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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 17 novembre 2025 24 min

Débats sur le budget, possible primaire à droite avant 2027, … le "8h30 franceinfo" de Michel Barnier

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info. Bonjour Michel Barnier. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation de France Info. Bonjour Paul. Bonjour Agathe. On va parler de la ligne de LR. Votre parti a-t-il vocation à se rapprocher du RN ou du centre ? Qui portera vos couleurs en 2027 ? On va parler du narcotrafic aussi avec Marseille de nouveau endeuillée. Mais d'abord, vous êtes resté trois mois à Matignon. Vous avez été censuré après le recours au 49.3 sur le budget de la sécurité sociale. C'était le 4 décembre, il y a quasiment un an.

0:34
Michel Barnier

Nous ne nous trompons pas d'enjeu. Ce qui se décide dans cette fin d'après-midi, dans cet hémicycle, ce n'est certainement pas l'issue d'un bras de fer entre l'une ou l'autre des formations politiques et le Premier ministre. Je n'ai pas peur, j'ai rarement eu peur dans mon engagement politique.

0:50
Présentateur

On entendait votre voix ce jour-là, ce jour de la censure. A l'époque, votre gouvernement n'était pas solidaire. C'était la cacophonie à l'Assemblée. Et puis, votre méthode était critiquée quand la méthode de Sébastien Lecornu est saluée. Que vous dites-vous aujourd'hui ? Il a compris quelque chose que je n'avais pas compris ?

1:08
Michel Barnier

Est-ce que je peux me permettre, avant de répondre à votre question, de dire un mot de l'émotion que j'ai eue hier, comme beaucoup en apprenant le décès de Xavier Emanuelli ? C'était un homme que je connaissais, il avait été ministre soutenu par Jacques Chirac.

1:23
Présentateur

Grand humanitaire.

1:24
Michel Barnier

Grand humanitaire, et si le mot fraternité veut dire quelque chose, et j'espère qu'il veut dire beaucoup, il en était le visage. Il savait, j'avais Emanuelli, que chaque homme est nécessaire. Voilà, ce que je voulais dire de lui.

1:36
Présentateur

Michel Barnier. On a entendu votre message. Je vous disais, est-ce que quand vous voyez que la méthode de Sébastien Lecornu est saluée aujourd'hui, alors que vous, la vôtre était critiquée à l'époque, est-ce que vous dites qu'il a compris quelque chose que je n'ai pas compris ?

1:47
Michel Barnier

C'est pas forcément une question de bonne ou de mauvaise méthode. Il faut juger sur la durée quand on a le temps pour soi. Ce qui ne m'a pas été donné, en raison de l'attitude, je me permets de vous le rappeler, du Parti Socialiste, qui, quatre jours après ma nomination, m'a fermé la porte en disant, « On votera la censure parce que vous n'êtes pas de gauche. » Et nous avons un engagement avec M. Mélenchon que tout premier ministre devait être de gauche.

2:08
Présentateur

Ils ne vous m'ont même pas donné une chance.

2:09
Michel Barnier

Non, ils ne m'ont pas donné une chance. Alors que j'étais prêt à discuter, à négocier de manière respectueuse. Et puis le Rassemblement National lui-même a fermé la porte. Et quand Mme Le Pen met ses voix avec celle de M. Mélenchon, c'est fini. Donc, ce n'est pas une question de bonne ou de mauvaise méthode. C'est peut-être une question de bonne ou de mauvaise mesure. Et puis, il faut être très humble. Moi, je souhaite qu'on trouve le chemin. La France a besoin d'un budget. Les entreprises, petites et grandes, surtout les petites, ont besoin de stabilité, de visibilité.

2:36
Invité

Mais pourquoi, d'après vous, Sébastien Lecornu, réussit là où vous avez échoué ?

2:39
Michel Barnier

Pour l'instant, il a réussi, et j'en suis heureux, à ouvrir un dialogue. Mais quel est le prix de ce dialogue ? Si le résultat, c'est un budget qui décourage, décourage, tous ceux qui entreprennent, les artisans, les élus, les commerçants, les entreprises, alors on aura raté l'objectif.

3:00
Présentateur

C'est ça le budget aujourd'hui ? C'est ça le budget ? C'est un mauvais budget ? Quel regard vous portez sur le compromis ?

3:06
Michel Barnier

Une finance sociale qui va être portée à 27 ou 27 milliards par rapport à 15, avec des taxes dans tous les sens. La folie, l'improvisation fiscale est absolument insensée.

3:17
Présentateur

40 milliards de hausses d'impôts, et puis des économies qui étaient prévues par le gouvernement, qui se sont volatilisées.

3:21
Michel Barnier

Donc, d'un côté comme de l'autre, on aggrave la situation que moi j'ai trouvée, qui était déjà très grave, et qui s'est aggravée depuis, avec un déficit insupportable. Vous voyez, dans toute cette affaire, je pense qu'on pourra peut-être aussi dire un mot de ce qui se passe autour de nous, parce que la France n'est pas toute seule. Il y a une situation très grave en Europe et dans le monde, au Proche-Orient, en Ukraine. Aujourd'hui, M. Zelensky est à Paris. Mais il y a aussi une grande faiblesse, un grand problème, c'est qu'on ne pense pas aux générations futures. Je le dis avec l'âge qui est le mien, et que je n'ai pas besoin qu'on me rappelle. On n'a pas le souci des jeunes dans ce pays.

Donc, à la fois pour l'écologie et pour les finances, le budget qu'on est en train de voter...

3:59
Invité

Est-ce qu'il y a une façon d'arriver à un compromis avec une assemblée aussi clivée ? Je pense notamment à la réforme des retraites que vous dénoncez.

4:04
Michel Barnier

Si chacun se tient de manière responsable, et ce que j'observe du Parti Socialiste, c'est qu'il est à la fois assez arrogant, en tout cas très assuré de lui-même, on lui a peut-être donné le chemin d'être assuré, et qu'il fait du chantage. Ce n'est pas une négociation actuellement. Une négociation à la borne. Peut-être qu'il fallait, au bout de la route, dire, on va faire...

4:22
Invité

À l'Elisabeth Borne, vous voulez dire ?

4:24
Michel Barnier

Comment ?

4:24
Invité

Quand vous dites à la borne ?

4:26
Michel Barnier

Les bornes. Non, non, pas de Mme Borne. Je ne mettrai pas. Mettre des bornes, c'est-à-dire mettre des repères dans une négociation.

4:32
Présentateur

Vous voulez dire que Sébastien Lecornu a trop cédé aux socialistes ?

4:34
Michel Barnier

On a le sentiment qu'il n'y a pas de négociation actuellement, qu'il y a une sorte de chantage du Parti Socialiste qui a obtenu dès le début qu'on supprime, et j'ai voté contre cette réforme des retraites qui était insuffisante, imparfaite, mais nécessaire pour les générations futures. Et puis, maintenant, ce sont des impôts dans tous les sens. Donc, je ne sens pas de repères, je ne sens pas de limites. à ce chantage.

4:56
Invité

Mais il y a quand même 8 députés LR qui ont voté pour la suspension, et 9 qui se sont abstenus, et 25 qui ont voté contre. Donc, votre groupe LR est très diffusé.

5:02
Michel Barnier

Oui, notre groupe, dans sa majorité, a voté pour la suspension, en cohérence, c'est ce que j'ai fait, en pensant, encore une fois, aux générations futures. Et ce qu'ils ne l'ont pas fait, c'est que, dans la discussion, il y a 2 ou 3 ans, ils avaient déjà émis des réserves sur cette réforme.

5:16
Présentateur

En même temps, est-ce que Sébastien Lecornu avait le choix ? Vous dites qu'il a trop cédé aux socialistes, les socialistes font du chantage, il ne fallait pas suspendre la réforme.

5:22
Michel Barnier

J'ai eu toujours le choix. J'ai eu le choix. À un moment donné, quand Mme Le Pen essayait de faire ce chantage, elle aussi, en demandant de plus en plus de mesures qui aggravaient le déficit, j'ai dit ça suffit, j'ai pris mes responsabilités. Donc, j'ai dit à M. Lecornu que je soutiens et à quel je souhaite de réussir, je lui ai dit qu'à un moment donné, notre groupe, en tout cas moi-même, avec l'expérience ou le recul que je peux avoir, je vais avoir un choix à faire entre le choix de la stabilité qui m'a fait soutenir son gouvernement et souhaiter même à l'époque que nos ministres restent au gouvernement et puis le choix de refuser un budget qui décourage toute l'activité dans ce pays.

Et qu'allez-vous faire ? Je vais voir le résultat des courses. Je ne connais pas le budget final. Vous ne connaissez pas non plus le budget qui va être sorti du Sénat et je pense que le Sénat va faire un travail salutaire.

6:11
Invité

Je repense à la prédiction d'Edouard Philippe après la dissolution, il avait dit qu'il ne se passera plus rien dans le pays jusqu'à la présidentielle. Est-ce qu'on peut encore réformer aujourd'hui ? Faire quelque chose pour le pays ?

6:20
Michel Barnier

C'est très difficile de réformer, de faire de grandes réformes. Donc, il faut faire de petits pas ou parfois des pas qu'on enclenche comme on pourra peut-être parler d'un narcotrafic. Voilà un pas que j'ai enclenché. On peut donner des orientations sur un sujet qui me tient à cœur et dont je souhaite qu'il puisse être poursuivi en 2026, celui de la santé mentale. Voilà des sujets qu'on peut agir. Mais il n'y a pas de possibilité de faire de grandes réformes puisqu'il n'y a pas de majorité. Et donc, tout cela, c'est le résultat d'une dissolution qui est incompréhensible.

6:49
Présentateur

Qu'est-ce que vous attendez du Sénat aujourd'hui ? Le budget de la Sécurité sociale sera examiné à partir de mercredi. Vous leur dites quoi, vos amis sénateurs ? Voter comme les députés de droite ou vous faites-vous plaisir d'étricoter ce budget ?

7:00
Michel Barnier

Il y a une majorité au Sénat. Il y a un président, il y a un président de groupe pour Mathieu D'Arnaud pour notre groupe qui est le plus important du Sénat. Puis il travaille avec les autres. Il y a une majorité très solide et qui, je pense, va faire un travail responsable en responsabilité. Et ils vont peut-être, en dehors du brouhaha de l'Assemblée nationale, où je dois vous dire que l'ambiance que je retrouve, puisque j'ai déjà été député, comme nouveau député de Paris et de la deuxième circonscription de Paris, je retrouve cette Assemblée. Parfois, je suis très surpris et inquiet.

L'autre jour, dans un débat concernant l'Algérie, j'avais le sentiment d'une ambiance pré-insurrectionnelle entre l'extrême droite et l'extrême gauche. Pré-insurrectionnelle à l'Assemblée, vraiment ? Oui, il y avait une sorte de haine, d'animosité qui m'a beaucoup inquiété pour l'état de notre démocratie. Vous avez peur qu'ils en viennent aux mains ? Non, mais je pense qu'il y a... C'est la traduction d'un climat et d'une ambiance, d'une haine, d'une animosité qui n'est pas normale dans une démocratie. Je pense qu'il faudra très vite retrouver de la hauteur et du respect davantage.

7:54
Présentateur

Michel Barnier, vous n'avez pas beaucoup parlé après le départ de Bruno Retailleau dont vous êtes proche du gouvernement. Est-ce qu'il a raté sa sortie ?

8:02
Michel Barnier

Non, il a travaillé, il a agi en conscience. Le sentiment qu'il a eu, c'était précisément un manque de confiance de la part du chef de l'État et du Premier ministre. Les conditions n'étaient pas là et je ne vais pas faire de commentaires davantage sur cette décision de quitter le gouvernement. C'est dommage, allez-y. Je ne vais pas faire d'autres commentaires. Moi, j'ai confiance en Bruno Retailleau. Je l'ai nommé ministre, je ne l'ai jamais regretté. Et aujourd'hui, je l'ai soutenu comme le président de notre famille politique. Et nous avons un gros travail à faire de reconstruction qui continue. Les élus sont revenus, beaucoup de militants reviennent.

8:33
Présentateur

Et justement, un travail sur la ligne, Michel Barnier.

8:35
Michel Barnier

Oui, c'est le vrai sujet plutôt que les personnes.

8:38
Présentateur

Exactement.

8:38
Michel Barnier

Celui du fond.

8:38
Présentateur

La ligne de Bruno Retailleau, surtout depuis qu'il a quitté le gouvernement, elle est assez contestée. Il y a eu le psychodrame sur le maintien des ministres LR contre la ligne du président du parti. Il y a aussi la ligne vis-à-vis du RN. Et certains, dans votre parti, déplorent un manque de clarté. Notamment Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France. Écoutez, il était sur France Inter fin octobre.

9:00
Invité

J'appelle les Républicains à davantage de cohérence. Notre famille politique, elle a été dirigée par Jacques Chirac, par Nicolas Sarkozy, qui ont toujours été sans aucune ambiguïté vis-à-vis du Rassemblement national. Jamais d'alliance, jamais d'union, pas une voix pour les dirigeants du Rassemblement national.

9:20
Michel Barnier

Michel Barnier, est-ce qu'il faut clarifier la ligne ? Je n'ai pas de problème avec ça. Il n'y a pas d'ambiguïté, ni de Bruno Rotaillot, ni de mon côté. Quand vous ne dites pas une voix à gauche, il y a une ambiguïté. Excusez-moi, ce n'est pas le moment non plus de jeter des excommunions ou de donner des leçons de morale. La ligne de Bruno Rotaillot est claire. Il n'y aura pas d'alliance avec les dirigeants qui se trouvent sur notre droite, à l'extrême droite, et les alliés de Mme Le Pen.

9:45
Présentateur

Mais Jean-François Copé, par exemple, ou Xavier Bertrand, ils ont critiqué le choix de suspendre les ministres LR, alors que LR ne sanctionne pas François-Xavier Bemalami quand il vote une motion de Jordan Bardella au Parlement européen. Est-ce qu'il y a deux fois deux mesures ? Quand on se rapproche du centre, on est embêté, mais quand on se rapproche de l'extrême droite, il ne se passe rien ?

10:02
Michel Barnier

Non, je veux dire qu'il n'y a pas d'ambiguïté, je viens de vous le dire, et j'ai vérifié ce point avec Bruno Rotaillot à cette occasion. Il n'y a pas d'ambiguïté, et je veux dire que s'agissant de l'alliance ou des alliances qu'il va falloir nouer, pour moi, elles sont clairement du côté du centre, des mouvements centristes, il y en a beaucoup avec lesquels nous avons travaillé, avec lesquels j'ai travaillé comme promis, c'est le choix que j'ai fait au nom de ma famille politique, je me suis en train de vous le rappeler, ce n'était pas un choix personnel et volontaire.

Mais si vous me permettez, par rapport à tous ceux qui nous écoutent et qui en ont, comme beaucoup de Français, ras-le-bol des querelles, qui n'ont plus confiance dans la politique, pour retrouver cette confiance, il faut arrêter de parler des personnes, mais de parler des idées d'abord et des projets politiques.

10:45
Invité

Mais est-ce que vous avez les mêmes idées, parce que vous parlez beaucoup de droite claire, vous venez de dire clairement, là encore une fois, est-ce que vous avez encore une droite, ou est-ce que ce n'est pas juste une série de trajectoires individuelles qui n'ont plus rien en commun ?

10:54
Michel Barnier

Je suis précisément en train de vous dire qu'il y a des trajectoires, il y a des ambitions, il y en a à gauche, à droite, au centre, il y en a partout des ambitions, c'est légitime. Mais quel projet porte ces ambitions ? Voilà la question. Et moi, je pense que le moment où nous sommes, au-delà des élections municipales et sénatoriales, c'est un moment utile pour travailler sur le fond et préparer ce que j'ai appelé le pacte pour la France, avec sept ou huit grands chantiers, notamment celui de l'immigration.

Il n'y a aucune raison de laisser cette question à l'extrême droite, il n'y a aucune raison de laisser l'écologie, une écologie humaniste et concrète, aux écologistes au vert ou à la gauche. Il n'y a aucune raison de laisser la question du travail de côté, le mérite, voilà les questions qui nous sont traitées à travers. L'élection présidentielle, sans doute...

11:36
Présentateur

Michel Barnier, très concrètement, pardon, parce qu'il y a un cas qui se présente bientôt, à Nice, les municipales, Éric Ciotti, candidat de l'UDR, allié de Marine Le Pen, face à Christian Estrosi, qui a rejoint Horizon. Votre parti, les LR, soutiendra Christian Estrosi ?

11:49
Michel Barnier

Nous ne soutiendrons pas M. Ciotti, qui a trahi notre famille politique et le parti délibérera pour savoir le soutien et les conditions du soutien que nous apportons à M. Estrosi. Mais vous voyez, vous me ramenez toujours à des questions de personnes. Non, c'est une question de lignes.

12:02
Présentateur

L'UDR, ce n'est pas la même ligne pour raison.

12:04
Michel Barnier

Non, la ligne politique, ce n'est pas une question de personnes, c'est une question de ligne politique. Qu'est-ce qu'on veut faire pour rétablir l'ordre aux frontières, dans la rue, dans les comptes ? Qu'est-ce qu'on fait pour préserver les générations futures, s'agissant de l'écologie ou des finances publiques ? Arrêter de tirer des chèques sur le dos et à la tête des jeunes Français, alors qu'on ne fait pas les efforts qu'on devrait faire au niveau de nos générations.

12:26
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou. Merci beaucoup Diane Ferschit. Et nous sommes toujours avec Michel Barnier, ancien Premier ministre, ancien commissaire européen, député LR de Paris. On parle du narcotrafic à Marseille, Paul.

12:41
Invité

Oui, un crime d'avertissement. C'est la piste privilégiée après la mort du petit frère du militant écologiste Amine Kessassi. C'était jeudi, en plein jour, à Marseille. Le procureur de Marseille, Nicolas Besson, était sur France Inter ce matin. Ce n'est pas la première fois que des victimes totalement étrangères au trafic se produisent, mais c'était le produit, en quelque sorte, de balles perdues. En revanche, là, on a une action délibérée pour tuer quelqu'un qui n'a rien à voir avec le trafic, pour faire taire vraisemblablement son frère. Le procureur de Marseille, qui emploie également une expression très forte, il parle de contre-société du narcotrafic.

Monsieur le Premier ministre, qu'est-ce que vous pouvez faire, vous tous, les politiques, contre ce fléau ?

13:21
Michel Barnier

D'abord, un mot de compassion et de solidarité avec la famille d'Amin Kessassi, qui est tragiquement et durement éprouvée. D'ailleurs, ce n'est pas la première fois. Il faut être implacable. Et d'ailleurs, vous dites, qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Qu'est-ce qu'on a fait ? Vous êtes en droit de me demander des comptes. Moi, un des premiers sujets dont je me suis saisi comme Premier ministre, et encore une fois, je n'ai pas eu beaucoup de temps, c'était précisément celui-ci. Et qu'est-ce que vous avez fait ? La lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic.

Et j'ai réuni dans mon bureau, le garde des Sceaux, Didier Migaud, le ministre de l'Intérieur, Bruno Rotailleau, qui ont travaillé ensemble, qui sont allés à Marseille, à Marseille, annoncer un certain nombre de mesures, notamment la création d'un parquet. Il y a désormais un parquet dédié au narcotrafic.

14:00
Invité

Mais vos opérations XXL n'en servient à rien. On le voit. Le fléau continue.

14:05
Michel Barnier

Bien sûr. Mais ça n'empêche pas qu'il y ait une détermination nouvelle, des moyens nouveaux, contre le blanchiment de l'argent. Vous parliez tout à l'heure de toutes ces plateformes qui permettent de blanchir de l'argent. Le statut des repentis. Il y a beaucoup de mesures qui ont été prises, d'ailleurs, sur la base d'un travail du Sénat. On parlait du Sénat tout à l'heure, qui fait un travail très utile. et quelquefois très sérieux, très sérieux avec du recul, si je puis dire, par rapport au broie général de la politique française. Eh bien, sur ces bases, nous avons fait une loi. Et il y a une loi qui a été votée contre le narcotrafic. Il faut maintenant l'appliquer.

14:40
Présentateur

Est-ce que vous avez peur aujourd'hui que ces narcotrafiquants s'en prennent à des hauts magistrats, à des responsables politiques directement, à des journalistes, comme on l'a vu aux Pays-Bas, en Belgique, et que la France devienne un narco-État ?

14:51
Michel Barnier

Moi, j'allais citer les exemples que je connais assez bien de la Belgique ou des Pays-Bas, où on voit ces réseaux extrêmement puissants, avec beaucoup d'argent et sans scrupules, qui s'en prennent à des responsables politiques. Donc, il faut être implacable, et il faut que la loi s'applique. Je crois que nous avons, avec cette loi, issue du Sénat encore une fois, donné au pouvoir public des moyens nouveaux. Il faut que le dernier mot reste à l'État et à la loi.

15:16
Invité

Et nous en reparlerons, évidemment, sur France Info. On revient à des questions plus politiques pour la présidentielle, la question de la primaire. On ne comprend rien, ce n'est pas clair chez les LR. À droite, Laurent Wauquiez plaide pour une primaire de Gérald Darmanin à Saracnafo. Il a rencontré Éric Zemmour pour lui en parler la semaine dernière. C'est la ligne officielle de LR, ça ? Parce que David Linard dit la même chose. Et juste, je complète ce que je sais que vous allez me répondre, dans le Figaro, vous parlez d'un conclave. Qu'en est-il ?

15:38
Michel Barnier

Non, on est tous à la recherche du moyen de se mettre d'accord. Parce que derrière le projet qu'il faut construire, encore une fois, d'abord les idées, avant de parler des personnes. Je vais bien te la répéter une troisième fois. Les idées d'abord, le projet d'abord. C'est à quoi je travaille en ce qui me concerne, avec tous ceux qui voudront travailler avec moi. Et je suis prêt à travailler avec beaucoup d'autres. J'entendais Jean-Louis Borloo hier évoquer l'enjeu de la régionalisation. Ce pays est en train d'étouffer à force de tout centraliser, d'accumuler les normes, les impôts, d'enchevretrer les responsabilités.

16:10
Présentateur

Les idées sont incarnées par des personnes, Michel Barnier. Vous, vous ne voulez pas de primaire ?

16:14
Michel Barnier

Moi, je pense qu'ils n'auront pas beaucoup de temps, et sans doute pas le temps, ni les conditions pour réunir une primaire. Et puis, vous savez très bien que les protagonistes... Pourquoi pas le temps ? Parce qu'il y a très peu de temps entre les élections municipales, sénatoriales et les élections présidentielles. Et que pour préparer un candidat, pour le décider, pour le désigner, pour qu'il puisse faire campagne, il faut du temps. Et le temps est court. Maintenant, il y a peut-être une primaire possible, je n'en sais rien, nous verrons bien, si tout le monde veut y participer. Parce qu'une primaire, je pense à la droite républicaine et au centre. Et puis, il y a...

16:44
Présentateur

Donc, vous n'êtes pas contre cette idée ?

16:47
Michel Barnier

Une idée d'une primaire de la droite et du centre. J'ai moi-même participé à une primaire qui n'a pas été un grand succès. Alors que d'autres primaires dans le passé, notamment en 2017, ont été soutenues par 2 à 3 millions de citoyens. Mais avec davantage de temps. Bon, c'est ça que je suis en train de vous dire de manière très calme et très sérieuse. Il y a peut-être d'autres moyens. J'ai évoqué l'idée d'un conclave qui est réuni de tous les parlementaires, au moins tous les parlementaires, de ce qu'on appelait le socle commun de toutes les formations de droite et du centre.

17:14
Invité

Vous l'arrêtez où, votre socle commun ?

17:16
Michel Barnier

Non, je l'arrête aux formations de la droite et du centre. Michel Bernier. C'est clair que ça, je vous ai déjà dit cela d'une manière extrêmement claire.

17:23
Présentateur

Vous soutenez toujours Rachida Dati. Vous dites que ce n'est pas une question de personne, mais vous la soutenez pour les municipales. Alors qu'elle est suspendue, comme les autres ministres, elle est restée au gouvernement, malgré la consigne de Bruno Retailleau. Et alors surtout qu'elle est mise en examen et sera jugée après les élections pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Carlos Ghosn. Donc ça ne vous pose pas de problème en termes d'image ?

17:41
Michel Barnier

Rachida Dati, comme tout le monde, a droit à la présomption d'innocence et donc ne jugez pas avant les juges. Je veux simplement dire que je connais bien Rachida Dati. J'ai d'ailleurs dit depuis longtemps que je la soutiendrai. Je l'ai dit au moment de me présenter à l'élection législative partielle qui a eu lieu au mois de septembre et qui m'a permis de devenir députée de Paris. Elle a beaucoup de pumnacité, elle a beaucoup de compétences, elle a de l'expérience, on le voit dans le septième arrondissement. Et je pense que toutes ces qualités doivent être mises au service d'une alternance dont les Parisiens ont besoin depuis 25 ans.

18:13
Invité

L'actuelle maire de Paris, Anne Hidalgo, estime plutôt, je cite, que d'un point de vue moral, ça fait longtemps qu'elle aurait dû abandonner son mandat car quand on est concerné par des affaires aussi lourdes, on prend ses responsabilités. Elle dit aussi, c'était sur RTL, qu'elle n'imagine pas une seconde les Parisiens et les Parisiennes confier les clés à quelqu'un qui pourrait être démi de ses fonctions.

18:28
Michel Barnier

Écoutez, ça c'est de la polémique, ça ne m'intéresse pas. Je ne vais pas passer du temps à répondre à un commentaire de Mme Hidalgo ou d'autres. Ce qui m'intéresse, c'est quel est le projet qu'on porte sur Paris. Mme Dati présente des idées intéressantes, notamment sur la mobilité, sur la sécurité, sur le respect qu'on doit aux piétons, sur l'ensemble des prélavations des espaces naturels. Je trouve que son projet est très bien construit et utile et je pense qu'il a la qualité pour le conduire.

18:54
Présentateur

On entend votre soutien à Rachida Dati. Boualem Sansal, l'écrivain franco-algérien détenu depuis près d'un an en Algérie, a été libéré mercredi dernier grâtié par l'entremise de l'Allemagne où il se trouve toujours. Écoutez Jean-Noël Barraud, ministre des Affaires étrangères sur France Inter.

19:09
Invité

C'est un désaveu cinglant pour les partisans de la méthode forte de la brutalité et de l'invectif. Je parle de tous ceux que j'entends, y compris aujourd'hui, après la libération de Boualem Sansal, qui continuent de minimiser le rôle de la France et de sa diplomatie.

19:26
Présentateur

Règlement de compte entre macronistes et la droite, c'est la méthode Bruno Retailleau qui est en cause. Michel Barnier.

19:33
Michel Barnier

Vous ramenez toujours les questions à des problèmes de personnes, je suis très étonné de cela. D'abord, permettez-moi de rappeler qu'il y a un autre compatriote.

19:40
Invité

Christophe Gless,

19:41
Présentateur

tout à fait journaliste, qui est toujours... Oui, je voulais le rappeler

19:43
Invité

parce que vous ne l'avez pas cité. On va le faire, il sera jugé le 3 décembre, c'était ma question.

19:46
Présentateur

Ce n'est pas une question de personne parce que Jean-Noël Barraud, ce qu'il dit, c'est que c'est la méthode Bruno Retailleau qui n'a pas permis cette libération. En tout cas, il pointe la méthode de la fermeté prônée par Bruno Retailleau.

19:56
Michel Barnier

Jean-Noël Barraud, que j'ai d'ailleurs nommé ministre des Affaires étrangères avec l'accord du chef de l'État, mettre en cause directement Bruno Retailleau. Voilà un an que Bolem Sansal était emprisonné de manière absolument inadmissible. On ne peut pas mettre en prison des idées et ce qui les porte et la culture. Voilà pourquoi nous nous sommes battus. Il n'y a pas que ce problème-là avec l'Algérie. Il y en a beaucoup qui exigent une remise à plat. Donc, il faut donner une chance à la diplomatie. C'est ce que nous avons fait, ce que j'avais d'ailleurs décidé en accord avec le chef de l'État quand j'étais Premier ministre.

Et puis, on a vu que les Algériens n'ont pas été dans cet état d'esprit de coopération. Tant mieux s'ils le deviennent. Je remercie d'ailleurs le président Steinmeier, le président allemand, d'avoir contribué à cette libération de Bolem Sansal et les diplomates français qui ont fait leur travail. On ne va pas jeter des anathèmes ou donner des bons ou des mauvais points. Ce qui est important, c'est qu'on remette à plat de manière sincère et respectueuse nos relations avec l'Algérie.

20:56
Invité

Monsieur Barnier, une question rapide avant la question qui sera posée ce matin par Agathe. Nicolas Sarkozy est sorti de la prison de la santé. Quelle place a-t-il à droite ? Sachant que David Lissner, qui était votre invité il y a quelques semaines qui était à votre place, considère qu'il n'est plus une figure tutélaire de la droite. Et vous ?

21:09
Michel Barnier

Nicolas Sarkozy a dit lui-même qu'il abandonnait, qu'il ne chercherait plus à avoir une action politique directe. Il l'a dit lui-même. Donc je ne vais pas dire autre chose. Ça n'empêche pas l'amitié. En tout cas, je reste son ami. Ça n'empêche pas le souvenir. Oui, j'ai eu des contacts avec lui. Je l'ai vu il y a quelques semaines. Je lui ai écrit au moment de cette épreuve qu'il a subie. Il a dit lui-même que le droit avait été appliqué. Je ne reviens pas là-dessus. Ça n'empêche pas la mémoire, le souvenir, la reconnaissance.

21:43
Présentateur

Michel Barnier, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui est retrouvée sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui déjeune parce que vous devez déjeuner avec François Bayrou, autre ancien Premier ministre éphémère comme vous. ce sera mercredi. Vous voulez lancer un club de réflexion des anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron ?

22:01
Michel Barnier

Non, mais on peut mutualiser nos expériences. François Bayrou a été un Premier ministre. Il a d'ailleurs fait le même diagnostic que moi sur le budget, sur le déficit dont on ne parle pas beaucoup actuellement. Je me perds de vous le dire. Moi, je voulais réduire le déficit de 1%. François Bayrou n'y est pas arrivé. Le déficit est aggravé. Ce sont des dettes sur la tête de nos enfants. Je trouve que ce n'est pas responsable. On va au moins parler de ça et puis peut-être du reste puisque je vous ai dit que mon souci c'était de contribuer à ce qu'il y ait un candidat commun pour la droite républicaine et le centre aux élections présentes.

22:32
Invité

Ce que j'ai appris de vos chroniques pour demain est-ce que c'est un déjeuner pour refaire le monde ou pour constater que le monde ne vous écoute plus trop tous les deux ?

22:39
Michel Barnier

Je ne sais pas si le monde nous écoute. Vous verrez bien si le monde nous écoute ou pas. Ce n'est pas à vous de le dire. C'est aux électeurs, aux citoyens de le dire. Moi, je viens d'être élu député donc j'ai cette légitimité politique. Je crois qu'il faut être humble. Je ne crois pas qu'il faille donner des leçons. On peut peut-être ajouter l'enthousiasme, l'énergie qu'on a quand on est plus jeune et qu'on peut garder quand on est plus âgé avec l'expérience. En tout cas, nous avons cette expérience d'un gouvernement difficile avec une majorité impossible. Voilà pourquoi il faut tout faire dans ce pays avec les Français qui méritent qu'on se batte pour eux.

Il y a tellement d'énergie positive. On le voit aujourd'hui avec Choose France, la création d'entreprises françaises, d'énergie sur le terrain, dans les territoires, dans les petites et moyennes entreprises chez les agriculteurs. Il y a tellement d'énergie positive dans ce pays que ça mérite qu'on se batte pour lui. Voilà ce que je pense.

23:24
Présentateur

Et ça vaut bien un déjeuner. Merci beaucoup Michel Barnier d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci beaucoup Paul. On se retrouve demain. Sous-titrage Société Radio-Canada