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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 19 février 2019 9 minComplaisantActualité / polémiqueSantéÉconomie & entreprises

Michel Reynaud, à propos du lobby de l'alcool : "Le modèle économique est fait sur les buveurs à risques"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:35OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui a retenu votre attention dans cette étude ?

  • 1:43OuverteRéponse directe

    Est-ce que la consommation d'alcool est trop importante à vos yeux ?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    Vous avez pensé quoi de la déclaration du ministre de l'Agriculture sur le vin ?

  • 4:20OuverteRéponse directe

    Le vin est une drogue ?

  • 6:06OuverteRéponse directe

    Comment se manifeste la pression du lobby de l'alcool ?

  • 7:22OuverteRéponse directe

    44% des adolescents déclarent être ivres une fois par mois. Qu'en pensez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:41Invité politiqueChiffre
    « 10% des Français consomment 58% de l'alcool vendu. »
  • 1:20Invité politiqueFait
    « Depuis 5 ans, la consommation d'alcool en France reste strictement identique, alors qu'elle baissait depuis 30 ans. »
  • 2:00Invité politiqueChiffre
    « 20% des consommateurs ont 80% des dommages. »
  • 4:21Invité politiqueFait
    « Le vin est une drogue, oui. Le vin accroche, comme les autres drogues, il accroche plus que le cannabis. »

Temps de parole

  • Michel Reynaud79 %
  • Présentateur20 %

7,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Un Français boit en moyenne 11,5 litres d'alcool pur par an. Bien évidemment, c'est une moyenne, ça varie énormément selon l'âge et le sexe notamment. L'organisme Santé Publique France dévoile ce matin une vaste étude sur le sujet dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire. Bonjour Michel Reynaud. Bonjour. Vous êtes professeur d'addictologie, président du fonds Action Addiction et fondateur du site Addict Aid. Cette étude, vous l'avez eue entre les mains. Qu'est-ce qui a retenu votre attention ? Elle est très vaste. Il y a plein de résultats différents. Quel est le plus marquant selon vous ?

0:41
Michel Reynaud

Le plus marquant, c'est que 10% des Français consomment 58% de l'alcool vendu. C'est-à-dire que c'est une toute petite partie de la population française qui consomme beaucoup.

0:56
Présentateur

Le problème des très gros buveurs.

0:58
Michel Reynaud

Et qui fait le modèle économique de l'alcool en France. Et ça, tant qu'on n'a pas compris, on ne comprend pas pourquoi le lobby alcoolier se bat pour nous mettre chez les hygiénistes buveurs d'eau. Ce n'est pas le problème. 80% des Français boivent de façon modérée à risque très limité. Le problème, c'est les 20%. Alors, qu'est-ce qui m'a marqué aussi, c'est le fait que depuis 5 ans, la consommation d'alcool en France reste strictement identique, alors qu'elle baissait depuis 30 ans. Ça, c'est le détricotage de la loi Evin, extrêmement habile des 2-3 derniers gouvernements, et de M. Macron, qui était tout à fait la matière à l'action derrière.

1:43
Présentateur

Alors, vous dites que la consommation ne baisse plus depuis 5 ans, donc elle stagne, mais est-ce qu'elle est trop importante à vos yeux ? Parce que si elle stagne, mais qu'elle est à un très bas niveau, c'est moins grave.

1:51
Michel Reynaud

Elle stagne, on est au deuxième niveau européen, et l'Europe est le premier continent consommateur d'alcool. Oui, on a une consommation élevée, avec des dommages encore élevés. Et les dommages, de la même manière que 20% des consommateurs consomment 80% de l'alcool vendu, 20% des consommateurs ont 80% des dommages. C'est-à-dire que ce sont les gros buveurs qui ont essentiellement toutes les maladies, et c'est vraiment exponentiel, proportionnel. De façon exponentielle. Qui ont les maladies, qui ont les violences, qui ont les agressions, qui ont les accidents de voiture, qui sont, tout est multiplié de façon exponentielle.

C'est-à-dire qu'à 0,50 g, on a deux chances d'avoir un accident, enfin le risque est multiplié par deux d'avoir un accident mortel. A 0,80 g par 5, mais à 1,50 g, il est multiplié par 30. C'est du même ordre pour le risque d'avoir une pancréatite ou d'être soumis à une violence ou causeur de violence. C'est les gros buveurs qui sont les plus dangereux. Donc, il faut comprendre que l'essentiel des dommages est fait par une petite population, que cette population fait la richesse du monde de l'alcool, et que, à cause de cela, on vit dans un monde où il y a une incitation à boire permanente.

C'est à la fois une incitation par les médias, par le marketing, par les réseaux sociaux pour les jeunes, et par une habitude de vie qui fait qu'on est systématiquement, dès que l'on sort, dès que l'on va quelque part, dès que l'on va chez des amis, il doit y avoir de l'alcool, et il y a d'abord de l'alcool.

3:32
Présentateur

J'imagine que vous avez entendu la déclaration du ministre de l'Agriculture, il y a quelques semaines, qui a dit que le vin, ce n'est pas un alcool comme les autres, c'est un produit de bonheur. Vous avez pensé quoi de cette déclaration ?

3:44
Michel Reynaud

Il a dit que c'est un pur bonheur, ce qui est vrai, c'est-à-dire que quand on consomme un petit peu de vin de qualité, c'est un pur bonheur, mais c'est à côté un grand malheur. Et ce que l'on peut reprocher au ministre, à la filière alcoolière, au lobby, c'est de ne pas dire que c'est le plus grand malheur français, c'est-à-dire que la majorité des dommages liés à toutes les drogues, quand on fait la somme des souffrances personnelles et des souffrances infligées aux autres, c'est de très loin l'alcool.

4:20
Présentateur

Le vin est une drogue ?

4:21
Michel Reynaud

Le vin est une drogue, oui. Le vin accroche, comme les autres drogues, il accroche plus que le cannabis.

4:29
Présentateur

Vous ne faites pas de distinction entre le vin, la bière ou les alcools forts ?

4:31
Michel Reynaud

Le cerveau n'en fait pas. En tout cas, la molécule d'alcool est la même. Après, le plaisir subtil, oui, le cerveau fait la différence. Mais ce qui accroche, c'est la molécule de l'alcool. Et donc, le vin, c'est un grand bonheur, mais c'est aussi un très grand malheur. Et donc, on doit avoir toujours en tête que c'est un produit potentiellement dangereux. Et que ce qui est dangereux, alors, on sait qu'à un, deux verres par jour, c'est-à-dire une dizaine de verres par semaine, les risques sont limités. Mais à partir de 3-4 verres, la courbe devient 3-4 verres par jour, ou entre 20-30 verres par semaine. Là, la courbe commence à monter.

Au-delà de 3-4 verres par jour, ou de consommation de plus de 7-8 verres à une occasion.

5:20
Présentateur

On parle de vin, évidemment. On ne parle pas de vodka.

5:22
Michel Reynaud

C'est tout alcool. Il y a les mêmes quantités dans un verre de vin, dans un shot de vodka, enfin, les mêmes quantités dans un bar. En réalité, on a plutôt tendance à consommer plus que la dose bar. Mais sinon, il y a la même quantité d'alcool. Et au-delà de 2-3 verres en consommation régulière et de 4-5 verres en consommation aiguë, le risque augmente de façon exponentielle. Et donc, c'est 10% de Français qui achètent 58% de l'alcool vendu. C'est pour ça que j'insiste. Il faut absolument comprendre que la France boit de façon modérée, dans son ensemble.

6:02
Présentateur

Mais il y a de très gros buveurs et c'est ça qui est problématique.

6:04
Michel Reynaud

Et qu'il y a de très gros buveurs. Et là, on peut agir.

6:06
Présentateur

Vous dénoncez la pression du lobby de l'alcool. Comment elle se manifeste ?

6:11
Michel Reynaud

Le lobby de l'alcool a enlevé tout ce qui protégeait dans la loi Evin. C'est-à-dire qu'il y a une communication et un marketing que vous voyez dans chacun de vos journaux tout le temps, toutes les semaines. Mais beaucoup plus subtil. Ils ont su saisir en obtenant une dizaine d'années l'autorisation d'aller sur le web. Ils ont envahi d'abord les sites et beaucoup plus subtilement les réseaux sociaux. En particulier chez les jeunes. Ils savent cibler les jeunes en achetant un certain nombre d'influenceurs. Donc il y a des stratégies envers les jeunes. Car ils savent, comme nous, que plus on commence tôt, plus on a de chances de s'accrocher. Et donc un accroché, c'est le gros buveur qu'il faut.

Puisque si la plupart des gens sont en dessous de 2 verres, en France, les 80% sont en dessous de 2 verres. Ceux qui sont à... Il en faut 10 à 1 verre pour remplacer le 1 à 10 verres. Donc le gros buveur, le modèle économique est fait sur les buveurs à risque, excessifs, problématiques. Et sur les dépendants. Les 8%, c'est les dépendants.

7:22
Présentateur

Vous évoquiez les jeunes. C'est tout un pan de cette étude. 40 000 adolescents ont été interrogés pour cette étude. C'est pas rien. Et il y a un résultat, moi, que je trouve marquant. C'est que 44% d'entre eux déclarent... Alors, le terme exact, c'est une alcoolisation ponctuelle importante. En gros, 44% d'entre eux déclarent être ivres une fois par mois. C'est quasiment un adolescent sur deux qui est ivre une fois par mois ?

7:45
Michel Reynaud

Oui, c'est devenu la norme. Je ne sais pas si vous avez des adolescents. Mais quand les adolescents sortent, ils n'imaginent pas une soirée, même quand ils ont 15-16 ans, sans avoir du mauvais whisky, de la mauvaise vodka, de la bière, du Malibu. Donc toute une série. Ils sont habitués à consommer très tôt. Et ça, c'est le changement de ces dix dernières années. Ils ont ciblé les jeunes et ils ont ciblé les jeunes femmes. Les jeunes femmes ivres sont devenues une norme sociale acceptable.

8:17
Présentateur

En mettant des boissons plus sucrées, avec des fruits, des choses comme ça.

8:18
Michel Reynaud

En commençant avec un packaging spécial. Par exemple, ils se sont débrouillés pour que ne passe pas à la dernière loi de finances une proposition de prémix qui devait taxer les boissons sucrées à base de vin.

8:34
Présentateur

Et ça, ça fait partie, justement, des préconisations. Vous, vous souhaitez qu'on taxe ce type de boissons et qu'on encadre davantage la pub ? On en revient donc à la loi Event tout à l'heure.

8:42
Michel Reynaud

On sait quelles sont les mesures qui marchent. Dans le monde entier, on le sait. C'est l'augmentation du prix minimum de l'alcool, ce qui fait diminuer les consommations chez les jeunes et chez les gros buveurs. C'est la taxation de la publicité. C'est la taxation des prémixes. Et plus d'euros.

9:03
Présentateur

Et plus vous mettiez aussi dans votre tribune, 100 millions d'euros pour la prévention aussi.

9:08
Michel Reynaud

Ces taxations doivent servir. Ce qui est frappant dans ces chiffres, c'est la différence entre le tabac et l'alcool en France. Le tabac est une politique volontaire, elle marche. En France, il n'y a pas de politique du tout sur l'alcool, ou quasiment pas. Et donc, les consommations restent élevées.

9:23
Présentateur

Merci beaucoup, Michel Reynaud. Je rappelle que vous êtes professeur d'addictologie. Vous étiez l'invité du 5-7 ce matin. Merci.

9:29
Locuteur

Merci. Merci. Merci.