L'invité de Bourdin Direct : Gérald Darmanin - 15/06
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Vous écoutez RMC, RMC Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin.
Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous avez écouté et regardé le président de la République hier soir. Donc l'économie avant la santé maintenant, il est temps de penser à l'économie, il est temps de relancer l'économie, c'est devenu une priorité ?
L'économie c'est la vie aussi. Au bout d'un certain temps, il faut effectivement reprendre le chemin du travail, reprendre le chemin de la production et puis retrouver une vie normale après avoir fait ce qu'a fait le président de la République et qui est quand même extraordinaire. Comme beaucoup de pays occidentaux, il a arrêté l'économie pour le bien-être de nos concitoyens. Et désormais, nous devons reprendre l'économie également pour le bien-être de nos concitoyens.
Donc reconstruire une économie forte, écologique et solidaire, a dit hier soir le président de la République. Toutes les mesures annoncées début juillet, c'est bien cela ? C'est ce qu'a dit le président de la République, oui. Que va-t-il annoncer début juillet ? Je ne vais pas vous demander quelles mesures. Mais que va-t-il annoncer début juillet ?
On voit bien qu'il y a des grandes orientations qui ont été dessinées par le président de la République. D'abord, nous n'allons pas augmenter les impôts, c'est une chose très importante. Ça a été dit, ça a été redit, cette dette... Il n'y aura pas de contribution exceptionnelle sur les plus riches. Il n'y a pas d'augmentation de fiscalité. Et parce que l'augmentation de fiscalité, elle décourage l'activité économique. L'idéologie fiscale, M. Bourdin, ça fait des chômeurs en plus. C'est ça la vérité de nos concitoyens. La stratégie fiscale économique du président de la République, depuis trois ans, elle fonctionnait. Avant le Covid-19, nous avions le chômage le plus bas depuis 15 ans.
Nous avions la croissance parmi les plus fortes des pays occidentaux. Nous avions des régions comme la mienne, dans les Hauts-de-France, où on recréait de l'emploi industriel. Parce qu'on a évité l'idéologie fiscale. L'augmentation d'impôts, elle tue la confiance des ménages dans la vie économique et la confiance des entreprises. Donc il n'y aura pas d'augmentation d'impôts. C'est une première orientation. Comment on va payer finalement cette dette alors ? Comment on va relancer l'économie ? Par la croissance. Par la croissance. Par le travail.
Par le travail.
Nous allons travailler. Il faut que les Français, mais les Français le savent, c'est un peuple de travailleurs. Nous allons travailler pour rembourser en partie notre dette. Et pour payer le sujet de demain, qui est notre volonté de vivre dans un pays nouveau. Mais pas n'importe quelle croissance. Pas la croissance du monde d'avant. Le président de la République l'a évoqué. La croissance verte. Il a évoqué beaucoup de choses extrêmement fortes hier. La rénovation thermique des logements, qui est une source de croissance extrêmement forte.
Ça veut dire qu'il va appliquer certaines mesures recommandées par le fameux conseil écologique mis en place par Emmanuel Macron ?
Ça veut dire qu'il y a effectivement le conseil citoyen qui avait été choisi par le président de la République par un tirage au sort. Et qui va rendre son rapport fin juin ? Exactement. Il n'y a pas que ces propositions. Beaucoup de gens ont réfléchi à c'est quoi une économie décarbonée, une économie respectueuse de la nature.
Ce sera au cœur de la relance.
Ce sera au cœur de la relance, bien sûr, M. Bourdin. Moi-même, à la demande du président de la République et du Premier ministre, je vais présenter pour l'année 2021, pour la première fois, un budget vert. Pas simplement un budget comptable. Pas un budget avec des chiffres. Mais aussi un budget pour savoir si ce que nous allons faire, comme dépenses fiscales, comme dépenses tout court, sont des dépenses qui sont utiles à l'environnement. Et c'est des questions très compliquées. Si je vous dis, je fais du nucléaire, des dépenses pour le nucléaire, vous me dites, c'est quelque chose de très négatif pour l'environnement à cause des déchets.
Mais c'est aussi très positif pour l'environnement, par exemple, parce que c'est moins de gaz carbonique. Et donc, nous allons présenter à la nation les dépenses et les recettes de l'État, pas simplement d'un point de vue comptable. Pas simplement d'un point de vue comptable. Mais d'un point de vue de l'utilité pour l'environnement. Et nous serons le premier pays au monde à le faire. Et c'est les deux ans qu'on y travaille à Bercy.
Le nucléaire, on va construire d'autres EPR.
Mais c'est une discussion qu'on doit avoir justement. Vous êtes favorable ou pas ? Moi, je suis assez favorable au nucléaire. Je pense qu'il faut un mix énergétique. Donc d'autres EPR ? Je ne vais pas faire le débat avant le débat. Je vais vous poser la question à moi. Je vous dis, je suis plutôt favorable à l'énergie nucléaire. Je suis dans une région qui en produit beaucoup, qui est très industrielle, et qui baisse fortement le prix de l'électricité, de l'énergie pour les entreprises. Mais en même temps, et c'est un sujet que nous regardons en face, il faut qu'on règle la question des déchets. Elle n'est pas réglée cette question des déchets. Elle handicap les générations futures.
Donc les débats annoncés par le président de la République sur l'économie verte, ça vous donne une grande orientation du mois de juillet.
Donc grande orientation du mois de juillet, parmi les mesures qui seront annoncées en juillet. Parce que le grand départ, c'est juillet finalement. Mais Gérald Darmanin, je comprends bien. On va reconstruire une économie forte, écologique, solidaire, on est d'accord. Il va falloir travailler plus. J'y reviens. Et produire davantage. C'est ce qu'a dit le président de la République hier. Ça veut dire quoi, travailler plus ? C'est-à-dire que les Français vont travailler plus qu'ils ne travaillent aujourd'hui ?
Le président de la République, il a dit quelque chose de très important hier. Je crois que c'est la phrase la plus importante, personnellement. Il a dit, nous ne devons pas tout décider de Paris. Vous voyez, il faut qu'on arrête de décider tout de Paris. Et pas de votre micro ou d'un bureau à l'Elysée, à Matignon ou à Bercy. On ne va pas décider du temps de travail des Français comme ça, d'une loi. On ne changera pas les 35 heures. Comme Mme Aubry l'a décidé jadis, on peut moins travailler dans certaines entreprises quand il y a moins de commandes ou quand il y a plus de valeurs ajoutées. Et on peut plus travailler dans certaines entreprises quand il y a plus de commandes.
Donc dépasser les 35 heures quand il y a plus de commandes, c'est déjà fait. Avec des heures supplémentaires. Le président Sarkozy l'a fait. Les ordonnances Pénicaud ont réussi à donner cela. Mais que chaque entreprise décide. Alors il faut que le patron ou la patronne décide évidemment avec ses salariés. Il n'est pas question d'avoir une décision unilatérale. Le droit du travail doit être protecteur. Et les salariés doivent décider en même temps que leur patron. Ça c'est un point très important. Mais ce n'est pas de Paris qu'on va dire combien dans telle usine on doit travailler en horaire. Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires.
Nous avons permis les heures supplémentaires pour tous les ouvriers et les salariés et les employés de France. On a permis la liberté dans l'entreprise. Il va falloir travailler davantage s'il y a plus de commandes. Et c'est ce qu'on faisait chaque année.
Dans une entreprise s'il y a plus de commandes, on travaillera plus. Comment on travaillera plus ? En faisant plus d'heures ? Peut-être en donnant, je ne sais pas, en abandonnant des RTT ? C'est possible ? C'est une négociation qu'il doit y avoir dans l'entreprise.
Mais c'est déjà le cas. C'est une négociation qu'il doit y avoir dans l'entreprise. Ou en abandonnant ou en rognant ses congés ? De manière générale, M. Bourdin, je ne suis pas pour les décisions unilatérales. D'accord, mais j'ai compris. Venu de Paris, j'ai compris. Non, mais même venu du patron sur les ouvriers. J'ai eu l'occasion de dire à quel point j'étais attaché à la participation. C'est-à-dire à cette idée que le capital et le travail doivent être respectés en même temps. Je suis très dubitatif quand on demande à des employés d'être payés moins alors qu'ils travaillent plus. Moi, j'ai toujours été favorable à travailler plus pour gagner plus.
Il se peut que dans des circonstances exceptionnelles, le patron ou la patronne se retourne vers sa salariée pour dire qu'on a un problème pendant quelques mois, il faut que chacun fasse un effort. Je peux le comprendre. C'est régi par le Code du Travail, je peux le comprendre. Mais ça ne doit pas être du tout la règle générale. Et la contrepartie de produire plus, c'est que les ouvriers et les employés de France gagnent plus.
Ce n'est pas la règle générale, mais en fait c'est ce qu'a dit Emmanuel Macron hier. Il faut travailler plus et produire plus. Et donc il faut accepter l'idée de payer plus ses salariés.
De payer plus, on travaille plus, on est payé plus. Qu'est-ce qui se passe ? Si nous n'augmentons pas les impôts et qu'en France on produit plus, qu'on travaille plus, qu'on gagne plus, on ne peut plus se rembourser. On ne peut plus se rembourser, M. Bourdin. On peut payer davantage d'avenir à ses enfants. On peut plus facilement consommer français, dont les produits parfois sont un petit peu plus chers que lorsqu'ils sont importés.
Il y a des freins quand même, il y a des freins, le chômage partiel par exemple. N'est-ce pas devenu un frein ? Ça a été formidable le chômage partiel, mais n'est-il pas aujourd'hui devenu un frein ?
D'abord c'est quelque chose d'extraordinaire mis en place par le gouvernement. 31 milliards d'euros d'argent public, qu'est-ce qu'on a fait ? On a nationalisé les salaires. Plutôt que de licencier, regardez ce qui se passe autour de nous, plutôt que de licencier par centaines de milliers de personnes, on a pris en charge le salaire défensé. Maintenant nous avons déconfiné, nous retournons au travail, tous collectivement. Il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup travaillé pendant cette crise, on va dire de façon générale. Ce qui est certain, M. Bourdin, c'est que là encore on ne peut pas tout décider de Paris. Il y a des secteurs où ça ne va pas bien.
C'est le cas de l'hôtellerie, c'est le cas de la restauration encore, c'est le cas du tourisme, c'est le cas de la culture, c'est le cas du sport. Il y a des secteurs où ça ne va pas bien. Ça va être plusieurs mois, peut-être un peu plus encore, pour retrouver une activité normale. Là il faut que l'État soit au rendez-vous. Donc il faut qu'il y ait du chômage partiel. Il y a des secteurs où ce n'est plus le cas. Où désormais les gens retravaillent correctement, les gens produisent correctement, les gens consomment correctement. L'État ne va pas se substituer au patronat. Et donc effectivement, là il faudra sans doute éteindre le chômage partiel.
Vous allez éteindre le chômage partiel dans certains secteurs.
C'est la négociation que porte aujourd'hui la ministre du Travail avec les partenaires sociaux. Le président de la République l'a évoqué hier. Et moi je suis certain du bon sens qui va l'emporter. L'État sera là dans les secteurs où il faut être là. L'État retirera le chômage partiel dans les secteurs où il n'a pas besoin d'être là. A partir du 1er juillet, quel chômage partiel toucheront les salariés ? On ne sait pas encore tout à fait. Tout ce qu'on sait c'est qu'il vaut mieux. On va baisser un tout petit peu. On va se retrouver quoi ? 60% ? C'est ça, c'est 60% au lieu de 70%. 60% le 1er juillet. Mais les salariés, M. Bourdin, ne verront sans doute pas la différence.
Puisqu'il appartient aux chefs d'entreprise de compenser les 10 ou 15% que l'État ne mettra plus.
Alors que l'État fait beaucoup d'efforts. Beaucoup d'efforts pour l'automobile, le secteur automobile. Beaucoup d'efforts pour l'aéronautique, on l'a vu. 15 milliards d'euros pour l'aéronautique. Et pour la SNCF, est-ce que l'État va faire un nouvel effort ? 5 milliards d'euros de pertes depuis décembre. M. Farandou a dit 4 milliards. Vous exagérez un petit peu. Mais non, je n'exagère pas. Je parle depuis décembre.
M. le président directeur général de la SNCF m'a demandé rendez-vous. Je le reçois dans les prochains jours. L'État a toujours été au rendez-vous de sa grande entreprise. D'abord, on a repris la dette, M. Bourdin. Ce qu'aucun gouvernement n'avait fait. Vous avez repris un tiers de la dette. 35 milliards d'euros. Un tiers de la dette. 35 milliards d'euros. C'est pas mal déjà. Non, mais je dis que c'est pas mal, mais c'est un tiers. 35 milliards d'euros. C'est l'argent des Français. Deuxièmement, nous sommes aujourd'hui le premier partenaire de la SNCF. Nous dépensons 15 milliards d'euros par an dans le chiffre d'affaires de la SNCF.
C'est bien l'État qui paye pour que les billets de train soient moins chers. Troisièmement, si, et il y en a, des pertes de recettes qui sont nées, alors des grèves de décembre, puis du Covid de cette période-ci, nous serons au rendez-vous de cette grande entreprise nationale. On va d'abord retourner à la normale pour voir comment fonctionnent les choses avec la SNCF. Et l'État sera au rendez-vous. Ça veut dire geste financier de l'État ? Forcément, M. Bourdin, il y aura un geste financier de l'État, qu'il soit directement auprès de la SNCF, ou qu'il soit auprès des institutions qui travaillent avec la SNCF.
Je pense aux régions qui, vous savez, ont des conventions avec les TER, les trains du quotidien. C'est le cas en Ile-de-France. Mme Pécresse fait des demandes au gouvernement que nous étudions en ce moment même. Et c'est le cas, bien sûr, dans les régions, les autres régions. Donc, que ce soit d'une manière ou d'une autre, l'État sera au rendez-vous.
Bien, les retraites, 30 milliards d'euros de déficit. Ça fait beaucoup, là. Ça commence à s'accumuler. Est-ce que vous allez suspendre la réforme ou pas ?
Le Président de la République prendra, sans doute, dans le mois de juillet, des décisions qui concernent l'assurance chômage, la réforme de l'assurance chômage et des retraites. Il n'a pas voulu l'évoquer hier.
Parce que la réforme de l'assurance chômage, ça permet peut-être de travailler plus. Non ? Non, mais attendez, moi, je suis très favorable. D'inciter, d'inciter.
Je suis très favorable à la réforme de l'assurance chômage que nous avons portée. Donc, elle concerne, elle va être poursuivie. Et à la réforme des retraites. Maintenant, on voit bien que l'assurance chômage modifiée, lorsqu'on a quasiment le plein emploi, quand on était dans un chômage assez bas il y a trois mois, n'est pas tout à fait pareil qu'une assurance chômage où on a 500 000 chômeurs de plus. Donc, il faut sans doute modifier un certain nombre de choses. Mais le Président de la République aura l'occasion en juillet, ce sera au lendemain des élections municipales, nous sommes en campagne municipale.
Donc, il aura l'occasion au lendemain des élections municipales de dire ce qu'il fait sur ces deux grandes réformes sociales.
Vous êtes favorable à une poursuite de la réforme ?
Je ne vais pas préempter ce qu'a dit le Président de la République, mais moi, j'y crois. Moi, j'y crois à cette réforme des retraites. Vous la défendez ? Que les agriculteurs de ma circonscription de Tourcoing aient 1 000 euros par mois, je pense que c'est une grande justice sociale. Qu'on mette fin à un certain nombre d'inéquités entre les Français dans la retraite, je pense que c'est une grande réforme sociale.
Bien, le Ségur de la Santé, est-ce que l'État a les moyens d'augmenter les infirmières et infirmiers de 300 euros par mois ? L'État s'y est engagé. Donc, 300 euros par mois, l'État s'est engagé. Aujourd'hui, il y a une négociation.
Oui, mais oui. Madame Nota... Je vous pose une question précise.
Est-ce que l'État a les moyens d'augmenter les infirmières et infirmiers de 300 euros par mois ? Mais c'est un investissement pour l'avenir que de le faire.
On voit bien que lorsque l'on rogne un peu sur les crédits de la santé, même si on peut faire ici ou là encore des réformes, notamment dans la bureaucratie du système de santé, mais pour les soignants directement, on voit bien qu'ils ont d'énormes investissements pour le capital humain et pour le capital tout court.
Donc, l'État répondra aux demandes ?
Il y a une négociation. Oui, je sais. Sur plusieurs points. Monsieur Bourdin, depuis trois ans que je suis membre du gouvernement, vous me dites que vous décidez trop vite, trop de paris, trop rapidement, sans discuter. Et puis quand je vous dis qu'il y a une négociation, c'est décentralisé, vous me dites pas, alors répondez.
Moi, je ne veux pas le résultat de la négociation avant la fin. Gérald Darmanin, je vous dis simplement, est-ce que l'État a les moyens d'augmenter les infirmières et infirmières de 300 euros ? Il m'a dit oui. Il faut faire des choix. Le choix qui a été fait...
Heureux pour eux. Mais, Monsieur Bourdin, le choix qui a été fait... Heureux pour nous. Heureux pour nous, oui. Le choix qui a été fait par le Président de la République, c'est un choix courageux. Il consiste à dire que nous allons revaloriser le personnel soignant, les infirmières, les infirmiers, les aides-soignantes, qui font un travail considérable. Et puis nous allons faire d'autres choix politiques. Ça veut dire que nous nous dépenserons moins ailleurs.
Question sur les statistiques ethniques. Le débat a été relancé par Sibeth Ndiaye. Est-ce que vous êtes favorable à des statistiques ethniques, Gérald Darmanin ?
Ça veut dire quoi derrière l'intervention de Sibeth Ndiaye ? Ça veut dire qu'on se pose la question de savoir si l'ascenseur social républicain fonctionne encore. Moi, je pense qu'il fonctionne encore, mais il est beaucoup plus lent pour aller dans les étages supérieurs qu'avant. Donc, il faut faire quelque chose. C'est sûr qu'il faut faire quelque chose. Sibeth a évoqué les statistiques ethniques. Moi, je serais plutôt favorable à la proposition de Julien de Normandie, qui évoquait des statistiques par géographie. Moi, je ne suis pas tout à fait certain que ce soit la couleur de peau qui est handicap. Il peut y avoir de la discrimination.
Il y a sans doute du racisme dans la société, évidemment. Mais je ne suis pas sûr que ce soit aujourd'hui ce qui est handicap le plus, les petits Français, de s'en mêler, comme le disait l'ancien président, de réussir. J'en suis un exemple. En revanche, quand vous êtes issu d'un quartier difficile de Roubaix ou de Tourcoing, par votre adresse, quelle que soit votre couleur de peau, c'est plus difficile de trouver un stage que quand vous êtes quelqu'un d'une couleur de peau différente des Blancs, comme on dit aujourd'hui, dans le 7e arrondissement de Paris. Vous voyez, ce n'est pas la même chose. La classe sociale compte aussi. La géographie compte.
Donc moi, je serais plus favorable à des statistiques par géographie. C'est pour ça que l'État essaye de faire le CV anonyme. C'est pour ça que l'État essaye de faire l'ANRU. C'est pour ça que l'État essaye de faire les emplois francs dans les quartiers en difficulté. Il n'a manifestement pas trouvé la martingale, l'État. Et c'est une grande, grande difficulté républicaine que de ne pas promouvoir l'ascenseur social.
Gérald Darmanin, la Cour d'appel de Paris a ordonné la reprise des investigations concernant une accusation de viol, harcèlement sexuel, abus de confiance, accusation portée contre vous, pour des faits remontant à 2009. Quelques mois plus tard, un non-lieu avait été prononcé. Il y a deux ans, à peu près deux ans, un non-lieu prononcé. Mais la Cour d'appel estime que le juge d'instruction ne pouvait se fonder uniquement sur les résultats de l'enquête préliminaire pour refuser la relance des investigations. Donc, reprise des investigations, est-ce que vous souhaitez aujourd'hui une confrontation avec votre accusatrice ?
Moi, je n'ai pas de commentaire à faire, M. Bourdin. Je ne le faisais pas avant, je ne le ferais pas maintenant et je ne le ferais pas demain. Parce que j'ai confiance dans l'institution judiciaire, j'ai confiance et respect. Permettez-moi juste de dire, vous l'avez fait avec honnêteté, qu'il y a eu deux classements sans suite. Par deux fois par le procureur de la République de Paris. Il y a eu un non-lieu émis par deux juges d'instruction. Ça fait trois ans, avec ces trois décisions de justice, que l'on me calomnie. Bon, ben voilà, je répondrai une nouvelle fois, s'il le faut, à l'institution judiciaire, comme n'importe quel citoyen.
Mais vous n'accepteriez une confrontation avec votre accusatrice ?
Mais moi, je suis, M. Bourdin, à la disposition. Oui ou non ? Je suis à la disposition de l'institution judiciaire. Donc oui, mais si l'institution judiciaire... M. Bourdin, il doit y avoir aussi des limites à la calomnie. Vous savez, la calomnie, ça blesse, ça renforce aussi. Ces trois décisions de justice, rendues en trois ans, qu'est-ce que je peux dire d'autre que je suis à disposition de la justice ?
Moi, je me souviens, le 19 février 2018, vous étiez ici, ici même, après les révélations de ces accusations, et vous disiez, je suis tranquille comme Baptiste. Vous êtes toujours aussi tranquille.
Ah, je suis tranquille comme Baptiste. Bien sûr, je suis tranquille comme Baptiste, M. Bourdin.
Vous me disiez aussi, les yeux dans les yeux. Oui, c'est vrai. Formule célèbre, d'ailleurs d'un ministre du budget. Je n'ai jamais abusé d'aucune femme, et je n'ai jamais abusé de mon pouvoir.
Mais vous savez, M. Bourdin, encore une fois, je ne vais pas faire de commentaire particulier, la politique, c'est quelque chose de formidable. Parce que vous aidez vos concitoyens. J'ai été réellumère dans ma commune de premier tour, dans une ville qui n'est pas très favorable à ma famille politique, on va dire ça comme ça. Je pense que mes concitoyens, ils le voient dans mes yeux, que je les aide tous les jours, que j'essaye de les aider tous les jours. Je suis fier d'être parmi eux. Et parfois, il y a des côtés plus difficiles dans la politique, c'est les attaques. Je ne suis pas le premier, je ne suis pas le dernier. C'est toujours difficile de se faire attaquer, de se faire calomnier.
Il y a vos parents qui vous regardent, il y a vos amis qui vous regardent, il y a votre famille, il y a ce que vous êtes, et puis vous ne faites pas de la politique pour être calomnier tous les matins. Donc, il faut savoir rester tranquille comme Baptiste quand on n'a rien à se reprocher, ce qui est mon cas. Et en même temps, il faut être à la disposition de l'institution judiciaire. Trois décisions de justice en trois ans, pour des choses qui remonteraient à plus de dix ans. Est-ce qu'on ne se dit pas... Onze ans. Est-ce qu'on ne se dit pas qu'au bout d'un moment, il faut savoir s'arrêter ?
Voilà, moi je n'ai pas de commentaire d'autre à faire que de redire ça aux Français et aux Françaises. Bien, maire et ministre jusqu'à quand ? Le Président de la République m'a autorisé pour un temps, puisque je l'ai rencontré avant de prendre ma décision. On cumule alors ? Et M. Bourdin, on n'a même pas terminé les élections municipales. Oui. Le deuxième tour, c'est un peu original, parce que c'est quelques semaines après le premier tour. Vous vous êtes déjà élu. Oui, oui, enfin, très bien. Mais il y a encore plein de gens qui seront réélus le 28 juin. Après le Président de la République, il va sans doute, sans doute, dessiner un nouveau chemin. C'est ce qu'il a dit hier à la télévision.
Un nouveau chemin, c'est quoi ? C'est un nouveau gouvernement ?
Il a dessiné un nouveau chemin. Pour vous, c'est quoi ? Peut-être y aura-t-il. Ce qui est plus important, c'est le fond, c'est les idées. Mais on est d'accord. Et peut-être y aura-t-il, c'est un secret de polichinelle, de nouvelles personnes qui aideront le Président de la République. Donc, vous vous attendez à un remaniement. Et moi, quand le Président de la République le souhaitera, c'est lui qui... Oui, non mais d'accord, mais à nouveau... Non, mais d'accord, Gérald Darmanin, vous savez très bien que vous y pensez.
Vous n'allez pas me dire que vous n'y pensez pas.
Chacun dans sa chacune hier. Je pense que j'y pense moins que les journalistes, vous voyez. Non, peut-être moins que les journalistes.
Moi, je ne suis pas journaliste politique, mais je vous demande, je vous demande, Gérald Darmanin, un nouveau chemin, ça veut dire probablement une nouvelle équipe. On n'engage pas, on ne s'engage pas sur un nouveau chemin avec une équipe ancienne. Vous êtes d'accord avec moi ? Pour un journaliste qui ne fait pas de politique, vous posez beaucoup de questions politiques.
Oui, mais c'est mon rôle aussi. Non, mais peut-être y aura-t-il de nouvelles personnes autour du Président de la République au moment où le Président de la République le souhaitera. C'est le principe même de la Constitution. Et moi, je suis très lecteur et admirateur de la Constitution de la Vème République. Donc, je la respecte. Lorsqu'il fera son choix, je ne présume pas du choix du Président de la République. Donc, le Président de la République m'a dit que pour un temps, je suis un des ministres qui a gagné des élections municipales. Les électeurs de Tourcoing, je crois, ont montré que ça ne les dérangeait pas d'avoir un maire qui, par ailleurs, avait une voix à Paris.
Je pense d'ailleurs, M. Bourdin, qu'il est pas mal d'entendre de temps en temps la voix de la province. Moi, je me sens très provincial. De là où je suis, alors Tourcoing n'est pas Arles, n'est pas Nîmes, n'est pas Brest. Mais c'est une partie de la France qu'on n'écoute peut-être pas assez. Je suis très fier de porter sur notre plateau la parole des habitants de la ville de Tourcoing. Mais par ailleurs, je suis très honoré d'être ministre de la République.
Et jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que le Président de la République en décide. En décide. Et est-il vrai que vous souhaitez être à la tête d'un grand ministère, en regroupant travail et affaires sociales ? Vous aimeriez ?
Moi, je suis très bien à la tête de mon ministère, qui est tout à fait essentiel, M. Bourdin, pour l'avenir du pays. Et cette semaine, après vous avoir quitté, je vais commencer à recevoir mes collègues ministres pour préparer ce budget 2021 qui ne va pas être une masse à faire. Le Président de la République m'a demandé de présenter ce budget. Je le fais et j'espère le faire jusqu'au bout.
Merci Gérald Darmanin d'être venu nous voir. Il est 8h54, RMC et BFM TV.
Gérald Darmanin