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interviewRadio J — L'interview politique· 19 janvier 2026 13 min

Aurélien Rousseau - L'interview politique du 19/01/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Aurélien Rousseau, vous êtes député des Yvelines, apparente TPS et membre de place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, vous avez été ministre de la Santé, directeur de cabinet de la première ministre de l'époque, Elisabeth Borne. Alors bien sûr l'actualité et ma première question porte sur le budget, est-ce que la France va-t-elle avoir bientôt un budget ? Si c'est le cas, faute d'accord majoritaire, ce sera soit par ordonnance, soit par 49-3. Sébastien Lecornu a dit qu'il devrait choisir en fonction des discussions du week-end qui vient de se terminer. Dans les deux cas, le ministre devrait rapidement détailler le contenu des mesures du budget final au parlementaire.

Il s'expose à une motion de censure, le PS a dit qu'il la voterait en cas d'utilisation d'ordonnances, mais le PS a quand même obtenu ces dernières heures une hausse des impôts sur les grandes entreprises. Est-ce que ça va passer cette histoire ?

0:54
Aurélien Rousseau

Alors oui, moi je souhaite qu'il y ait un budget, qu'on ait un budget rapidement. Je dois dire que j'ai le sentiment, quand je discute avec les habitants de ma circonscription notamment, que le sujet n'est même plus ce qu'il y a dedans, mais il faut qu'il y ait un budget. Ça inquiète tout le monde, ça angoisse tout le monde. Deuxièmement, on a négocié, on a élaboré un compromis, on n'a pas tous les éléments encore. Et c'est là que je trouve, pardon de parler un peu trivialement, je trouve un peu gonflé, ceux qui disent que les socialistes et apparentés font du chantage. Non, on négocie, il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Donc on négocie, et on négocie sur ce qu'on veut.

Donc notre obsession, ce n'est pas l'augmentation des impôts, mais on veut des recettes complémentaires, parce qu'on veut pouvoir financer des mesures plus positives. Et là, le Premier ministre a annoncé une augmentation de la prime d'activité, ça veut dire 50 euros par mois pour les gens qui sont entre 1 et 1,4 SMIC, des crédits pour le logement, la relance de ma prime Rénov'. Après, nous sommes dans l'opposition, ça n'est pas notre budget. Il y a des mesures dedans qui vont être difficiles à accepter. Donc c'est vrai que la Constitution a prévu un dispositif qui s'appelle le 49-3.

On négocie, on a un budget qui n'est pas le nôtre, on n'a pas basculé dans la majorité, mais on pense quand même que les Français veulent de la stabilité, et donc on pourrait ne pas censurer, mais on attend la version complète de la copie.

2:36
Présentateur

Vous soyez d'accord avec le fait que le Premier ministre utilise le 49-3 ? Je rappelle qu'il s'était engagé, notamment vis-à-vis du Parti Socialiste, à ne pas faire usage de cet article constitutionnel.

2:46
Aurélien Rousseau

C'est une prérogative du Premier ministre. Donc après, c'est lui qui décide, il s'était engagé à ne pas l'utiliser, il s'était aussi engagé à ce que la France ait un budget. Et je pense que plus les jours passent, plus il y a des effets concrets. Les associations, aujourd'hui, pour avoir leur crédit, pour pouvoir recruter avec les financements qu'elles pourraient avoir de l'État, elles n'ont pas ces financements dans les préfectures. Les crédits ne sont pas débloqués, parce que les préfectures ne les ont pas. Donc maintenant, on est dans le dur.

Et deuxièmement, le 49-3, il y aura derrière, c'est certain, une motion de censure, donc un vote, ce qui est bien moins, si je puis dire, grave démocratiquement, que ce que ne sont les ordonnances, qui elles, sont des textes réglementaires. Et c'est la version initiale du budget que nous avons et que nous combattons.

3:38
Présentateur

Alors, ancien président socialiste François Hollande, il était sur Radio-J ce week-end, et il a, lui, clairement plaidé pour l'utilisation du 49-3. Si le corps nu ne faisait pas le compromis, s'il allait vers l'ordonnance, il prendrait un risque. Ça veut dire que c'est la, en réalité, c'est la seule solution, non, le 49-3 ?

3:54
Aurélien Rousseau

Aujourd'hui, je pense que c'est la seule voie qui se dessine. Il n'y aura pas d'accord, parce qu'on a quatre, on a des blocs à l'Assemblée, c'est le budget, nous sommes dans l'opposition, et il y a encore une fois des mesures que nous combattons, et les ordonnances, c'est une régression. Parce qu'on revient, comme s'il n'y avait eu aucun débat parlementaire. Après, encore une fois, c'est au Premier ministre de prendre ses responsabilités au sens propre du terme, et oui, un compromis, parce que ce n'est pas la victoire de l'un sur l'autre, j'entends beaucoup dire ça.

Si c'était un budget socialiste, on serait au gouvernement, avec des élus places publiques, avec des élus socialistes, avec des élus écologistes sans doute aussi. Ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, c'est M. Lecornu qui est Premier ministre.

4:47
Présentateur

Alors, le compromis, justement, est-ce que la conclusion de cette affaire, c'est que notre classe politique se convertit enfin au compromis, après des mois et des mois de difficultés et d'accouchement dans la douleur de ce budget, si je veux dire, ou est-ce que c'est une présentation qui est un peu optimiste ?

5:04
Aurélien Rousseau

Je pense que ça sera plus long que cela encore, parce que c'est dur, parce qu'y compris nos procédures, il faut dire les choses clairement. Quand on est dans l'hémicycle et qu'on vote, on ne sait même plus forcément où on en est. Donc, le compromis, il est dur à bâtir. Mais la réalité, c'est qu'on entre dans une ère où il n'y aura plus de majorité absolue écrasante.

5:33
Présentateur

Même après 2027 ?

5:34
Aurélien Rousseau

Malheureusement, si on regarde aujourd'hui, à part le risque que le Rassemblement national, lui, dispose de la majorité absolue, aucune force politique ne semble en état d'avoir cette majorité absolue. Donc, il va falloir qu'on apprenne, y compris dans les campagnes électorales, à dire qu'on va devoir élargir par rapport aux propositions que l'on porte. Ça s'appelle le compromis. C'est vrai que ce n'est pas notre culture, parce qu'on a vécu depuis le début de la Ve République avec des majorités absolues, sauf sous Michel Rocard. Mais voilà, ça va être long. Mais après tout, c'est quand même ce que nous demandent les Français.

6:10
Présentateur

Le risque ERN, vous voulez évoquer un mot sur les municipales, justement, à ce propos. On parle beaucoup de possibles conquêtes du Rassemblement national dans tout l'arc méditerranéen de Menton à Perpignan. Perpignan est déjà sous la coupe du ERN, mais aussi ailleurs, un peu partout en France, des villes moyennes, des petites villes. Est-ce que vous êtes inquiet ?

6:28
Aurélien Rousseau

Bien sûr que je suis inquiet, parce que ça n'est pas juste le mot ERN, et donc par réflexe conditionné, quand on est de gauche, on dirait que c'est inquiétant. Ceux qui sont aujourd'hui, ceux qui vivent aujourd'hui dans ces communes, ceux qui sont acteurs associatifs, ils savent ce que c'est qu'une mairie ERN. Et donc oui, par exemple, la place publique, derrière Agnès Langevine, nous serons très très engagés contre Louis Alliot à Perpignan. Ce week-end, l'ancien maire de Bocquer s'est déclaré candidat à Nîmes, où il y a une très belle candidature de la gauche unissant LFI, que nous soutiendrons fortement. Il ne faut pas que ces villes tombent, ça les fait, ça fait régresser ces villes.

Donc oui, ça va être un combat identitaire, et sur celui-ci, nous serons à place publique au rendez-vous, comme sur tous les autres où nous nous préparons.

7:23
Présentateur

Gauche unissant LFI, dites-vous à Nîmes, ça veut dire que toute alliance avec la France insoumise aujourd'hui, pour vous, est totalement exclue ?

7:32
Aurélien Rousseau

Ah oui, pour nous, Raphaël Glucksmann a eu l'occasion de le dire à de très nombreuses reprises. Pour nous, c'est aujourd'hui un point extrêmement dur, extrêmement ferme, parce qu'on le voit, y compris cet accord avec la France insoumise, il peut abîmer la gauche. Moi, je ne mets pas, et je ne mettrai jamais, la France insoumise et le Rassemblement national furent le même plan, mais la réalité, c'est qu'il y a une inquiétude qui est liée à la politique, à la posture de Jean-Luc Mélenchon, et il y a des prises de position qui sont inadmissibles, le mot est presque trop faible, qui sont insoutenables de la part du Rassemblement national. De la part du Rassemblement national ?

Oui, de la part de la France insoumise, et du Rassemblement national aussi. Donc non, il n'y aura pas d'alliance.

8:32
Présentateur

Lesquelles, par exemple, quelles positions de la France insoumise sont inadmissibles, insoutenables ?

8:37
Aurélien Rousseau

Il est très clair que je vois depuis quelques semaines, même si ça se calme, je l'espère pour lui, les attaques en meute, pour reprendre l'expression de vos confrères, sur le docteur Vargon, le chef des urgences de l'hôpital de La Fontaine à Saint-Denis, accusé d'être un génocidaire, alors que, voilà, parce qu'il est juif, accusé parce qu'il est juif d'être un soutien de Netanyahou, et ça, c'est une essentialisation qui est insupportable, et ce matraquage contre lui est intenable, ça ne peut pas être accepté dans ce pays.

9:20
Présentateur

Est-ce que vous considérez que la France insoumise a une responsabilité ? Elle participe à l'explosion de l'antisémitisme dans ce pays, puisque vous venez de faire référence à ce qui se passe sur les attaques en meute, sur les, entre guillemets, génocidaires.

9:32
Aurélien Rousseau

Alors moi, j'étais ministre dans le jour de la tragédie du 7 octobre, et j'étais au banc quand la première expression de la France insoumise a refusé de qualifier le Hamas de terroriste, de refuser de qualifier ces attaques telles qu'elles devaient l'être, et j'ai vu en face le sourire, pardon, dans ce moment tragique du Rassemblement national, se disant que la France insoumise lui offrait une forme de respectabilité. Voilà.

Et donc moi, tout ce qui porte atteinte à ce principe qu'on est une nation, qu'on n'est pas sa religion, qu'on n'est pas là où on habite, qu'on est porté par l'émancipation et par l'universalité, tout ce qui porte atteinte à ça fait monter l'antisémitisme, fait monter le racisme, mais au fond... Donc LFI fait monter l'antisémitisme ? Oui, LFI a fait monter l'antisémitisme, oui, depuis plusieurs années.

10:34
Présentateur

Alors, on va parler un petit peu de la gauche justement, et essayer de se projeter vers la présidentielle de 2027. Plusieurs sondages depuis quelques mois donnent vos camarades socialistes à la peine. Olivier Faure et François Hollande plafonnent grosso modo autour de 6%. Jean-Luc Mélenchon, lui, il est autour de 12 voire 13%. Et puis le seul à gauche à faire jeu égal avec lui, c'est Raphaël Glucksmann, toujours à 12 ou 13%. On sait que vous l'accompagnez. En quoi est-ce que c'est un bon candidat pour la gauche de gouvernement aujourd'hui, Raphaël Glucksmann ?

11:06
Aurélien Rousseau

Je dirais deux choses. La première, c'est que c'est Raphaël, Aurore Laluc, la coprésidente de Place Publique, incarnent l'idée que ça n'est pas une pseudo-union qui fait la force, c'est un cap clair qui fait la force d'une formation politique. Et qu'on ne doit pas avoir peur, quand on est des sociodémocrates, de tout ce que nous hurle dessus, des gens qui seraient plus vertueux, plus à gauche, plus purs que nous. Et que la ligne politique qui peut s'imposer, qui peut permettre à la gauche d'être au second tour, c'est une ligne sociale-démocrate.

Et après, je crois que les Français ressentent, chez Raphaël Glucksmann, quelque chose qui est un terme peut-être un peu étrange pour qualifier un homme politique, mais une forme de sincérité dans ce qu'il dit. Il dit vraiment ce qu'il pense. Pas toujours avec les codes de la politique classique, mais il est porteur de ça. Et si j'ajoute un point, c'est que dans la période que nous vivons, internationale, s'il y en a qui ont dit depuis des mois et des années la nécessité d'une Europe puissante et du risque Trump, c'est aussi très largement, Raphaël Glucksmann a été là-dessus extrêmement clair depuis des mois.

12:25
Présentateur

Alors, il y a débat à gauche sur la façon de désigner le candidat. Samedi prochain, Olivier Faure, le patron du PS, se rend à Tours pour annoncer les modalités des primaires auxquelles il veut associer le Parti Socialiste, mais elles sont déjà critiquées par de nombreuses personnalités, non seulement au sein du PS, mais aussi à gauche. Et Raphaël Glucksmann, lui, il ne veut pas y participer.

12:46
Aurélien Rousseau

Pourquoi ? Il ne veut pas y participer parce que, là aussi, on ne va pas mentir aux gens, on ne partage pas de très nombreuses orientations avec ceux qui seraient demain dans cette primaire. Exemple simple, les écologistes ou certains membres de l'après, des anciens assoumis qui ont fait ces sessions, ont dit, nous, nous voterons la censure quoi qu'il arrive. Nous, nous pensons que si on trouve un compromis qui ne sera pas pleinement satisfaisant pour nous comme pour le gouvernement, on peut ne pas voter la censure. C'est quand même une différence essentielle.

13:24
Présentateur

Merci beaucoup Aurélien Rousseau, député des Yvelines, et à très bientôt sur Radio-J.