"DIEU EST MORT, VIVE L'ART !" Mécénat et évasion fiscale font bon ménage
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Nous demandons un rapport qui permettrait d’évaluer le coût de l’optimisation fiscale en matière culturelle, en matière de mécénat culturel. Je vais prendre un exemple, un exemple au hasard. La Fondation Louis Vuitton.
Déjà, au moment de l’inauguration de ce bâtiment, je me souviens de son inauguration, main dans la main avec François Hollande. C’est une image qui m’avait scandalisée, parce qu’à l’époque on savait déjà, c’était un titre de la Tribune, voyez je ne cite pas un journal gauchiste, mais un journal économique, on savait déjà que LVMH était la multinationale française qui détenait le plus de filiales dans les paradis fiscaux. Et en même temps le Président de la République inaugurait main dans la main cette Fondation avec son PDG, Bernard Arnault.
J’ai eu une discussion avec mon camarade socialiste Dominique Pottier, sur cette question qui me disait : sous le précédent quinquennat ils avaient proposé un amendement qui consisterait à interdire le fait d’avoir des Fondations, d’avoir du mécénat pour des entreprises qui ont des filiales dans des paradis fiscaux. Il me semble que cette proposition relève du strict bon sens. En l’occurence, on se situe encore en-deçà puisqu’on demande simplement un rapport qui permette de mesurer, d’avoir une évaluation sur le coût de cette optimisation fiscale en matière de mécénat culturel pour les multinationales.
Faut pas confondre mécénat et optimisation ou fraude fiscale. Je trouve assez inouï qu’on puisse apparenter à de la fraude fiscale le mécénat qui permet justement à des grandes entreprises et des plus petites de permettre justement d’investir dans la culture et dans la valorisation de notre patrimoine. Vous ne répondez pas à ma question.
Ma question, ce n’est pas, je dis pas que les mécénes sont des fraudeurs. Je vous parle là de personnes qui sont des fraudeurs qui multiplient les filiales dans des paradis fiscaux et qui en plus bénéficient d’optimisation fiscale. Et je le redis, il pourrait y avoir un amendement de bon sens qui consiste à interdire de faire une fondation à des personnes qui utilisent les failles du système fiscal au niveau international, il y a pas de quoi en être fier, pour échapper à l’impôt sur le territoire.
Et on devrait en plus leur faire des cadeaux pour qu’ils ouvrent des expositions. Le mécénat par exemple, aujourd’hui, favorise la démocratisation de la culture. Quand vous allez à l’Opéra, c’est une grande banque française qui permet à des jeunes étudiants d’accéder à cette culture.
Il se trouve que cette grande banque figure elle aussi parmi les recordman de détenteurs de filiales dans les paradis fiscaux. Vous pouvez aller regarder sur internet pour BNP-Paribas, puisqu’on parle bien de BNP-Paribas. Elle est dénoncée régulièrement par les ONG et ainsi de suite.
Je pense que la première manière d’avoir des modes de financement, pas seulement de la culture, mais du social, de l’éducation et ainsi de suite, c’est de faire payer l’impôt, un impôt juste à ces multinationales. Maintenant je voudrais poser la question : quel est le rôle pour ces hommes là, de l’art ? Je dis, Dieu est mort.
Dieu est mort, il est peut-être pas mort individuellement, dans nos consciences, Dieu peut continuer à exister, mais collectivement, l’Église ne remplit plus sa fonction. Quelle fonction ? Celle de laver les péchés.
Celle d’être le menu commerce des indulgences qu’il y avait à la fin de la vie, quand les vieillards terminaient leur existence. Il fallait qu’ils viennent laver leurs péchés. Comment ?
Ils passaient par l’Église. Ca ne fonctionne plus comme ça. Et l’art, remplit cette fonction.
L’art remplit cette fonction qui est de venir offrir une virginité parce que celui qui aujourd’hui, comme Bernard Arnault, vient délivrer des centaines de millions sur l’art, ne peut pas être complètement mauvais. Alors que dans le même temps, sa fortune peut être bâtie sur le mensonge, comme ça s’est produit par chez moi à Flixecourt. Comment dans le même temps, sa fortune peut être née de délocalisations en série, voire de placement de sa fortune dans des paradis fiscaux.
François Ruffin