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interviewleparisien· 16 juillet 2026 29 min

[PODCAST] Milivoj Milosavljevic, l’étrangleur du Xe arrondissement de Paris

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.

0:07
Invité

Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle. Des aveux 33 ans après. Son corps a été retrouvé un mois plus tard. Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'ils...

0:17
Présentateur

Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delsenis. Et je vous rappelle que jusqu'au 14 juillet, Crime Story est en partenariat avec France Télévisions qui met en ligne 4 films inspirés par des faits divers. Vous pouvez en retrouver la liste directement sur la plateforme France TV. Bonjour Damien.

0:41
Invité

Bonjour Claudia.

0:42
Présentateur

Aujourd'hui dans Crime Story, l'étrangleur du 10e arrondissement de Paris.

0:45
Invité

Fin des années 70, au cœur de la capitale, plusieurs femmes sont violées et tuées dans leur parking ou leur appartement. Une psychose s'installe, d'autant que les enquêteurs de la 3e brigade territoriale de Paris sont persuadés qu'il s'agit d'un seul et même prédateur.

1:05
Présentateur

Vendredi 4 novembre 1977. C'est le début de la soirée à Paris et la nuit est déjà en train de tomber. Le commissariat du 10e arrondissement reçoit un appel d'une femme inquiète. Sa fille, Christine, une jolie blonde âgée de 22 ans, semble ne pas être rentrée chez elle. Ce sont les collègues de Christine qui ont prévenu sa mère dans la journée. La jeune femme ne s'étant pas présentée au travail, ils se sont inquiétés. Christine Kergrès habite un studio dans le 10e arrondissement de Paris, au 26 avenue Claude Velfaux.

Elle travaille déjà depuis quelque temps comme secrétaire et après avoir quitté son emploi dans une agence de voyage de la rue Saint-Honoré à Paris, elle vient de retrouver du travail. Elle a été embauchée, deux semaines plus tôt, dans une autre entreprise située en Seine-Saint-Denis, à Bobigny. Pour fêter ça et pour faciliter ses trajets, Christine s'est offert une voiture, une Renault 5 bleu marine. Elle est heureuse de ce nouveau départ. A terme, elle a d'autres projets, elle ne souhaite pas rester secrétaire et espère pouvoir devenir hôtesse de l'air.

Mais déjà, elle est ravie d'être stable financièrement, de vivre seule, de subvenir à ses propres besoins et d'avoir pu s'acheter la voiture dont elle rêvait. Après l'appel de sa mère, la police et les pompiers se rendent devant l'appartement de la jeune femme. N'obtenant aucune réponse en frappant et en sonnant, ils finissent par enfoncer la porte. A l'intérieur, rien de suspect. L'appartement n'est pas en désordre. Dans un premier temps, la mère rentre chez elle. Puis elle se souvient que sa fille venait d'acheter une voiture et elle contacte des amis de Christine en leur demandant s'ils veulent bien aller vérifier la présence de la voiture au parking.

Les amis prennent donc le chemin du 26 avenue Claude Velfaux. Ils descendent dans le parking. Au premier sous-sol, pas de traces de Christine ni de sa voiture. Au deuxième sous-sol, ils repèrent rapidement la R5 bleue. Ils s'approchent et aperçoivent à travers la vitre, sur la banquette arrière de la voiture, le corps de Christine. Damien, la 3ème brigade territoriale est chargée de l'enquête. Les policiers apprennent que la veille de la découverte de son corps, le jeudi soir donc, Christine a dîné avec une amie.

3:24
Invité

Elle y est allée en voiture. Son amie, qui est entendue par les policiers de la 3ème BT, comme on disait à l'époque, n'a rien signalé de particulier sur le déroulé du dîner. Tout s'est passé tout à fait normalement. Elle explique ensuite aux enquêteurs que Christine est repartie, toujours au volant de sa petite R5. Elle lui a dit quand même, en partant, Christine, qu'elle avait un rendez-vous, mais qu'elle n'était pas tout à fait sûre de l'honorer.

En tout cas, les policiers, quand ils reconstituent cet emploi du temps, il apparaît évident pour eux qu'elle a donc été agressée dans le parking souterrain de son immeuble, après ce dîner, puisque le lendemain matin, elle ne s'est pas présentée au travail. Donc, il s'est passé quelque chose entre son départ de ce dîner et le lendemain matin. Alors, la vraie question, c'est est-ce qu'elle a honoré ce fameux rendez-vous ou pas, dont elle avait parlé à son amie ?

4:12
Présentateur

Dans la brigade qui enquête sur cette affaire, il y a une policière stagiaire qui s'appelle Martine Monteil.

4:17
Invité

Oui, une policière débutante à l'époque, qui deviendra ensuite une vraie figure de la police judiciaire française, pas seulement parisienne. À l'époque, effectivement, elle est stagiaire, elle a tout juste 27 ans.

4:30
Présentateur

L'enquête démarre. La jeune femme victime a été étranglée, mais aussi, les policiers s'en rendent compte assez vite, très probablement violée.

4:38
Invité

Oui, ça, c'est leur impression et ce qu'ils constatent sur la scène de crime très vite. Ils vont saisir tous les éléments qui pourront peut-être les aider par la suite. Alors, on rappelle, on est en 1977, donc on n'a pas d'ADN, on est très loin de la police technique et scientifique d'aujourd'hui. Même à l'époque, les empreintes digitales ne servent quasiment à rien. Alors, les policiers ne restent pas inactifs pour autant. Ils trouvent un couteau. Et alors, même si la jeune femme, a priori, était plutôt étranglée, c'est intéressant de trouver ce couteau à cet endroit, parce qu'à défaut d'être peut-être l'arme du crime, il peut quand même appartenir au meurtrier.

Alors, c'est un couteau de cuisine, avec un manche en plastique, et qui supporte des traces de brûlure. Mais l'élément le plus intéressant que trouvent les policiers, il n'est pas matériel.

5:29
Présentateur

Les policiers apprennent que l'année précédente, à la même époque, une autre jeune femme, habitant dans le même immeuble que Christine, a, elle aussi, été victime d'une terrible agression. Alors qu'elle marchait dans la rue pour rentrer chez elle, elle a remarqué qu'un homme semblait la suivre. Elle ne s'est pas inquiétée outre mesure, mais dès qu'elle s'est retrouvée dans le hall de son immeuble, l'homme s'est engouffré derrière elle, et l'a tenue en joue avec un couteau dans l'ascenseur, en l'obligeant à le faire entrer chez elle. Une fois dans son appartement, il la viole toujours en la menaçant avec son couteau, et il finit par s'enfuir.

Cette piste d'un homme qui traquerait et agresserait les jeunes femmes de l'avenue Claude Velfaux est intéressante. Mais aucun élément ne vient l'étayer à ce stade. Et l'agresseur de la première jeune femme n'ayant jamais été retrouvée, « Les policiers ne peuvent pas l'entendre ». Devant l'incapacité à creuser cette piste, les policiers se penchent sur la vie intime de Christine Kergress. La jeune femme était célibataire, mais récemment, elle avait dû faire face aux avances d'un homme qu'elle avait éconduit et qui s'était mise à la harceler. Avant de travailler à Bobigny, Christine était employée dans une agence de voyage du centre de Paris, on l'a dit.

Dans ces affaires, les policiers retrouvent des notes de Christine et comprennent que dans cette agence, le patron s'était pris d'elle et passait son temps à tenter d'obtenir un rendez-vous avec la jeune femme. Il lui faisait des blagues déplacées, l'invitait à des déjeuners qu'elle déclinait la plupart du temps, mais elle se sentait obligée d'accepter parfois. Il insistait, alors même qu'elle lui répétait qu'elle n'était pas intéressée par lui. Christine se sent finalement tellement mal dans cet environnement professionnel qu'elle finit par démissionner.

Mais ça ne suffit pas à éloigner son désormais ancien patron, dont les enquêteurs ont de bonnes raisons de croire qu'il a été en contact avec elle le jour de son meurtre. Damien, les enquêteurs entendent cet homme, le patron.

7:27
Invité

Oui, ils vont l'entendre pendant toute la nuit. Et pour eux, c'est une vraie piste sérieuse, c'est la première piste. Mais rappelez-vous, il tient ce monsieur une agence de voyage et il se trouve qu'au moment des faits, au moment du viol et du meurtre de Christine, il était très loin de Paris, il était en Tunisie. Et tout le prouve, parce qu'évidemment, les policiers font des vérifications, ils retrouvent le billet d'avion, le cachet du passeport, le passage à la douane. Et donc, il était de manière certaine en Tunisie au moment des faits. Donc, il ne peut pas être le violeur et le meurtrier de Christine. C'est retour à la case départ.

8:03
Présentateur

Finalement, les policiers acquièrent la conviction que l'auteur du meurtre ne se trouve pas dans l'entourage de Christine Cargress.

8:09
Invité

Oui, c'est souvent dans l'entourage qu'on commence par chercher, parce que statistiquement, c'est souvent là que se trouvent les auteurs et les meurtriers. Mais après avoir passé en revue un peu toutes les fréquentations amicales ou amoureuses de Christine, les policiers vont éliminer une à une ces pistes. Et donc, la solution qui s'impose à eux, c'est celle plutôt d'un rôdeur, de quelqu'un qui a pu passer là par hasard, d'un prédateur. Donc, c'est à la fois une nouvelle piste, mais c'est surtout une piste beaucoup plus compliquée, parce que là, on cherche quelqu'un qui est beaucoup plus difficile à identifier, qui ne fait pas partie de l'entourage habituel direct de la victime.

Donc, il va falloir aller chercher des gens qui n'ont pas de lien apparent avec Christine, et donc plus difficilement identifiable. Mais c'est aussi une enquête plus délicate pour une autre raison, parce que ça veut dire que si on a un homme qui s'en prend aux jeunes femmes dans le quartier, un peu au hasard, ça veut dire que d'autres femmes sont encore en danger.

9:06
Présentateur

Trois jours après le meurtre de Christine, ce que les policiers redoutaient se produit.

9:11
Invité

Oui, très rapidement. Une autre femme est agressée dans le quartier. On est effectivement le 7 novembre. Elle s'appelle Monique. Elle a 34 ans et elle va être attaquée dans le parking de son immeuble situé au numéro 26 de la rue Vic d'Azir, c'est-à-dire à 500 mètres de là où a été tuée Christine.

9:29
Présentateur

Monique, 34 ans, rentre chez elle après un dîner et se gare elle aussi dans le parking souterrain de son appartement au 26 rue Vic d'Azir, dans le 10e arrondissement de la capitale, une rue perpendiculaire à l'avenue Claude Velfaux. Il fait nuit. Après avoir garé sa voiture et alors qu'elle ouvre la portière côté conducteur, un homme qui est entré dans le parking juste derrière elle, bondit sur elle et la frappe. Il tente de la maîtriser, mais Monique parvient à lui mordre le bras, à le griffer et à appeler à l'aide. Des voisins, alertés par les cris, à court. Quand ils arrivent près de la jeune femme, l'homme a déjà pris la fuite.

Les enquêteurs de la brigade territoriale font très vite le rapprochement entre les deux affaires. La proximité des deux agressions et le mode opératoire similaire ne leur semblent pas être un hasard. Mais ils ont à peine le temps de progresser dans l'enquête que déjà, une autre victime se fait connaître. Le lendemain, Catherine, 21 ans, secrétaire elle aussi, sort de son appartement dans un immeuble situé au 48 Quai de Gemap, toujours dans ce même quartier. Elle descend au deuxième sous-sol pour vider sa poubelle quand un homme lui saute dessus et tente de l'étrangler. Il s'empare de son collier et le tire fort en arrière. Elle chute et sa tête heurte le mur.

Elle perd connaissance quelques secondes. Quand elle revient à elle, Catherine sait que très peu de temps est passé car la minuterie de l'éclairage ne s'est pas encore éteinte. Elle remonte vite au rez-de-chaussée et informe le couple de gardiens de l'immeuble de l'agression qu'elle vient de subir. Des habitants de l'immeuble, immédiatement prévenus, descendent dans les sous-sols, armés d'une carabine 22 longs rifles. Mais malgré leur fouille minutieuse des lieux, ils ne trouvent rien. L'homme s'est déjà enfui. Comme Monique, Catherine s'en sort saine et sauve. Mais aucune des deux femmes ne parvient à donner un signalement précis de l'homme qui les a agressées.

Catherine se souvient seulement qu'il était jeune et faisait environ 1m80. Pour la troisième fois en quatre jours donc, une femme jeune habitant dans le dixième arrondissement de Paris a été sauvagement agressée par un homme qui a tenté de l'étrangler avant de prendre la fuite. Damien, cette troisième attaque inquiète particulièrement les habitants du quartier.

11:44
Invité

Oui, d'autant que cette fois-ci, les médias commencent, les journalistes commencent à s'intéresser à l'affaire. Ils sont de plus en plus nombreux à relater ces agressions, cette série d'agressions. et tout le monde commence à faire le lien entre les trois agressions comme on vient de le dire. Les journaux vont même titrer sur l'étrangleur du dixième. Résultat, une psychose s'installe comme c'est souvent le cas dans ces cas-là. Les femmes ont peur de sortir de chez elles tout simplement, même de rentrer le soir en voiture, même de descendre les poubelles dans le sous-sol.

La préfecture de police va organiser un dispositif avec des rondes, des patrouilles qui sont un peu plus nombreuses dans l'arrondissement, des policiers qui sont en tenue donc visibles et ce qui est un peu à l'encontre de ce que pensent les enquêteurs de la police judiciaire, eux, ils préfèreraient un dispositif de planque et de surveillance plus discret, en civil en quelque sorte, pour éviter justement que le ou les agresseurs ne s'aperçoivent qu'il y a une présence policière très forte dans le quartier.

12:42
Présentateur

Les enquêteurs sont un peu au pied du mur. Il faut vite attraper cet homme pour calmer la crainte des riverains mais aussi voire surtout pour éviter que d'autres crimes n'aient lieu.

12:52
Invité

Oui, ils vont avoir une idée ce qui peut paraître quand même très risqué ils vont demander à des jeunes femmes de jouer les appâts donc des jeunes femmes qui vont être évidemment recrutées parmi les rangs de la police qui ont l'habitude un peu du terrain ou qui travaillent dans des fonctions policières ils vont leur demander de se rendre au volant de leur voiture dans des parkings souterrains du quartier pour vraiment clairement appâter ce prédateur un policier quand même un homme est présent lui caché un peu sur la banquette arrière du véhicule où il reste allongé pour rester invisible au cas où évidemment le prédateur se présenterait.

13:29
Présentateur

Parmi ces femmes il y a Martine Montaigne la jeune stagiaire dont nous avons parlé au début de cet épisode.

13:34
Invité

Oui, alors on l'a dit elle démarre sa carrière mais elle connaît le métier dans la mesure où elle vient d'une famille elle est issue d'une famille de policiers gardien de la paix inspecteur de police à la préfecture de police de Paris elle connaît la maison comme on dit d'ailleurs elle deviendra elle ne le sait pas encore à l'époque mais elle sera la future grande directrice de ce 36 qu'est des orfèvres alors faire la paix en matière de police on appelle ça faire la chèvre comme on accrocherait une chèvre pour faire venir un prédateur donc à l'arrière de la voiture on l'a dit il y a un policier qui est allongé prêt à intervenir et Martine Montaigne elle joue un des rôles une des chèvres entre guillemets elle va descendre à pied alors elle n'est pas armée de toute façon elle n'a pas le droit de l'être puisqu'elle est simplement stagiaire à l'époque mais bon toutes ces opérations pour appâter entre guillemets l'agresseur ne vont rien donner et en fait c'est un tout autre dossier sur lequel les enquêteurs de la brigade territoriale de la 3ème BT vont être envoyés c'est ce dossier là qui va permettre à celui des agressions en série du 10ème d'avancer

14:36
Présentateur

le mardi 15 novembre 1977 les pompiers sont appelés vers 15h30 pour intervenir dans un immeuble proche de l'hôpital Saint Louis un feu s'est déclaré dans un appartement modeste du 5 rue Jacques Louvel-Tessier dans le 10ème arrondissement après être parvenu à maîtriser le feu et à éteindre l'incendie il découvre le corps d'une femme nue allongée sur son lit elle est morte mais il leur semble que ce n'est pas parce qu'elle a inhalé les fumées de l'incendie non les marques visibles autour de son cou laissent plutôt penser qu'elle a été étranglée en quelques minutes les policiers de la 3ème brigade territoriale sont sur place et ils reconnaissent immédiatement le mode opératoire de celui qu'ils ont appelé l'étrangleur du 10ème l'autopsie confirmera d'ailleurs que la victime a été violée avant d'être étranglée comme c'était le cas de Christine Kergress la première victime avant de quitter les lieux et après avoir tué la femme l'homme a allumé deux foyers dans l'appartement déclenchant ainsi l'incendie de l'immeuble dans le quartier la psychose monte d'un cran on compare ce mystérieux tueur à Jack Léventreur en Angleterre ou au tueur de l'Oise qui sévit à la même époque en Picardie et dont on apprendra bien plus tard qu'il est en fait un gendarme du secteur l'enquête permet d'établir que la victime s'appelle Dravika Projomet elle avait 35 ans deux enfants de 2 et 10 ans et elle était d'origine yougoslave comme une bonne partie des résidents de l'immeuble l'enquête de voisinage est compliquée car beaucoup d'habitants ne maîtrisent pas le français mais la plupart connaissent bien la victime et à ce titre ils peuvent apporter des informations nouvelles notamment en étant précis sur ses fréquentations c'est ainsi que les enquêteurs entendent parler pour la première fois d'un homme yougoslave décrit par tous comme assez violent une jeune femme de la communauté a plus à leur dire sur le sujet mais elle souhaite le faire directement au commissariat rendez-vous est pris face au commissaire la jeune femme raconte qu'une de ses amies est en instance de divorce avec cet homme violent et qu'en entendant parler du meurtre elle aurait dit c'est bien lui qui aurait fait ça cet homme s'appelle Milivoï Milo Savievitch et c'est un habitué de l'immeuble où a eu lieu le deuxième meurtre récemment séparé il vit chez sa mère juste à côté à l'angle de l'avenue Claude Velfaux à seulement quelques dizaines de mètres de l'entrée du parking de Christine Kergrès on voit même l'entrée du parking depuis la fenêtre du salon pour les enquêteurs ces éléments sont assez probants pour interpeller Milivoï Milo Savievitch Damien le jeudi 17 novembre le suspect est interpellé

17:12
Invité

et il est placé en garde à vue il y a une perquisition qui est menée comme c'est d'habituel chez sa mère puisque c'est là où il vit et qu'est-ce qu'on découvre enfin qu'est-ce que les policiers découvrent et bien des couteaux de cuisine semblables à celui vous vous souvenez retrouvé dans la voiture de Christine Kergrès dans le parking souterrain avec en plus les mêmes traces de brûlure sur ses couteaux alors la mère va expliquer au policier la maman de Milo Savievitch va expliquer au policier que son fils effectivement a l'habitude d'abîmer ses couteaux de les brûler parce qu'il les pose directement sur la poêle chaude quand il fait cuire ses oeufs alors c'est un élément et un témoignage déterminant et ça va évidemment être une des questions principales qui va être posée en premier à Milo Savievitch pendant sa garde à vue

17:59
Présentateur

Milivoï Milo Savievitch est donc placé en garde à vue les enquêteurs sont convaincus qu'ils tiennent le coupable mais ils veulent absolument obtenir des aveux

18:08
Invité

oui rappelons à la fin des années 70 les aveux ça reste quand même la priorité la reine des preuves comme on l'appelle à l'époque dans une procédure criminelle ça permet de toute façon quand même d'aller plus loin c'est un vrai enjeu pour les policiers et les gendarmes surtout qu'on le répète à l'époque on ne peut pas compter vraiment sur des preuves scientifiques comme l'ADN aujourd'hui

18:28
Présentateur

un témoin en l'occurrence la voisine de Christine Kergrès reconnaît Milivoï Milo Savievitch comme l'agresseur de Christine

18:35
Invité

en fait cette voisine elle s'était déjà manifestée auprès de la police au moment de la mort du meurtre de Christine Kergrès parce qu'elle avait aperçu un homme une silhouette entrée dans le parking derrière la voiture de Christine Kergrès qui est quand même pas très commun donc là une fois qu'ils ont Milo Savievitch en garde à vue les policiers ils vont convoquer cette voisine ce témoin important et puis ils vont faire ce qu'on appelle une parade d'identification c'est à dire qu'ils vont mettre la voisine derrière une glace sans teint devant ils vont mettre une rangée d'hommes au milieu il y a Milo Savievitch avec un numéro puis autour de lui il y a des policiers souvent qu'on va piocher un peu au hasard enfin il faut qu'ils aient une ressemblance quand même physique ou dans la morphologie un peu approchante et puis on va lui demander si elle reconnaît dans cette sélection l'agresseur supposé de Christine Kergrès et cette voisine elle va être formelle elle va dire en tout cas Milo Savievitch là ce monsieur que vous me présentez c'est lui qui est rentré derrière la voiture de Christine Kergrès

19:30
Présentateur

Néanmoins les enquêteurs n'ont toujours pas d'aveu et ils ne perdent pas de vue cet objectif le temps est compté au-delà des 48 heures prévues par la loi si le suspect ne fait pas de déclaration ils devront se contenter de leur faisceau d'indice pour espérer un procès et une condamnation lors des auditions le Yougoslave est peu l'occace il garde la tête baissée répond aux questions de manière évasive et ne cède pas face à la pression des enquêteurs qui se relaient de jour comme de nuit pour le fatiguer après les premières 24 heures la garde à vue de Milivoï Milosavlevitch est prolongée c'est alors que Martine Monteil la stagiaire de la 3ème division de la brigade territoriale se propose d'essayer à son tour le commissaire accepte elle raconte ce moment dans l'émission au bout de l'enquête sur France 2

20:17
Invité

on fouille un peu dans ses affaires et notamment je découvre dans son portefeuille une petite photo d'identité d'un gamin de 2 ans à peu près en rondouillard mignon je lui montre la photo et je lui dis c'est qui lui le garçon c'est ton fils et là il lève les yeux quand même et il regarde et il me dit oui et j'ai dit tu vois ton fils là dans cette affaire quand tu le reverras ce sera un homme peut-être que si tu expliques ce que tu as fait le juge peut avoir un regard un peu clément sur ton dossier dans la mesure ou tu participes ou tu avoues et c'était un peu une escroquerie de ma part

21:02
Présentateur

bien sûr mais bon ce n'est pas tout à fait vrai même en coopérant si Milivoï Miloslavlevic a bien tué deux femmes il ira en prison pour une longue durée mais le subterfuge fonctionne Damien le vendredi 18 novembre 1977 deux semaines après le premier meurtre commis par Milivoï Miloslavlevic il avoue

21:24
Invité

oui alors c'est quand même assez inattendu quelqu'un qui craque comme ça pendant une garde à vue d'autant qu'il va se livrer complètement pas à demi-mot il va donner tout un tas de détails y compris des détails qu'il est le seul à pouvoir connaître sur ses crimes

21:39
Présentateur

est-ce qu'il explique ces gestes ?

21:41
Invité

pour la première victime il dit qu'il a commencé par une tentative de séduction une tentative de prise de contact et quand elle l'a refusé il a eu une pulsion pour la deuxième c'est une femme avec laquelle il avait dit-il une relation et il dit ne pas avoir supporté qu'elle se refuse à lui cette fois-là

22:01
Présentateur

Milivoï Miloslavlevic est déféré devant le parquet et mis en examen pour ses meurtres c'est annoncé dans la presse et les projecteurs sont tournés vers Martine Monteil avec des expressions sexistes bien de l'époque comme par exemple c'est un maigret en jupon qui a recueilli les aveux de l'étrangleur du dixième

22:17
Invité

les termes qui désignent Martine Monteil sont évidemment assez choquants quand on les lit avec les lunettes d'aujourd'hui et souvent dans sa carrière elle sera mise en avant d'abord parce que c'est une femme mais il faut quand même expliquer qu'à l'époque des commissaires femmes il y en a très peu les promotions de commissaires en France c'est quasi exclusivement des hommes et Martine Monteil elle va toujours apparaître elle apparaîtra toujours comme une des pionnières puisque c'est une femme qui va s'imposer dans un milieu d'hommes il y avait vraiment très très peu de commissaires femmes à l'époque et elle va faire là à l'époque c'est le début d'une carrière qui va être extrêmement brillante

22:50
Présentateur

dans l'opinion publique le cas Milivoï Milo Savlević choque particulièrement le mardi 6 décembre 1977 alors qu'il est en détention provisoire dans l'attente de son procès depuis trois semaines une reconstitution est organisée dans l'immeuble de Christine Kergrès l'information a fuité et sur le trottoir des dizaines de personnes attendent le fourgon de police transportant l'accusé en criant à mort la peine de mort existe toujours mais la possibilité qu'elle soit abolie est une petite musique qu'on entend de plus en plus souvent en janvier 1977 dix mois avant les meurtres de Milivoï Milo Savlević Robert Badinter prononce une plaidoirie devenue célèbre contre la peine de mort il défend alors Patrick Henry accusé d'avoir tué un petit garçon de 7 ans Robert Badinter convainc les jurés de ne pas le condamner à la peine capitale collectivement on pense que c'est la fin de la peine de mort mais le 10 septembre 1977 dix mois plus tard Amida Djandoubi coupable du viol et du meurtre de sa compagne est exécutée à la prison des Beaumettes à Marseille alors qu'en sera-t-il pour Milivoï Milo Savlević le mercredi 8 octobre 1980 son procès s'ouvre devant la cour d'assises de Paris

24:02
Invité

la cour d'assises de Paris examine depuis cet après-midi une affaire de viol d'une gravité exceptionnelle l'accusé un yougoslave risque deux fois la peine de mort

24:12
Présentateur

sa défense insiste sur le difficile passé de l'accusé né en yougoslavie en 1950 Milivoï Milo Savlević est maltraité dès l'enfance selon ses avocats il subit notamment les sévices d'un père particulièrement violent il est même victime de relations sexuelles forcées ou rémunérées avec des hommes dès l'âge de 13 ans très tôt il plonge dans la criminalité il commet des braquages se bat la justice française apprend même qu'avant d'arriver en France il a déjà été condamné en yougoslavie pour viol et a passé deux ans derrière les barreaux Damien le procès de Milivoï Milo Savlević se tient alors que le débat sur la peine de mort est à son paroxysme

24:57
Invité

nous sommes à l'époque à six mois de l'élection présidentielle de 1980 de mai 1980 et la peine de mort est un thème de campagne important c'est même une des promesses phares de François Mitterrand de la supprimer il y a de nombreux intellectuels qui militent pour son abolition dont Robert Badinter qui deviendra on le sait le ministre de la justice de François Mitterrand celui qui abolira la peine de mort

25:23
Présentateur

que dit la défense ?

25:24
Invité

ce que va expliquer la défense c'est que selon eux Milivoï Milo Savlević n'est pas un criminel sexuel alors c'est à dire que c'est plus facile entre guillemets à entendre à l'époque puisque le viol n'est pas considéré comme un crime donc la défense dit que avant tout c'est un tueur et qu'il tue parce qu'il a simplement peur que les victimes de ces agressions sexuelles et de ces viols ne le reconnaissent donc c'est pour ça qu'il les élimine

25:47
Présentateur

l'avocat général n'est pas convaincu par cette hypothèse

25:49
Invité

non parce qu'il souligne qu'à chaque fois Milo Savlević a aussi volé ses victimes ce qui selon lui démontre au contraire qu'il tue de sang froid et pas dans un geste de panique et que tout ça est parfaitement prémédité

26:04
Présentateur

les parents de Christine Kergrès par la voix de leur avocat réclament la peine de mort

26:09
Invité

oui l'avocat va dire dans une nation civilisée il n'est pas possible que l'auteur de crimes de cette sorte puisse ne pas payer le prix le plus élevé pour ces crimes atroces il n'existe pas de circonstances atténuantes alors l'avocat de Milivoï Milo Savlević va lui répliquer la vengeance n'a pas sa place dans un prêtoir vous ne pouvez pas dire qu'il n'y a aucune circonstance atténuante quand vous connaissez la personnalité et le passé de cet homme dont on ne peut pas dire qu'il est normal puis il va s'adresser aux parents des victimes et leur dire la fin de votre tourment ne passe peut-être pas par ce que vous envisagez

26:48
Présentateur

pendant tout le procès on ne sait pas si le meurtrier va échapper à la peine de mort Milivoï Milo Savlević est finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité il évite de peu la peine capitale 15 jours plus tard Philippe Maurice accusé de complicité de meurtre et de meurtre sur agent de la force publique sera lui condamné à mort par cette même cour d'assises de Paris mais la peine de mort sera définitivement abolie avec l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir en mai 1981 et Philippe Maurice sera finalement gracié Milivoï Milivoï Milo Savlević lui deviendra l'un des condamnés à avoir passé le plus de temps dans les geôles françaises il meurt en détention le 14 mars 2022 à l'âge de 71 ans après en avoir passé 42 derrière les barreaux vous venez d'écouter Crime Story l'étrangleur du 10e arrondissement de Paris cet épisode est diffusé en partenariat avec France Télévisions qui met en ligne entre le 15 avril et le 14 juillet 4 films inspirés par des faits divers vous pouvez retrouver la liste sur leur site internet ce récit Crime Story était écrit par Claudia Prolongeau avec Victor Bonnoir et raconté avec Damien Delseny pour écouter tous nos autres podcasts c'est sur le site leparisien.fr et sur n'importe quelle plateforme d'écoute cette semaine il y avait à la production Clara Garnier-Amourou Clémentine Spiller et à la réalisation Julien Moncoukiol Jules Lavi est le rédacteur en chef si vous aimez Crime Story vous pouvez vous abonner et nous laisser des commentaires ou des petites étoiles vous pouvez m'écrire sur mon compte Instagram et surtout vous pouvez écouter code source notre podcast d'actualité qui propose un nouvel épisode chaque jour du lundi au vendredi

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