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AutreFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 1 janvier 2026 24 minContradictoireMixte

"Un prétendu échec peut être une étape sur le chemin d'une invention qui, elle, fonctionnera"

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Invité

Et vous, qu'avez-vous raté en 2025 ? Et qu'allez-vous rater en 2026 ? C'est agréable comme question pour bien commencer l'année, j'en ai conscience. Mais justement, on va dédramatiser l'échec ce matin avec nos invités. Est-ce si grave de se planter ? Non ! L'important, c'est d'oser, et d'ailleurs, faut-il raisonner en termes d'échec et de succès ? Jean-Baptiste Ten, vous êtes le chef de projet commissaire de la très drôle et très instructive exposition FLOP jusqu'au 17 mai au Musée des Arts et Métiers à Paris. Bonjour à vous et bonne année ! Bonjour, bonne année à vous ! Bonne année, meilleur vœu à vous aussi, Marianne Chaillant, bonjour !

0:35
Présentateur

Bonjour Simon !

0:36
Invité

Vous êtes professeur de philosophie, autrice entre autres d'écrire sa vie aux éditions de l'Observatoire. Venez vous aussi, qui nous écoutez, nous parler de vos loupés, vos gamelles, vos ratages, vos déconfitures, vos fiascos, vos fiasquis peut-être, peut-être qu'on dit fiasquis en italien, fiasco des fiasquis, je ne sais pas, bon bref. Appelez-nous au 01 45 24 7000 et écrivez-nous sur l'application de Radio France. Alors en parcourant cette exposition, Jean-Baptiste Tenne, on se rend compte qu'il y a un certain nombre d'écueils, d'obstacles, il y a tout un tas de manières de se rater. Je vous propose d'en passer quelques-unes en revue.

D'abord peut-être la fausse bonne idée, par exemple ce jeu de fléchettes géantes ? C'est plutôt effectivement une fausse bonne idée, il y a quelques morts quand même avec ce jeu, des fléchettes très lourdes, de jardin, donc on les lance le plus haut possible, elles retombent en parabole, mais parfois pas sur la cible, mais sur la tête de quelqu'un. Vous avez raison de rappeler que je ris, mais en fait il ne faudrait pas rire, 6 morts et 3000 blessés pour ce jeu avant qu'il soit retiré de la vente. Ce que ça peut nous enseigner Marianne Chaillant, c'est qu'il faut essayer, malheureusement parfois, avant de se rendre compte que c'est une mauvaise idée.

1:49
Présentateur

Oui, manifestement l'exposition nous apprend ça, qu'un prétendu échec peut être une étape sur le chemin d'une invention, elle, qui fonctionnera.

Mais moi, en fait, le concept d'échec en lui-même, je le trouve un peu dur, et je pense qu'on est nombreux, nos auditeurs sont nombreux comme moi, en cette période de réveillon, du jour de l'an, de Noël, comme à notre anniversaire d'ailleurs, c'est un moment où on fait un peu des bilans, où on se retourne sur notre année écoulée, et parfois on fait face à un certain nombre d'échecs, et on en a honte, on s'en blâme, et j'aimerais ce matin qu'on parvienne, en travaillant cette notion d'échec, qui a libéré un peu tout le monde de cette honte et de cette culpabilité.

2:29
Invité

Vous avez bien raison. Il y a aussi cette poupée incroyable, poupée Barbie Rollerblade, qui fait du patin, cheveux au vent, elle est magnifique, ces patins font des étincelles, il y a une petite pierre à fusil dans les rollers, sauf que Barbie met le feu à la moquette, Jean-Baptiste Tenne. Oui, exactement. C'est très joli, ça fait des étincelles, mais effectivement, il y a eu quelques moquettes qui ont commencé à brûler. Ça, c'est la fausse bonne idée. Mais ce que nous dit votre exposition aussi, c'est que pour arriver à la réussite, alors effectivement, Marianne Chayer nous dit, arrêtons de raisonner en termes d'échecs et de réussite, mais là, vous parlez d'innovation.

Pour arriver à la réussite, il faut rater, en fait. Alors souvent, c'est ce qui arrive. Vous avez commencé en parlant avec beaucoup de synonymes du mot échec. C'est effectivement le constat qu'on a fait. Il y a tellement d'échecs dans l'innovation qu'on est obligé de faire plein de synonymes pour éviter de se répéter. Donc, c'est à peu près neuf inventions sur dix qui ne parviennent pas à devenir des innovations. Donc, il y a beaucoup de raisons. On commence l'exposition en montrant différentes façons de rater, que ce soit des façons d'être dangereux pour les gens. Il faut éviter de tuer ses clients, sinon ça rate. Mais c'est aussi des défauts de conception.

C'est aussi de se tromper dans la publicité pour lancer un produit. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de raisons qui sont possibles pour que les inventions ratent. Il y a aussi la présomption, c'est-à-dire la vanité, la tendance à se surestimer. Par exemple, on voit la maquette d'un navire de guerre suédois qui a coulé dès sa mise à l'eau en 1628 parce que le roi avait voulu rajouter un étage et personne n'avait osé lui dire qu'il ne fallait pas. Le roi, il a voulu impressionner ses collègues et donc il a fait effectivement agrandir le bateau, rajouter un pont supplémentaire, ce qui fait que le centre de gravité était trop haut. Le bateau a coulé en sortant du port le jour de ce lancement.

Marianne Chaillant, oser, d'accord, pas se voir trop beau non plus ? Ou vous dites-y, allez, surestimons-nous, tentons malgré tout ?

4:42
Présentateur

Non, en écoutant Jean-Baptiste Ten parler des créations techniques, je pense à un texte de Nietzsche où il nous dit que si on croit que les grands artistes ou les grands inventeurs sont des génies, c'est qu'on s'illusionne et qu'on voit le produit achevé quand il fonctionne ou l'œuvre d'art une fois terminée et on se dit, waouh, quel miracle, quelle grandeur de leur esprit, de leur créativité et on oublie toutes les étapes qui ont conduit à la production de cette œuvre.

Si on y réfléchit, l'essentiel de la production d'un artiste ou d'un inventeur, c'est un long chemin de ce qu'on pourrait appeler avec des guillemets des ratés avant d'arriver, des tâtonnements, des errances, avant de produire ce produit fini qui paraîtra pour le grand public comme un miracle, alors qu'en vérité, il a mis beaucoup de temps à se construire.

5:30
Invité

Alors, on peut avoir la fausse bonne idée, on peut tâtonner, on peut rater, on peut se voir trop beau, on peut aussi être hyper innovant et puis ne pas rencontrer son public parce qu'on est trop en avance ou un peu en retard. Qui se souvient, par exemple, Jean-Baptiste Ten du lapin Nabastag ? Alors, beaucoup de monde parce que c'est un objet qui a eu beaucoup, beaucoup de succès. C'est un lapin qui est formidable, il est super mignon. Et ses oreilles bougent quand on reçoit un mail, il s'allume. Mais c'était en 2005, c'est-à-dire que c'est le tout début des objets connectés. C'est l'enceinte connectée d'avant les enceintes connectées. Exactement.

Et en fait, on se rend compte que près de 40% de ces lapins n'ont jamais été connectés. Les gens ne les branchaient pas ? Les gens ne les branchaient pas, il est super mignon, donc il finit un petit peu... C'est un très très bel objet, mais il n'a pas été utilisé. C'est juste un lapin sur une étagère. Exactement, il n'a pas été utilisé. Donc nous, on a un peu dit à la suite de Nicolas Nova que c'était un flop d'usage, en fait. Est-ce que ça peut s'appliquer à nous aussi, Marianne Chaillant, si j'extrapole un peu, prendre les bonnes décisions au bon moment ?

6:47
Présentateur

Oui, voilà. On parle depuis tout à l'heure de ces inventeurs, des créations techniques. Si on, à l'échelle de nos modestes existences, nous qui ne sommes pas des inventeurs, le mot échec, ça a quelque chose d'un peu honteux, d'un peu tabou, d'un peu déprimant. Je parlais tout à l'heure de ce bilan qu'on est amené à faire en cette période de nouvelle année. Et donc, je vous disais, ce que j'aimerais faire aujourd'hui, c'est déconstruire ce concept, parce que je crois que se glorifier d'avoir réussi, comme se blâmer d'avoir échoué, c'est erroné dans les deux cas. Ça vient d'une philosophie volontariste, de nos actions, qui nous tiendrait pour responsables, en fait, de ce qui nous arrive.

Si on a réussi, c'est grâce à nous, et si on a échoué, c'est de notre faute. C'est une certaine lecture de réel, comme si on était pleinement responsable de nos actions. Peut-être qu'il faut un peu plus de modestie, et reconnaître que toute action est un concours de circonstances. Notre volonté n'est pas toute puissante. Si on a connu une rupture, je suis sûre qu'il y a plein d'auditeurs qui ont fait hier le bilan, et qui ont connu des ruptures, des échecs, dans leurs études, dans leur vie professionnelle.

7:44
Invité

Sur les ruptures, vous faites dialoguer, c'est ça que j'aime bien, des grands philosophes, vous avez parlé de Nietzsche il y a un instant, et des figures de la culture populaire. Vous parlez de Ross Geller dans Friends, qui divorce plusieurs fois, et qui en a honte. Vous dites, à Ross, il ne faut pas en avoir honte.

7:59
Présentateur

Mais oui, parce que, je ne sais pas si tout le monde a en tête ce personnage savoureux de Friends, qui divorce effectivement, il me semble, même trois fois, Simon. Et on peut imaginer que quand on divorce, on peut vivre ça, subjectivement, d'abord comme un échec. Mais si on prend un peu de... on fait un pas de côté, on n'est pas la cause suffisante. Dans le cas de Ross, par exemple, son premier mariage échoue, notamment parce que sa femme découvre que son désir, en fait, n'est pas orienté vers les hommes. Ross est-il responsable du fait qu'elle n'ait pas pu, au moment où elle l'a rencontrée, connaître mieux la nature de son désir ? Non.

Ensuite, il échoue une deuxième fois, avec des guillemets, parce que lui-même est engagé ailleurs, alors qu'il épouse une autre. Ce sont des... cet exemple de ce personnage montre que ce qui pourrait apparaître comme un échec personnel, en fait, est un concours de circonstances. Notre volonté n'est pas toute puissante. Il y a un ensemble de facteurs qui dessinent chacune de nos actions. Tout est multifactoriel, de telle sorte que, aussi bien l'échec que la réussite, je crois, sont des abus de langage. Et il faudrait avoir cette...

J'aime beaucoup cette formule d'une philosophe qui s'appelle Chantal Jacquet, et qui nous dit, quand on regarde nos actions ou notre vie, il faudrait avoir ni honte, ni orgueil.

9:15
Invité

On ne maîtrise pas tout. Voilà, c'est ce que vous nous dites, Marianne Chaillon. Parfois, malgré tout, on peut prendre la bonne décision au bon moment, saisir l'opportunité quand elle se présente sous nos yeux, ou pas. On pense, par exemple, Jean-Baptiste Ten, au patron de l'entreprise de téléphonie BlackBerry, qui n'ont pas vu arriver les iPhones. Ils ont... Enfin, on raconte que le lendemain de la présentation par Steve Jobs de l'iPhone, le groupe de direction de BlackBerry s'était réuni en disant, il n'y a aucun souci, nous ne sommes pas sur le même marché, donc nous n'avons rien à craindre.

En fait, ils ont répondu un peu trop tard, effectivement, à l'arrivée du smartphone, en produisant le smartphone 9500, qui était, paraît-il, l'un des pires smartphones jamais conçus, avec un écran tactile qui était lui-même le bouton sur lequel on appuyait. C'est très désagréable, on avait l'impression qu'il allait se démonter sur place. Et aussi l'investisseur Fred Wilson, vous montrez un échange de mails édifiant qui ne veut surtout pas mettre un dollar dans l'entreprise toute jeune Airbnb, il n'y croit pas du tout.

Il n'y croit pas trop, il pense que les gens sont sympas, il les a rencontrés d'ailleurs, et il se dit, oui, mais probablement, ils ne vont pas réussir à conquérir le marché de l'hôtellerie. Il s'est complètement trompé, et ce qui est intéressant, c'est que l'échange de mails figure encadré dans leur salle de réunion. Chez Airbnb. Pas chez Airbnb, chez l'investisseur qui a raté le... Ah, donc il l'a bien pris. Il l'a plutôt bien pris, il a publié sur Internet cet échange de mails en disant, ça nous arrive de rater une bonne occasion. Airbnb, aujourd'hui, c'est 82 milliards de dollars, capitalisation boursière au Nasdaq.

Donc c'est un beau raté, ça peut être une leçon, Marianne Chaillon, rire de ses échecs.

11:12
Présentateur

Oui, et d'ailleurs, je pensais, à l'inverse de cette notion de honte sur l'échec, je pensais à la belle chanson de Jean-Jacques Goldman qui s'appelle « À nos actes manqués ». Je ne sais pas si vous l'avez en tête.

11:23
Invité

Justement, écoute.

11:24
Présentateur

Oh, merveilleux.

11:27
Invité

Parce que je sais que vous en faites une philosophie de vie.

11:30
Présentateur

Mais oui, parce que vous voyez, Jean-Jacques Goldman, vous entendez la musique joyeuse, dynamique, il célèbre ce qu'on appelle nos prétendus échecs. Ces actes qu'on n'a pas réussi, les bateaux qui sont partis qu'on n'a pas su prendre, les murs qu'on n'a pas su briser, les amurs qu'on aurait mieux fait d'éviter. Et finalement, Goldman nous montre, on ne peut pas être à tous les rendez-vous. La vie fait qu'on ne peut pas être à tous les rendez-vous auxquels on aurait aimé pourtant être présents. Et c'est ainsi. Et plutôt que de se blâmer, reconnaître que nous ne pouvions pas à ce moment-là y être.

12:01
Invité

Donc, être indulgent avec nous-mêmes et rire de nos échecs, on rit beaucoup, c'est très instructif. Et on ne se moque pas, ce n'est pas du tout le but de l'exposition FLOP aux Arts et Métiers, Jean-Baptiste Thède, mais on rit. Alors, ce n'est pas du tout l'idée de se moquer. Effectivement, nous, on a pris un petit peu l'histoire de l'innovation en le prenant par le côté et il faut essayer, il faut oser, il faut tenter, essayer de faire des prototypes. Et donc, on est plutôt, au contraire, on montre des gens qui ont tenté et qui ont parfois pas réussi du premier coup, parfois complètement raté, mais ils ont essayé.

Grandir de ces échecs, vous y croyez ou pas, tout de même, Marianne Chaillon, même si vous dites « Il ne faut pas raisonner comme ça, mais est-ce qu'on peut apprendre quand même ? »

12:58
Présentateur

Alors, ce que je n'aime pas trop dans l'idée que l'échec est un tremplin vers la réussite ou vers la victoire, c'est encore rester, en fait, dans ce système de voir les choses comme un échec ou comme une victoire. Néanmoins, je pense que s'il y a une vertu de l'échec, ce n'est pas d'être un tremplin vers la réussite, mais c'est de nous montrer la toxicité de ce proverbe maltraitant « Quand on veut, on peut ». C'est une école de modestie sur notre pouvoir sur les choses. Je pense qu'on est très nombreux connus, entre guillemets, des échecs, et ils nous ont enseigné au moins une chose, c'est que parfois, on veut et pourtant, on ne peut pas. Voilà.

13:30
Invité

Voilà une philosophie pour 2026, faisons ce que nous pouvons.

13:35
Présentateur

Mais exactement, et en fait, il y a un très beau film qui s'appelle « Little Miss Sunshine », je ne sais pas si vous l'avez vu, il y a une jeune fille qui se présente à un concours de beauté, à la fin, je spoil, elle ne va pas le gagner, et pourtant, ce film, c'est quand même le récit d'une victoire, tous ceux qui l'ont vu seront d'accord.

13:48
Invité

Je suis d'accord, il est magnifique.

13:50
Présentateur

Elle perd le concours, elle le perd, mais sa trajectoire, le fait qu'elle soit allée jusqu'au bout de son désir, est une victoire en soi, et ça, on retrouve une philosophie des stoïciens qui nous dit « Attention, la réussite comme l'échec, ce n'est pas obtenir la fin désirée, c'est avoir fait tout ce qui dépendait de vous. » Et c'est ce que nous raconte ce film. Vous preniez tout à l'heure la métaphore du match de foot dans Olivier Tom. Tous les sportifs le savent, il y a parfois des victoires au goût de défaite parce qu'on a très mal joué. Il y a parfois des défaites au goût de victoire parce que finalement on perd sur le film et on a fait le plus beau match.

Et si, en vérité, réussir, ce n'était pas obtenir la fin désirée, mais avoir fait de son mieux. Et on retrouve Jean-Jacques Goldman finalement dans « On ira », la chanson « On ira », il nous dit « Il n'y a que les routes qui sont belles, peu importe où elles nous mènent. »

14:33
Invité

Puisqu'on cite les grands philosophes Jean-Jacques Goldman ou Ross Geller, on peut citer le film culte des années 90, Rasta Rocket par exemple, il ne gagne pas les Jeux Olympiques, l'équipe de bobsleigh de la Jamaïque, mais il gagne le cœur des spectateurs. Exactement. Alors, il ne faut pas avoir peur du ridicule aussi, c'est ce que nous dit votre exposition Jean-Baptiste Ten. Quand on envisage, il y en a peut-être beaucoup parmi ceux qui nous écoutent, « Tiens, cette année je me mets au chant, je me mets au théâtre, mais je n'ose pas parce que je chante comme une patate, j'adore chanter, mais je vais être ridicule. » Ça arrive même au meilleur de se ridiculiser, même à la NASA par exemple.

Oui, absolument. On a l'exemple d'une sonde martienne, Mars Climate Orbiter, qui s'est crachée parce que les laboratoires de la NASA utilisent le système d'unité internationale, alors que le fabricant de la sonde utilisait le système américain. Donc, il y en a qui étaient en mètres et les autres en yards. Ce n'est pas la même unité de mesure. Oui, absolument. Ce n'est pas le même système, mais par contre, les logiciels, eux, en mettant juste des chiffres, ils ne donnent pas l'unité dans laquelle ils comptent.

Ce qui fait que quand le logiciel d'altimétrie donne un ordre de correction de poussée et que le logiciel qui doit faire la poussée ne comprend pas dans quelle unité on compte, on pousse trop et puis finalement la sonde se crache. Oui, il n'est pas allé au bon endroit. Mais cet échec a poussé la NASA à abandonner sa stratégie de réduction des coûts et des réductions des délais. C'est ça. La NASA était dans une doctrine qui était de faire des sondes moins chères, de les concevoir beaucoup plus rapidement pour en envoyer un petit peu plus. Ils ont complètement revu à l'issue de cet échec et puis d'une autre sonde martienne qui s'est également crachée.

Ils ont revu la doctrine en disant que c'était trop risqué en fait de ne pas mettre assez de temps pour concevoir les choses. Il faut aussi trouver ce qui nous correspond dans la vie malgré tout même si encore une fois on peut essayer tout un tas de choses passer d'une activité à une autre tâtonner autant qu'on veut mais au bout d'un moment il faut trouver ce qui nous va. Par exemple je pense à cette très célèbre marque de dentifrice qui a essayé de commercialiser des lasagnes sauf que pourquoi ils ont fait ça ? Personne n'a jamais bien compris mais personne n'avait envie de manger des lasagnes Colgate en fait.

En tout cas ils ont certainement cherché à se diversifier ils ont fait de la diversification verticale ils ont dû se dire faisons tout ce qui concerne la nourriture puis le nettoyage mais effectivement là c'est un vrai problème d'emballage quand on met le logo d'une marque de dentifrice sur des plats préparés on a vraiment l'impression qu'on va manger du dentifrice. Mais oui Marianne Chaillon est-ce qu'il faut forcer sa nature ?

17:37
Présentateur

Difficile Moi je me demandais ce matin puisque je vais faire mes résolutions de nouvel an comme beaucoup je me disais qu'est-ce qu'il faudrait finalement prendre comme résolution en sachant que pour la plupart nous ne pourrons pas les tenir nous le savons bien depuis le temps et donc je me disais à tous ceux qui comme moi sont un peu balottés par la tristesse quand on revient sur notre année coulée parfois la honte le remords sur nos échecs ou agité par la crainte je me disais que s'il y avait peut-être deux résolutions à prendre ça serait d'arrêter de nous blâmer ou de nous féliciter pour nos succès et nos échecs et comprendre avec modestie que nous ne sommes pas une cause suffisante mais peut-être essayer de reprendre la main parce que si on n'est pas libre on peut essayer de se libérer un peu justement en comprenant les causes qui nous ont empêchées d'être à ces rendez-vous à nos actes manqués comprendre les causes familiales psychiques socio-économiques les rencontres l'environnement qui ne nous aura pas permis d'être à ces rendez-vous auxquels on aurait aimé être et peut-être essayer donc non pas d'être libre c'est une illusion et le comprendre résolution numéro une mais de nous libérer autant que faire se peut

18:44
Invité

Solange est avec nous au Standard de France Inter bonjour Solange et bonne année à vous bonjour bonjour tout le monde et Georges-Jacques Goldman à nos actes manqués ça me parle vraiment ça me parle oui bonjour comment dire votre sujet m'intéresse beaucoup j'ai un peu en attendant j'ai un peu raté mais moi sur l'échec et tout je ne vais pas vous raconter ma vie mais voilà il y a quelque chose qui me chagrine l'échec on a le droit d'échouer moi je le pense on a le droit on n'est pas obligé on n'est pas obligé mais moi mon propos c'est d'en retenir quelque chose d'en sortir quelque chose de cet échec quand on échoue peu importe dans l'amour le boulot peu importe d'en retenir mais moi ce qui me chagrine c'est que j'ai une fille qui a 18 ans je suis une maman solo et puis pas très riche il ne faut pas rentrer dans les détails qui est partie à Vannes et tout et je trouve qu'on met déjà l'échec où on n'a pas le droit d'échouer plutôt dans la tête de nos enfants et là dernièrement enfin l'année dernière ne serait-ce que parcours sup la pression il faut choisir savoir ce que tu dois être ou ne pas être pardon de faire de la philosophie à 17 ans à 17 ans 16 ans et demi mais non bonsoir on a le droit de choisir puis de se tromper de revenir mais non donc voilà moi ça me je trouve que c'est bien tout ça moi ma fille voyez-vous elle est stressée elle va avoir des partiels mais elle se met mais j'ai l'impression que le monde va s'écrouler que la terre et je lui dis mais non mais attends c'est bon peur d'échouer qu'on met la tête dans la tête de nos enfants très tôt donc c'est ce que vous dites et ce que vous regrettez Solange merci beaucoup pour votre question Solange Marianne Chaillant voilà cette société de la performance aussi où l'échec est très mal perçu qui est difficile à vivre notre époque déteste l'échec

20:57
Présentateur

oui je vois bien le témoignage de Solange il me parle énormément en tant qu'enseignante je vois mes élèves qui sont dans le même état que la fille de Solange extrêmement stressée la pression parcours sup cette injonction à savoir d'emblée ce qu'ils vont devoir faire de leur vie et je pense que grâce à Solange on voit à quel point effectivement une société qui admet ces concepts d'échec et de réussite peut être extrêmement maltraitante et très tôt chez nos ados et finalement on a envie de dire à la fille de Solange comme à nos élèves mais fais ce que tu peux fais ce que tu peux et non pas cours après une prétendue réussite et fais ce que tu peux c'est très exigeant comme doctrine en célestoïcien c'est-à-dire fais en sorte que ton chemin soit le plus beau c'est ce que je dis à mes élèves qui rentrent en médecine je leur dis surtout ne visez pas la réussite qui ne dépend pas que de vous mais vous avez tellement de concurrents autour de vous mais tâchez de faire en sorte que dans un an quand vous aurez préparé médecine vous puissiez vous dire j'ai fait tout ce qui dépendait de moi que votre réussite soit celle-ci avoir fait tout ce qui dépendait de vous pour le reste ce n'est pas entre vos mains

22:01
Invité

alors j'ai un peu de mal avec les phrases du genre ah c'est très français aux Etats-Unis etc mais vous dites Jean-Baptiste Ten dans la Silicon Valley par exemple c'est bien vu d'avoir échoué avant d'arriver dans une grande entreprise d'avoir fait des projets qui ont échoué mais d'avoir essayé en France on n'a pas cette culture-là ?

alors en tout cas aux Etats-Unis on ne cache pas ces échecs en France on est beaucoup plus on va dire pudique en tout cas on est un peu honteux face aux échecs on ne va pas les revendiquer c'est peut-être on parlait d'enseignement c'est quelque chose on aimerait beaucoup que des enseignants viennent visiter l'exposition avec leur classe en disant c'est pas très très grave de rater on fera mieux la prochaine fois c'est un peu l'idée c'est de dédramatiser cette idée que on a raté c'est pas parce qu'on rate quelque chose qu'on devient raté en fait et parfois on peut avoir de la chance aussi je pense à c'est aussi dans l'exposition la DeLorean cette voiture de sport qui est devenue totalement légendaire grâce au film Retour vers le futur alors qu'elle était nulle elle n'était pas terrible et effectivement le film l'a sauvée on n'en parlerait pas on ignorerait même son existence si elle n'avait pas été sauvée par le cinéma donc on peut être rattrapé par le destin un tout dernier mot de Rousseau sur l'application de France Inter qui nous dit qu'il est clown rateur échoueur professionnel et qu'il libère les gens de leur refermement dans une logique de performance là où j'accepte de rater dit-il la vie peut enfin passer voilà aussi un philosophe du quotidien Marianne Chaillant

23:47
Présentateur

parfaitement j'espère qu'on aura réussi à faire comme lui auprès de tous ceux qui nous auront écoutés en ce début d'année

23:52
Invité

voilà merci beaucoup à tous les deux et retenons cette maxime pour 2026 faisons ce que nous pouvons voilà c'est une belle philosophie pour commencer cette année merci beaucoup à tous les deux Marianne Chaillant je rappelle le titre de votre dernier livre vous êtes professeur de philosophie et vous publiez écrire sa vie aux éditions de l'Observatoire et Jean-Baptiste Ten on peut voir cette exposition qui est super flop au musée des arts et métiers à Paris donc jusqu'au 17 mai 17 mai absolument merci beaucoup et meilleur vœu à tous les deux