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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 février 2024 27 min

Aide à l'Ukraine, politique agricole européenne, permis de conduire... Le "8h30 franceinfo" de Raphaël Glucksmann

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Plus de deux ans de guerre, 31 000 soldats ukrainiens morts au front. Emmanuel Macron organise aujourd'hui une réunion internationale de soutien à Kiev, à l'Elysée. Que doit-il en ressortir ?

0:17
Raphaël Glucksmann

Des actes. Vous savez, en ce moment sur le front, les Ukrainiens sont en pénurie de munitions. Et pourquoi sont-ils en pénurie de munitions ? À cause de nous. Parce que depuis deux ans, nous n'avons pas mis nos économies en mode soutien à l'Ukraine. Et j'aimerais rappeler aujourd'hui que les conséquences d'une défaite de l'Ukraine, ce serait bien sûr l'anéantissement de l'Ukraine, mais au-delà de ça, c'est la mise à bas de l'architecture de sécurité de l'Europe, de notre architecture de sécurité. Et que cette guerre nous concerne parce que nous en sommes les cibles. Vladimir Poutine le répète tous les jours.

0:56
Présentateur

On va en parler précisément de la menace qui pèse sur l'Europe, mais de quoi ont besoin les Ukrainiens ? D'armes ? D'argent ?

1:03
Raphaël Glucksmann

Les Ukrainiens, ils ont besoin d'armes, ils ont besoin de munitions, ils ont besoin d'aviation, ils ont besoin d'artillerie, ils ont besoin aussi que nous soyons sérieux sur les sanctions que nous prenons contre la Russie de Vladimir Poutine. Ils ont besoin que nous saisissions les 200 milliards d'avoir publics russes qui sont dans nos banques et qui sont simplement gelés jusqu'à ce jour. Et donc ils ont besoin que nous soyons sérieux. Et j'aimerais le dire, cette réunion, elle doit être l'occasion d'une immense prise de conscience, qu'on arrête de tergiverser, qu'on arrête d'hésiter. Il y a plus en nous que ce que nous croyons. Il y a plus de force en nous que ce que nous croyons.

Nous pouvons gagner cette guerre. Mais pour cela, il faut le vouloir. Et nous avons manqué de volonté politique depuis deux ans.

1:50
Présentateur

Raphaël Glucksmann, les Européens se sont mis d'accord tout récemment sur un plan de 50 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine. Ça n'était pas suffisant ?

1:58
Raphaël Glucksmann

C'est extrêmement important, mais il faut que cette aide arrive. Le problème, c'est que notre aide est tout le temps en retard. Et que nous avions promis, nous avons signé au Parlement européen, avec la Commission européenne, avec le Conseil européen, un plan qui s'appelait ASAP, Asunas Possible, aussi vite que possible pour fournir un million de munitions au front ukrainien d'ici mars. Nous en serons à la moitié. Nous n'avons pas fait notre travail. C'est cela qu'il faut comprendre. Personne ne demande, mais j'aimerais que les gens comprennent, personne ne demande aux Français, aux Allemands, aux Américains ou aux Anglais d'envoyer des soldats mourir sur le front.

Ce qu'on nous demande, c'est d'équiper et d'aider ceux qui sont en train de se battre en ce moment et qui le font, et qui sont les Ukrainiens, et qui le font pour eux, mais aussi pour nous. J'aimerais qu'on comprenne que c'est notre première ligne de défense, l'Ukraine. Ce n'est pas semblant de voir solidarité.

2:50
Présentateur

Il est hors de question d'envoyer des troupes françaises en Ukraine. Ça, c'est la ligne rouge. En revanche, il faut envoyer des armes. Et vous dites même, il est temps de passer en mode économie de guerre. Concrètement, ça veut dire quoi ?

3:01
Raphaël Glucksmann

Ça veut dire qu'on passe des contrats à long terme avec nos industriels. Ce n'est toujours pas fait après deux ans. Ça veut dire qu'on augmente nos capacités de production. Ça veut dire qu'on emprunte à l'échelle européenne, comme nous l'avons fait au moment du Covid, comme nous l'avons fait face à un virus, face à une pandémie, et que nous investissions massivement dans nos capacités de production. Ce n'est toujours pas fait.

3:22
Présentateur

Pardon, mais ceux qui nous écoutent, ils doivent se dire, qui nous écoutent ou qui nous regardent, ils doivent se dire, mais pourquoi il veut qu'on passe en économie de guerre, alors que nous-mêmes, on n'est pas en guerre. On n'a pas déclaré la guerre à la Russie. La Russie ne nous a pas déclaré la guerre. On est en guerre contre la Russie aujourd'hui ?

3:36
Raphaël Glucksmann

Vous savez, moi, pendant tout le mandat, j'ai présidé la commission sur les ingérences étrangères. J'ai analysé, documenté, pendant des centaines d'heures, d'auditions, d'enquêtes, de missions, la guerre hybride, ces attaques permanentes que la Russie mène contre nos démocraties. Quand les hackers russes du FSB attaquent l'hôpital de Corbeil-Essonne, pas loin d'ici, et rendent impossible l'accès aux dossiers médicaux des patients français par les médecins français, ce n'est pas en Ukraine, c'est chez nous. Donc je vous repose la question, on est en guerre contre la Russie.

Quand les agents russes du 5e directorat envoient leurs agents, n'est-ce pas, dans les rues de Paris, taguer des étoiles de David pour créer une atmosphère de guerre civile dans notre pays, ce n'est pas en Ukraine, c'est en France. Donc ce que nous sommes aujourd'hui, nous sommes dans un état de guerre hybride. Ça veut dire un état qui est à mi-chemin entre l'état de paix et l'état de guerre. Et aujourd'hui, nous avons les moyens d'empêcher ce fait qu'un jour nous soyons en guerre. Et c'est ça qu'on doit comprendre. C'est qu'en fait, si nous perdons en Ukraine, si l'Ukraine s'effondre, si Vladimir Poutine gagne, alors la guerre devient réellement une menace pour nous.

4:50
Présentateur

Sauf que l'économie de guerre, Raphaël Glucksmann, les mots ont un sens, et les députés y ont réfléchi à ce que ça veut dire économie de guerre. Ils disent que c'est élargir la commande publique dans la défense, ça vous l'avez dit, contrôler les approvisionnements, les productions, mais c'est aussi faire appel au financement privé, par exemple,

5:04
Raphaël Glucksmann

inciter les banques, les investisseurs, et même les épargnants individuels.

5:08
Présentateur

Oui, donc vous dites aux Français, vous avez votre livret A qui sert normalement à envoyer de l'argent pour le logement social, non, il faut le diriger vers la défense.

5:15
Raphaël Glucksmann

Continuons, continuons. C'est aussi une capacité d'emprunt collectif sur les marchés. C'est aussi la solidarité. Quand on est ébranlé par une crise aussi profonde que celle qu'on traverse, l'économie de guerre, c'est aussi de demander aux plus riches de contribuer à l'effort national.

5:33
Présentateur

C'est-à-dire, vous avez taxé davantage les plus riches ?

5:35
Raphaël Glucksmann

C'est aussi ce que nous portons en lançant une initiative à l'échelle du continent européen pour que les plus hauts patrimoines soient désormais taxés à l'échelle européenne. C'est aussi la taxe sur les super-profits de guerre. Vous savez qu'il y a des grandes entreprises, en particulier dans le secteur de l'énergie, qui font des bénéfices records depuis le 24 février 2022. Eh bien, il faut taxer ces super-profits de manière bien plus pérenne et bien plus massive que ce que nous faisons aujourd'hui. L'économie de guerre, c'est aussi la solidarité qui fait tenir nos cités dans des moments de grandes crises. Nous subissons déjà les conséquences.

6:07
Présentateur

Et il faut en appeler aussi aux particuliers ? C'est audible ça de la part des Français qui savent par ailleurs que l'État est très endetté. Ça veut dire qu'il faut faire des sacrifices ailleurs ?

6:14
Raphaël Glucksmann

Ça veut dire qu'en fait, on a un espace qui s'appelle l'espace européen. On l'a vu pendant la pandémie. Moi, ce que je demande, c'est quelque chose d'extrêmement simple. Ce que nous avons fait pour les vaccins, ce que nous avons fait pour lutter contre un virus, nous devons le faire pour être au niveau du défi historique que pose cette guerre. Et encore une fois, je me répète, ce que nous faisons aujourd'hui, ce que nous accomplissons aujourd'hui, eh bien cela nous permettra justement de ne jamais nous retrouver dans une situation de guerre. Parce que j'aimerais qu'on comprenne une chose. L'objectif de Vladimir Poutine, ce n'est pas le Donbass ou la Crimée.

L'objectif de Vladimir Poutine, c'est la guerre, il l'a annoncé, contre l'Occident collectif. Et donc, s'il gagne en Ukraine, nous aurons ensuite des questions bien plus graves à nous poser que quel type d'armes nous envoyons aux Ukrainiens.

7:01
Présentateur

Donc vous dites aux Français qui nous écoutent ce matin, il va falloir chacun, particulièrement, s'investir dans cette guerre ?

7:07
Raphaël Glucksmann

Non, il va falloir, mais non, pas s'investir dans cette guerre.

7:10
Présentateur

Économiquement, j'entends.

7:11
Raphaël Glucksmann

Il va falloir, nous, mobiliser nos opinions publiques, et que les pouvoirs publics, ce n'est pas chaque Français, que les pouvoirs publics soient enfin au niveau du défi qui nous est posé. Vous savez, il y a des moments dans l'histoire qui sont des moments de bascule. Nous vivons une année 2024, qui peut être un moment, mais de bascule extrême pour l'ensemble du continent européen. Nous sommes face à la guerre sur notre continent, face à un dictateur qui nous prend pour cible. Et dans le même temps, nous allons avoir une élection aux Etats-Unis d'Amérique qui peut porter au pouvoir Donald Trump, qui a déjà annoncé qu'il allait balancer par-dessus bord l'architecture de sécurité européenne.

Et donc, nous pourrions nous retrouver seuls. Est-ce que nous sommes prêts à être seuls ? C'est ça la question qui doit nous obséder. Eh bien non, nous ne sommes pas prêts. Parce que pendant 40 ans, nous avons laissé notre tissu industriel se déliter. Parce que pendant 40 ans, nous avons vécu dans le mythe de la paix perpétuelle, de la fin de l'histoire. Et que nous pensions que de toute façon, de toute façon, en dernier ressort, eh bien les Etats-Unis nous protégeraient. Ce monde-là, ce monde-là est en train de s'évaporer sous nos yeux. Et donc, moi, ce que j'appelle, c'est un sursaut collectif. Ce que j'appelle, c'est une prise de conscience pour que, enfin, l'Europe devienne adulte.

Et le premier geste d'une cité adulte, c'est d'être capable de se défendre par elle-même, pour elle-même. Et que nous, nous ne regardions plus les élections américaines à chaque fois pour savoir ce que votent les gens dans des comtés inconnus du Michigan ou de Floride, pour savoir si nos villes seront défendues. C'est ça l'immense défi qui est face à nous. Est-ce que nous sommes capables de devenir... Oui, mais Donald Trump, l'OTAN, Donald Trump a dit, a annoncé que déjà, il s'apprêtait à balancer par-dessus bord l'OTAN. Donc désormais, maintenant, nous, on est dans une situation qu'on n'a pas connue, que notre génération, que votre génération, que ma génération n'a jamais connue.

Est-ce que nous sommes capables d'assurer notre défense seuls ? Est-ce que nous sommes capables de construire une défense européenne ? Est-ce que nous sommes capables de rapatrier les industries stratégiques ? Vous vous rendez compte, pendant une pandémie, on s'est rendu compte qu'on n'était plus capables de produire du doliprane ou du curare pour nos hôpitaux. Il en va de même pour l'armement. Il en va de même pour l'armement. Et ça, c'est quand même la base même de la liberté. Pouvoir assumer sa propre défense. C'est ça, le défi qui nous est posé dans cette année 2024. Raphaël Glucksmann, on vous retrouve juste après le fil info.

9:42
Présentateur

Il est 8h42, Maxime Glorieux.

9:45
Invité

Une nouvelle plainte contre Gérard Depardieu. Une décoratrice l'accuse d'agression sexuelle. Il y a 3 ans, lors du tournage du film Les Volets Verts de Jean Becker, Gérard Depardieu, mis en examen pour viol, est visé déjà par une enquête sur un autre tournage il y a 10 ans. L'émir du Qatar annoncé à Paris visite demain pour évoquer un cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Mais Israël prévient un accord de trêve ne ferait que retarder une offensive à Rafa. Dans le sud de l'enclave, l'armée israélienne a présenté un plan d'évacuation des civils. L'avenir de Casino se joue cet après-midi. La justice se prononcera sur le plan de sauvegarde.

En cas de feu vert, les magasins pourront être vendus à Intermarché, Auchan et Carrefour. Mais si le tribunal rejette le plan, alors Casino sera en cessation de paiement. Deux départements restant aujourd'hui en vigilance orange pour un risque de cru, la Gironde et le Pas-de-Calais. Vigilance maintenue jusqu'à demain.

10:44
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Saliad Rakhia Raphaël Glucksmann, tête de liste PS Place Publique aux Européennes. Un dernier mot sur la Russie. Raphaël Glucksmann, le corps d'Alexei Navalny, a été resté tué ce week-end à sa famille. Et hier, Jordan Bardella a commenté la mort de l'opposant russe en ces termes. On reconnaît la qualité démocratique d'un État à la manière dont il traite ses opposants. Et il estime, le président du RN, que le régime russe a une part de responsabilité majeure dans ce décès. Ce changement de ton du RN sur la Russie, vous le jugez crédible ?

11:15
Raphaël Glucksmann

Moi, je suis au Parlement européen depuis cinq ans. Je les ai vus, les dirigeants, les représentants du Rassemblement national. Je les ai vus refuser de voter chaque résolution sur Navalny, sur les opposants russes en prison. Refuser de voter l'aide macro-financière à l'Ukraine. Refuser de voter la condamnation des milices Wagner de la Russie qui prennent pour cible nos soldats français en Afrique. Et donc, ils n'ont aucune crédibilité sur cette question. Et vous savez, au-delà de cela, depuis des années, le RN fonctionne comme un support de Vladimir Poutine dans sa croisade contre les démocraties occidentales et contre les démocraties européennes.

Mais là, de fait, il y a un changement de ton. Mais quel changement de ton ?

12:01
Présentateur

Ce n'est pas une prise de conscience ?

12:02
Raphaël Glucksmann

Ils sont, en avril 2003, encore au Parlement européen. Ils refusaient... 2023. 2023, pardon. Ils refusaient de voter la résolution qui condamnait les conditions de détention de Navalny. Ils refusaient de s'associer à l'écrasante majorité des députés européens qui votaient cette résolution. Et donc, c'était après le début de l'invasion totale de l'Ukraine. C'était en pleine guerre. Et donc, ils n'ont pas changé fondamentalement. Et leurs alliés à l'échelle européenne n'ont pas changé fondamentalement. Et nous avons là une internationale des nationalistes qui sont en guerre, eux, contre les institutions européennes.

Et qui refusent tout ce qui permettrait de renforcer la sécurité des citoyens européens, de renforcer la souveraineté du continent européen. Et dans cette grande confrontation qui nous oppose au régime de Vladimir Poutine, cette internationale d'extrême droite qui menace les prochaines élections européennes, qui menace d'emporter ces prochaines élections européennes, cette internationale d'extrême droite vise à l'affaiblissement de nos nations. Et ça, il va falloir le dire. Ce ne sont pas des patriotes. Ce sont des gens qui sont capables de s'opposer aux décisions européennes condamnant des milices qui visent nos soldats en Afrique.

Ce sont des gens qui sont capables de soutenir une tyrannie étrangère dont les intérêts et les principes sont profondément opposés à ceux de nos nations. Et ça, il va falloir le dire. Ce sont des idéologues. Et leur ennemi principal, ce n'est pas Poutine dans cette situation de tensions extrêmes. Leur ennemi principal, ce sont les institutions européennes elles-mêmes et les institutions démocratiques.

13:31
Présentateur

Justement, Raphaël Glucksmann, sur un tout autre sujet, mais qui concerne aussi l'Union Européenne. Vous êtes rendu au Salon de l'Agriculture hier. Le Green Deal, la PAC mal répartie, les accords de libre-échange dans cette crise que traversent nos agriculteurs. Qu'est-ce que vous répondez à l'extrême droite qui dit que c'est de la faute de l'Union Européenne, justement ?

13:47
Raphaël Glucksmann

Eh bien, je réponds à l'extrême droite. Qu'au Parlement européen, quand nous, avec mes collègues socialistes et de places publiques, nous avons bataillé contre la politique agricole commune parce qu'elle est fondamentalement injuste, qu'elle ne répond pas à la crise sociale de l'agriculture, eh bien, l'extrême droite, elle, a soutenu la politique agricole commune. Elle a voté. Elle a voté la politique agricole commune avec les représentants d'Emmanuel Macron et de la droite. Eh bien, là, il y a une différence fondamentale. Et je trouve que depuis le début de la crise agricole, il y a une usurpation.

Il y a, si vous voulez, un kidnapping de la colère des agriculteurs par des représentants politiques qui, eux, ont voté pour les textes qui renforcent la crise du monde agricole. Vous savez, la politique agricole commune...

14:27
Présentateur

Et Jordan Bardella, hier au salon, il a été accueilli en faisant des selfies. Et puis, son discours, c'était de dire, il faut un moratoire sur les accords de libre-échange. C'est le discours qu'il a tenu. Ça, c'est en faveur des agriculteurs.

14:37
Raphaël Glucksmann

J'ai voté contre tous les accords de libre-échange, précisément sur cette question agricole. Et je milite et je me bats au Parlement européen pour qu'on ait des clauses miroirs. Ça veut dire qu'on ne laisse pas rentrer sur le marché européen des produits qui ne respectent pas les normes que nous imposons à nos propres producteurs.

14:57
Présentateur

Mais s'il faut un moratoire sur les traités qui existent déjà ?

15:00
Raphaël Glucksmann

Il faut un moratoire sur les traités qui existent déjà. Il faut déjà se battre pour qu'on ne signe pas le Mercosur et qu'on ne signe pas de nouveaux accords de libre-échange. Mais la vérité, c'est que quand il s'agit de défendre les éleveurs, les agriculteurs qui bossent 70 heures par semaine et touchent 700 euros par mois, eh bien, il n'y a pas le Rassemblement national puisqu'ils votent la PAC actuelle qui a renationalisé, en fait, les politiques agricoles communes et qui, par exemple, en France...

15:29
Présentateur

Ils sont la PAC qui ne peuvent pas vivre les agriculteurs en étant.

15:31
Raphaël Glucksmann

Bien sûr, il faut une PAC qui soit profondément réformée. Alors, le prochain mandat européen va commencer, d'ailleurs, par une immense discussion sur cette politique agricole commune qui sera la première politique agricole commune qui suit le Green Deal.

15:44
Présentateur

Avec des prix planchers, puisque c'est le sujet remis sur la table par le Président de la République,

15:48
Raphaël Glucksmann

au niveau européen ? Avec des prix planchers. Vous savez quoi ? Nous, au Parlement européen, avec mes collègues, on s'est battus pour qu'il y ait des prix planchers. Par exemple, sur la volaille, par exemple, sur le sucre ou sur le porc. Et à l'époque, le gouvernement français ne nous a pas soutenus.

16:04
Présentateur

Et ça peut avoir des conséquences sur les prix. On entendait ce matin un spécialiste de la grande distribution sur France Info qui nous disait, sur le poulet notamment, ça aura des conséquences sur les prix, pour les consommateurs.

16:13
Raphaël Glucksmann

D'abord, moi, je dis, enfin, enfin, le Président de la République a changé d'avis et nous rejoint dans notre combat. Et donc, il faut le porter. Et vous vous rendez compte, aujourd'hui, on est dans une situation où les agriculteurs vendent à perte leur production. Et donc, il faut impérativement empêcher l'achat à perte. Sinon, en fait, on va tuer les producteurs agricoles. On va tuer les producteurs agricoles.

16:37
Présentateur

C'est la bonne solution que vous entendez, les agriculteurs.

16:40
Raphaël Glucksmann

Moi, j'entends les mots soviétiques, communistes, tout ce qu'on veut.

16:43
Présentateur

Non, les agriculteurs eux-mêmes, ils disent, ça va se baser sur les coûts de production. Or, les coûts de production, ils diffèrent d'une région à une autre.

16:50
Raphaël Glucksmann

Vous savez, aux Etats-Unis, qui n'est pas franchement un pays communiste ou socialiste, à priori, il y a un système qui permet de garantir les prix de vente. Et donc, il suffit simplement de faire ce que font les Américains pour protéger leurs producteurs. Ce système, c'est que quand les prix chutent trop, on a une compensation, une subvention qui permet de rehausser les prix. Et c'est ça qui manque aujourd'hui à l'Union européenne. Ça ne peut se faire qu'à l'échelle européenne. Ça ne peut se faire qu'à l'échelle européenne. Ça sera infiniment plus efficace si on le fait à l'échelle européenne.

Mais ce qui se passe, c'est que l'Union européenne est le dernier endroit au monde où on pense que les règles de l'OMC, c'est issu du Mont-Sinai et c'est donné par Dieu. En réalité, ce qui s'est passé, c'est qu'on avait une politique agricole commune avant les années 90 qui était justement un instrument extrêmement efficace de soutien à l'agriculture. Et que comme, par exemple, on a empêché désormais des mesures contracycliques, ça veut dire qu'en réalité, on n'est plus aujourd'hui en mesure d'influer sur les prix de vente et les prix de revient.

Et fondamentalement, ce qu'il faut faire, mais c'est vrai sur tous les sujets, c'est remettre au cœur la politique, c'est laisser libres les institutions politiques qui sont aujourd'hui engoncées dans des règles sur le libre-échange, sur la concurrence libre et non faussée ou sur l'austérité, des règles qui les empêchent d'avoir un impact social puissant. Et aujourd'hui, on a une politique agricole commune qui, au lieu, parce qu'elle subventionne l'hectare et la production, au lieu de subventionner l'actif et l'emploi, eh bien, vient renforcer les inégalités au lieu de les corriger. Et c'est ce que nous proposons de changer à l'échelle européenne.

18:30
Présentateur

Raphaël Gluck, maintenant on se retrouve dans une minute, juste après le fil info, 8h51. Maxime Glorieux.

18:36
Invité

Emmanuel Macron veut sceller la fin de la crise des agriculteurs. Il demande au syndicat de structurer leur dernière revendication. Rendez-vous à l'Elysée dans trois semaines. Le chef de l'État qui fait le lien entre la coordination rurale et le rassemblement national du complotisme pour le patron du RN, Jordan Bardella. Une vingtaine de dirigeants européens, aujourd'hui à Paris, pourraient affirmer leur soutien à l'Ukraine. Sur France Info, Raphaël Glucksmann attend des actes. Les Ukrainiens ont besoin d'armes et de munitions, rappelle la tête de liste PS Place Publique aux élections européennes. Il avait fui en Belgique avant d'être renvoyé au Maroc.

L'imam Hassan Ikyoussen pourra-t-il revenir en France ? La justice examine à nouveau son arrêté d'expulsion. Il était accusé de propos antisémites. Une audience, quatre jours après l'expulsion d'un autre imam, Majoub Majoubi. Paris s'est fait peur hier au Parc des Princes. Match nul contre Rennes dans les arrêts de jeu. Marseille renoue avec la victoire en Ligue 1 au Vélodrome face à Montpellier.

19:36
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Saliha Brachia. Raphaël Glucksmann, on vous a beaucoup entendu depuis 8h30 parler de la guerre en Ukraine. Il y a cette autre guerre évidemment qui inquiète beaucoup les Européens au Proche-Orient. Des otages toujours détenus par le Hamas. Près de 30 000 morts à Gaza sous les bombardements israéliens. Faut-il des sanctions contre Israël comme le réclame la France insoumise ?

20:02
Raphaël Glucksmann

1,4 million de Palestiniens sont aujourd'hui encerclés et menacés à Rafa. Ce sont des gens qui sont venus du nord, qui a été détruit du nord de la bande de Gaza et qui sont aujourd'hui réfugiés et qui sont à nouveau menacés de devoir quitter pour aller où ? Pour retourner dans le nord détruit, pour aller en Égypte qui est à la frontière bloquée. Donc il faut aujourd'hui passer à une étape supplémentaire dans les pressions sur le gouvernement de Netanyahou. Ça veut dire quoi une étape supplémentaire ? Ça veut dire qu'il faut être extrêmement clair. On a un accord d'association avec Israël.

Eh bien, s'il n'y a pas d'arrêt de cette offensive et si nous n'obtenons pas un cessez-le-feu, eh bien, il y a une clause droit humain dans cet accord. Et il faut l'utiliser, cette clause droit humain, et menacer. Il faut continuer sur les sanctions des colons les plus extrémistes qui, en Cisjordanie, profitent de cette situation pour étendre sans cesse leurs colonies. Les sanctions, ça veut dire quoi ? Contre les colons, ça veut dire quoi, précisément ? Le gouvernement français a pris des mesures contre des sanctions extrémistes qui sont des interdictions de venus en Europe, qui sont des gènes d'avoir.

Eh bien, il faut les étendre et continuer à mettre la pression sur le gouvernement de Netanyahou. C'est de nature à faire piller Netanyahou. Il n'écoute même pas les Américains. Ce n'est pas de nature, mais pour l'instant, si vous voulez, on ne fait pas grand-chose.

21:23
Présentateur

Mais les sanctions contre l'État israélien, ce seraient lesquelles ?

21:25
Raphaël Glucksmann

L'accord d'association avec l'Union Européenne, c'est un levier de pression extraordinaire. Et aujourd'hui, la Commission Européenne refuse de l'activer, cet accord d'association.

21:33
Présentateur

Mais du coup, ça conduirait à quoi, concrètement, si on dit, attention, il y a une clause droit humain ?

21:36
Raphaël Glucksmann

C'est un moyen de pression politique immense. La deuxième chose, c'est les livraisons d'armes. Est-ce qu'on veut accepter que nos livraisons d'armes conduisent à la destruction de l'ensemble de la bande de Gaza et aux milliers et milliers et milliers de morts palestiniens qui n'ont, eux, strictement rien à voir avec les terroristes du Hamas ? Et donc, il faut utiliser tous les leviers de pression qu'on a pour obliger le gouvernement Netanyahou. Parce qu'en fait, ce qui se passe aujourd'hui, Moi, j'ai toujours été extrêmement clair sur la condamnation du Hamas, des attaques terroristes du 7 octobre et sur la nécessité que l'avenir ne soit pas le Hamas.

Donc, simplement, ce qui est en train de se passer aujourd'hui, ce qui est en train de se passer, ce n'est plus une lutte anti-terroriste. Ce qui est en train de se passer, c'est la destruction complète de la bande de Gaza.

22:22
Présentateur

Vous parlez de génocide comme le président brésilien, le président Lula ?

22:26
Raphaël Glucksmann

Vous savez, moi, même sur l'Ukraine, je n'emploie pas le terme génocide. Donc, je fais très attention avec l'utilisation de ce terme. Par contre, ce dont je parle, c'est de crimes de guerre. Et de menaces extrêmement sérieuses sur l'ensemble d'une population civile. Donc, en fait, ce que je veux dire, c'est qu'on a été bien trop, bien trop sur la retenue. Et qu'il faut comprendre aussi les logiques politiques. Si Benjamin Netanyahou continue comme cela, c'est parce qu'il sait que son avenir politique, à lui, dépend de la poursuite de la guerre. Donc là, je sais qu'il y a des négociations en ce moment.

Pour obtenir un cessez-le-feu, et il faut que ce soit un cessez-le-feu, et la libération des otages. Eh bien, ce que ça suppose, dans ce cas-là, c'est qu'on ait un langage beaucoup plus dur à l'égard du Premier ministre israélien. Pour lui faire comprendre que ce n'est pas une option que de refuser ce deal-là.

23:15
Présentateur

Raphaël Glucksmann, le Parlement européen pour lequel vous êtes à nouveau candidat, n'a pas tout à fait fini son travail. Il s'apprête à voter cette semaine la systématisation d'un examen médical tous les 15 ans pour conserver son permis de conduire. Vous allez le voter, ça ?

23:26
Raphaël Glucksmann

Oui, parce qu'il y a beaucoup d'accidents qui sont liés à l'absence de ce suivi médical. Et donc, tous les 15 ans, avoir un examen pour savoir si on est toujours apte à conduire, cela me semble basique. J'ai parlé avec des victimes... Ce n'est pas très populaire. Je sais, mais j'ai parlé avec des victimes...

23:39
Présentateur

Il y a quelques mois d'une élection. Est-ce que c'est le bon moment pour remettre ce type de projet sur la table ?

23:45
Raphaël Glucksmann

Mais quand vous parlez avec une victime d'un accident qui a été déclenché par une personne qui n'était plus apte à conduire, franchement, ce qui est populaire ou ce qui ne l'est pas, eh bien, vous le mettez un peu de côté. Parce qu'en fait, il y a des accidents qui sont parfaitement évitables, qui détruisent des vies. Et on pourrait, tous les 15 ans, avoir une visite médicale pour voir si nous sommes toujours aptes à conduire ou pas. Et ça ne me semble pas être dévastateur sur la vie des citoyennes et des citoyens français.

24:12
Présentateur

Raphaël Glucksmann, vous êtes donc le candidat du PS et de place publique pour les européennes. Mais votre candidature ne rassemble pas à gauche, car certains, comme l'insoumis François Ruffin, vous trouvent totalement déconnectés, hors sol, sans ancrage. Ce sont ses mots. Vous faites partie d'une élite qui avance avec arrogance et inconscience. Ça, il vous l'a écrit. Qu'est-ce que vous dites à ceux qui pensent comme lui ?

24:35
Raphaël Glucksmann

Que déjà, je suis extrêmement heureux de poursuivre le combat de ma vie, qui est l'affirmation d'une Europe qui puisse protéger les citoyennes et les citoyens. Que je suis extrêmement heureux de mener ce combat avec mes camarades socialistes et avec mes camarades de place publique. Et que nous allons montrer que nous sommes l'inverse de la déconnexion. Que si on veut réindustrialiser la France, eh bien, il faut des politiques commerciales, européennes, totalement différentes. Que la manière dont on va proposer la transformation écologique, ça va se traduire par plus d'usines et pas moins d'usines.

25:07
Présentateur

Et là, vous entendez bien que la critique, elle porte sur votre personne, sur votre parcours. Quel parcours ? Quand on est passé par le prestigieux lycée Henri IV, quand on a fait chance pour Paris, quand on est un intellectuel parisien, quand on a du mal à être crédible.

25:19
Raphaël Glucksmann

Je n'étais pas de la 6ème à la terminale, j'étais au lycée Lamartine, si vous voulez, dans le 10ème arrondissement de Paris. Je ne suis pas sorti de Sciences Po pour aller à Davos. Je suis parti directement dans les fosses communes du Rwanda et pour aller ensuite en Ukraine et ensuite en Géorgie. Et je veux dire, je n'ai pas passé ma vie dans les cercles des élites parisiennes. Par contre, ce que je pense, effectivement, c'est qu'il y a aujourd'hui une déconnexion entre le débat européen d'un côté et les réalités quotidiennes des Français de l'autre.

Mais moi, ce que je veux montrer aux Françaises et aux Français, c'est qu'en fait, tous les débats qu'on est en train d'avoir aujourd'hui au Parlement européen ont un impact direct sur leur vie quotidienne. Si vous avez au coin de votre rue un Starbucks et un PMU qui vendent tous les deux du café et que le Starbucks paye trois fois moins d'impôts que le PMU, c'est parce que les décisions qui sont prises à l'échelle européenne sont mauvaises, parce qu'il existe des paradis fiscaux comme les Pays-Bas dans lesquels Starbucks décide de payer ses impôts.

Moi, ce que je veux montrer, c'est qu'en fait, les décisions qu'on va prendre ont un impact immense sur la manière dont on vit aujourd'hui en France et que donc l'Europe doit pénétrer partout en France. Moi, je ne veux pas faire campagne. Simplement, dans le dixième arrondissement de Paris, je vais aller dans les usines, je vais aller dans les fermes, quitte d'ailleurs à se faire engueuler comme l'ensemble de la gauche sur le thème « vous nous avez lâchés, vous nous avez abandonnés ».

Eh bien, moi, ce que je veux montrer, c'est qu'en fait, on a un projet qui va répondre aux angoisses et aux inquiétudes des Françaises et des Français qui sont aujourd'hui les victimes de la globalisation et que si on veut reprendre en main notre destin face à cette globalisation, si on veut domestiquer les multinationales qui ont délocalisé pendant 40 ans, on pourra le faire qu'à l'échelle européenne. Et ça, c'est un vrai débat à gauche, je vais vous dire. C'est un vrai débat à gauche parce que c'est où est-ce qu'on place la reprise en main de notre destin ? Est-ce que c'est à l'échelle nationale ou est-ce que c'est à l'échelle du continent européen ?

Eh bien, on les organisera à ce débat pour les européens. Merci à l'échelle du continent européen. Il nous faudra plus d'Europe, plus d'Europe, moins de Chine et moins d'Amérique, mais plus d'Europe si nous voulons mener des politiques protégoristes pour les citoyens.

27:12
Présentateur

Merci beaucoup Raphaël Gluxman

27:13
Raphaël Glucksmann

d'avoir été l'invité de France Info ce matin.