encore une question de gouvernance je vais poser des questions auxquelles je n'ai pas les réponses c'est un sujet très important je ne sais pas si Mme von der Leyen a prévenu les chefs d'état et de gouvernement avant d'aller à Montevideo pour signer cet accord je ne sais pas c'est peut-être du reste quand j'ai vu les réactions de l'Elysée peut-être avait-elle omis de prévenir le président de la république je ne sais pas enfin en tout cas c'est une question parce que là encore dans l'horizontalité ça me semble une évidence parce que ça a des répercussions politiques évidemment et en particulier dans certains pays dont la France mais aussi la Belgique les Pays-Bas également et bien entendu la Pologne l'Italie pour ne citer que certains d'entre eux le deuxième point c'est que c'est un accord qui est tellement important et je n'ai pas la réponse à la question que je vais évoquer est-ce que le collège a été saisi est-ce qu'il y a une discussion d'orientation avant le départ pour prévenir ne serait-ce que les commissaires de ce qui allait être fait de l'aboutissement je ne le sais pas mais c'est des questions vous voyez enfin on sent autant de votre voix que vous en doutez mais je sais que si j'avais été là j'aurais sans doute manifesté peut-être trop bruyamment à dire Christine O'Krent le rappel à la gouvernance on me l'a un petit peu reproché vous savez on ne se refait pas la gouvernance fait partie aussi de ce que nous sommes et je pense que c'est très important surtout pour nos institutions et pour répondre à la volonté de toujours en permanence maintenir cette unité parce que là c'est clair il faut appeler un chat un chat il y a évidemment aujourd'hui à l'heure où nous parlons Christine O'Krent il y a un schisme qui s'est créé évidemment entre la France et au-delà de la commission l'Allemagne et c'est ça qui me préoccupe voyez-vous parce que bien sûr nous avons 27 états et nous sommes tous égaux au sens de la collégialité mais enfin il y a aussi le poids économique et il y a le poids démographique et qu'on le veuille ou non sans alliance j'aime pas le terme moteur mais enfin bon couple franco-allemand et bien je vous le dis par expérience les choses sont beaucoup plus compliquées ça veut pas dire évidemment qu'il faut être hégémonique bien entendu mais je ne crois pas du tout qu'un autre couple puisse se substituer au couple franco-allemand et l'Europe c'est pas l'Europe c'est pas où l'Europe c'est et et on ne peut pas faire l'impasse d'un couple franco-allemand et oui il faut dire les choses comme elles sont aujourd'hui le couple franco-allemand dans quasiment tous les domaines je le dis il est à l'arrêt et ça ça me préoccupe et ça ça me préoccupe il ne faut pas s'abriter derrière le fait qu'il y a des élections le 23 février prochain en Allemagne la certitude et pour nous que nous avons eu 4 premiers ministres rien que au cours de l'année 2024 non c'est plus profond que ça et ça pour moi c'est un sujet majeur et voyez-vous c'est aussi quelque chose que j'ai exprimé lorsque j'étais commissaire j'avais ce sentiment bien sûr que j'avais oublié par définition mon pays d'origine mais que quelque part il fallait aussi refléter ces équilibres là et celui-ci et j'ai considéré que la France n'avait plus les moyens de le refléter en tout cas vous l'avez rappelé dans votre introduction comme moi j'avais été en capacité de le faire avec Enrico Letta l'a rappelé en permanence l'intérêt général européen pour la défense pour les vaccins pour les véhicules conducteurs pour l'industrie mais aussi cette magie là de ce couple dont on sait aussi qu'il a été à l'origine de ce que notre Europe est aujourd'hui Il y a Arantxa González un pays dont le poids augmente au sein des rapports de force intra-européens c'est la Pologne la Pologne qui à partir du 1er janvier va assumer la présidente tournante des 27 et la Pologne qui s'est armée à augmenter ces budgets de défense de façon conséquente et ce qui est tout à fait intéressant Enrico Letta le rappelait tout à l'heure c'est qu'évidemment les enjeux de sécurité et de défense commune européenne face à la guerre en Ukraine face au soutien indispensable aux Ukrainiens qui étaient d'ailleurs rappelés dès dimanche dernier le nouveau président du conseil Costa et Madame Callas sont allés à Kiev ça a été leur première démarche commune officielle il y a des discussions en ce moment pour un fonds commun de quelques 500 milliards de dollars qui malgré les réticences habituelles de l'Allemagne en particulier serait en fait une mise au pot commune à base si j'ai bien compris d'obligations comme on a fait Next Generation Europe après le Covid et une ouverture au Royaume-Uni et à la Norvège qui sont donc des pays non membres est-ce que vous pensez que cette idée qui est venue je crois du grec Mitsotakis est-ce que c'est un signal qui indique que les Européens auraient à la fois la cohésion et la volonté politique nécessaire et l'énergie en termes d'investissement pour jouer leur rôle pour défendre le continent dans l'année prochaine d'abord je voudrais reprendre la question de l'accord Union Européenne Mercosur parce qu'il ne faut pas oublier que là l'Union Européenne a une politique commune depuis les traités de Rome création de l'Union Européenne où c'est la Commission Européenne qui négocie au nom des Etats membres et c'est les Etats membres qui doivent valider les résultats de cette négociation à la majorité qualifiée et pas à l'unanimité ça c'est important et ça c'est depuis les traités de Rome la démocratie européenne c'est la Commission négocie au nom des Etats membres les Etats membres doivent l'approuver à la majorité qualifiée les Parlements Européens doivent donner son accord pas les Parlements Nationaux les Parlements Européens c'est ainsi donc là ce qui s'est passé hier c'est on a fait étape 1 la Commission a terminé la négociation avec ses partenaires manque encore on verra bien on dit une chose c'est son contraire pour l'instant il faut une majorité qualifiée des Etats membres et il faudra l'accord du Parlement Européen pour que ceci puisse entrer en vigueur j'ai note quand même que l'Union Européenne a un excédent commercial avec les Mercosur c'est un des rares zones au monde où l'Union Européenne a encore un excédent commercial avec les Etats-Unis ce qui n'est pas mal qui fonde avec l'Amérique mais c'est un excédent commercial avec les Mercosur qui fonde à cause de la concurrence de la Chine pour revenir à votre question sur la défense là on n'a pas d'union encore et peut-être la guerre en Ukraine nous a obligés à faire plus d'union dans la défense et je crois que le rôle en matière de sécurité et défense de la Pologne va être crucial pourquoi ?

parce que la Pologne traditionnellement regardée avec beaucoup de sympathie vers les Etats-Unis ne regardait pas tellement vers l'Union Européenne pour la défense européenne mais elle trouve aujourd'hui aux Etats-Unis peut-être un partenaire auquel on ne peut pas faire tout à fait confiance vis-à-vis la défense de l'Europe et cette volonté de construire une défense européenne aussi avec des investissements européens en commun comme on a fait lors de la Covid investissons investissons en ensemble en Europe pour protéger ensemble tous les citoyens européens je crois que ça serait important à la fois d'un point de vue sécuritaire pour protéger nos citoyens mais aussi parce que petit à petit on serait en train de construire quelque part un trésor européen une trésorerie européenne et ça on l'a fait une fois avec la Covid si on l'a fait une deuxième fois pour la défense une fois c'est une exception deux fois ça commence à être la règle et on a besoin si on veut être plus fort en Europe de pouvoir construire cette capacité à investir ensemble en nous indettant ensemble quelque part et ça Thierry Breton ce serait un signe positif l'Europe c'est beaucoup de de de de de

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de de vision mais l'Europe c'est peut-être l'exécution ce qui fait la différence c'est notre capacité à exécuter vous l'avez rappelé on a réussi à le faire pendant la crise du Covid on est devenu en quelques mois le premier continent en termes de fabrication de vaccins ARN messager le premier producteur mondial on a pu vacciner 104 pays plus nos 27 donc quand on se met ensemble on peut le faire mais c'est l'exécution dont il s'agit la défense aujourd'hui c'est encore à la main des états membres et ça le restera et comme moi qui étais commissaire à la défense j'ai fait avancer les choses et j'ai fait en sorte qu'effectivement avec mes collaborateurs avec les états membres on devienne en quelques mois enfin de nouveau j'allais dire hélas un très grand producteur d'obus parce qu'on n'était plus un producteur d'obus et bien avec un mécanisme qui est très simple parce qu'il faut si on veut y arriver il faut être simple il faut d'abord monter notre base industrielle notre base industrielle de défense c'est ce que dit du reste de Donald Tusk quand il dit il n'est plus temps maintenant d'intermédier notre défense le premier ministre polonais qui va prendre la présidence de l'union comme vous le savez tournante à partir du 1er janvier 2025 il a raison il a raison il le fait dans son pays 4,2% de PIB pour la défense la première armée terrestre européenne avec plus de 340 000 hommes et donc il a raison et pour ça on monte effectivement notre capacité industrielle aujourd'hui on achète à peu près 80% de nos armements en dehors on a fait un plan qui donc est à l'origine de ce que vous avez évoqué et qui va permettre qui devrait permettre si on le fait vous voyez on n'est pas très ambitieux c'est en 2030 de passer à 65% vous voyez il va en rester pour les américains parce que je sais très bien comment ça va se passer Donald Trump il va dire quoi il va dire vous montez à 2% vous achetez américain et je continue à vous proposer quoi le parapluie nucléaire américain parce que c'est ça dont il s'agit derrière alors on va pouvoir monter nous en disant on va mutualiser nos capacités de production on va faire un fonds vous l'avez rappelé tout à l'heure qui sera abrité par la banque européenne d'investissement ce sera des prêts les prêts on préfère avoir les subventions c'est des prêts seulement j'espère qu'ils vont faire parce que moi j'avais proposé avec Kayakalas du reste qui était à l'époque première ministre estonienne un fonds de 100 milliards en dotation parce que ce qui fonctionne pour faire travailler les états membres ensemble sur la défense c'est de dire bon on n'a pas nous la DARPA vous savez cette institution américaine qui finance l'administration qui finance la défense américaine nous on l'a pas mais on a créé une sorte de DARPA européenne en disant si vous venez à 4 pays et vous travaillez ensemble sur des projets communs on va vous financer 10-15% de la montée en charge de la montée en gamme de votre industrie de défense c'est pas très sophistiqué mais ça marche et donc c'est pour ça qu'il faut un fonds qui puisse intervenir en amont pour mutualiser effectivement et monter notre base industrielle donc si les britanniques en font partie et des discussions semble-t-il sont en cours c'est une bonne chose de toute façon vous savez il y a deux puissances dotées européennes c'est la France et les britanniques il y a un moment Christine O'Krent et je sais que c'est l'éléphant dans la pièce Dieu sait que ce que je vais vous dire on n'aime pas du tout en parler dans les murs du Berlemont qui est le siège de la commission à Bruxelles ou de nos institutions on veut surtout pas en parler c'est quelque part la réponse à Vladimir Poutine quand il nous dit un pays doté une puissance dotée ne peut pas perdre une guerre conventionnelle il faut savoir ce que ça veut dire l'Europe est-elle une puissance dotée ?

Non certains pays le sont la France bien sûr l'Angleterre l'était mais ça veut donc dire que dans les rapports d'intermédiation qu'il va y avoir en permanence avec Donald Trump à la fin il mettra un prix à ça ne nous y trompons pas et donc il faut qu'on s'y prépare je continue à vous protéger mais voilà les prix et c'est là où il faut que nous très vite nous réagissions ensemble ensemble qu'on se pose ces questions ensemble y compris les plus les plus terribles comme celles que je viens d'évoquer à votre micro ce matin évidemment c'est pas des choses qu'on met sur la place publique évidemment c'est pas des choses qu'on discute comme ça publiquement ça ne peut être que dans le bilatéral mais je le sais c'est que ce sont des sujets qu'il va falloir affronter dans les mois dans les années qui viennent parce qu'à la fin des fins il n'y aura pas d'Europe autonome y compris en matière de défense si elle doit comme disait Donald Tusk le premier ministre polonais intermédier y compris cette partie de sa défense oui et il faut bien dire que déjà avec l'administration Biden la pression toujours la même acheter américain et c'est d'ailleurs ce qu'on a fait parce que et là c'est une autre émission que nous ferons l'année prochaine mais bien évidemment il n'y a pas en tant que telle d'industrie de défense européenne tant chaque pays producteur reste évidemment crispé et ça se comprend aussi sur ses avantages de plus en plus et ça c'est quand même un point très positif nos industrielles européennes enfin s'européanisent ils ont des usines maintenant dans différents endroits ils travaillent sur les supply chain les chaînes de valeur de façon mutualisée et je peux vous le dire je vois ce progrès se réaliser c'est aussi comme ça qu'on fait l'Europe de la défense surtout qu'aux Etats-Unis on atteint les limites de leur capacité de production donc on peut très bien dire on va vous acheter plus mais si on regarde la production américaine ils sont presque à la limite de leur capacité de production donc la réponse doit être d'augmenter notre capacité nous à nous défendre Arantxa précisément le nouveau président du conseil parce qu'on parle beaucoup de la commission mais le conseil des chefs d'état et de gouvernement joue pour en revenir au traité un rôle extrêmement important et donc le nouveau président portugais Antonio Costa socialiste qui était longtemps un très bon premier ministre portugais et qui s'était distingué à Lisbonne quand il faisait campagne pour devenir maire dans les années 90 en organisant une course ce qui prouve un certain sens de l'humour une course entre une Ferrari et un âne pour prouver que évidemment l'âne arriverait plus vite tellement le trafic était congestionné à Lisbonne donc monsieur Costa veut changer les méthodes de fonctionnement du conseil pour que les chefs d'état et de gouvernement quand ils se rencontrent et Thierry vous avez évidemment assisté à beaucoup de ces réunions au lieu de perdre du temps pour dégager ce que peuvent faire les représentants nationaux ou les commissaires eux-mêmes voilà que les chefs d'état et de gouvernement aient plus de temps pour les discussions stratégiques Arantxa vous qui avez vécu de l'intérieur le fonctionnement complexe des institutions européennes est-ce que vous pensez que c'est possible ?

c'est possible et c'est souhaitable et c'est d'ailleurs une très bonne nouvelle que ce soit Antonio Costa le président du conseil européen pourquoi ?

d'abord parce que c'est quelqu'un qui a l'expérience il a été assis à la table avec ses pairs et il sait très bien comment on peut faire pour convaincre les uns et les autres il n'a pas peur d'aller s'asseoir avec Victor Orban ou Georgia Meloni ou les chanceliers allemands ou les présidents français il sait aussi que la clé est de ne pas faire peur et il est là très clairement pour ne pas faire peur mais pour essayer de construire un consensus et je crois aussi que si je regarde les fonctionnements de l'articulation entre l'exécutive et les législatives parce que l'exécutive et la commission européenne les conseils des ministres c'est une partie du législatif avec les parlements européens c'est la chambre de la chambre basse si je regarde un peu les fonctionnements des institutions à la Montesquieu les cinq dernières années il y avait un dysfonctionnement c'est que les poids étaient dans l'exécutif à l'exécutif on fessait la proposition des législations mais on la fessait aussi en faisant les consensus entre les états membres et ça c'est pas le rôle de la commission parfois les propositions qui sortaient de la commission sortaient trop rabotées parce qu'on faisait déjà les boulots qu'on anticipait devaient être faits à la table des chefs d'état mais il faut dire que les relations entre Charles Michel donc le prédécesseur d'Antonio Costa et Mme Vordelayen étaient détestables depuis l'affaire du SOFA à Ankara je crois que c'est plutôt une compréhension de qui fait quoi et je crois qu'avec Antonio Costa à la table du conseil européen avec Ursula von der Leyen à la table de la commission il va être un peu plus clair qui fait quoi et que nous allons voir un fonctionnement des institutions communautaires qui sera un peu plus disons efficaces et un peu moins flashies d'un point de vue de la communication un peu plus normal Thierry Breton on arrive vers la fin de cette discussion enfin provisoire bien sûr parmi les objectifs de cette nouvelle commission il y a l'idée de simplifier jusqu'à un certain point tout l'appareil réglementaire normatif produit par l'Union au fil des années et singulièrement le premier test semble-t-il ce sera l'intelligence artificielle et c'était votre domaine et vous avez déployé énormément d'énergie et d'inventivité pour faire avancer l'Europe en tant que telle sur ce terrain est-ce que la simplification vous paraît être un objectif nécessaire ?

Certainement pas dans tout ce qu'on a fait sur la réglementation du numérique qui est naissante et je rappelle il faut bien le dire je rappelle que ce n'est pas la commission qui fait les lois la commission ne fait que proposer des textes les lois donc qui a fait qui a fait des amendements pour précisément avoir un texte qui soit voté par exemple pour l'intelligence artificielle c'est le Sénat européen j'appelle le Sénat européen ça veut dire c'est en fait le conseil européen c'est l'équivalent de notre chambre haute comme l'a dit en tant qu'un instant c'est notre Sénat il a ce pouvoir là législatif et c'est le parlement européen qui ont fait ces lois quand on parle de simplification c'est évidemment dans l'ensemble des je dirais des lois qui ont été des directives des règlements qui ont été mis en application tous encore une fois n'ont pas et n'ont pas sorti de la tête de je ne sais quel technocrate de la commission mais voté par notre démocratie je le rappelle c'est pas sorti du chapeau du reste monsieur Musk va s'affronter au même sujet ce sont généralement tous ces règlements des textes des lois qui ont été votés aussi par la démocratie américaine bon courage donc pour nous évidemment on est et c'est très bien il faut revoir un peu rebalayer un peu tout ça au regard de ce qui s'est passé mais avoir toujours en mémoire que derrière chaque texte il y avait une raison donc il faut voir si on peut la simplifier si le monde a évolué c'est vrai aussi que le PPE on revient à lui au cours des élections et en particulier la CDU allemande on connait la situation très difficile de l'industrie allemande la CDU allemande est très proche de l'industrie allemande elle traverse une crise sans précédent et elle a demandé d'une part de ralentir énormément les règles portées par le Green Deal il faut le savoir donc attention à ne pas tout démonter mais il va y avoir une très forte velléité là et on compte sur madame Ribeira pour veiller précisément à ce que les objectifs soient maintenus et puis tout un tas d'autres lois qui certaines d'entre elles méritent effectivement d'être dépoussiérées ça va être un travail très compliqué à faire on souhaite qu'ils puissent parvenir mais je le redis défaire quelque chose qui avait été fait par nos co-législateurs mérite beaucoup d'expérience et de doigté pour pouvoir y parvenir et bien je vous remercie tous les trois pour ces éclairages tellement utiles pour l'avenir à court et à long terme de notre continent et je rappelle pour les saluer ces milliers de manifestants qui à Tiblici capitale de la Géorgie tous les soirs bravent les violences policières pour dire leur attachement à l'Europe et leur ambition de faire partie de nos institutions Arantxa González je rappelle un texte que vous avez signé qu'on peut trouver sur le site du Conseil européen pour les relations internationales un texte sur les cinq prochaines années comment préparer l'Union européenne à un monde post-américain Thierry Breton vous avez signé un papier l'Europe puissance dans la revue Servir qui vient de sortir et je recommande bien sûr l'ouvrage d'Enrico Letta des idées nouvelles pour l'Europe c'est vraiment un reportage au sein des pays membres c'est tout à fait vivant et intéressant c'est paru chez Odile Jacob en octobre dernier je remercie bien sûr Luc-Jean Reynaud à la réalisation Grégory Wallon à la technique Théa Corler et Laura Duteche-Pérez à la préparation de cette émission tout comme la documentation de Radio France et voici nous sommes samedi Carnet de santé de Marina Carrère d'Encours très bon week-end et à samedi prochain Merci d'avoir regardé cette vidéo !