Juliette Binoche est l'invitée des Matins
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France Culture Les matins de France Culture Guillaume Erner Merci d'être là Juliette Binoche, bonjour Vous avez aujourd'hui un premier film premier film en tant que réalisatrice et ce film il s'intitule En nous on vous voit en 2007 avec le danseur et chorégraphe britannique Akram Pupkan vous avez décidé de vous lancer dans une aventure artistique inédite Akram, vous voulez jouer, vous, vous souhaitiez danser la danse c'était quelque chose de complètement inconnu ou pas ?
Je voulais bouger disons parce que danser, en général on commence à 5 ans ou 7 ans à peu près donc c'était une sorte de, voilà, l'envie d'être débutant à nouveau j'avais 43 ans à ce moment là et voilà, est-ce que c'est possible d'apprendre un art nouveau et c'est un peu le pari qu'on a pris Akram et moi lui il était responsable de ma danse quelque part même si j'avais envie de trouver un mouvement qui venait de moi et lui il avait envie de jouer donc on a fait un échange d'artistes et on a commencé à répéter sans savoir, sans se connaître d'abord et puis sans avoir un sujet préétabli pour le spectacle
Et oui, ça vous le dites dans ce documentaire c'est compliqué de faire quelque chose sur nous quand ce nous n'existe pas véritablement parce que vous ne connaissez pas
Oui mais le en nous c'est plus et ça on l'a découvert au fur et à mesure parce qu'on a essayé de trouver un pont entre la danse et le jeu parce que souvent, les danseurs travaillent beaucoup le corps en face des miroirs et ils s'entraînent, il y a un contrôle du corps et de son développement et l'acteur il part souvent de son intériorité pour arriver à l'extérieur et comment on fait un pont, on crée un pont entre les deux et en fait on a invité deux personnes très importantes et qu'on voit dans le documentaire il s'agit de Suzanne Batson qui est coach d'art dramatique et Souman Siu qui était notre directrice de répétition et qui était une ancienne danseuse et on a en fait découvert que la sensation c'est vraiment le lieu de descendre dans la sensation de l'émotion et le lieu qui crée un lien entre les arts et donc dès le début du documentaire on assiste à cette transformation finalement où Suzanne est en train de me faire comprendre qu'il ne s'agit pas de forcer ou de vouloir un mouvement mais il faut le laisser venir à soi
Oui, c'est-à-dire qu'on voit cette transformation on voit deux corps donc le vôtre et celui d'Abkram Khan et c'est très différent montrez-vous le corps d'un acteur, d'une actrice en l'occurrence et d'un danseur
Pardon, alors c'est quoi votre question ?
Eh bien, le fait de montrer ces deux corps de montrer ce que la danse doit être et votre manière de vous lancer donc dans cette aventure
Oui, j'ai eu envie d'essayer parce que j'ai vu Akram sur scène danser et tourner et ça m'a donné envie de faire la même chose en tout cas d'essayer de comprendre le secret de sa magie sur scène et donc, en fait, ce qui s'est passé c'est que j'étais en train d'être massée par Soumane qui fait un massage shiatsu et avec son coude dans mon dos elle m'a dit, est-ce que tu veux danser ?
et ça, c'était deux ans avant de commencer les répétitions et moi, j'ai dit oui mais sans penser aux conséquences et à la fin du massage, elle m'a dit j'aimerais bien t'inviter à un spectacle et j'ai vu Akram et à ce moment-là, on s'est vus à la fin et il m'a dit, est-ce que ça te plairait d'essayer de voir si on pourrait travailler ensemble ? et c'est comme ça que ça a commencé
le désir de redevenir débutant il arrive aussi à un moment où vous aviez passé un tournage éprouvant vous étiez fatiguée par ce tournage
je ne me souviens pas de ça mais en tout cas de toute façon, de tourner, ça fatigue c'est un fait donc non, c'était l'envie d'aller vers un nouveau en fait et de me remettre en question et puis d'être dans la question de la création et ce spectacle, ces répétitions elles ont permis en fait d'être au cœur même de comment on devient on se transforme parce qu'on n'avait que six mois de répétition comment on arrive à se transformer et aussi à co-créer dans nos différences parce qu'il n'y avait pas plus différent qu'Akram et moi on ne vient pas du tout du même milieu de l'éducation et de religion de couleur de peau, de sexe on était vraiment comme des opposés qui devont trouver un lien un lieu de connexion et de vérité aussi
donc il y a votre transformation sinon en danseuse du moins en tout cas en personne qui danse et sa transformation à lui en comédien ou en tout cas la manière donc qu'il a de vouloir exprimer ses émotions et la difficulté qu'il a de le faire
oui il a en fait dû apprendre et ça c'est vrai qu'on n'en parle pas souvent de faire la différence entre la fiction et la réalité parce que quand on touche un corps avec une intention une émotion c'est pas pareil que de toucher un corps pour toucher un corps et donc le fait parce qu'on croit quand on est acteur on apprend à croire on apprend à se transformer intérieurement pour que notre corps même nos cellules le croient et à la fin de la journée en général il était très bousculé parce qu'il n'arrivait pas à faire cette différence là et puis de replonger dès le matin très tôt dans des émotions assez fortes qui a envie de ça ?
mais ça fait partie vraiment du je dirais quelque part du courage parce qu'il faut en avoir mais aussi de la passion d'explorer ce que c'est d'être un être humain même à 7h du matin
7h49 mais il y a beaucoup de tension il y a beaucoup de passion dans ces images on a l'impression que c'est quelque chose donc de très libérateur pour vous deux
en tout cas on raconte une histoire le film est fait en deux parties on nous voit vraiment être dans les répétitions et donc moi j'ai vraiment voulu amener les spectateurs au plus près de la création c'est-à-dire vraiment tout près d'être presque avec nous dans la salle des répétitions et on nous voit souffler se marrer se tromper être ridicule se rendre compte de la difficulté dans laquelle on est parce qu'il faut créer un spectacle mais aussi il y a l'essoufflement il y a des émotions qui font répéter donc il y a toute cette espèce de transformation qui est quand même passionnante à regarder parce qu'on n'a pas l'habitude de voir cette transformation et la deuxième partie qui est celui du spectacle qu'on a choisi on a écrit les textes et on a créé le spectacle à partir d'improvisation et par moments Akram a vraiment chorégraphié certaines parties et là c'est le développement d'une histoire d'amour avec ses passions avec ses heurts avec ses blessures mais aussi avec une réconciliation qui permet en fait d'avoir quand même un peu d'espoir à la fin de tout ça
je vous propose d'entendre un extrait de la bande annonce Juliette Binoche en nous
Juliette Binoche
un commentaire sur ce qu'on vient d'entendre
alors ce n'est pas la musique du film je vous préviens tout de suite la musique est de Philippe Shepard qui est un musicien un compositeur anglais qui est magnifique et qui a travaillé avec nous au fur et à mesure des répétitions et il y a le décor d'Anish Kapoor qui est ce grand voilà sculpteur et peintre qui a fait le décor et les éclairages aussi sont très très beaux très forts enfin je ne sais pas si vous avez marqué mais l'image est magnifique aussi
d'ailleurs on vous voit dans ce film évoquer les couleurs que doit utiliser Anish Kapoor parler du rouge
oui exactement et c'est vrai qu'il y a différents rouges et sur ces rouges quelle lumière est-ce qu'on peut on peut mettre voilà c'est toutes les questions qui se sont posées au moment de la où on a créé le spectacle mais c'est c'est une histoire de passion puis c'est une histoire à la fois qui est amusante parce que au départ on était en tournée on l'a tournée partout dans le monde en 2009 8 et 9 on a joué 120 fois et à un moment donné on est arrivés à New York et Robert Redford a vu le spectacle et quand on rentrait de scène avec la cram can on est sortis de scène pour se changer et je vois devant ma loge Robert Redford qui m'attend donc je vais le voir parce que j'allais à ma loge de toutes les façons et il me prend à partir comme ça et il me dit il faut absolument faire un film de ce spectacle et donc c'est comme ça que l'idée du film est venue c'est vraiment presque de sa vision à lui et de son émotion et on arrivait en fin de tournée j'ai demandé à ma soeur Marion Salins qui a tourné les images qui est réalisatrice de filmer les sept dernières représentations et à partir de là j'ai gardé les bandes avec moi sur le côté en me disant un jour j'arriverai à trouver le temps pour le faire mais je n'ai pas arrêté de travailler de tourner dans tous les sens et je n'arrivais pas à trouver et il y a trois ans il y a deux personnes qui sont venues me voir et qui m'ont dit on aimerait bien faire un projet avec vous et donc c'est comme ça qu'est né ce film vient d'un désir extérieur de circonstances extérieures qui ont fait que ça m'a poussé au mur c'est le cas de le dire en voyant le film et plaqué contre le mur je devais tout d'un coup faire ce film et monter ce film voilà
vous dites Juliette Binoche je n'avais pas à chercher à l'extérieur de moi mais à créer un mouvement à partir de mon état intérieur
oui c'est ça c'est à dire qu'à partir de la sensation dont on parlait tout à l'heure dont je parlais tout à l'heure le mouvement se crée et je crois que c'est valable pour toute forme artistique c'est à dire que si on descend dans la sensation de l'émotion on n'a pas on n'a pas grand chose à faire finalement les choses elles viennent d'elles-mêmes quelque part et c'est ça que j'ai vraiment pu ressentir et qui m'ont et qui m'ont bouleversée finalement parce que c'est comme si on arrivait à trouver le lieu véritable de là où se passe la création c'est à dire ce retournement intérieur parce que souvent on utilise à la volonté on utilise ses connaissances ou ses projections mais de tout d'un coup d'aller dans de décélérer et d'aller dans un endroit qui est plus mystérieux qui est plus caché mais qui est là et qui vous attend quelque part c'est génial parce que ça vous met en relation avec le créateur en vous et je crois qu'on l'a tous vous voyez bien dans l'écriture si vous allez vraiment dans un ressenti ça s'écrit beaucoup plus facilement que si vous utilisez votre tête en disant je vais dire si, si et ça parce qu'au moment de la création c'est pas la tête qui prend le dessus c'est vraiment le ressenti le corps l'émotion la mémoire qui est en vous et qui est engrammé dans votre être et c'est ça en fait l'expérience quelque part du film c'est d'essayer de sentir ça parce que mon ambition c'était que le spectateur à l'arrivée au bout du compte il ait envie de créer et de comment d'être s'il a quelque chose qu'il a jamais réalisé dans sa vie d'écrire de faire de la musique de peindre de faire n'importe quoi qu'il puisse le faire et se dire je vois dans ce film en fait qu'ils sont complètement nuls mais qu'ils arrivent à quelque chose à l'arrivée et j'avais envie que l'expérience du spectateur qui se pose toutes les questions au fur et à mesure du documentaire il puisse en fait ça lui donne une énergie une envie un désir de réaliser quelque chose qu'ils n'ont jamais pensé réaliser dans leur vie
effectivement c'est très vrai parce que vous filmez les différentes étapes il n'y a pas de didactisme dans ce que vous faites
je n'ai pas voulu accompagner prendre par la main le spectateur et lui expliquer il faut penser ça ça ça il s'est passé ça j'avais vraiment envie de laisser l'espace c'est comme un enfant on lui laisse l'espace de comprendre par lui-même d'avoir l'expérience qui lui permet en fait de prendre confiance c'est vraiment comme ça que ça se passe et donc j'aurais pu faire une voix off qui explique mais en fait non d'abord parce que ma soeur l'a fait elle a fait un documentaire elle-même qui s'appelle l'actrice et le danseur où elle a une voix off qui explique et qui est très bien fait son film est très bien fait mais pour moi l'expérience le fait de l'avoir vécu c'était une invitation à la création et voilà c'est un film atypique mais qui permet en fait de sentir autrement la possibilité de création
c'est un film sur la création sur l'expérience sur la manière dont quelqu'un accomplit dans un art donc en l'occurrence si je vous parle c'est le cinéma avec vous Juliette Binoche peut accepter d'être à nouveau débutante dans un autre art en sachant que même si la perfection n'est pas atteinte immédiatement elle a envie de le faire malgré tout
la seule chose qui pouvait être parfaite c'était l'intention c'est-à-dire le besoin de vérité le besoin d'être en relation avec une partie de soi et de l'exprimer c'est comme ça que j'ai pu danser c'est pas parce que j'ai pas pu danser parce que je suis pas danseux j'ai pas fait ces années et ces années d'entraînement donc ma seule façon d'être parfaite quelque part c'est d'être connectée à moi pour pouvoir exprimer quelque chose qui est vrai c'est la seule perfection possible que j'avais
mais alors tout à l'heure je vous ai déjà parlé du corps des acteurs parce que si on écoute votre avoinu il y a votre avoinu sur France Culture que l'on peut trouver sur le site Juliette Binoche dans cette avoinu vous dites que beaucoup d'acteurs mais là vous l'expliquez dans cette émission que vous avez toujours travaillé avec votre corps en utilisant ce corps comme instrument
j'ai toujours aimé le mouvement parce que aussi bien le mouvement intérieur qu'extérieur parce que le mouvement c'est la vie c'est la transformation c'est la connaissance on va vers on va vers soi on va vers les autres le monde c'est ce qui se passe donc tout d'un coup d'avoir la possibilité un chorégraphe qui me propose de co-créer un spectacle ça m'a absolument passionnée je me suis dit mais c'est génial je vais pouvoir apprendre les mystères de ses mouvements à lui et j'ai appris plein de choses d'ailleurs de ce lâcher prise dans le corps mais la passion de ce spectacle et donc du film c'est de relier l'extérieur avec l'intérieur comment on fait un deux parties qui semblent qui semblent parfois s'opposer
on se retrouve dans une vingtaine de minutes Juliette Binoche il y a une autre expérience nouvelle pour vous qui a été de passer derrière la caméra on parle dans nous dans quelques instants ce documentaire sur la création de votre spectacle de danse avec le chorégraphe Akram Khan 8h sur France Culture 6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Herner et nous retrouvons notre invitée la comédienne Juliette Binoche mais je pourrais dire aussi la danseuse la réalisatrice vous dansez et puis vous avez réalisé ce documentaire en nous en nous un documentaire donc sur la création de ce spectacle de danse avec le chorégraphe Akram Khan un spectacle que vous avez joué et que vous avez filmé alors voyez nous notre quotidien c'est ça parler de la politique mais hier par exemple j'ai trouvé un papier dans le journal La Croix sur les acteurs et la politique bon alors c'était au sujet de ce festival de Cannes où Gilles Lelouch qui interprète Jean Moulin on lui a posé une question sur l'extrême droite et alors bon comme maintenant il y a des réseaux sociaux tout cela a pris une importance démesurée j'aimerais vous faire rentrer dans notre quotidien un peu dans notre bal voilà un peu quotidien
du 2h du matin lever travailler
ça vous pouvez vous lever plus tard pour parler politique
nous parfois on travaille la nuit ouais ça fait partie du métier ouais
mais nous on parle politique et vous les comédiens vous êtes appelés aujourd'hui parfois en tout cas ceux qui le veulent à parler politique vous en pensez quoi
on n'en parle pas politique disons pour moi on peut parler soit on utilise le mot politique ou le mot humain et moi souvent je préfère parler du mot humain parce que on se rapproche nous les acteurs de l'humanité souvent d'ailleurs on a une sorte de travail journalistique auprès des gens quand on prépare un rôle on va voir les gens on essaie de comprendre quelle vie ils ont ce qui se passe en eux et donc on se rapproche vraiment et on incarne ces vies là ça passe à travers nous c'est pas juste des mots et c'est vrai que quand on a une histoire à raconter d'abord on choisit les histoires qu'on veut raconter et donc si elles se rapprochent par rapport à une conscience de ce qui se passe dans la vie des gens c'est le plus important pour changer en fait pour changer les consciences parce que l'idée d'un film ou d'une pièce de théâtre ou de n'importe quelle forme artistique c'est pour tout simplement aider les gens à comprendre l'autre à faire des liens entre les personnes et pas à deux divisés
mais aujourd'hui toutes les questions sont perçues comme clivantes Bolloré c'était une question extrêmement clivante à Cannes là aussi vous en pensez
c'est une expression de grande inquiétude parce que les artistes doivent vivre dans une liberté évidente pour qu'une nation soit vivante rayonnante il faut que les artistes soient libres et il y a une grosse inquiétude parce qu'il y a eu une sorte de de tremblement quand même du service public de reproches faits au CNC et même des acteurs on a été quand même très attaqués on nous dit nantis alors qu'on est vraiment des travailleurs des lèveteaux comme vous aussi des acharnés au travail des passionnés et donc c'est vraiment difficile d'être maltraité quelque part et on a envie que les choses soient claires qu'on ait vraiment le respect de la liberté aussi bien de la presse que des artistes mais c'est vrai que moi je regrette les huées qu'il y a eu à Cannes devant le logo de Canal Plus parce que les gens de Canal Plus travaillent très très bien ils font vraiment un travail d'orfèvre ils sont très attentifs à la diversité du cinéma et je regrette aussi évidemment la réaction qui a été quand même très forte du directeur de Canal Plus et c'est pour ça que ça s'est emballé mais ce que je ne regrette pas en tout cas c'est la solidarité qu'il y a eu entre artistes c'est génial de voir ça parce qu'il y en a qui ont pris le risque d'être sur cette fameuse liste qui de toutes les façons va se transformer parce que ce n'est pas possible on est quand même un pays en France de liberté on est un exemple de liberté pour beaucoup dans le monde donc c'est ça je crois qu'il y avait une grande inquiétude à exprimer elle est maladroite aussi avec cette pétition parce qu'il y a le mot fasciste quand même qui a été utilisé je pense qu'il était déplacé mais d'une manière générale je pense qu'elle exprime plus une inquiétude voilà une grosse inquiétude
vous avez pris des responsabilités dans le monde du cinéma par exemple en 2024 vous avez été élue présidente de l'académie européenne du cinéma vous parlez au passé mais en fait c'est toujours le cas oui en 2024 vous avez été
ah oui j'ai commencé oui oui je suis toujours
et donc c'est un rôle important c'est le rassemblement d'un grand nombre de professionnels du cinéma
en France ce n'est pas encore assez connu mais je pense qu'ils ont fait appel à moi pour faire le petit warning rouge pour le cinéma justement
à quoi
à quoi ça sert tout simplement à rassembler la force du cinéma européen qui est celui de la diversité justement on a des artistes incroyables des films et depuis évidemment des décennies c'est une initiative de réalisateurs il y a 40 ans par Ingmar Bergman qui est vraiment la pierre fondatrice du cinéma européen et qui a mis ça sur pied pour défendre le cinéma européen quand même par rapport à la force du cinéma américain qui a une tendance à tout manger dans la présence dans les salles françaises et européennes inquiétant les européens donc c'est pour défendre le cinéma de cette diversité et puis de créer une unité une unité au sein des européens parce que ça s'apprend à être européen on n'est pas européen on est très très français nous et de lâcher un petit peu notre orgueil français pour devenir européen c'est quand même un gros un grand un grand pas à faire et c'est vrai qu'il y a l'euro qu'il y a l'économie etc mais c'est il y a quelque chose d'autre à accomplir ensemble et moi la dernière fois au moment de la de la cérémonie de l'académie des films européens qui se tient en janvier j'y étais et pour la première fois à la fin de cette soirée là je me suis sentie européenne mais c'est bien la première fois c'est à dire en entendant toutes les langues tous les tous les visages de de cette Europe et elle est un peu plus grande cette Europe là parce qu'elle elle comprend 52 pays et on a mis Israël et Palestine dans dans cette Europe c'est à dire tout disons l'Europe géographique de ces 52 pays c'est magnifique de voir ça et là on se sent quelque part beaucoup plus en sécurité on se sent uni c'est la première fois que j'ai ressenti ça parce que sinon c'est une idée très très abstraite d'être européen on vit chez soi on parle français bon on utilise l'euro mais c'est une autre c'est une autre paire de manches de se sentir européen
mais à la fois vous êtes européenne vous dites française mais vous êtes aussi mondiale parce que les stars sont mondiales vous parliez tout à l'heure par exemple de Robert Universel
vous voulez dire
Galactique
oui on est bah oui l'idée c'est de toucher hors du temps finalement hors de son lieu hors du temps parce que dans un film quand c'est ça reste à jamais un film c'est comme une oeuvre c'est comme quand on regarde Léonard de Vinci la Joconde ça passe au delà du temps et de l'espace c'est à dire que ce regard là avec ce sourire là
c'est autre ça justement hors du temps parce que j'ai beaucoup réfléchi à ce que ça voulait dire donc ce documentaire que vous proposez donc je l'ai dit en introduction c'est un spectacle de danse on voit donc vos répétitions avec Akram Khan et puis le spectacle en tant que tel tout ça c'est 2007-2009 ensuite vous avez travaillé vous avez fait d'autres choses je ne vous demande pas un bon d'excuses mais ce que je veux dire c'est que du coup vous êtes confronté à une période antérieure de votre vie au corps donc qui était le vôtre donc tout ça par exemple ça suscite quoi parce que là
tout d'un coup c'est devenu le corps du film qu'est-ce que je veux raconter qu'est-ce que j'ai envie que le spectateur vive et c'est là où c'est plus c'est plus moi c'est le corps du film c'est quelle est la relation entre Akram et moi et avec les deux autres personnes qui nous accompagnaient qui ont été très très importantes et puis je dépendais aussi des images de ma sœur qu'elle avait filmées pendant les répétitions donc il y avait une disons il faut trouver le fil d'or entre ces images où on ne peut pas tout expliquer parce que le spectateur doit avoir c'est lui qui est au centre en fait de l'histoire et comment après il va ça va se répondre avec le spectacle entre l'ami c'est comme quand on goûte un plat je vais vous faire une analogie très basique mais en fait qui aide à comprendre on mange quelque chose et on se dit mais comment est-ce qu'il a fait ça quel goût ça a ah oui peut-être qu'ils ont rajouté ça et ça mais est-ce qu'ils ont fait avant ou après c'est toutes ces questions-là en fait et moi je suis une passionnée de comment se fait les émissions c'est comme ça quand je vous vois en train de travailler faire la matinale et j'ai envie de vous poser des questions j'ai envie de savoir à quelle heure vous êtes levée comment ça s'est passé quelle est votre vie parce que ça fait partie de notre humanité de savoir comment ça se passe
nous on est le contraire de vous on n'a pas de vie
vous vous avez une vie de star nous on a une vie mais vous rigolez ou pas vous rigolez ou pas parce que le tapis rouge ça n'est mais que mais qu'une illusion parce qu'en fait le vrai le vrai travail c'est le travail de cendrillon c'est-à-dire on est à quatre pas en train de travailler et ça on ne se rend pas compte évidemment parce que vous voyez que le résultat c'est pour ça que le film j'avais envie de le faire pour montrer que c'est pas c'est pas facile il y a on a une illusion de l'acteur ou du metteur en scène l'actrice qui a tout avec parce que ça passe en boucle dans l'algorithme où on a les bijoux les robes longues et les talons mais en fait dans le travail c'est pas du tout ça c'est le contraire c'est-à-dire on est des des travailleurs on est des bosseurs on est des acharnés et ça on ne le voit pas dans mon film vous le voyez ben voilà
c'est une bonne connaissance j'allais vous dire ça parce que donc si on compare par exemple le travail de Jean Lémarie qui est à ma droite et le vôtre vous êtes à gauche donc dans ce c'est une disposition spatiale c'est possible mais donc justement on vous voit dans ces répétitions on vous voit travailler sur votre corps parce que c'est de la danse c'est du corps à corps parce qu'en fait ça raconte une histoire d'amour donc il y a l'arc amoureux qui est raconté donc on parle des seins des fesses c'est quelque chose de très à la fois de très
non on ne parle pas des seins des fesses on ose toucher l'autre parce qu'on va raconter une histoire donc il ne s'agit pas je n'ai pas dit
que c'était gratuit
non mais c'est à dire qu'il y a un but et que c'est vrai qu'en tant qu'acteur il faut passer à travers il faut retourner des peurs parce que qui n'a pas peur de toucher un étranger c'est hyper dérangeant mais le fait d'avoir entre guillemets une mission en tout cas un but à travers un spectacle c'est important de passer certaines peurs donc effectivement on touche l'autre on ose toucher l'autre
alors que vous dites donc on l'a expliqué c'est pas du tout un film didactique sur comment comment on danse etc on est même le spectateur est même lâché dans ce film et vous expliquez dans ce film que vous ne connaissiez pas cet homme que c'est une proposition qui vous avez et assez rapidement on est plongé dans cet entre deux avec quelque chose qui est assez fascinant c'est à dire que finalement un artiste c'est quoi c'est quelqu'un qui exprime sa subjectivité vous l'exprimez doublement dans la danse et dans la manière dont vous êtes passé derrière la caméra en choisissant en tout cas en réalisant ce documentaire
oui plus qu'une plus qu'une subjectivité je dirais c'est une relation à où où est c'est à dire d'être en relation avec soi c'est une c'est une sorte de descente en soi dans un lieu mystérieux qu'on ne peut pas nommer mais qui peut s'exprimer et ça c'est l'endroit c'est vraiment la racine de chaque créateur de chaque artiste c'est qu'on va dans un lieu qui permet la relation à une partie de soi qui est dans des mémoires et qui peut s'exprimer à travers une forme artistique et c'est ça qui est génial parce que si on s'exprimait vraiment à partir de notre ressenti ce serait complètement différent on ne serait pas dans une projection intellectuelle de ce qu'on pense de ce qu'on a appris d'une éducation de nos peurs de nos projections on est dans un qu'est-ce que c'est ma vérité aujourd'hui maintenant et ça ça changerait totalement comment on vit comment on est les uns avec les autres et l'art permet ça permet ces liens d'être dans des dans des dans des créations de on va dire de vérité de personnes qui sont en relation avec cette autre partie de nous-mêmes
bon alors il y a cette partie de vous-même il y a ce qu'il y a en vous il y a ce qu'il y a aussi hors de vous mais qui peut vous fasciner puisque donc ce documentaire tout cela a aussi pour argument un autre film cette histoire d'amour c'est une histoire d'amour que vous racontez oui et c'est une histoire d'amour qui je vois sourire
oui je souris parce que en fait l'histoire d'amour qu'on a raconté c'est parce que ça vient de ce que j'ai vécu moi à 14 ans ma mère elle me mettait des croix sur l'officiel des spectacles des films à voir donc j'ai vu des Dreyer j'ai vu des Tarkovsky tous les films qu'elle aimait c'est-à-dire un cinéma pointu et donc à 14 ans je me suis retrouvée à voir Casanova de Fellini et au fur et à mesure du film j'ai regardé un petit peu plus loin il y avait deux garçons je voyais leur profil perdu et je suis tombée amoureuse d'un des garçons allez savoir pourquoi c'est comme ça certainement mes testostérone étant élevés par le film Casanova j'ai donc à la fin de la projection je l'ai suivi poursuivi il a pris le métro j'ai pris le métro il a changé de train j'ai changé de train il est sorti de métro je coursais comme une dingue parce que j'étais plus petite que lui il avait des grandes jambes et puis il est parti parti sur un chemin et je l'ai rattrapé je lui ai dit je voudrais vivre avec vous ça m'est vraiment arrivé parce que je n'avais pas de limite j'étais en relation avec mon besoin mon désir j'avais pas et je lui ai dit je voudrais vivre avec vous c'est complètement absurde mais à la fois c'est ce que je ressentais j'avais pas de voilà quelqu'un qui me disait mais Juliette tu peux pas enfin c'est pas comme ça qu'on fait j'avais pas cette éducation là j'avais celui du oui du grand oui et le garçon en question enfin cet homme en question m'a dit ben non c'est pas possible je vais voir des amis et j'ai dit ben c'est pas grave moi je vais vous suivre parce que je veux vivre avec vous et il m'a dit à un moment donné bon ben d'accord et à ce moment là quand il a dit oui j'ai eu peur à ce moment là quand il a dit oui et donc je suis partie dans l'autre sens donc le spectacle commence par ça par cette histoire là qui initie toute l'histoire d'amour de passion on arrive avec son désir complet à 100% vers quelqu'un avec le désir d'aimer et de vivre toute sa vie avec cette personne et puis il y a le quotidien qui arrive et qui quand même flingue beaucoup cette histoire idyllique et il y a tous les démons qui arrivent et tous les conflits et à un moment donné dans cette séparation là comment on fait pour revenir ensemble et pour arriver à un amour qui n'est pas un amour projeté ou qui vient vraiment de son désir à soi ou de peur d'éducation ou de tout ça et c'est la question vraiment que je me posais pendant qu'on était en train de faire le spectacle et Akram lui il était loin de tout ça parce qu'il était marié c'était un peu carré sa vie bon après ça ça a explosé plus tard dans sa vie mais disons qu'il n'avait pas moins ces questions là mais par contre ce qu'il taraudait c'était sa relation avec son père et d'avoir été trahi par son père dans un contexte dans une mosquée avec un mot là qu'il a vraiment maltraité et on a donc lié nos deux mondes et nos préoccupations et on en a fait un spectacle
bon mais là aussi lorsqu'on vous voit faire cette histoire d'amour lorsque vous racontez cette histoire autour du Casanova de Fellini on se dit qu'il y a une mise en abîme parce que vous êtes Juliette Binoche vous êtes une star je songe à un très beau texte d'Edgar Morin qu'il a écrit en 1957 sur les stars à l'époque le terme de people n'existait pas il les appelait les Olympiens et donc vous vous êtes une Olympienne c'est-à-dire que vous vivez dans un monde voilà éloigné on ne sait pas comment
non c'est pas vrai on descend en nous et on descend dans la vie des gens alors on descend pour monter on descend pour faire connaissance et à partir de là c'est à partir de cette de cette sensation-là et de cette connaissance-là qu'on peut qu'on peut l'exprimer par une forme artistique qui elle nous fait monter mais il y a une connaissance on a une descente avant de monter
mais ça c'est ce que vous pensez vous mais moi c'est pas ce que je pense moi mais oui mais moi je suis spectateur j'ai raison c'est votre point de vue
mais on est là pour émouvoir les gens et c'est ça qui est important c'est qu'est-ce que le spectateur va transformer en lui parce que le film lui appartient à la fin mais on est on est d'abord dans une descente parce que sinon on ne pourrait pas vous émouvoir
oui mais alors nous émouvoir nous déranger parce que dans le film dans votre film en nous vous montrez par exemple Akram Khan touchant les fesses de Juliette Binoche et parlant de ça
moi aussi je touche ses fesses parce qu'à un moment donné il y a Suzanne Batson qui est notre coach d'art dramatique elle sait qu'on n'a que 6 mois pour répéter et elle nous dit touche-ci touche-ça qu'est-ce qu'elle est dure d'ailleurs touche-ci touche-ça parce qu'on doit nous acteurs passer nos peurs on ne peut pas 4 mois ou 5 mois après ça ne te dérangerait pas si je touche ton épaule ce n'est pas possible on est tous les deux dans le même saladier et on doit trouver une forme artistique de notre histoire donc on le dépasse mais les danseurs ils n'arrêtent pas de se toucher tout le temps mais la seule chose c'est qu'ils se touchent sans intention sans émotion derrière et là c'est beaucoup plus difficile de toucher quelqu'un avec un sentiment parce que où est la limite de ce qu'on croit ou de ce qu'on ne croit pas et c'est à l'acteur de savoir au moment de la fiction et au moment de la réalité c'est à dire je reviens chez moi et j'ai mes enfants je dois m'occuper de mes enfants j'ai ma relation avec ma femme ou mon mari ou mon compagnon comment je vis alors que j'ai vécu toutes sortes d'émotions mais on sait nous acteurs que si on est pris par l'émotion au moment où on travaille ça veut dire que ça marche ça veut dire qu'on est au bon endroit et c'est là où c'est difficile pour un acteur de faire un aller-retour mais c'est notre métier en fait parce qu'on doit faire croire donc on doit croire nous-mêmes sinon si on ne croit pas nous-mêmes au fond du fond du cœur de son être et bien on ne peut pas jouer ce n'est pas vrai on ne peut pas juste apprendre des mots et puis que ça reste sur le plan intellectuel parce qu'on n'aura pas transformé le spectateur l'idée c'est que d'émouvoir le spectateur c'est pour ça qu'on fait peur aussi on fait peur parce qu'on est des transformateurs et qu'on est important dans la vie des gens à travers le cinéma à travers les histoires qu'on raconte le théâtre ou la musique on est obligé d'aller au fond de soi sinon ça ne marche pas sinon ce n'est pas de l'art
je l'ai trouvé d'ailleurs très dur cette coach j'ai jamais vu de coach encore moins en danse mais elle vous parle mal
non en fait c'est qu'elle est dedans et quand on est dedans moi je m'en fiche comment elle me parle mais je sais exactement là où elle me remet en question elle a raison parce que c'est exactement là où je dois être consciente que je ne suis pas sur le bon chemin elle nous remet dans un chemin de vérité et c'est ça qui est extraordinaire alors de l'extérieur c'est waouh mais qu'est-ce qu'elle est dure mais en fait pas du tout moi j'ai l'habitude de Suzanne je la connais depuis longtemps et je l'ai invitée d'ailleurs à venir nous aider parce qu'on devait se transformer en 6 mois mais c'est un truc impossible un art la danse qui demande au moins 10 ans 15 ans de métier avant d'être sur scène tout d'un coup il faut le réaliser en 6 mois donc en sachant que Suzanne était là et lui à Kram il voulait apprendre à jouer comment il se transforme en acteur en 6 mois alors à moins d'avoir ça mais d'une façon totale il y a des acteurs qui sont nés comme ça c'est en eux mais là d'apprendre ouvre ton coeur et révèle expose ce qui se passe en toi et recrée la vie à chaque fois c'est super difficile donc de savoir que non j'arrêterai pas attendez 2 secondes de savoir continuer oui continue que que Suzanne Batson cette coach qui est une c'est vrai elle défend l'être humain elle défend la vérité au fond de nous et c'est ça elle nous a mis dans un axe qui nous permet en fait de nous révéler et on avait besoin d'elle pour réaliser ça
vous savez que mon seul boulot c'est de donner l'heure je suis en train de perdre je suis en train de perdre mon boulot à cause de vous Juliette Binoche bon merci beaucoup d'être venue en nous le rendez-vous est pris c'est le 3 juin c'est en salle et demain soir
c'est l'avant-première au Théâtre de la Ville il reste quelques places donc pour les amateurs vous pouvez venir il en reste
merci beaucoup Juliette Binoche 8h44 sur France Culture merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée
merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée merci de m'avoir invitée