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interviewBLAST (sur YouTube)· 25 avril 2022 12 min

MACRON, LE ROI DES CASTORS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les enseignements du résultat de la présidentielle, les négociations, à gauche, pour des candidatures communes aux législatives et les reportages d’Emma Barrier, Antoine Etcheto et Laetitia Lallement avec les partisans d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen. C’est le sommaire du numéro 28 de la Guerre du trône. Comment ne pas être amer au lendemain de cette présidentielle ?

Comment ne pas se sentir dépossédé d’un vrai débat républicain ? Le piège installé par Emmanuel Macron depuis 5 ans a fonctionné. Il voulait se retrouver en tête à tête avec Marine Le Pen et sommer les Français de choisir entre lui et l’extrême droite.

Il y est parvenu. À droite comme à gauche, chacun était averti de la manœuvre. Et le plus incroyable, c’est qu’elle a réussi.

Certes Emmanuel Macron recule de 7,5 points par rapport à 2017. Il recueille 58,55 % des suffrages exprimés. Mais il y a eu des présidents moins bien élus dans l’histoire de la Ve République, même en tenant compte de l’abstention record, 28 %, qui a accompagné ce second tour.

Par exemple Georges Pompidou. Au premier tour, Emmanuel Macron n’a rassemblé que 27,84 % des suffrages. Ce qui veut dire que parmi les 30 % d’électeurs qui se sont reportés sur lui au second tour, nombreux sont ceux qui ont simplement voulu barrer la route à l’extrême droite.

Pour le président sortant, voter pour lui, c’est adhérer à son projet. Il l’a dit hier soir. Vous avez fait le choix d’un projet humaniste, ambitieux pour l’indépendance de notre pays, pour notre Europe.

Un projet républicain dans ses valeurs. Un projet social et écologique. Un projet fondé sur le travail et la création.

Un projet de libération de nos forces académiques, culturelles, entrepreneuriales. Un projet de libération. C’est-à-dire le projet néolibéral de destruction du pacte républicain.

C’est le hold-up du siècle. Voilà que tous ceux qui ont voulu bloquer l’extrême droite se retrouvent caution d’un projet politique qui n’est pas le leur. Emmanuel Macron est réélu, mais l’extrême droite est aux portes du pouvoir.

Hier, Marine Le Pen a recueilli 13,297 millions de voix. Soit environ 2,6 millions voix de plus qu’en 2017. Elle arrive en tête dans 206 circonscriptions législatives.

Du coup, bien que ce soit son troisième échec à l’élection présidentielle, la candidate du RN ne jette pas l’éponge. Je crains ce soir que le quinquennat qui s’ouvre ne rompra pas avec les pratiques méprisantes et brutales du précédent, et qu’Emmanuel Macron ne fera rien pour réparer les fractures qui divisent notre pays et font souffrir nos compatriotes. Alors oui, pour éviter cet accaparement des pouvoirs par quelques-uns, plus que jamais, je poursuivrai mon engagement pour la France et les Français, avec l’énergie, la persévérance et l’affection que vous me connaissez.

Au second tour, Marine Le Pen a rassemblé à droite. Les électeurs d’Éric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan ont répondu présent, comme, à l’évidence, une partie de l’électorat des Républicains. Éric Ciotti, rival malheureux de Valérie Pécresse lors de la primaire de ce parti, ne cachait pas qu’il ne voterait jamais Macron.

Mais Marine Le Pen a aussi mordu à gauche. Chez ceux que Jean-Luc Mélenchon appelle, à juste raison, les fâchés pas fachos. Ceux qui en ont marre d’attendre que les choses changent.

Quitte à choisir le pire. C’est bien là le problème de la gauche. Au fil des ans, une partie de celle-ci a abandonné la lutte des classes.

Un gros mot, aujourd’hui. Pire, un archaïsme ! Moi, j’aime bien les dinosaures.

Oui, la gauche a cessé d’incarner le camp du travail contre le capital. On est passé d’une gauche de rupture à une gauche d’accompagnement. Une gauche dont l’utilité a fini par disparaître.

Délaissés, méprisés, montrés du doigt, ouvriers et employés se sont progressivement tournés vers le Rassemblement National. Au point que celui-ci exprime aujourd’hui majoritairement leur vote. Voilà pourquoi la gauche est absente du second tour.

Jean-Luc Mélenchon a sans doute mené la meilleure campagne de sa vie politique. Avec un solide programme de transition démocratique. Mais à l’arrivée, il manquait quand même 420 000 voix.

On ne rattrape pas un naufrage collectif en quelques mois de campagne. On dira, c’est la faute à la division. Aux communistes, aux socialistes… Mais dans l’histoire de la gauche, il n’y a jamais eu de candidat unique au premier tour.

Même François Mitterrand, en 1981, a dû affronter la concurrence du Parti Communiste, autrement plus puissant qu’aujourd’hui. Dans deux mois, se déroulera le premier tour des élections législatives. Jean-Luc Mélenchon a demandé aux Français de l’élire Premier ministre, autrement dit, de faire entrer à l’Assemblée nationale une majorité de députés de gauche.

Ce n’est pas gagné. Pour avoir la majorité à l’Assemblée, il faut disposer de 289 députés. Au premier tour, Jean-Luc Mélenchon était en tête dans 104 circonscriptions législatives.

Dans 21 de celles-ci, il dépassait les 50 % de voix. Il y a donc du pain sur la planche. Mais l’ampleur de la tâche n’effraie pas le candidat de l’Union populaire.

Il l’a redit jeudi dernier lors d’une conférence. Notre objectif est d’arriver à ce que nous soyons la prochaine majorité. On me dit : “Est-ce que c’est possible ?” ou même certains disent : “Ah c’est impossible !” mais, on s’en fout nous… La dernière fois aussi, vous nous avez dit que c’était impossible.

Dois-je vous rappeler que, jusqu’au mois de janvier, il y avait des gens qui militaient sans arrêt nuit et jour pour dire : “Tout est perdu puisque la gauche est désunie”. Caramba, et l’on se frappait le cœur et l’on jetait de grosses larmes. Hein, tout était perdu puisqu’on était désunis.

C’est le contraire, tout a été emporté parce qu’on a su maintenir une orientation claire, et être groupés. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 20 mai. Ce qui laisse trois semaines pour négocier un accord.

Socialistes, écologistes et communistes s’y disent prêts. Mélenchon propose que le rassemblement se fasse autour de l’Avenir en Commun et sous la bannière de l’Union populaire. En l’état, il s’agit donc d’un ralliement plutôt que d’une coalition.

Il n’est pas certain que ce soit du goût de tout le monde. D’autant que le chef des insoumis propose que l’on répartisse les 577 circonscriptions à pourvoir en fonction des résultats obtenus au premier tour de la présidentielle. Ce qui reviendrait à priver le PS et le PC d’un groupe parlementaire.

Enfin, il y a la question de l’argent. Les partis politiques vivent des cotisations de leurs adhérents et du financement public. Il faut ainsi obtenir au moins 1 % des voix dans 50 circonscriptions pour recevoir un financement public.

Chaque voix rapporte 1,42 euro. Si les uns et les autres renoncent à se présenter dans telle ou telle circonscription au profit d’une candidature commune, ils prennent le risque d’être privés de cette ressource financière. Autre problème, un député rapporte 37 000 euros par an à son parti.

Il faut donc que chaque député de la coalition électorale ait la certitude de pouvoir se rattacher à son parti d’origine. C’est vital pour le PS et les Verts qui ont fait moins de 5 % au premier tour et qui ne seront pas remboursés de leurs frais de campagne. Vendredi, en visite au Salon du livre, Jean-Luc Mélenchon assurait que les discussions avançaient.

Bon, je pense que tout le monde comprend qu’il faut faire autrement, autre chose, que ce qu’on a fait dans le passé. Donc ça avance plutôt bien, j’espère que ça avance beaucoup plus vite dans les jours qui viennent mais oui ça va, c’est une discussion qui est respectueuse, tout le monde a baissé d’un ou deux tons. J’ai lu des tas de choses qui n’ont aucun rapport, on n'a demandé à personne de faire pénitence ou contrition, ce n’est pas vrai.

On a juste dit : “Si on s’amène pour un troisième tour en continuant à s’engueuler, ça ne va pas le faire, quoi.” Peut-être que vous aussi, vous avez baissé le ton aussi. Peut-être que tout le monde a baissé le ton.

Mais moi j’ai toujours été bon, gentil et aimable. C’est à la suite d’un malentendu qu’on a compris le contraire. Dans l’entourage du candidat, on affirme se donner jusqu’à la fin de la semaine pour arriver à un accord.

Sinon l’Union populaire fera cavalier seul. Ce qui est certain, c’est qu’alors tout le monde y perdrait. Dimanche soir, les Français avaient le choix entre deux candidats, deux visions pour la France, et deux soirées électorales différentes.

Emmanuel Macron a retenu le Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel. Et c’est dans un pavillon, au bois de Boulogne que les partisans du Rassemblement National se sont donnés rendez-vous. Mais l’accès était… plus compliqué… Pourquoi on n’est pas accrédité ?

En fait on n’a pas été accrédité au premier tour… Vous m’avez déjà fait le coup la dernière fois, il restait 50 badges dans les mains de vos collaborateurs au premier tour aussi. Vous n’étiez pas au premier tour déjà, c’est ça ? Ben non… Vous êtes combien ?

On est deux. Bon allez, rentrez. J’y croyais plus, je suis super contente.

A une demi-heure des résultats, on est prudent, mais on y croit. Évidemment il y a beaucoup de suspense, bien entendu. Nous espérons que la victoire est acquise et, dans le pire des cas, que l’écart sera minime entre les deux candidats.

Comme on dit souvent, comme dit même Marine : “Au premier tour on choisit, au deuxième tour on élimine.” J’espère que les Français auront éliminé le bon candidat. J’y crois, j’ai milité, on a milité dans toute la France.

On a fait 5000 marchés, on a collé des affiches, on a tracté, on a rencontré des Français, et donc on a plein d’espoir ce soir. Donc,on espère que les résultats seront en notre faveur. Sur le Champ de Mars, la team ambiance est de sortie.

A 20 heures, les résultats tombent. Chez Marine Le Pen, on oscille entre déception et fierté d’avoir réalisé un score historique de 41,5%. Je suis assez triste.

Assez triste que les Français aient fait ce choix là. Bien sûr que c’est une déception, dans le sens qu’on espérait tous la victoire. Mais quand on voit, depuis quinze jours, la campagne de désinformation, voire de haine, qu’a subie Marine Le Pen et le Rassemblement National, voilà, c’est un score honorable.

Personnellement, rien n’a manqué à Marine. Je ne crois pas ce résultat… Chez Emmanuel Macron, c’est la joie d’avoir gagné. On a quand même des résultats qui sont vraiment… qui sont plutôt bons par rapport à ce que les sondeurs nous avaient donné.

Donc 58,2% c’est quand même un super score par rapport à ça. Donc forcément, après on est un peu déçus parce que l’extrême droite est quand même à un niveau assez élevé, et donc va falloir continuer à se battre, pour lutter contre ces idées-là pour les échéances à venir. Chacun des candidats vient saluer ses troupes.

La soirée se termine sur deux Marseillaise très différentes. L’étendard sanglant est levé ! Et tout le monde a désormais le regard braqué sur les législatives de juin.

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