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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 1 novembre 2024 25 min

Budget 2025, crise de l'hôpital public, jour de carence... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Juvin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. L'Assemblée nationale a examiné hier après-midi les propositions de loi du Rassemblement national. L'une d'elles consistait à faciliter l'expulsion des étrangers, représentant une menace grave pour l'ordre public. Vous étiez prêt à soutenir le RN sur ce sujet, mais aussi sur les peines planchées, même si le texte n'a pas été discuté hier. C'est quoi ? C'est la naissance de l'union des droites souhaitée par Marine Le Pen et Éric Ciotti, ça y est ?

0:25
Philippe Juvin

Non, c'est le fait simplement que quand le ciel est bleu et que le Rassemblement national dit qu'il est bleu, je ne vais pas expliquer qu'il est rouge ou vert. La question est simple, la France est un pays très accueillant et nous devons continuer à le rester parce que ça fait partie de notre histoire. Mais quand on vient en France, on respecte la loi tout simplement. Et celui qui ne respecte pas la loi, après qu'il ait été accueilli en France, qu'il ait bénéficié de la générosité de la France, sociale, de santé, on pourra peut-être en parler, s'il ne respecte pas nos règles, il quitte le territoire. C'est très simple.

0:54
Invité

C'est très simple, mais est-ce que ce n'est pas un petit peu trop simple comme réponse ? Nicolas D'Aragon, qui était le ministre en charge pour le gouvernement, ministre en charge de la Sécurité au quotidien, appelait les députés à ne pas voter les propositions du Rassemblement national. Les autres groupes de la majorité n'ont pas voté également les propositions du Rassemblement national. Est-ce que vous êtes toujours dans la majorité ?

1:16
Philippe Juvin

Alors d'abord, il y a l'Assemblée nationale d'un côté, il y a le gouvernement de l'autre, quelle que soit la situation politique. Et les députés sont libres d'avoir une position. Moi, vous m'invitez pour me demander ce que je pense. Donc ce que je pense est assez simple. Je tiens à ce que la France continue à rester un grand pays d'accueil. Mais je tiens aussi que ceux qui sont accueillis respectent les lois. C'est très simple. Vous savez, De Gaulle, dans ses mémoires, disait « J'allais vers l'Orient compliqué avec des idées simples ». L'affaire de l'immigration est une affaire effectivement compliquée, mais il faut aussi avoir des idées simples.

1:45
Invité

Mais encore un mot quand même, excusez-moi, je reviens toujours sur cette même question. On a l'impression que le gouvernement avait une majorité relative. Et maintenant, on n'a même plus de majorité. Vous-même, à droite, vous votez hier avec l'ERN. Et puis récemment, une nouvelle fois avec l'ERN sur les cotisations sociales.

2:06
Philippe Juvin

Il ne peut pas compter sur vous, Michel Barnier ? Non, ce n'est pas du tout ça. D'abord, vous parlez au député républicain, Philippe Juvin, qui a appelé depuis deux ans à ce que le Premier ministre vienne de notre camp. C'est d'autant plus paradoxal. Je suis celui qui a dit qu'il faut que la droite républicaine joue son rôle. Donc moi, je suis très heureux de la situation actuelle. Et je pense qu'il faut qu'on fasse tout pour que Michel Barnier réussisse. Il se trouve que sur un certain nombre de sujets, on peut avoir un avis qui est l'avis des députés.

Encore une fois, par définition, cette majorité parlementaire, enfin non, qui n'est pas majoritaire, ce groupe de soutien au gouvernement, il est divers, il est protéiforme, c'est vrai. Certains étaient dans l'opposition, d'autres étaient dans la majorité il y a encore trois mois. Donc évidemment, il y a des différences d'appréciation. Mais sur la question de l'immigration, nous, nous pensons que les choses doivent être dites, à savoir, encore une fois, quand vous venez en France, vous respectez les lois françaises.

3:00
Présentateur

C'est toujours ce qu'on appelle finalement le bon sens. Vous voulez aller dans le sens du bon sens.

3:05
Philippe Juvin

Le bon sens, il faut s'en méfier, parce que vous savez, avec le bon sens, quand vous regardez la ligne d'horizon, vous vous dites que la Terre est plate. Donc parfois, le bon sens est trompeur. Mais ce que nous disons, c'est que la France mérite d'être protégée. Elle mérite d'être protégée dans la rue, dans l'école, dans ses savoirs, dans ses valeurs, dans ses comptes publics, j'espère qu'on va en parler. La question de la protection du pays est une question fondamentale.

3:27
Invité

Mais Benjamin Fontaine évoque le bon sens. Mais est-ce qu'il y a du bon sens, en ce moment, à l'Assemblée nationale ? On a l'impression, quelquefois, que la gauche soutient le gouvernement contre la majorité relative supposée soutenir le gouvernement.

3:42
Philippe Juvin

Je le vois assez rarement.

3:43
Invité

Oui, enfin, ça s'est passé comme ça, sur différents amendements. On a l'impression, vous n'êtes pas là, en fait, que, spécifiquement la droite républicaine, il y a un député sur dix qui vote les amendements du gouvernement. Qu'est-ce qui se passe à l'Assemblée ?

3:56
Philippe Juvin

Non, non, je crois... C'est le confrère Le Monde qui ont étudié 168 votes. Oui, je crois aussi qu'il faut avoir une vision d'ensemble. La vision d'ensemble, quelle est-elle ? La situation du pays n'est pas grave, elle est très grave. Je parle du budget, que nous sommes en train de discuter et de voter. Michel Barnier a mis sur la table un plan de remise en place des finances publiques, avec l'idée qu'il faut diminuer les dépenses et qu'il faut probablement augmenter quelques impôts. Nous, nous pensons à la droite républicaine, que c'est évidemment la bonne direction, mais que la priorité doit être de diminuer les dépenses, et de dépenser mieux, et de travailler plus.

Ce sont les trois conditions premières à mettre en œuvre, dépenser moins, dépenser mieux, travailler plus, pour rétablir la situation financière gravissime du pays. Et donc, Michel Barnier a mis sur la table des propositions qui vont dans ce sens, mais qui sont toutefois un peu différentes, avec un poids des impôts qui nous semble trop important, impôts et taxes. Nous sommes allés le voir, nous avons une discussion avec lui, et lui nous a dit qu'il était ouvert.

Non, non, non, il est ouvert à la discussion, à condition que nous trouvions sur la diminution des impôts, ou la non-augmentation des impôts, à condition que nous trouvions des ressources ailleurs, en particulier sur la diminution de la dépense. Il est normal, pardon, c'est une démocratie, il est normal qu'il y ait un gouvernement qui fasse des propositions, et un parlement qui ne soit pas une chambre d'enregistrement, mais qui puisse avoir son avis et discuter.

Enfin, je veux dire, si on considère, parce que c'est très français ça, en France, on considère que le gouvernement est tout puissant, c'est le mythe, on a coupé la tête du roi il y a maintenant deux siècles, et on ne s'en est jamais remis, et donc on attend que quelqu'un nous dise ce qu'il faut faire. Eh bien, il se trouve qu'il y a un parlement, et le parlement, il joue son rôle, et il amende le texte du gouvernement. Il n'y a rien d'extraordinaire à ça, c'est la démocratie normale.

5:34
Présentateur

Mais certaines des mesures d'économie dont vous parlez sont en train d'être détricotées en ce moment à l'Assemblée nationale, est-ce que vous le regrettez ?

5:40
Philippe Juvin

Ah oui, bien sûr, mais c'est pire que ça. Là, en gros, pour que les gens comprennent, on vote au Parlement, d'abord ce qu'on appelle les recettes, c'est-à-dire les impôts, qui ont explosé, c'est-à-dire sous l'effet souvent de coalitions entre le Rassemblement national et la France insoumise, il y a eu des impôts qui sont apparus, ça tombait comme à grave lotte, toutes les cinq minutes, il y avait un milliard d'impôts supplémentaires, je caricature mais à peine. Et depuis maintenant quelques jours, nous discutons en commission des finances de ce qu'on appelle la dépense. Où est-ce qu'on met l'argent ?

Et hier, en commission des finances, par exemple, il y a eu une coalition improbable qui s'est créée et le poste de dépense de l'État qui est le remboursement de la dette, vous savez que chaque jour, enfin chaque mois plus exactement, nous remboursons une partie de la dette française qui est immense, eh bien ils ont décidé de retirer les crédits, c'est-à-dire qu'on ne peut pas rembourser la dette. Sur l'écologie, le budget de l'écologie présenté par le gouvernement, c'était 13 milliards et demi. A l'issue de la discussion en commission des finances, on a fait plus 15 milliards, 13 et demi, plus 15. Donc vous dites quoi vous, Philippe Juvin ?

En gros, il faut signer la fin de la récré, il faut un 49-3 ? Je dis à Michel Barnier, mais je le dis depuis le début, que cette situation d'absence de majorité, d'abord, deuxièmement, d'extrême gravité de la situation, fait que le gouvernement devrait siffler la fin de la récréation très rapidement, utiliser le 49-3, faire adopter ainsi le budget. au moins, ça aurait une vertu de clarification et surtout, d'autorité, nous avons besoin d'autorité dans ce pays. Et le fait que ça ne se fasse pas a un effet pervers, c'est comme les députés, au fond d'eux-mêmes, savent qu'un jour, le 49-3 va arriver, eh bien, ils se libèrent et on a des collègues qui proposent tout et vraiment n'importe quoi.

Ça permet aussi le débat. Alors, ça devrait, ça devrait permettre le débat. Et là, je vous entendrais. Sauf que, quand vous êtes capable de dire à la Commission des Finances « Ben non, c'est pas la peine d'inscrire de budget pour rembourser la dette », excusez-moi, ou être débat, c'est plus du débat, c'est de l'alchimie. Vous avez les gens qui créent de l'or à partir de rien. Il y a des gens actuellement à l'Assemblée qui créent de l'or

7:38
Invité

à partir de rien. On a des alchimistes. Mais contrairement au gouvernement précédent, on sent bien effectivement que la stratégie de Michel Barnier, c'est de laisser, en quelque sorte, respirer aujourd'hui le Parlement. Ça a été confirmé par la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjon, à l'issue du Conseil des Ministres. On va l'écouter. On nous demande pourquoi est-ce qu'on n'utilise pas l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour mettre fin au débat. Eh bien, on n'utilise pas précisément pour permettre aux parlementaires de s'exprimer et de faire des contre-propositions. Ça met en exergue des accords, ça met en exergue des désaccords. Ça ne nous arrange pas toujours.

On assume de perdre sur certains votes. Mais je crois que c'est ce qui rend le débat riche. C'est une stratégie presque dangereuse pour vous aujourd'hui. Vous dites il faut siffler la fin de la récré. Récré, c'est un mot assez fort quand on parle du Parlement. Ça veut dire que ça va, si je vous écoute, dans tous les sens. Est-ce qu'effectivement, cette stratégie de laisser des débats comme ça et de laisser des propositions qui vont un peu dans tous les sens, ça peut être une stratégie dangereuse ?

8:44
Philippe Juvin

Moi, j'aimerais qu'on laisse le débat prospérer à condition que ça soit un débat. Or, il suffit que vous vous branchiez sur n'importe quel écran et vous voyez ce que sont devenus les débats. Aujourd'hui, il n'y a plus de débat à l'Assemblée. Ce sont parfois au pire des invectives et la plupart du temps des propositions qui n'ont ni queue ni tête. Donc, c'est pour ça que je pense qu'aujourd'hui, ça va. On a donné sa chance au Parlement et le Parlement ne l'a pas saisi. Le Parlement, aujourd'hui, n'est pas capable de présenter une copie propre avec des recettes et des dépenses et un équilibre. Ça, il n'est pas capable.

9:18
Présentateur

Mais comment est-ce que c'est possible au regard, aujourd'hui, justement, de l'état de cette Assemblée nationale ?

9:22
Philippe Juvin

C'est pour ça que, premièrement, nous avons des outils institutionnels qui s'appellent le 49-3. Quand le Parlement n'arrive pas soit à décider, soit à décider quelque chose de raisonnable, et aujourd'hui, le Parlement ne décide pas quelque chose de raisonnable, si le budget était adopté tel qu'il est actuellement fixé par le Parlement, en fait, ça ne serait pas un budget acceptable par personne, ni par les Français, ni par les entreprises françaises, ni par nos voisins. Deuxièmement, et deuxièmement, je vous rappelle que nous sommes un système bicaméral, il y a une deuxième chambre, le Sénat, donc le débat va continuer au Sénat et ensuite, il y aura une navette parlementaire.

Mais vous acceptez, quelque part,

9:59
Présentateur

qu'on ne pourra rien voter à l'Assemblée nationale, finalement ?

10:01
Philippe Juvin

La première partie sur les recettes, c'est-à-dire les impôts et les taxes, sera une deuxième partie qui sera probablement rejetée. Pour que les gens comprennent bien, la discussion parlementaire a eu lieu en commission, maintenant, sur les recettes impôts-taxes, ça a lieu en séance plénière, c'est interrompu pour des raisons techniques, on va revenir et en discuter, et probablement, il y aura un vote contre. Donc, de toute façon, on voit qu'on n'y arrive pas, tout simplement, parce qu'ils ont voté plein de taxes et plein d'impôts, mais vraiment des choses absolument folles et ils sont en train de détricoter aussi des dépenses avec des dépenses qui ne correspondent pas aux besoins du pays.

La France, c'est un pays sérieux. Elle ne peut pas jouer comme ça avec son budget, or c'est ce qu'elle est en train de faire à l'Assemblée nationale.

10:44
Invité

Est-ce qu'il y a un groupe politique, un leader, qui sort quand même gagnant de ce débat à l'Assemblée ? Est-ce que le nouveau Front populaire qui montre son unité, est-ce que le Rassemblement national, qui est un peu en retrait de ces débats un petit peu cacophonique ? Est-ce que ce ne sont pas les grands gagnants finalement de ces débats ?

11:04
Philippe Juvin

Alors que le nouveau Front populaire soit gagnant, je ne crois pas du tout. Ou alors dans l'esprit de gens qui ne comprennent pas comment un pays fonctionne. Non, je crois que les gagnants, pardon d'être un peu chauvins, c'est d'une certaine manière, c'est nous, la droite républicaine, parce que nous avons mis sur la table un contre-budget qui se tient. Nous avons mis sur la table un budget qui dit, encore une fois, n'augmentons pas les impôts, baissons les dépenses. Et je vais vous le dire, si nous ne faisons pas ça, qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien, il va se passer que la France va continuer à tomber un peu plus qu'elle ne tombe.

Mais vous l'avez mis sur la table mais vous n'êtes pas complètement suivi. Vous aurez le Fonds monétaire international qui sera à Paris et qui nous dira ce qu'il faudra faire. Donc nous devons absolument éviter cette catastrophe et les plus sages, pardon, les plus sages, ça reste les députés républicains. Alors maintenant que d'autres essayent d'en tirer un avantage politique, vous parlez au Rassemblement national, c'est très clair. Le Rassemblement national essaye de dire, essaye de faire accroître qu'autour d'eux, il n'y a pas de solution, eux sont solides, etc.

Mais quand vous regardez les impôts, les impôts qui ont été votés par la France insoumise et le Rassemblement national ensemble, vous comprenez que le programme économique du Rassemblement national, c'est un programme de gauche.

12:15
Présentateur

On va continuer à parler des finances de la France, Philippe Juvin, avec vous dans quelques instants et notamment du budget de la santé qui est en discussion également en ce moment. Ce sera juste après le fil Info à 8h45 avec Marie Mae.

12:27
Invité

Encore des dizaines de disparus selon les autorités espagnoles et au moins 158 morts dans le sud-est du pays après ces inondations historiques. Une partie de l'Andalousie est encore en alerte rouge pour risque de pluie. Aujourd'hui, les baléares, la Catalogne et Valence sont en orange. Le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, assure que les discussions ont bien progressé autour d'un cessez-le-feu au Liban. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, s'est entretenu hier avec des diplomates de Washington. Mais dans le même temps, les bombardements continuent au moins trois nouvelles frappes ce matin sur la banlieue sud de Beyrouth.

En France, la justice obtient une rallonge en plein examen du futur budget, 250 millions d'euros de plus que ce qui était prévu pour 2025. au début du mois de le garde des Sceaux Didier Migaud avait menacé de claquer la porte en cas d'enveloppe insuffisante. Une fusillade hier soir dans le quartier des Couronneries à Poitiers a fait cinq blessés graves, annonce le ministre de l'Intérieur. Échange de tirs après des tensions entre des groupes selon le préfet du département. Des renforts de police seront déployés dans la journée. Et puis, le SMIC augmente aujourd'hui près de 28 euros de plus par mois si vous êtes aux 35 heures. Une revalorisation qui arrive avec quatre semaines d'avance.

C'était une promesse du Premier ministre pour aider les travailleurs les plus modestes. C'est aussi en ce 1er novembre le début de la trêve hivernale.

13:55
Présentateur

Nous sommes toujours

13:58
Invité

avec Philippe Juvin, député de la droite républicaine des Hauts-de-Seine, patron aussi des services des urgences de l'hôpital Pompidou. Et on a appris d'ailleurs, hier, qu'en 2023, 5 000 lits d'hospitalisation avaient encore été supprimés en France. On arrive quand même à ce chiffre de 40 000 lits supprimés en disant est-ce qu'il y a un risque pour la prise en charge des Français ?

14:24
Philippe Juvin

Alors, oui, mais avant peut-être de commenter, il y a un deuxième chiffre qu'il faut donner pour être honnête, pardon, c'est que parallèlement, il y a une ouverture de lits qu'on appelle d'hospitalisation courte d'une journée.

14:36
Présentateur

Oui. 21 000 places de jour en 10 ans, 3 500 sur l'année.

14:40
Philippe Juvin

Exactement. Donc, en fait, on assiste aujourd'hui à une mutation du système hospitalier avec moins de lits d'hospitalisation traditionnelle et plus de lits d'hospitalisation de courte durée d'une journée. Cela étant dit, il est très clair qu'une partie, par exemple, des difficultés des urgences en France proviennent de quoi ? Proviennent du fait que les urgentistes, une fois qu'ils ont un patient dans leurs urgences, ont du mal à l'hospitaliser parce qu'ils ne trouvent pas de lit. Deuxièmement, une deuxième partie de la difficulté... C'est-à-dire que le patient reste sur un brancard 12 heures, 24 heures ? Absolument.

Une deuxième difficulté, c'est que même si votre lit est, entre guillemets, administrativement ouvert, qu'il existe, en fait, il est parfois fermé parce qu'il manque du personnel. Et pourquoi manque-t-il du personnel ? Non pas parce qu'on ne sait pas le payer, non, c'est que souvent, les postes existent, sont financés, mais nous n'avons pas les candidats. Donc, il me semble que, évidemment, il y a mille sujets à traiter en matière de santé, mais le sujet principal, s'il fallait commencer par quelque chose, il faut bien commencer par quelque chose, c'est de se poser la question de la démographie médicale et paramédicale. Nous ne formons pas suffisamment de médecins ni d'infirmiers en France.

Il faut en former beaucoup plus. Pourquoi ? Parce que ceux que nous formons, eh bien, aujourd'hui, ont une activité médicale qui n'a pas celle que leur prédécesseur avait. Ils travaillent différemment, moins, à mi-temps. Et puis, accessoirement, la population augmente, elle est plus malade, elle est plus vieille. Donc, le début de toute politique aujourd'hui de santé, ça doit être d'augmenter les effectifs formés.

16:07
Présentateur

Malgré tout, Philippe Juvin, est-ce que la force d'un hôpital se mesure encore au nombre de lits parce qu'on soigne mieux aujourd'hui aussi, on peut hospitaliser moins longtemps un patient ?

16:16
Philippe Juvin

Alors, vous avez raison, ce n'est qu'un des éléments du sujet et là où on vous gardait une semaine après une intervention il y a 10 ans, on peut vous garder deux jours grâce aux techniques chirurgicales d'anesthésie, d'antalgie qui ont évolué. Évidemment, il ne reste pas moins que toute chose étant égale par ailleurs, quand vous regardez les choses, je ne connais pas un seul urgentiste qui vous dira oui, dans mon hôpital, il y a suffisamment de vie. On a tous cette difficulté. Et le Premier ministre a parlé de la maladie psychiatrique.

Il se passe désormais quelque chose qu'on n'observait pas encore il y a 3-4 ans, nous avons maintenant dans les services d'urgence des patients psychiatriques qui devraient être hospitalisés en service de psychiatrie et qui restent 24-48 heures dans un lit aux urgences.

16:55
Invité

Oui, la santé mentale c'est effectivement la cause nationale je crois en 2025. D'un mot, vous évoquez effectivement les difficultés de l'hôpital. Est-ce que vous soutenez le mouvement qui va démarrer la semaine prochaine de grève dans les hôpitaux ? Le personnel soignant, les syndicats du personnel soignant estiment que le compte n'y est pas en matière d'accroissement des budgets, des hôpitaux dans le projet de Michel Barnier ?

17:20
Philippe Juvin

Alors je ne sais pas si je le soutiens je vais vous dire parce que comment dirais-je il pose un vrai problème et en même temps ce n'est pas la bonne solution. Comment fait-on ? Il n'y a pas assez

17:31
Invité

de moyens pour l'hôpital.

17:32
Philippe Juvin

Le vrai problème c'est ça ? Non, je pense qu'il y a suffisamment de moyens pour la santé en général parce qu'il n'y a pas que l'hôpital dans la santé on fait toujours cette erreur il y a la prévention il y a la médecine de ville etc. Mais l'argent ne va pas suffisamment aux soins ça c'est le premier point. de l'adresse qui est un service du premier ministre vous regardez dans le tableau des emplois de la fonction publique hospitalière qu'il y a autant d'employés administratifs que de médecins à l'hôpital public en France aujourd'hui. Donc je vous dis l'argent ne va pas suffisamment aux soins. Deuxièmement Donc à l'hôpital aussi il faut réduire les effectifs.

Administratifs bien entendu administratifs je vous dis pour un médecin vous avez un administratif pour l'instant ce n'est pas dans les projets et je vous le dis aujourd'hui pour un médecin et un administratif je pense que ça doit être un de nos objectifs. Le deuxième sujet c'est que l'hôpital ce n'est pas une île déserte au milieu d'un océan. Autour il y a la médecine de ville autour il y a la prévention et tant qu'on ne fera pas de prévention et bien vous aurez une augmentation du diabète des insuffisances cardiaques etc. qui viendront à l'hôpital par défaut. En fait l'hôpital de demain c'est quoi ?

C'est un endroit où on devrait venir pour les diagnostics complexes où on devrait venir pour les complications aiguës des maladies et c'est tout. Et le reste devrait se faire en médecine de ville le suivi d'un diabète équilibré le suivi d'une hypertension équilibrée devrait se faire en ville. Encore faut-il avoir suffisamment de médecins justement ? Et c'est pour ça que je vous disais que la première question à se poser c'est la question de la démographie il faut former pas plus beaucoup plus de médecins les anglais ont doublé le nombre de médecins en formation. Alors vous allez me dire ça va mettre 10 ans Il faut être plus contraignant ?

Non mais je pense qu'il faut d'abord en former plus d'abord vous allez me dire ça va mettre 10 ans certes mais enfin ça fait 20 ans qu'on le dit donc il faut commencer ça c'est le problème de la politique qui souvent prend des décisions que s'elles ont un effet à très court terme et nous devons avoir des politiques qui ont des effets à long terme et puis on peut agir très rapidement par exemple sur les médecins étrangers aujourd'hui le système de santé ne tiendra pas sur les médecins étrangers l'année dernière il y a eu 20 000 médecins étrangers qui ont voulu venir sur le territoire pour des raisons incroyables on n'en a pris que 2400 et moi je dis ne prenez pas 2400 médecins étrangers prenez tous ceux qui ont le niveau Mais Philippe Joulin

19:33
Présentateur

pour revenir sur les médecins français On en forme déjà plus c'est ce que disent pour l'instant Mais 15% de plus c'est de la blague

19:39
Philippe Juvin

C'est une blague vous dites ? Non mais c'est très insuffisant et vous avez vendu l'idée qu'on avait supprimé le numerus clausus mais là aussi c'est une plaisanterie on a changé de nom Regardez les anglais ils sont passés de 10 000 médecins à presque 20 000 médecins formés par an nous on est passé à 12 000

19:56
Présentateur

Donc on fait quoi pour former plus et comment on fait pour attirer parce qu'on voit aussi que ces nouveaux médecins qui arrivent sur le marché on va appeler ça comme ça ils se dirigent malgré tout vers les zones les plus attirantes on va dire de bassins des littoraux c'est là où ils vont

20:12
Philippe Juvin

Oui c'est vrai mais d'abord on ne peut pas leur en vouloir mais pardon c'est une vision un peu Je me suis

20:18
Présentateur

j'ai regardé la démographie

20:19
Philippe Juvin

Sauf qu'il n'y a plus une seule zone de France où vous êtes confortable La France est un désert médical Moi je travaille dans le 15ème arrondissement de Paris il y a 15 ans ça allait on avait des médecins partout Aujourd'hui la médiane d'âge des médecins libéraux qui travaillent autour de mon hôpital c'est 62 ans ou 61 ans la moitié ont plus de 62 ans donc vous imaginez ce qui va se passer dans les 10 ans à venir Non je pense que la question de la régulation de l'installation ça ne marche pas puisque de toute façon on manque de médecins partout et les gens trouveront des manières de détourner en particulier en allant dans les hôpitaux de ces zones soi-disant bien dotées puisque de toute façon ces hôpitaux aussi manquent de monde non doubler le nombre de médecins alors comment on fait simplement on se donne les moyens de la formation la question de la formation elle en fait elle irègle toute la sphère économique et sociale française nous ne formons pas assez d'ingénieurs nous ne formons pas assez de mathématiciens nous ne formons pas assez de techniciens mais j'ai toujours pas compris

21:14
Présentateur

comment on les formait plus

21:15
Philippe Juvin

vous imposez aux facultés de médecine là où ils en forment un d'en former deux vous créez des stages là où on ne les envoie pas vous savez que la médecine ça prend essentiellement dans des stages hospitaliers on envoie essentiellement les étudiants en médecine dans les centres hospitaliers et universitaires et bien je dis une chose très simple dans ces cas là envoyez-les aussi se former en ville dans les EHPAD dans les autres hospitaliers généraux dans les cliniques privées dans la médecine scolaire dans tous les endroits où les étudiants en médecine ne vont pas et où on pourrait les former

21:46
Invité

et là les terrains de stage vous les aurez Philippe Juvin j'ai entendu tout à l'heure que vous n'étiez pas vous ne désolidisez pas complètement du mouvement de grève la semaine prochaine dans les hôpitaux vous dites en tout cas il y a des vrais problèmes oui quelle est votre position par rapport à l'augmentation du jour de carence qui va toucher les fonctionnaires de la fonction publique hospitalière ça veut dire souvent des médecins qui bossent beaucoup notamment aux urgences dans votre service ça veut dire des infirmières qui bossent la nuit est-ce que c'est un bon message est-ce que c'est une bonne chose trois jours de carence

22:17
Philippe Juvin

il est normal oui moi je suis très favorable pourquoi parce qu'il n'y a pas de raison qu'il y ait une règle différente dans le privé et le public premièrement deuxièmement on a vu ce qu'on appelle les indemnités journalières c'est-à-dire le coût des arrêts maladie bondir en cinq ans on est passé de 8 à 18 milliards d'euros par an c'est un coût considérable pour la société et troisièmement dans la fonction publique on a je crois 14 jours d'une fonction publique en moyenne 14 jours et demi par an d'arrêt maladie donc les trois jours de carence est indispensable moi je suis même favorable à ce qu'on appelle un jour un jour pour le public et pour le privé qui ne puisse être jamais indemnisé

23:00
Présentateur

oui parce qu'on va le dire quand même dans le privé les études démontrent en général ces trois jours de carence ils sont compensés

23:04
Philippe Juvin

alors les études sont très contradictoires en réalité certains vous disent que 30% des gens sont compensés et d'autres 80% donc moi j'ai regardé ça on n'a pas les données ça dépend des entreprises effectivement on n'a pas les données en tout cas il est normal que ça soit la même règle dans le public et le privé et probablement faut-il en tout cas moi c'est ce que je propose dans le cadre du projet de loi un jour d'ordre public qui fasse que que vous soyez dans le public ou le privé le premier jour en aucun cas on ne peut vous l'indemniser et ça sera efficace quand le jour de carence a été introduit dans la fonction publique on a observé alors c'est une étude faite chez les enseignants moins 23% d'absentéisme sur trois jours et moins 44% d'absentéisme dès le premier jour

23:46
Invité

un mot une question qui intéresse tous les français le gouvernement n'a semble-t-il pas tranché même si ça semble aller dans le sens d'une augmentation du ticket modérateur c'est quoi ce fameux ticket modérateur on va chez le médecin c'est la part qui n'est pas remboursée par l'assurance maladie mais qui est prise en charge par les mutuelles et ça veut dire s'il y a une hausse du ticket modérateur j'en termine une augmentation bien sûr du coût des mutuelles pour tous les français

24:13
Philippe Juvin

vous y êtes favorable c'est vrai que c'est malheureux mais l'état des finances publiques nous conduit à dire que je ne vois pas de solution enfin il y a toujours des solutions on peut augmenter aussi encore les impôts mais il ne paraît pas anormal de payer un peu plus la consultation de médecin sachant que de toute façon un certain nombre de gens qui sont ce qu'on appelle en affection de longue durée les maladies chroniques très graves eux seront exclus de cet élément et continueront à être remboursés à 100% donc on sait qu'il y a une consommation le système de santé est très généreux en France il a un coût c'est pas gratuit et d'une certaine manière c'est une manière aussi d'éviter ce qu'on appelle le nomadisme médical ça représenterait en tout cas

24:59
Présentateur

un milliard d'euros d'économie pour l'instant sur la table ce n'est pas encore bouclé merci Philippe Juvin merci de votre invitation d'avoir été l'invité du 830 France Info Merci d'avoir regardé cette vidéo