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interviewC dans l'air· 17 juin 2026 13 min

Trump à Versailles : le dîner qui fait polémique

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Appelez le 0 800 05 06 07. ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Bonsoir, J.Jaffré.

Vous êtes politologue, chercheur associé au Cevipof. D.Trump va dîner ce soir au château de Versailles, avec E.Macron, pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine, entre autres. - M.Panot: E.Macron aurait pu terminer mieux son mandat qu'en invitant un président suprémaciste.

La flatterie ne fonctionne pas. D.Trump a insulté à de multiples reprises la France et l'Europe.

Il a déclenché une guerre commerciale contre l'Europe et contre la France. Il a déclenché une guerre illégale et qui est responsable du nombre de morts et des vies gâchées, de l'explosion des prix de l'énergie dans notre pays...

On ne peut pas remercier D.Trump. - A.Casse: Y a-t-il matière à polémiquer? - J.Jaffré: Il y a toujours matière à polémiquer.

C'est le rôle des oppositions de souligner ce qu'il peut y avoir de problématique dans le fait d'inviter D.Trump. Si je me place du point de vue de la politique en France, mon petit domaine de compétence, je dirais que ce dîner, c'est moins à la gloire de Trump qu'à la gloire de Macron.

Le message de Macron après la tenue du G7 et ce dîner à Versailles, dans les ors de Versailles, c'est que, d'une part, il fait partie des grands du monde, malgré les difficultés de la France, et qu'il est à ce niveau. A la limite, c'est le regard qu'on portera sur sa présidence...

On intégrera le fait que la France avait des problèmes, mais qu'elle avait un rang international majeur. On pourra retenir les images d'E.Macron recevant D.Trump à Versailles. - A.Casse: Il y a un contraste entre le faste de ce dîner et la lettre de S.Lecornu aux ministères pour qu'ils se serrent la ceinture. - J.Jaffré: Les difficultés sont là.

Mais pour rester sur E.Macron...

Il ne veut pas se représenter. Tout le monde le sait. La question, c'est de savoir s'il va compter dans l'élection présidentielle, qui va avoir lieu dans 10 mois.

C'est une question délicate. S'il soutient un candidat proche de lui, de son camp, il ne va pas l'arranger, compte tenu de son impopularité. Ca coûtera au candidat.

En revanche, E.Macron garde une capacité de nuisance sur les candidats, s'il déclare que tel ou tel a un programme qui ne correspond pas aux intérêts de la France. Ca a du poids.

Ou s'il considère que tel ou tel n'a pas encore l'expérience, les épaules pour être président de la République...

E.Macron reste un acteur politique majeur de notre pays. M.Panot, à la fin de son mandat...

Je lui signale qu'il a encore 10 mois de mandat. - A.Casse: Mais c'est crépusculaire.

C'est le dernier G7 d'E.Macron. Il veut marquer le coup.

Quand il vient de tenir la conférence de presse qui suit le G7, il dit qu'il y a un "moment Evian". Il espère marquer l'Histoire. Est-ce que c'est le moment du bilan? - J.Jaffré: Forcément, c'est les dernières fois.

Vous avez raison de le souligner. Chaque étape, ce sera la dernière fois qu'il fait ci ou ça, sauf s'il a l'ambition de revenir éventuellement après l'élection du prochain président. Il redevient rééligible le lendemain de l'élection de son successeur. - A.Casse: Vous parlez déjà de 2032. - J.Jaffré: Ou avant.

On ne sait pas quel sera le calendrier. Est-ce qu'E.Macron restera un acteur politique après son passage à la présidence?

Le domaine international reste un de ses points forts. Il n'en a pas beaucoup. Il en joue.

Ca me paraissait naturel. - A.Casse: Demain, il sera interviewé par C.Roux sur France 2 à la suite du 20h.

Vous dites qu'il pourrait jouer un rôle de nuisance, qu'il pourra critiquer tel ou tel candidat. Est-ce qu'il peut aussi désigner un héritier? Vous dites que, pour l'instant, il est radioactif.

Est-ce qu'il a héritier? - J.Jaffré: On sent bien qu'il n'est proche d'aucun des anciens Premiers ministres qui sont aujourd'hui candidats.

Si on réfléchit à la place d'E.Philippe ou de G.Attal, ce qu'ils peuvent souhaiter, c'est qu'E.Macron ne dise rien sur eux.

Si E.Macron en dit du bien, ça leur portera tort. S'il en dit du mal, ça leur fera mal.

Si E.Macron disait qu'entre les 2, il y en a un qui a le poids et l'expérience pour aller à l'élection présidentielle et que l'autre est encore trop vert, on voit que les balles peuvent sortir du fusil à tout moment. - A.Casse: La campagne pour la présidentielle est déjà lancée, alors qu'on est à 9 mois du scrutin.

Il y a pléthore de candidats. La multiplication des candidatures à la présidentielle brouille le jeu. C'est le titre du "Figaro" ce matin.

Il y a déjà une trentaine de candidats. Comment vous l'expliquez? C'est le syndrome du "tout pour ma gueule", comme disait F.Bayrou? - J.Jaffré: Lui a été 3 fois candidat...

Il est sorti de ce syndrome qu'il dénonce. On peut l'en féliciter. Pourquoi autant de candidats?

Ce n'est pas encore des vrais candidats, pour la plupart. Ce sont des annonces. Le problème, c'est qu'il n'y a plus la régulation politique, l'organisation politique du pays n'existe plus.

Les partis sont faibles. Ils n'ont pas l'autorité pour s'imposer. Les leaders politiques sont tous impopulaires, sauf les dirigeants du RN, M.Le Pen et J.Bardella, qui sont à des niveaux de popularité hauts.

D'autres leaders de la droite extrême ou de l'extrême droite aussi. Les autres sont à des niveaux bas. Il n'y a pas de procédure.

On n'est pas encore entrés dans le dur, dans le sérieux. Ce sera à la fin de l'année, voire au début de l'année prochaine. Les journalistes soulignent que c'est scandaleux, que c'est la cacophonie, mais ça leur permet des papiers et des interviews.

Je vous en remercie, d'ailleurs. - A.Casse: Vous sentez qu'il y aura une élimination naturelle à la fin de l'année?

Comment? - J.Jaffré: Ca ne va pas être facile.

Il y a des principes de responsabilité qui vont jouer. Si les sondages indiquent massivement qu'on se dirige vers un duel de second tour entre le ou la candidate du RN et J.-L.Mélenchon, vous aurez une pression énorme pour dire qu'il faut régler le problème.

Est-ce que ça passera par des négociations entre les candidats? Auquel cas, ça donne une image détestable de la politique? "Je me retire, mais tu me donnes un ministère..." Ce serait une image épouvantable.

Est-ce qu'on met en avant l'intérêt politique du pays, si on estime qu'il faut éviter ce duel? - A.Casse: On sait déjà qui sera le candidat de la gauche?

On sait que J.-L.Mélenchon sera candidat, mais il y aura peut-être un autre candidat.

R.Glucksmann est au coude-à-coude avec lui. Est-ce que cette gauche divisée peut tout de même arriver au second tour? - J.Jaffré: C'est toute la question.

R.Glucksmann a une bonne popularité et de bons sondages d'intentions de votes aujourd'hui. Il a réuni du monde à Aubervilliers.

Ce n'était pas autant qu'à Saint-Denis pour J.-L.Mélenchon...

C'est une pression, pour qu'il soit candidat de la part du public qui est venu là-bas. Mais nous avons un problème...

Le PS a une hésitation sur R.Glucksmann. Le financement de la vie politique...

Les partis ont une image détestable, mais ils ont l'argent. Pour faire une campagne présidentielle, quand vous n'êtes pas sûr de faire 5 % des voix à l'arrivée...

V.Pécresse, A.Hidalgo, Y.Jadot...

Tous en dessous de 5 %. Il faut que le parti ait les épaules financières pour tenir le coup. Vous avez la situation où vous dépendez du PS, mais si R.Glucksmann devient le candidat du PS, quelle mauvaise image!

C'est pas bon pour R.Glucksmann, d'être le candidat du PS. Il a besoin du PS et le PS peut le tirer vers le bas.

Le PS pense aux législatives et pas seulement à la présidentielle. Il y aura probablement des législatives derrière la présidentielle. A ce moment-là, le PS, les députés, ils se disent qu'ils auront besoin des voix LFI pour se faire élire au second tour, donc il ne faut pas mener la guerre absolue.

On a toutes ces contraintes qui font que R.Glucksmann prend un peu son temps avant d'être définitivement candidat. - A.Casse: Avec peut-être, à la fin, un seul candidat de gauche ou ce n'est pas possible? - J.Jaffré: Un seul? - A.Casse: J.-L.Mélenchon seulement? - J.Jaffré: Au premier tour de la présidentielle, c'est impossible.

Tout le jeu de J.-L.Mélenchon, c'est de devenir le candidat de la gauche tout entière.

Il y a une demande de radicalité dans le pays. J.-L.Mélenchon a su saisir ça.

L'idée, c'est que, de la même façon que je citais Y.Jadot ou A.Hidalgo, on pourrait aussi citer F.Roussel, qui a fait des scores misérables à l'élection présentielle de 2022, J.-L.Mélenchon pourrait s'emparer de l'essentiel du réservoir de voix de la gauche et se qualifier au second tour du scrutin.

Il y a une équation politique pour 2027. - A.Casse: On saura dans quelques jours si M.Le Pen pourra de nouveau se présenter.

J.Bardella a choisi de peopoliser sa vie privée. Ca semble se retourner contre lui.

Quand il est interrogé sur le fait qu'il a assisté au Grand prix de Monaco au moment de la mort de la petite Lyhanna, il a dit ceci. Qu'est-ce que ça montre, cette réponse qu'il a faite et qui lui est reprochée? - J.Jaffré: Beaucoup de cadres du RN espèrent que le 7 juillet, M.Le Pen ne sera pas inéligible et qu'elle pourra se présenter à l'élection présidentielle.

Ce qui a été montré, c'est quand même une forme d'inhumanité. Une marche blanche toutes les semaines, non...

La mort de la petite Lyhanna, c'est pas une affaire comme une autre. C'est la justice et le contrat social entre les Français, les parents, la protection des enfants, le fait qu'on savait que la personne suspectée d'avoir tué la petite Lyhanna était en fait quelqu'un d'identifié comme dangereux, accusé de viols et que la justice a traîné...

Ce n'est pas une marche blanche comme les autres. Dans cette affaire, se montrer au Grand prix de Monaco dans une situation...

Il a parfaitement le droit d'aller dans des Grands Prix...

Mais au moment de la marche blanche, c'est une erreur. Pour J.Bardella, il faudra choisir entre la jet-set et une grande carrière politique.

Ce sera difficile de faire les deux. - A.Casse: Il a tort de peopoliser sa vie privée? - J.Jaffré: Il faut qu'il ramène de la discrétion.

Il n'en a pas pris le chemin. - A.Casse: Est-ce que cette affaire Lyhanna peut peser sur la prochaine présidentielle?

Il est trop tôt? - J.Jaffré: C'est trop tôt, vous avez raison.

Ca participe du manque de confiance des Français dans la classe politique. J.-L.Mélenchon incarne la demande de radicalité.

Le RN réussit à incarner la demande de sanctions contre la classe politique. Quand vous avez des tas de personnalités qui, après le drame Lyhanna, sont interviewées: "Voilà ce qu'il faut faire, la mesure qu'il faut prendre..." Mais ils ne l'ont jamais fait quand ils étaient au pouvoir.

Les Français se disent que cette classe politique n'est pas à la hauteur de cette tâche. Le chemin entre les deux est un chemin escarpé

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