Antoine Léaument : "Il n'y a pas besoin de faire de réforme des retraites"
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Le grand invité. Ça y est, le gouvernement a enfin présenté sa copie. Hier soir, Elisabeth Borne a détaillé les contours du projet de loi du futur système de retraite. Au programme, décalage progressif de l'âge de départ à la retraite. Il est de 62 ans aujourd'hui. Il devrait atteindre 64 ans d'ici 2030. Mais ce n'est pas tout. Retraite anticipée, toujours possible pour les travailleurs dits en carrière longue. Suppression des principaux régimes spéciaux et minimum retraite à 1200 euros. Dire que cette réforme est contestée serait un euphémisme tant elle fait l'unanimité contre elle. Les organisations syndicales, une partie de la gauche, a d'ores et déjà annoncé une journée de mobilisation.
Ce sera le 19 janvier prochain, jeudi de la semaine prochaine. Autre mobilisation, cette fois à l'appel de la France Insoumise le 21 janvier. Bonjour Antoine Léomand. Bonjour. Vous êtes députée de la France Insoumise de l'Essonne. Elisabeth Borne a déjà fait des concessions. Le minimum retraite, non seulement pour les retraités à venir, mais aussi pour les retraités actuels. L'augmentation des cotisations patronales pour financer le système. Est-ce que pour la France Insoumise, ce matin, il y a quand même des petites victoires ?
Non, il n'y a pas de victoire. Parce qu'à partir du moment où on repousse l'âge de départ en retraite, il n'y a pas de victoire, ni pour la France Insoumise, mais surtout pas pour les travailleurs. Et ce projet de loi, ce projet de réforme, les Françaises et les Français, ils sont largement opposés. On est à 70 à 80% des gens qui ne veulent pas de ce projet de loi.
Ce qu'on peut répondre à ça, c'est qu'il y a plein de choses contre lesquelles on est, mais parfois on n'a pas le choix parce qu'il faut bien financer un système.
Mais précisément, là, on aurait le choix. C'est-à-dire que le gouvernement fait un choix, par ailleurs, basé sur des chiffres faux. Ça, je tiens à le signaler. Des chiffres faux ? Des chiffres faux. Ça a été révélé par mon collègue Mathias Tavelle, député de la France Insoumise, qui allait regarder les chiffres du gouvernement. Et on constate que sur l'année 2050, ils ont quand même une erreur de 20 milliards d'euros par rapport aux chiffres du Conseil d'orientation des retraites. Ce que vous prenez de loi, c'est le Conseil d'orientation des retraites ? Non, c'est le gouvernement qui ne prend pas les bons chiffres du Conseil d'orientation des retraites.
Parce que le gouvernement nous dit qu'il va y avoir à peu près 1,4% de déficit en 2050 rapporté au PIB. Or, le Conseil d'orientation des retraites nous dit qu'il y a 0,7%. Et cela, si on prend une convention, c'est un peu technique, mais il y a deux grands types de conventions. Une qui est la convention dite EPR, où l'État, c'est l'équilibre permanent des régimes. Et une qui est dite EEC, qui est l'effort constant de l'État. Et l'effort constant de l'État, c'est-à-dire que l'État participe à hauteur de 2% du PIB dans le système des retraites. J'ai vu jusqu'au bout de ça. Mais avec ce système-là, il n'y a pas de déficit du système de retraite.
Donc l'État choisit la convention qui est la plus dure. Pourquoi fait-il cela ? Il le fait parce qu'en réalité, il veut gagner de l'argent sur le système de retraite. Contrairement à ce qu'il dit, et là encore, c'est un mensonge. Et même l'État, enfin l'État, les macronistes, l'ont avoué devant la Commission européenne. Devant la Commission européenne, ils ont dit, je finis juste sur ça, ils ont dit qu'ils voulaient faire cette réforme des retraites pour pouvoir faire des économies, pour faire des cadeaux aux entreprises. Voilà ce qu'est la réalité de ce projet de loi. Encore une fois, on va prendre aux travailleurs pour donner aux grandes entreprises.
Là, vous pointez du doigt les grandes entreprises et le gouvernement. Pourtant, il y a une réalité. C'est quand même que ce système tel qu'il est aujourd'hui n'est pas pérenne à cause de l'allongement de la durée de la vie, à cause du système tel qu'il est.
Ce n'est pas vrai non plus. En réalité, ce n'est pas vrai non plus. Autre chiffre que le gouvernement prend. Il nous dit, par rapport à 2002, nous avons moins de cotisants par rapport aux personnes qui sont à la retraite. Oui, mais sauf qu'entre-temps, la productivité du travail a augmenté. Si vous voulez, la productivité du travail, elle a augmenté de 44% depuis 2002. Donc, par rapport à 2002, on a en réalité plus de cotisants réels. Si on essaye de ramener ça à des cotisants réels, on en a en réalité plus parce qu'un travailleur produit davantage qu'en 2002. Donc, y compris sur ça, le gouvernement est en train de mentir.
Et par ailleurs, si on regarde dans le détail les chiffres du Conseil d'orientation des retraites, justement, la question de la productivité du travail, c'est une des questions centrales dans les projections qui sont faites par le Conseil d'orientation des retraites. Donc, vraiment, moi, je conteste le fait qu'il y ait besoin de faire une réforme des retraites. Et s'il y avait besoin de financer, mais de l'argent, il y en a par-dessus la tête dans ce pays. Si on prenait des cotisations sur les dividendes comme sur le travail, on pourrait récupérer 48 milliards d'euros par an. 48 milliards d'euros, c'est plus que le déficit qui nous annonce. Deux fois plus que le déficit qui nous annonce.
Ça, c'est dans la philosophie de la réforme, le fait d'en faire une ou pas. Néanmoins, il y en aura une. En tout cas, c'est le souhait du gouvernement. Et parmi les mesures qu'a présentées hier soir la Première ministre, il y a notamment une pension minimale. Je crois que la France Insoumise, notamment, appelait à cette pension minimum. Est-ce que ça, c'est quand même une petite victoire ? En plus, elle est à 1 200 euros, ce qui est plus élevé que peut-être les premiers chiffres qu'on pouvait avoir,
qui étaient autour de 1 000 euros. Deux choses. Premièrement, nous, nous proposions, pour une carrière complète, une pension minimale au niveau du SMIC revalorisé, c'est-à-dire à 1 600 euros. Donc là, déjà, il en manque 400. Là, on est à 85% du SMIC. Il en manque 400. Et ensuite, nous, on proposait au niveau du SMIC, parce que c'est normal. La retraite, c'est quoi ? C'est du salaire différé. C'est du salaire qu'on envoie dans le temps futur. Nous, on paye pour les retraités. Ça, ce serait un système par capitalisation.
Là, on est dans un système où les actifs actuels payent les retraités actuels.
Je veux dire, c'est du salaire qui est rapporté. C'est du salaire, la retraite. C'est du salaire des cotisants qui est envoyé aux retraités. Donc pourquoi est-ce que quelqu'un qui a travaillé toute sa vie devrait avoir une retraite qui est inférieure au niveau minimum des salaires ? Ce n'est pas normal. Nous, ce qu'on demande, c'est qu'elle soit au niveau minimum. Et donc nous, on veut le porter à 1 600 euros. Mais par ailleurs, cet acte magnifique du gouvernement, en réalité, il est prévu dans la loi depuis 2003. Depuis 2003, c'est dit dans la loi qu'il ne doit pas y avoir une retraite pour une carrière complète en dessous de 85% du SMIC. Depuis 2003, c'est dans la loi.
Donc là, on est en train de se féliciter que 20 ans plus tard, le gouvernement macroniste finisse par appliquer la loi. Enfin, c'est une blague. C'est une blague.
C'est une réforme aussi qui bénéficie principalement aux femmes. En tout cas, c'est les projections du gouvernement. Est-ce que ça, vous pouvez le saluer ? Visiblement, il y aurait une hausse moyenne de la pension au moment du départ à la retraite de plus 2,2% pour les femmes contre plus 0,9% pour les hommes.
C'est brillant, mais sauf qu'il y a 40% d'écart de retraite entre les femmes et les hommes à l'heure actuelle. Donc on est en train de donner des miettes et de dire c'est formidable. Pourquoi il y a de tels écarts ? Parce que les femmes ont des carrières qui sont plus hachées, qui sont moins payées, qui sont à temps partiel et que donc ensuite, ça se reporte sur la retraite. Mais vous savez, si on veut financer le système de retraite, il faudrait commencer par régler le problème maintenant, payer les femmes comme les hommes, à travail égal, salaire égal. Et combien ça rapporte ? 5 milliards d'euros dans le système de retraite.
Donc vous voyez, le gouvernement est dans un enfumage constant sur tous les sujets. Et nous, on va faire comme on peut, mais on va essayer de vous expliquer ça au fur et à mesure. Parce que là, vous voyez, en l'espace de 5 minutes, je vous ai déjà expliqué au moins 3 ou 4 mensonges du gouvernement. Donc il va falloir se battre dans la rue le 19 janvier, le 21 janvier, mais aussi dans les explications.
Manifestation, le 19 janvier, elle appelle tous les syndicats. Pourtant, vous, vous aviez déjà annoncé une manifestation le 21 janvier. Alors, est-ce que la France Insoumise participera aux côtés d'un syndicat le 19 ? Est-ce qu'il y aura une mobilisation commune ? Ou est-ce qu'il y a un peu une division du combat ?
Non, non, bien sûr que non. Nous, déjà, nous n'avons pas appelé. C'est-à-dire que c'est les organisations de jeunesse qui ont appelé à une marche le 21 que nous avons décidé de rejoindre. Parce qu'on trouvait que c'était une bonne idée. De même, les syndicats appellent à des grèves et des manifestations le 19. Et nous y participerons, et nombreux, parce que nous estimons que c'est une bonne idée. Mais vous voyez, il faut voir tout ça comme un ensemble de luttes contre la réforme des retraites. Le 19 et le 21 ne sont absolument pas concurrents. Au contraire, ils sont complémentaires. Parce que le 19, pour pouvoir y participer, il faut poser un jour de grève.
Et le 21, qui est un samedi, vous pouvez y participer quand vous ne travaillez pas le samedi, sans poser de jours de grève. Donc c'est complémentaire. Et ça permet à la fois aux salariés qui sont capables de poser un jour de grève, parce que ça coûte cher, de poser un jour de grève, de le faire. Et à celles et ceux qui n'ont pas les moyens en ce moment de le faire, aussi de participer à la lutte contre la réforme des retraites. Donc c'est complémentaire. Nous serons aux côtés des syndicats. Et vraiment, moi je suis très content qu'il y ait un appel de l'ensemble des syndicats le 19.
Moi j'appelle toutes celles et ceux qui nous écoutent à participer massivement à cette grève et à cette marche du 19. Et je l'espère que ça dure sur plusieurs jours et que ça s'étende dans la durée. Vous n'avez pas peur que ces deux marches divisent un peu les forces ? Non, pas du tout. Au contraire. C'est ce que je disais. Pour moi, elles sont complémentaires. Parce que vous avez des gens qui tout simplement ne peuvent pas poser de jour de grève. Mais par ailleurs, c'est complémentaire. On voit bien qu'on va être sur un mouvement qui est long. Parce que la réforme des retraites telle qu'on nous l'annonce, on est jusqu'à mi-mars à peu près, au minimum.
Et puis ça peut continuer après d'ailleurs le mouvement, même si le gouvernement passe son projet. On l'a déjà vu un gouvernement qui retire un projet après l'avoir fait passer. Et ça, ça s'est déjà vu dans le passé. Ne serait-ce que d'ailleurs, M. Macron, qui avait fait un 49-3 en 2019 sur la retraite, après, il a bien été contraint de le retirer. Donc, ça va être un mouvement long. Et je pense que toutes les étapes vont ensemble et ne sont pas contradictoires, au contraire.
Vous êtes bien à l'écoute de RCF. Nous sommes avec Antoine Léomand, député La France Insoumise de l'Essonne. La France Insoumise, parlons-en, un parti au bord de l'implosion. On titrait certains médias avant les vacances de Noël, entre l'affaire Catenins, la désignation de Manuel Bompard, coordinateur désigné sans vote du parti, et l'ombre de Jean-Luc Mélenchon qui plane. Hier, à nouveau, il était en meeting en région parisienne. Jean-Luc Mélenchon ? Il y avait un meeting de La France Insoumise hier, pardon. Et alors que Jean-Luc Mélenchon n'a plus de mandat électif. Prenons peut-être les sujets les uns après les autres. D'abord, l'affaire Catenins, qui devait revenir, je crois, lundi.
Finalement, il n'est pas revenu sur les bancs de l'Assemblée. Est-ce que s'il revient demain dans l'hémicycle, vous l'accueillerez ?
Non, parce que précisément, nous avons pris une décision qui est d'exclure Adrien Catenins de notre groupe pendant 4 mois. Donc il ne fait plus partie de notre groupe par la force des choses. Et s'il siège, il siègera en non-inscrit. Mais je signale quand même, parce qu'on a eu beaucoup de critiques sur cette décision. Mais nous avons pris une décision. Nous avons pris une décision précisément parce que nous sommes un parti féministe. Et nous avons essayé de faire en sorte que cette décision soit la plus juste possible au regard de l'ensemble des critères qui étaient à notre disposition.
Moi, maintenant, j'aimerais bien que les donneurs de leçons en chef aillent regarder dans leur propre parti. Parce que dans leur propre parti, il y a beaucoup... Notamment La République En Marche. Parce qu'on a eu beaucoup de donneurs de leçons chez La République En Marche. Alors qu'il y a eu des cas extrêmement graves dans La République En Marche dans les 5 dernières années. Dont on... Comment dire ? Sur lesquels ils ont été plutôt discrets. Voilà. Pour le dire d'une manière tranquille. Vous pensez à des cas en particulier ? Je pense à M. Siméant, oui, notamment. Qui a été violent avec sa femme. Qui a reçu une injonction d'éloignement.
Et qui était resté à La République En Marche sans qu'on ne lui dise absolument rien. Voilà sur ce sujet.
Manuel Bompard a été, lui, désigné à l'unanimité et sans vote. Comment est-ce qu'on peut être désigné à l'unanimité mais sans vote ?
Alors, écoutez, on a... C'était dans la coordination des espaces. Mais il n'y a pas besoin de vote. Quand tout le monde est OK pour que Manu devienne notre coordinateur...
Et comment on sait que tout le monde est d'accord si on ne demande pas ?
Ça se voit. On l'a eu dans la discussion, si vous voulez. Mais par ailleurs, on aurait voté, ça aurait donné le même résultat. Ça aurait fait l'unanimité. Mais je veux dire, il n'y a pas nécessairement besoin de voter pour voir que se dégage un consensus. Donc ça, à la limite, ce n'est pas un sujet. Mais je vous dis vraiment, on aurait pu voter et lever la main symboliquement pour dire c'est Manu notre coordinateur. Ça revenait exactement au même résultat. On était tous d'accord pour dire que ça devait être Manu. Parce que Manu est quelqu'un de brillant. Qui a mené deux campagnes présidentielles aux côtés de Jean-Luc Mélenchon.
Et dont une démission sera notamment de ranimer les militants de la France insoumise. Certains militants ont un peu le spleen, en tout cas. On peut lire des témoignages ici et là de militants. Comment est-ce qu'aujourd'hui, vous redonnez confiance à ces militants ? Comment est-ce qu'aujourd'hui, ce parti, la France insoumise, refait le lien entre ces militants, sa base militante, et son gouvernement, son exécutif, et notamment Manuel Bompard, alors même qu'il y aura besoin de forces vives pour cette réforme des retraites ?
Moi, je pense que pour redonner confiance aux militants... Déjà, il est assez normal, après une période électorale, qu'il y ait une forme de spleen. Moi, je l'ai vécu deux fois. Quand on perd une élection, on a une forme un peu de spleen. Bon, là, il y a plusieurs sujets qui sont en cause. On est en train de les évoquer. Moi, je pense que pour redonner confiance aux militants, on redonne confiance par l'action, par la démonstration de l'efficacité de l'action. En tout cas, ça a toujours été mon credo d'action. C'est pour mobiliser des gens, pour faire venir des gens, il faut faire la démonstration que vous êtes utile au peuple. Voilà.
Moi, c'est ça, ce que j'essaye de faire, en tout cas, dans mon engagement politique, où que j'ai été et quel qu'ait été mon niveau d'engagement politique. Donc, là, nous avons devant nous une grande bataille à mener contre la réforme des retraites.
Moi, j'espère, c'est mon espoir, mais que dans l'action, dans la manière dont nous mènerons cette action, le 19 janvier, le 21 janvier et après, eh bien, nous donnions confiance aux militants pour avoir envie de venir, mais plus largement aussi, parce qu'il n'y a pas seulement les militants, il y a toutes celles et ceux que nous n'avons pas encore convaincus, puisque nous n'avons pas gagné la dernière élection présidentielle, même si nous avons gagné l'élection législative en arrivant en tête au premier tour de cette élection législative.
Mais pour donner confiance, voilà comment je pense qu'il faut procéder, agir, être utile au peuple et essayer d'entraîner avec soi toutes celles et ceux qui partagent les idées. Voilà ce que, en tout cas, moi, j'essaye de faire, ce que nous essayons de faire avec la France Insoumise. J'espère que nous arriverons à faire reculer Emmanuel Macron sur ce projet de réforme des retraites.
Merci beaucoup, Antoine Léaumont, d'être passé par la matinale RCF ce matin pour revenir sur cette réforme des retraites présentée hier par Elisabeth Borges. Je rappelle que vous êtes députée la France Insoumise de l'Essonne. Merci.
Merci. Merci.
Antoine Léaument