Ouverture des jeux olympiques de Milan Cortina, avec Martin Fourcade, Julia Nirani-Pereira et Nathalie Iannetta
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Une cérémonie de deux heures et demie sur quatre sites différents avec 60 000 spectateurs mais aussi Maria Carey ou encore Andrea Bocelli. C'est l'événement grandiose qui ouvrira ce soir les Jeux Olympiques d'hiver de Milan Cortina en Italie et la France vise évidemment un nombre record de médailles. Pour parler avec nous de ces JO de Milan Cortina, cette grande fête du sport, sa beauté, ses ambitions, ses zones d'ombre, une délégation de rêves. Trois invités déjà sur site. Martin Fourcade, l'un des plus connus, des plus titrés de nos billets lettres français, aujourd'hui retraitée et membre du CIO. Juliane Irani-Pereira, snowboarduse, championne du monde par équipe en 2025.
Elle va défendre les couleurs de la France pendant ses JO. Et bien sûr, notre chère Nathalie Yaneta, directrice des sports de Radio France. Bonjour à toutes, bonjour à tous.
Bonjour.
Les auditeurs peuvent vous appeler 01, 45, 24, 7000. Je précise que s'il y a un léger délai, c'est parce que bien sûr vous êtes sur site et à distance. Alors, en quelques mots, comment se présentent selon vous ces JO pour la France, Juliane Irani-Pereira ?
Bonjour à tous. Je pense que ça se présente très très bien. On est tous contents d'être arrivés sur site. On a tous hâte que ça commence, hâte de vivre la cérémonie d'ouverture et que ça s'enchaîne et qu'il y ait plein de médailles. En tout cas, pour l'équipe de Snowboard Cross, je sais qu'on est tous impatients et qu'on a hâte de rider sur ce parcours.
Martin Fourcade, vous vous êtes retraité, je le disais, mais vous suivez ça quand même de très près. Vous le sentez comment ?
Moi, je le sens plutôt bien aussi. C'est vrai que comme sur tous les débuts de Jeux Olympiques, il y a des petits réglages à effectuer. Mais globalement, le projet est plutôt intéressant avec des sites qui sont, pour la grande majorité, des sites qui sont des sites habituels de Coupe du Monde. Et donc une expertise et une faculté d'organiser des épreuves qui est éprouvée depuis de longues années.
Et ça, ça veut dire que ça offre aussi peut-être un avantage aux skieurs ou aux athlètes européens parce qu'ils connaîtront peut-être pour certains ces pistes ?
Alors oui, mais si je prends l'exemple du biathlon, le site d'Antos qui épreuve les épreuves de biathlon, c'est un site qui accueille les épreuves de Coupe du Monde depuis une trentaine d'années, qui a accueilli deux fois les championnats du monde, trois fois que tous les athlètes internationaux connaissent bien.
Nathalie Yannetta, alors la spécialiste, le regard de l'experte ?
Alors ces Jeux, c'est d'abord une première quand même parce que, comme disait Martin, c'est sur des sites bien connus de Coupe du Monde. Mais en tout cas, jamais des Jeux Olympiques d'hiver n'avaient été organisés sur 22 000 kilomètres de distance. Il y a sept sites qui sont opérationnels. Julia est à 450 kilomètres de nous. Elle est très loin, elle est à Livigno. Cortina, c'est à 450 kilomètres. Nous nous sommes à Milan avec Martin. C'est la première fois que des Jeux vont être éclatés comme cela.
Donc à la fois, c'est évidemment, comme le disait Martin, des sites qui sont extrêmement opérationnels et que le monde entier connaît quand il aime les sports d'hiver, quelles que soient les disciplines. Et en même temps, est-ce que ce seront vraiment des Jeux Olympiques avec l'esprit de rassemblement ? Ça, c'est de toute façon le défi auquel ont dû faire face les Italiens qui ont choisi ces multi-sites pour répondre à un agenda du CIO qui désormais souhaite limiter les constructions et plutôt utiliser l'existant, comme on dit.
C'est vrai que Julia Nirani-Pereira, vous, vous avez connu d'autres Jeux Olympiques. Est-ce que le fait d'être justement comme ça, à distance, d'être éclaté sur 7 sites, 22 000 kilomètres carrés, c'est ce que disait Nathalie Yaneta, est-ce que ça change l'ambiance ? Est-ce que ça fait quelque chose de vraiment différent ?
Ça fait quelque chose d'un peu différent, oui. Après, nous, par exemple, pour Pékin 2022, c'était déjà un petit peu éclaté. On n'était qu'entre freestylers, donc ça ne change pas grand-chose à ce niveau-là. Ce qui change vraiment, c'est le fait d'avoir un village olympique situé dans des hôtels. Après, c'est très bien organisé. Franchement, je trouve que ça marche très bien. On a tout ce qu'il faut et on retrouve quand même cette ambiance olympique malgré tout. Donc non, je pense que c'est une réussite et que ça sera une réussite. En tout cas, nous, on est très bien installés et on est très contents d'être ici.
Et vous, Martin Fourcade, c'est vrai que tout ça obéit à un impératif écologique, effectivement, de ne pas reconstruire de grandes infrastructures alors que certaines existent déjà. Est-ce que, pour vous, ça dénature, au fond, les Jeux olympiques ou c'est plutôt quelque chose de positif ?
Alors, dénaturer les Jeux olympiques, c'est toujours compliqué. Parce que les Jeux olympiques, c'est un événement qui évolue. Si on prend les Jeux olympiques d'aujourd'hui, ils n'ont pas grand-chose à voir avec ceux de Chamonix en 1924. Donc, l'important, c'est de se poser les bonnes questions sur l'évolution, de savoir qu'est-ce qui fait l'essence des Jeux olympiques. Est-ce que c'est cette unité géographique ? Est-ce que c'est ce village ? Est-ce que c'est le fait de pouvoir rassembler la planète entière autour de disciplines diverses sur une même période de temps ?
Voilà, tout ça, c'est des questions qui restent pour l'instant encore ouvertes, auxquelles on s'engage à répondre avec le CIO dans les prochains mois. On a eu une nouvelle présidente qui a été élue au mois de mars dernier. Et il y a ce travail qui est en cours pour savoir comment construire les Jeux d'hiver de demain, pour qu'ils puissent s'adapter à la fois, comme vous le disiez, aux enjeux économiques, mais aussi aux enjeux écologiques, bien entendu, ne pas faire de nouvelles constructions. Et donc, tout ça fait qu'il y a forcément une question. Je sais qu'à titre personnel, moi, le village olympique, c'est quelque chose qui m'a énormément marqué.
Et puis aussi, la cérémonie d'ouverture, c'est un des facteurs importants des Jeux. Et donc, il y a cette question de savoir comment pouvoir rassembler les athlètes à cette occasion. Milan Cortina essaye quelque chose avec une cérémonie qui vivra sur quatre lieux simultanément. Et donc, forcément, c'est quelque chose qu'il va falloir regarder de près pour voir si les athlètes se sentent tellement impliqués et intégrés dans cette dynamique ou s'il faudra faire des réajustements pour la suite.
Oui, mais parlez-moi avec votre cœur, vous, Martin Fourcade, vous avez été porte-drapeau. Comment vous l'auriez vécu d'être séparé des autres athlètes sur quatre sites différents, de vivre une partie de la cérémonie sur écran ? Est-ce que, d'après vous, ça peut marcher ?
Alors, avec mon cœur, moi, j'ai eu la chance de participer à une cérémonie olympique en tant que port-drapeau. Les deux autres, j'avais fait le choix de ne pas y aller pour privilégier les aspects sportifs. Donc, ce n'est pas une donnée nouvelle, particulièrement en ce qui concerne les sports d'hiver. On est habituellement, déjà généralement, éclatés entre les sports de glace d'un côté et les sports de neige de l'autre. Ce qui est sûr, c'est que je pense, à mon sens, ça a été aussi tout le travail qu'on a mené avec les équipes de Paris 2024, de, moi, j'aime avoir ce rassemblement.
Les Jeux olympiques, ils sont aussi uniques parce qu'on a la faculté de rassembler des athlètes du monde entier sous le même toit, au même endroit, quelle que soit leur conviction, quel que soit leur pays d'origine, leur religion, leur sport, peu importe. Et je trouve que c'est ce côté magique des Jeux olympiques. Et moi, c'est ce qui m'a marqué en 2010, quand je suis rentré dans ce village olympique de Vancouver à l'âge de 20 ans, que je découvrais cet événement pour la première fois. Et bien entendu, aujourd'hui, moi, c'est un modèle que j'ai envie de pouvoir porter au sein du CIO parce que je trouve qu'il est particulièrement différenciant et particulièrement unique.
Alors, Juliane Irani-Pereira, vous qui concourez cette année, comment ça va se passer pour vous, cette cérémonie ?
Eh bien, ça va se passer très, très bien. On a très hâte. On a Chloé qui fait partie de mon équipe. Chloé Trèspeuch, qui est aussi snowboardeuse comme vous. Exactement, qui sera porte-drapeau. Donc, je pense que ça va être un moment magique. Ça va être très, très fort. On sera tous là derrière elle pour marcher avec elle et représenter le snowboard, représenter la France, représenter notre drapeau. On a vraiment hâte de vivre ce moment. Et puis, on a aussi pas mal de personnes dans l'équipe pour qui c'est les premiers Jeux olympiques. Donc, c'est trop bien. On leur en parle un peu avec des étoiles dans les yeux. On a hâte qu'ils puissent vivre ça et savoir un peu de quoi on parle.
Et en plus, c'est la première fois qu'il y a une porte-drapeau snowboardeuse. Ouais, c'est clair. Ça, c'est vraiment dingue. On est super fiers. On essaye toujours de... À part aux Jeux olympiques, c'est vrai qu'on a un peu moins de visibilité quand même que d'autres disciplines. Et c'est vrai que sur les Jeux olympiques, on prend beaucoup plus de lumière pour notre discipline. Donc, c'est très fort. C'est très fort qu'il y ait un porte-drapeau français, que ce soit un snowboarder, pardon. Et voilà, on est super fiers. On a trop trop hâte.
Alors, Nathalie Yannetta, je ne vous demande pas de raconter la cérémonie parce que ça, ce sera votre édito tout à l'heure à 9h moins le quart. Mais je voudrais vous parler sport. La délégation française qui est record cette année 161 athlètes, principalement ski, hockey, sport de glace. Il y a de l'ambition. L'idée, c'est quand même d'être dans le top 5. C'est du jamais vu depuis 1968. De battre le record de Grenoble 1968. 15 médailles, 5 en or. Est-ce que vous y croyez ?
Alors, le top 5, Martin le sait bien mieux et Julia aussi. Pour le top 5, en fait, quand on calcule votre positionnement, ce n'est pas le nombre global de médailles. C'est le nombre de médailles d'or. Et là, honnêtement, il faudrait décrocher 10 médailles, allez, 8, entre 8 et 10 médailles d'or. C'est-à-dire 50% de plus qu'à Pékin. Donc, la marche, elle est très, très haute. Mais l'Agence nationale du sport français qui s'occupe de la haute performance et qui avait déjà fait l'objectif top 5 pour Paris 2024, pour les athlètes d'été, a aussi beaucoup travaillé avec les athlètes d'hiver.
Et raisonnablement, nous dit-on, nous pouvons espérer entrer dans ce top 5 alors que la France était jusqu'ici top 10. Moi, ce qui m'intéresse, du coup, c'est de savoir de l'intérieur ce que Julia, elle, avec cette équipe de France qu'elle côtoie, qu'elle connaît, elle va être avec les deux portres drapeaux ce soir sous ses yeux à Livigno puisqu'elle a, vous avez parlé de Chloé Trespeuche, mais il y aura aussi Clément Noël avec toi. Oui, bien sûr. Avec eux. Qu'est-ce qu'il y a ? Julia, est-ce qu'on est... Voilà, on va les faire ? On va y arriver à rentrer dans ce top 5, à votre avis ? Dites-nous, Julia. Moi, j'y crois vraiment.
Je suis assez impressionnée des performances des Français sur tout ce début de saison. Je pense que tout le monde a énormément travaillé pour arriver à ces résultats-là. Donc, oui, moi, je suis hyper optimiste et je pense qu'on peut clairement y arriver.
Et vous, vous aviez fait de l'argent à Pyeongchang. Vous y croyez pour vous cette année alors ? C'est la bonne ?
Oui, évidemment que j'y crois. J'ai gagné la dernière étape de Coupe du Monde. Donc, ça m'a fait un peu monter le curseur confiance, on va dire. Et voilà, en tout cas, j'ai tout mis en place. Je fais une super saison la saison dernière. Je fais un bon début de saison. Je vais essayer de rester concentré sur ce que j'ai à faire. Mais il y a deux chances de médailles, une en individuel et une en équipe. Et évidemment que j'espère ramener l'or à la maison. Ça serait incroyable.
Martin Fourcade, Nathalie Yannetta, disait qu'il faut 8 à 10 médailles d'or. La marche est haute. Est-ce qu'elle est si haute que ça ?
Moi, j'ai une énorme confiance dans cette équipe de France Olympique. Il y a des résultats dans toutes les disciplines. Il y a un beau mélange d'athlètes expérimentés et de jeunes athlètes qui sont affamés. Donc, oui, j'y crois. Julia a l'expérience de la médaille à Pyeongchang. Elle a connu aussi des Jeux avec plus de frustration en 2022. Je pense qu'il y a tout ça qui participe à la construction des athlètes et qui permet d'aborder ces Jeux avec sérénité. Et en tout cas, c'est des Jeux qui sont de retour dans les Alpes pour la première fois depuis un moment. Moi, j'ai fait trois Jeux Olympiques et je n'ai jamais eu la chance de pouvoir courir dans les Alpes.
Et je crois que ça va aussi donner cette énergie aux athlètes. C'est des montagnes qui ressemblent aux nôtres. Et donc, c'est aussi la faculté pour pas mal d'athlètes d'être soutenus par leur famille qui feront le déplacement. Et ça, c'est des choses, par exemple, qui sont plus compliquées à mettre en place quand les Jeux ont lieu à Vancouver, à Sochi ou en Corée du Sud.
Alors, elle n'est pas très étonnante, cette confiance de votre part, Martin Fourcade, parce que vous venez du biathlon. Et que le biathlon, c'est traditionnellement, presque depuis 1924, Chamonix, la discipline qui rapporte le plus de médailles. C'était la moitié des médailles à Pékin, par exemple, en 2022. D'après vous, Nathalie Iannetta, est-ce que ça, c'est parti pour durer, vous qui les regardez, ces billets athlètes ?
Ah oui, oui, oui. Et puis surtout, moi, j'ai une petite question pour Martin, puisqu'on parle de médailles françaises ici à Milan-Cortina, la première médaille française d'or. C'est la vôtre, Martin, parce qu'en fait, il paraît qu'on vous a enfin remis votre sixième médaille d'or, celle de Vancouver, que vous attendiez depuis longtemps. C'est bon, vous avez reçu cette sixième médaille ?
Je ne l'ai pas encore reçue, c'est sûr que ça a été une gestion de course un peu particulière. Je n'imaginais pas, le 21 février 2010, en m'élançant au départ de cette Mass Start, que la course pourrait durer 16 ans. Et on me remettra la médaille le 15 février, suite à la disqualification pour dopage de l'athlète qui m'avait précédé. Et donc, c'est un processus qui a duré longtemps. L'athlète a été, on va dire, suspendu à partir de 2020, et donc une procédure judiciaire de six ans, qui nous a mené, il y a quelques mois, à l'officialisation de cette réallocation de médailles.
Et donc, j'aurai le plaisir de recevoir cette médaille le 15 février, entre les deux poursuites, sur le site d'Antarcel Intersalva. Et c'est, bien entendu, une émotion qui est particulière, parce qu'on se sent parfois un petit peu en décalage. De l'autre côté, on est extrêmement fiers que la justice soit rendue, comme on dit, et de récupérer cette médaille qui m'appartient. Et enfin, la petite anecdote, c'est qu'au moment où j'ai gagné cette médaille le 21 février 2010, j'étais un jeune garçon de 21 ans. Et aujourd'hui, je suis papa de trois enfants qui étaient trop jeunes pour pouvoir suivre ma carrière, qui ne m'ont jamais vu monter sur un podium olympique.
Ça y est !
Et donc, ça va être un moment, je pense, un petit peu particulier pour moi, de ce point de vue-là, déjà, de pouvoir faire la pédagogie à mon petit garçon de trois ans. Quel était le métier de papa il y a encore quelques années ? Et puis, de pouvoir vivre ça avec mes deux filles qui sont un petit peu plus grandes et qui garderont ses souvenirs avec elles, j'espère, pour le reste de leur vie.
Je disais, Nathalie Yaneta, qu'effectivement, le biathlon, gros pourvoyeur de médailles, on pense à Éric Perrault, dont on dit parfois que c'est le successeur de Martin Fourcade. On pense à l'ouge en mono, mais il y a d'autres sports qui ne font jamais de médailles françaises, comme le hockey. Alors là, les filles ont perdu hier, à la luge, le patinage de vitesse. On sait pourquoi ? C'est qu'on n'investit pas là-dessus ? Qu'est-ce qui se passe de ce côté-là ?
Alors, il y a des... Voilà, Martin, historiquement, le biathlon, c'est vrai que la France... Il y a un rapport qualité-prix, c'est-à-dire rapport médaille pratiquant. C'est un carton, ce sport, parce qu'il y a très peu de licenciés en biathlon. Et pour autant, c'est là où, effectivement, les filles, comme les garçons, sont les gros pourvoyeurs de médailles. Et puis même en Coupe du Monde, enfin, c'est un sport que les Français aiment, que les Français aussi regardent beaucoup. Là encore, c'est quand même pas un sport le plus populaire. Et pourtant, on voit bien que les audiences télé, elles cartonnent à chaque fois que nos biathlètes sont engagés dans des grandes compétitions.
Je crois que c'est parce que c'est spectaculaire. Les personnalités... Enfin, franchement, c'est pas parce qu'on a Martin Fourcade comme invité, mais il faut y aller. Être biathlète, c'est quand même une tanasse. C'est dur, c'est long, c'est compliqué. Il faut être à droit en même temps. Il faut être précis. Il faut aussi avoir de la force, de l'endurance. Donc, c'est un sport qui est très éprouvant. Et je crois que les gens qui regardent les biathlètes, ils sont comme nous tous. C'est-à-dire qu'ils admirent ces athlètes-là dont ils considèrent que vraiment ce sont des performances hors normes.
Donc, il y a une culture, une école française du biathlon avec à la fois le fond et la précision au tir. Et puis, c'est vrai qu'il y a d'autres disciplines où les Français, en tout cas sur la scène internationale, ne brillent pas au plus haut niveau. Vous avez parlé du hockey. Il y a pourtant beaucoup de patinoires en France. Mais c'est vrai que le hockey, les grandes nations, c'est évidemment les Etats-Unis, le Canada, la République tchèque, la Suisse, la Russie, qui ne sera évidemment pas là pour les raisons qu'on connaît.
Et la France, elle, a eu quelques petites stars, quelques joueurs qui se sont permis d'aller défier les Américains chez eux en jouant dans le grand championnat nord-américain qu'est la NHL. Mais en vrai, ce n'est pas des disciplines où on cartonne. C'est comme ça. Martin Fourcade ?
Oui, tout à fait d'accord avec Nathalie. Oui, il y a en France cette vraie culture des sports de neige. On parle de biathlon, mais bien entendu, toutes les épreuves de ski et de snowboard qui, historiquement, sont des épreuves où la France réussit, où la France a une culture de la gagne et des médailles. Et puis, on a, en fait, assez étrangement, la moitié des sports divers aux Jeux Olympiques qui sont des épreuves de glace et dans lesquelles on performe moins. Alors, on a une belle école en patinage artistique. Mais c'est vrai que c'est plus compliqué sur toutes les autres épreuves que sont le short track, le patinage de vitesse longue piste, le bobsleigh, la luge, le skeleton.
Et donc, là-dessus, il y a, je crois, quand même une dynamique qui se met en place. On a aujourd'hui une chance unique d'avoir un Français qui pourrait être médaillé en patinage de vitesse malgré le fait qu'on n'a aucune installation en France pour performer dans ce sport. Et donc, voilà, c'est une dynamique avec des athlètes qui ont envie, qui se préparent parfois un peu plus individuellement. Et puis, bien sûr, les Jeux des Alpes françaises 2030 qui réveillent des aspirations et qui vont permettre à certains de se soulever des montagnes sans entrer dans le cliché.
Alors, il s'appelle Timothée Loubineau, ce Français qu'il faut suivre, qu'il faut regarder pendant ses JO. Juliane Irani-Perreira, on a parlé de la question environnementale, bien sûr, de ces sites qui sont éclatés pour éviter de trop dépenser de pierres, de machines de construction pour construire des nouvelles infrastructures. Et puis, il y a la question de la neige, cette neige qui va être 100% artificielle, 1,6 million de mètres cubes de neige artificielle produite pour les Jeux. On a même dit que les organisateurs ont même dit que s'il y avait de la neige naturelle qui tombait, et bien, on allait tout simplement l'enlever. Quel regard vous portez là-dessus ?
Alors, c'est vrai que nous, du coup, en border cross, il faut quand même qu'il y ait pas mal de neige pour construire tous les modules, nos sauts et tout ça. Donc, c'est une bonne chose, entre guillemets, pour qu'on puisse avoir un parcours à la hauteur des Jeux Olympiques. Après, nous, sous les pieds, ça ne change pas grand-chose. C'est surtout le boulot des techniciens. On va quand même dans pas mal d'endroits et on a d'autres compétitions où il y a de la neige artificielle. Donc, en termes de sensations et tout ça, ça ne va pas changer grand-chose. Et là, par exemple, ce matin, il neige et j'ai les entraînements plus tard dans la journée.
Et il y aura une petite véhicule de neige fraîche et ça sera super. Et on fera avec et ça va quand même glisser. Il y a un énorme boulot qui est fait avec nos techniciens, en fait, qui bossent. C'est les bosseurs de l'ombre qui font qu'on va vite. Donc, voilà. Moi, je ne suis pas très inquiète. Ça ne change pas grand-chose. Je suis concentrée sur mon snowboard, sur ma technique, sur ce que j'ai à faire. Et le but, c'est d'aller décrocher une médaille. Donc, tout ce qu'il y a autour, malheureusement, moi, une fois que je suis aux Jeux Olympiques, voilà.
Vous êtes focus sur le sport. Martin Fourcade, j'en profite pour vous poser la question. Jean-Louis qui dit « Peut-on innover et inventer les Jeux de demain, élégants, chaleureux, plus sobres, plus inspirants, afin de continuer à vendre du rêve, même sur de la neige artificielle, sans perdre son âme ? »
Je crois qu'en tout cas, si ce n'était pas le cas, de mon côté, je ne serais pas investi dans le mouvement olympique comme je le suis. Parce que, comme je le disais tout à l'heure, je crois, moi, à ces valeurs un peu uniques, à cette nécessité de rassemblement dans ces temps de division. Quand on voit ce qui se passe, j'ai écouté votre journal avant de prendre l'antenne. Et voilà, quand on regarde l'actualité, on se dit que des opportunités de pouvoir se rassembler, de pouvoir célébrer, de pouvoir se comprendre, il n'y en a pas tant que ça. Les Jeux Olympiques sont uniques de ce point de vue-là.
Ensuite, clairement, il y a un besoin de continuer à innover, il y a un besoin d'aller plus loin sur tous ces aspects-là, que ce soit sur les aspects économiques, écologiques. Il y a vraiment une nécessité d'avancer à marche forcée. Ensuite, j'espère que Nathalie Yaneta ira dans mon sens, mais on a quand même des Jeux Olympiques aujourd'hui qui ne sont pas comparables avec ceux d'hier, avec les hérésis qu'il y a pu avoir dans le passé, sur certaines constructions, sur certains dossiers olympiques.
Et encore une fois, si je prends un exemple très simple, qui est celui du biathlon, c'est la première fois dans l'histoire des Jeux Olympiques que les épreuves de biathlon se dérouleront sur un site traditionnel de Coupe du Monde.
Alors, en un mot, peut-être Martin Fourcade, parce qu'on arrive à la fin de l'entretien, mais le prochain grand rendez-vous pour la France, c'est les JO d'hiver de 2030. Là, il y a des problèmes, des retards sur des chantiers, des responsables de comités d'organisation qui ont démissionné. Vous y croyez quand même, toujours ?
Moi, comme vous le savez, j'ai décidé de ne pas m'impliquer sur les JO d'hiver de 2030. Donc, bien entendu, je regarde avec attention, et je suis avec attention ce dossier-là. Moi, j'ai qu'une envie, c'est que, quelle que soit ma situation personnelle dans ce dossier, les JO avance et qu'on puisse réaliser des magnifiques JO d'hiver en 2030, alors à la fois pour les sportifs et à la fois parce que nos montagnes en ont besoin. On a une chance unique, et je terminerai là-dessus, d'être à ce croisement de l'histoire des JO d'hiver où la France a la faculté d'écrire les JO d'hiver de demain.
Et c'est nécessaire que toutes les parties arrivent à se rassembler et avancer bien dans la main, loin des intérêts individuels, pour réaliser cet objectif. Aujourd'hui, force est de constater que ce n'est pas le cas, et je ne ferai pas de langue de bois. Et je n'appelle de mes voeux qu'un changement de ce point de vue-là pour que les JO de 2030 soient une réussite. C'est tout le mal que je leur souhaite.
Merci beaucoup, Martin Fourcade, d'avoir été avec nous en direct depuis le site des JO de Milan-Cortina. Merci beaucoup aussi à vous, Juliane Irani-Pereira. Bonne cérémonie d'ouverture, et bravo, vous allez y arriver. Il y a plein d'auditeurs qui nous envoient des messages pour dire qu'il faut vous encourager, et on le fait bien sûr. Et puis Nathalie Yannetta, surtout restez avec nous, parce qu'on veut tout savoir avec vous tout à l'heure sur la cérémonie d'ouverture. En tout cas, merci beaucoup à tous les trois.